Commentaire de Bensaada le 04-22-2016 16:43 sur la contribution: La révolte du « Printemps noir » en Kabylie, ou l’histoire d’un gâchis

Publié le par Mahi Ahmed

Commentaire de Bensaada le 04-22-2016 16:43 sur la contribution: La révolte du « Printemps noir » en Kabylie, ou l’histoire d’un gâchis

republiée dans ce blog

Bien qu’ancienne c'est une excellente chose que de rééditer le texte de Y. Temlali, le chaoui, traitant de la question amazigh et des leçons des luttes, à l’issue pas toujours exemplaires, menées par la population de la Kabylie durant l’année 2001, période sanglante désignée par " Printemps noir".

C'est un indice de l'intérêt que toute la nation porte au problème des racines identitaires exprimé à travers des revendications pour la démocratie, le respect des droits de l'homme et l’exigence de refonder le rapport entre l’État central et les territoires et les populations qui y vivent. C’est donc une question nationale qui, pour des raisons autant historiques que socio-culturelles, a fait endosser à la Kabylie le rôle de déclencheur. Il s’agissait de mettre en marche des évolutions majeures des formes de gouvernance étatique même si les formes utilisées, essentiellement le recours aux mouvements de masse portaient en elles le risque d’aboutir au cycle « actions de masse-répression- réactions de masse ». Ce scénario, bien connu arrange les pouvoirs autoritaires dénués de légitimité démocratique et qui, sauf issue révolutionnaire victorieuse, débouche sur un recul du mouvement et un repli sur soi.

Ces dernières années, on a constaté comme un épuisement des formes traditionnelles prises par l’action politique c’est-à-dire celle menée au sein de partis politiques et d’organisations à la vocation politique plus ou moins formelle. En Kabylie, cela s’est traduit d’une part, par le recul des partis majoritaires de cette région (FFS et RCD) et des autres partis légaux ( islamistes ou d’obédience de gauche), une pratique forte de l’abstentionnisme de la population aux scrutins électoraux et, d’autre part, par la réactivation des réseaux traditionnels qu’ils soient villageois(en’thadart) ou inter-villageois (en’thoudrine) ou, ce qui est moins visible, les réseaux de zaouia dont certaines bien travaillées par les noyaux islamistes qui veulent les récupérer. Le pouvoir et ses relais locaux jouent la division, la récupération et sentant la sensibilité de cette question et les risques associés à une gestion laxiste, s’est efforcé de neutraliser par une répression très dures les tendances radicales et par des actions moins visibles visant l’étêtement de tout mouvement social organisé ayant un ancrage à la base et doté de programme de revendication ouvert sur le long terme pour les acculer au défaitisme et à l’abandon. C’est à cette impasse, voulue par le pouvoir et ses relais locaux, que cela a abouti. On perçoit bien ses conséquences sur l’état d’esprit d’une partie significative de citoyens notamment les étudiants et lycéens et la sympathie qu’ils éprouvent pour les idées simplistes et « ethnicistes » du parti de M’henni, qui, dans sa fuite en avant, avance le mot d’ordre « d’indépendance de la Kabylie ». Cette idée n’a jamais été lancée par un acteur du mouvement national mais elle a, par contre, était proposée par le pouvoir colonial qui voulait torpiller l’action du FLN\ALN durant la guerre de libération et précisément pendant les négociations pour l’indépendance.

Dans les calculs de F Mhenni, la géopolitique post-dissolution des blocs et l’offensive contre les États-Nations qui ont émergé dans le sillage de la décolonisation de l’Afrique du Nord qui s’en est suivie, notamment l’offensive contre les États qui ont opté pour la forme républicaine, est une opportunité à ne pas laisser passer. Il a donc tranquillement transformé son statut d’artiste-militant de la cause berbère en exil volontaire en France, le pays que son père a combattu puisqu’il se revendique fils de chahid, en un autre, celui de «président » (auto-désigné) d’un «gouvernement provisoire de la Kabylie ». Une promotion aussi fulgurante même si la trajectoire est différente, de celle d’un certain drabki devenu leader du néo-fln ! Mais si ce dernier n’est –pour l’instant - que SG de son parti, le « ferhat » ne s’est pas contenté du titre de « président » d’un parti, le « mak », a préféré celui de président d’un gouvernement provisoire…Un provisoire qui va durer certainement. Le pouvoir actuel encore dominé par l’idéologie islamo-baathiste, bien qu’en recul au profit de la variante (islamo-populiste), ne pouvait rêver d’un tel cadeau ! Il a ainsi la preuve que l’acharnement dont ont fait preuve tous les dirigeants depuis 1962 voire avant dans la répression de la revendication pour la reconnaissance d’une identité algérienne non amputée de sa dimension amazigh était juste puisqu’ils ne faisaient que contrer les tendances séparatistes d’inspiration étrangères pour ne pas dire française. C’est aussi une occasion de justifier que ces ingérences « manuelles étrangères » étaient bien réelles et prêtes à agir à la moindre faiblesse du pouvoir, comprendre « ouverture démocratique » concédée ou arrachée. Même la relative tolérance du pouvoir vis-à-vis des actions des militants du mak sur le terrain est calculée. Il faut laisser le temps à ces activistes d’apparaître aux yeux de l’opinion nationale y compris kabyle comme un mouvement qui met réellement en pratique cette idée de séparer la Kabylie du reste de l’Algérie. Leur isolement et partant celui de toute revendication démocratique sera plus facile à mâter. Pourtant, c’est un fait établi et connu depuis le début de la revendication amazigh et même lorsque les armes ont parlé, aucun dirigeant du ffs n’a évoqué cette option sauf peut-être certaines personnes en position ultra-minoritaires que la mémoire a vite fait d’évacuer. Alors entendre Mhenni revendiquer sur une chaîne française, l’héritage politique des 400 militants du ffs tués au combat ou dans des actes de répression collective entre 1963 et 1966, c’est assister à un hold-up, à une véritable escroquerie intellectuelle qui démontre le peu de scrupule du personnage et sa volonté d’aller ….vers la guerre civile. Il n’y a pas d’autres mots pour qualifier l’action politique que veut mener ce parti à partir de la France où il trouve naturellement des soutiens parmi les tendances « nostalgéristes », les BHL et consorts.

Aujourd’hui, pour les forces patriotiques au niveau national et, en particulier, les courants de la mouvance démocratique agissant en Kabylie , il est urgent d’intervenir dans ce débat de clarifier en quoi le mot d’ordre « pas d’Algérie démocratique et sociale sans la Kabylie et pas de progrès social et de liberté démocratique dans les régions de Kabylie sans une Algérie unie et forte » est actuel et devenir une base pour se rassembler et chercher une sortie consensuelle et pacifique du blocage dans lequel les forces de la rente et les partisans de l’autoritarisme politique combiné au libéralisme économique ont conduit la nation. La refondation de l’État dans une perspective de sortie d’un tel modèle poursuivant un projet de société néolibérale mâtinée d’islamisme exige d’accélérer les échanges et les actions unitaires en les forces démocratiques pour combattre le défaitisme qui prépare le terrain aux aventuriers de tout bord, que ce soient ceux qui souhaitent « l’indépendance » de la Kabylie depuis la France ( et rattachée à elle) et/ou ceux qui souhaitent la dissolution de l’Algérie dans un chimérique État islamique. Ces deux fléaux ne sont opposés qu’en apparence. Ils veulent tous les deux, en utilisant des moyens différents, enterrer le projet encore non abouti des libérateurs de l’Algérie du joug colonial qui peut se résumer comme suit : construire un État algérien souverain, fondé sur le droit, fort et juste où chaque citoyen, quels que soit sa région, sa religion, son sexe ou son origine sociale, puisse jouir des mêmes droits et être soumis aux mêmes devoirs que tous les autres concitoyens quel que soit leur rang, ait la même chance de vivre, travailler, réaliser son projet de vie et professionnel et parvenir grâce à ses efforts à un bien-être dans sa terre natale ou d’adoption et y finir sa vie dans la dignité.

La Kabylie, une partie essentielle du corps de l’Algérie, ne peut supporter d’en être séparée sans mourir. Elle ne sera ni le Kosovo, ni le Sud-Soudan.

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