Métamorphoses du complexe du colonisé.Par Mohamed Bouhamidi.

Publié le par Mahi Ahmed

Métamorphoses du complexe du colonisé.Par Mohamed Bouhamidi.

lundi, 21 mars 2016

Le 19 mars 1962 pouvait-il signifier pour nous la fin du complexe du colonisé, le colon disparu signifiant ipso-facto la fin du colonisé et, donc, de ses complexes et de ses tourments ?

Le croire reviendrait à ignorer que le complexe psychique est de l’ordre de la représentation, pas du simple vécu immédiat. Le colon n’est pas la personne qu’on croise aux bouts des plantations ou domaines agricoles, mais toutes les représentations qu’on peut se faire du Blanc.

Sa réalité dans notre psychisme est dans l’image que nous nous faisons de lui, de sa puissance, de sa force, de sa supériorité. Comme dans son peuple d’origine, on peut se l’imaginer comme le pionnier d’une œuvre supérieure de mise en valeur, de civilisation et de guidance de peuples attardés, infantiles ou inférieurs.

Bref, le colon est le personnage central d’un mythe construit pour nous raconter un remake de l’aventure prométhéenne, le merveilleux en moins pour nous colonisés

Ce serait surtout oublier que le complexe du colonisé travaille à l’intérieur de l’inconscient, le nôtre et celui du colon.

C’est cela l’avancée scientifique la plus fantastique, au plan des sciences humaines : l’hypothèse d’un inconscient individuel ou collectif, qui parle dans notre discours, celui du rêve, du roman, du mythe, des idéologies politiques ou du discours politique. Et le destin de l’inconscient individuel peut se croiser, se conjuguer, se réaliser dans le destin de l’inconscient collectif, synergie tellement visible quand vous voyez les pathologies individuelles trouver leur épanouissement, chez Daech ou dans le nazisme.

Mais pas seulement. Observez le pathétique spectacle des hommes malades sélectionnés pour gérer les crises du capitalisme malade.

Aucun discours n’est transparent à lui-même, pas plus le roman que le rêve, et pas plus les délires orientalistes intériorisés que les délires de Valls.

A la formule splendide d’Héraclite qui nous enseigne que « Le Logos ne dit ni ne cache rien, il signifie » réponde vingt-cinq siècle plus tard, celle de Marx : « Si l’essence et l’apparence coïncidait, alors nous n’aurions pas besoin de science ».

C’est bien à ces progrès décisifs européens sur le chemin des sciences sociales qui font de tout discours, quel qu’il soit, le lieu d’un contenu manifeste et d’un contenu latent, que s’attaquent des Algériens qui leur interdisent de s’interroger sur le matériau signifiant qui leur est publiquement proposé.

Non seulement, ils entrent par effraction dans une lutte des idées propre à l’histoire des européens, mais ils refusent à une partie des belligérants de défendre leurs idées et, surtout, leurs positions théoriques, acquises face à aux mythologies sociales qui ont empêché la naissance des sciences sociales.

La panique des Algériens porteurs de ce complexe du colonisé, est que le travail de lecture scientifique des textes et images qui sont proposés au public occidental ne perce pas seulement des vérités européennes mais leur propre vérité de néocolonisés.

Leur propre légitimité théorique est fonction du pouvoir théorique des clichés sur l’Orient et du mythe colonial. La survie de la suprématie blanche, civilisatrice et démocratique, leur est vitale.

Ce 19 mars nous retrouve au même point de nos coutumières interrogations.

M.B

source : http://www.impact24.info/metamorpho...

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