LE DÉSORDRE DU MONDE : Prélude à une nouvelle recomposition du Monde arabe

Publié le par Mahi Ahmed

LE DÉSORDRE DU MONDE : Prélude à une nouvelle recomposition du Monde arabe

Par Pr Chems Eddine CHITOUR - Mardi 01 Mars 2016 00:00

On dit que tout est parti d'une étude israélienne pour le découpage du Moyen-Orient

«Si vis pacem, para bellum» «Si tu veux la paix, prépare la guerre» Végèce

Il est curieux de constater que depuis pratiquement la chute du mur de Berlin, le mouvement du monde s'est accéléré du fait de la conjonction de plusieurs facteurs. D'abord, la chute de l'empire soviétique sous les coups de boutoir à la fois de l'empire américain dictant la norme et d'une Eglise menée de main de maître par le pape Jean-Paul II qui, avec son magistère moral, a soulevé les foules des anciens pays de l'Est avec son «N'ayez pas peur» à l'instar d'un Lech Walesa à qui l'Occident offrit le prix Nobel, un poste de président et qui semble-t-il n'était pas tout à fait net dans son combat. Ensuite, encore et toujours l'énergie sous toutes ses formes qui a amené des stratégies d'accaparement à se faire jour. Pour leur malheur, les pays arabes qui détiennent 60% des réserves pétrolières et gazières mondiales sont gouvernés par des potentats installés dans les temps morts et qui sont le jouet des manoeuvres occidentales.

L'invention des printemps arabes dans les officines occidentales était le prélude à un nouveau découpage des territoires des pays arabes. Dans cette nouvelle curée, chacun veut avoir sa part. Même la Russie que l'on avait enterrée trop vite, refait surface et de belle manière. Elle défend sa chasse gardée en soutenant Bachar Al Assad. Les Américains sont en train de vivre un cauchemar en ce début du XXIe siècle. Au plan militaire et de la supériorité qu'ils avaient sur le reste du monde depuis 1945, ils sont en train de se voir sérieusement contrés et concurrencés par les Russes. Au plan économique et de l'hégémonie du dollar, c'est la Chine qui, loin de se contenter de grossir et de leur ravir la place de leader, est en train de phagocyter leurs entreprises et même leurs institutions financières. Ainsi, les entreprises chinoises achètent davantage d'actifs à l'étranger, en particulier, elles acquièrent plusieurs sociétés américaines, ce qui terrorise les autorités américaines.: «Plus d'une centaine de transactions d'acquisition d'entreprises étrangères par des sociétés chinoises, totalisant 81,6 milliards de dollars, sont prévues pour 2016. L'expansion des investisseurs chinois a toutefois rencontré une certaine résistance.(...) Cela s'est passé avec la Bourse de Chicago que la société d'investissements chinoise Chongqing Casin Enterprise a décidé d'acheter. À la suite de cette transaction, la société chinoise, qui serait associée à l'Etat, recevra, pour la première fois, un accès direct au marché boursier américain d'un montant de 22 trillions de dollars'', lit-on dans la lettre des congressistes américains.» (1)

Quelle serait la solution pour garder le leadership?le chaos

Les causes réelles sont connues: on dit que tout est parti d'une étude israélienne pour le découpage du Moyen-Orient. Etude reprise ensuite dans le cadre du Pnac américain (Programme pour un Nouveau siècle américain) et plus tard dans le MEPI (Middle East Partenaireship Initiative) appelé aussi GMO. La traduction concrète est comment s'assurer des sources d'approvisionnement sûres à faible coût. Le parapluie américain couvrait pratiquement tous les pays arabes du Moyen-Orient à l'exception de l'Irak - on sait ce qu'elle est devenue et de la Syrie voie de passage pour le gaz.

Justement l'avocat Robert Kennedy junior, neveu de l'ancien président américain John F. Kennedy, a révélé dans un article pour le magazine Politico les véritables causes de la guerre en Syrie. La racine du conflit armé en Syrie, provient en grande partie du refus du président syrien Bachar al-Assad du passage d'un pipeline de gaz du Qatar vers l'Europe lorsque le Qatar a offert de construire un pipeline pour 10.000 millions de dollars qui traverserait l'Arabie saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie «Ce projet aurait veillé à ce que les pays arabes du Golfe aient un avantage décisif sur les marchés mondiaux de gaz et aurait renforcé le Qatar, allié de Washington dans la région, a déclaré Kennedy junior. Le président syrien Bachar al-Assad a rejeté le projet au motif que cela nuirait aux intérêts de son allié russe. Immédiatement après le refus du projet initial, les agences de renseignement américaines, le Qatar, l'Arabie saoudite et le régime israélien ont commencé à financer la soi-disant opposition syrienne et à préparer une révolte pour renverser le gouvernement syrien.» (2)

La poudrière syrienne et l'internationalisation du conflit

Pourtant, et comme l'écrit Seymourh Hersh, plusieurs généraux ont attiré l'attention d'Obama sur le fait qu'il ne fallait pas détruire la Syrie pour faire partir Assad. Il révèle dans cette enquête, la manière dont le général Martin Dempsey et les chefs d'état-major US ont tenté de contourner la Maison-Blanche pour venir en aide à la Syrie. «L'insistance répétée de Barack Obama que le président Bachar al-Assad doive quitter ses fonctions - et qu'il existe des groupes rebelles «modérés» en Syrie capables de le vaincre - a suscité au cours des dernières années des dissensions modérées ou même d'opposition ouverte parmi certains des officiers les plus chevronnés de l'état-major du Pentagone. Leur critique se focalisait sur ce qu'ils considèrent comme une obsession de l'Administration sur l'allié principal d'Assad: Vladimir Poutine. (...) L'opposition des militaires remonte à l'été 2013, lorsqu'un rapport ultrasecret, rédigé conjointement par la Defense Intelligence Agency (DIA) et l'état-major interarmes, alors dirigé par le général Martin Dempsey, avait prévu que la chute du régime d'Assad mènerait au chaos et, potentiellement au contrôle de la Syrie par des extrémistes djihadistes, de la même façon que cela s'est passé en Libye».(3)

On pense, à tort, aux seuls Russes et Iraniens, en fait une nouvelle donne se fait jour, à savoir que le conflit s'internationalise avec l'entrée en lice de la Chine si elle était confirmée: «5000 soldats chinois d'élite allaient être envoyés dans la zone de guerre du Levant pour aider la Russie à combattre EI. C'est cela qui a «horrifié» le Pentagone. Ces forces spéciales, appelées «Tigres de Sibérie» et celles appelées «Tigres de nuit» ont reçu, du Congrès du peuple chinois (NPC) l'autorisation de se déployer, après que la Chine eut voté sa première loi anti terroriste autorisant l'Armée populaire à participer à des missions antiterroristes en dehors de ses frontières. ´´La Chine considère la crise syrienne selon trois perspectives´´: ´´la législation et la légitimité internationale; le positionnement stratégique mondial et les activités des djihadistes Ouighours, dans la province du Xianjiang.» (4)

Le rôle ambivalent de la Turquie

On rapporte que début 2011 la Turquie et l'Arabie saoudite mirent à profit des protestations locales contre Assad pour essayer de fomenter les conditions de son éviction. En faisant partie de l'Otan et de la coalition, la Turquie devait en principe aider au bombardement de Daesh. Cependant, la haine irréductible vouée à Al Assad amène Erdogan à avoir deux fers au feu quitte à provoquer la Russie comme ce fut le cas de la destruction d'un avion en vol. Ses relations avec l'Arabie saoudite l'incitent à adopter le même logiciel saoudien: comment combattre Al Assad le Alaouite proche du chiisme iranien ennemi du sunnisme saoudien. Un rapport des renseignements russes révèle en effet l'aide actuelle turque à Daesh: «Recrutement de combattants terroristes étrangers à destination de la Syrie, facilitation de leurs mouvements transfrontiers vers ce pays et livraisons d'armes aux groupes terroristes opérant sur son territoire. Selon les informations disponibles, des représentants de l'État islamique d'Irak et du Levant (EIIL) ont créé un vaste réseau à Antalya, avec l'aide des services spéciaux turcs, pour recruter en Turquie des personnes originaires de pays de l'ex-Union des Républiques socialistes soviétiques en vue de les faire participer au conflit en Syrie et de les transférer éventuellement en Russie. (...) En septembre 2015, un groupe de combattants de l'ÉIIL comptant plus d'un millier d'hommes venus de pays d'Europe et d'Asie centrale a été conduit vers la Syrie par le passage frontalier d'Alikaila (Gaziantep), à partir du territoire turc. Les itinéraires utilisés pour les déplacements des combattants passent très près de la frontière turco-syrienne, à travers les localités d'Antakya, Reyhanlý, Topaz, Þanlýurfa et Hatay. Depuis la fin du mois de décembre 2015, un itinéraire de transport aérien est organisé avec l'aide des services spéciaux turcs pour permettre à des combattants de l'EIIL de se rendre de Syrie au Yémen en passant par la Turquie, grâce à l'utilisation d'appareils militaires turcs. (...) En décembre 2014, les services spéciaux turcs ont aidé à installer des camps de regroupement d'immigrés illégaux en Turquie, notamment dans la province de Hatay, en vue d'organiser un entraînement et d'envoyer des bandes d'extrémistes en Syrie. (...)Des équipements et fournitures militaires sont ensuite transportés à travers la province de Hatay jusqu'à Alep et Idleb en Syrie par des véhicules.»(5)

De plus, il semble d'après l'agence Reuter du 25 février 2016 qu'une cinquantaine de sociétés de 20 pays sont impliquées à un degré ou un autre dans la fourniture des composants qui servent à fabriquer les bombes de l'Etat islamique. Plus de 700 composants, câbles, produits chimiques et autres utilisés par l'EI pour fabriquer des engins explosifs improvisés ont transité par 51 sociétés turques, chinoises, brésiliennes, russes ou encore américaines. Ces explosifs sont désormais produits à une «échelle quasi-industrielle» par l'EI, qui utilise des composants largement disponibles comme les engrais chimiques et les téléphones mobiles.

Des chaudrons potentiels et un volcan en éruption

Parmi les autres abcès de fixation, sans oublier l'Irak qui n'en finit pas d'enterrer ses morts, et la Tunisie qui peine à se stabiliser, l'Algérie qui combat toujours le terrorisme résiduel, sans oublier aussi la Libye qui saigne, il faut ajouter les massacres à bas bruit du Yemen. L'implication américaine dans les bombardements de l'Arabie saoudite au Yémen, est avérée. Selon l'analyste Finian Cunningham, des entreprises de «sécurité» privées liées à la CIA combattent au Yémen dans le cadre de la campagne militaire de l'Arabie saoudite appuyée par les Etats-Unis. (...) la campagne de bombardement de l'Arabie saoudite soutenue par les Etats-Unis est à présent coordonnée avec des forces au sol comprenant des troupes régulières, des entreprises de sécurité privées et des mercenaires de type Al-Qaïda redéployés depuis la Syrie. (...) Washington et la Grande-Bretagne ont fourni des avions et des missiles à la campagne menée par l'Arabie saoudite et responsable de milliers de morts parmi les civils (...) Le New York Times a rapporté qu'environ 400 mercenaires ont été envoyés depuis les camps de formation des Emirats arabes unis pour participer à des missions au Yémen. Des centaines d'autres sont formés en attente de déploiement.» (6)

Dans le même ordre du chaos destructeur s'agissant du Liban: «Le numéro deux du Hezbollah a tenu à indiquer que les positions du parti de la Résistance, critiques à l'offensive saoudienne contre le Yémen sont compatibles avec les rapports rédigés par les Nations unies, qui révèlent que 82% du peuple yéménite vit en dessous du seuil de pauvreté, dans une véritable famine. «Le Yémen a été tellement saccagé que toutes les organisations humanitaires dénoncent l'Arabie et ses agressions. Hier, le Parlement européen s'est réuni et a voté à 85% de ses membres en faveur de la cessation des ventes d'armements à l'Arabie saoudite en raison de ses crimes au Yémen. Ce qui veut dire que le monde entier estime que l'Arabie est l'agresseur et qu'elle commet des crimes». Et cheikh Qassem de clamer: «En ce qui nous concerne, nous voulons un Liban pour tous les Libanais, où tous les Libanais sont libres et gardent la tête bien haute, sans être les vassaux des autres Etats. Le Liban ne sera jamais un émirat saoudien.» (7)

De nouveaux accords type Sykes-Picot

L'Occident invente un nouveau Moyen-Orient. Interviewé sur la chaîne CNN, par Michaël Holmes, le général Michael Hayden, ancien chef de la CIA et de la NSA, a déclaré qu'on assistait à«l'effritement de l'ordre international post-Seconde Guerre mondiale (...) «l'effritement des frontières dessinées lors du traité de Versailles et des accords de Sykes-Picot (...)». Il a ajouté: «Je suis très tenté de dire que l'Irak n'existe plus, la Syrie n'existe plus, et ils ne vont pas redevenir ce qu'ils étaient. Le Liban est en train de vaciller et la Libye a cessé d'exister depuis un certain temps. Il s'agit d'une phase tectonique, au moment où une guerre est menée contre le terrorisme. Nous passons par un moment extrêmement complexe.» (8)

Dans le même ordre, l'ancien patron du renseignement extérieur allemand (BND), August Hanning, a affirmé que la division du Moyen-Orient selon de nouvelles frontières n'est pas une simple spéculation, mais c'est plutôt un projet mûr. Dans une interview accordée au journal libanais Assafir Hanning s'est demandé: «A quel point le Moyen-Orient constitue une région stable? Qu'en est-il de la situation régionale depuis l'accord de Sykes-Picot? Cette région est-elle stable ou non depuis la Première Guerre mondiale?».«A mon avis, cette région n'est pas stable effectivement, et nous devons repenser une nouvelle structure sécuritaire», a-t-il répondu. «Depuis la Première Guerre mondiale, des frontières très factices ont été mises en place. Regardez l'Irak, c'est un pays factice. La Syrie, je pense qu'elle est différente. Faisant le jeu de l'Occident, cet ancien responsable de renseignement allemand défend l'idée selon laquelle le conflit en Irak est sectaire, et omet de mentionner le rôle occidental et américain dans l'aiguisement des haines confessionnelles et dans le soutien aux groupes terroristes qui suivent une politique ségrégationniste.»(9)

Plus rien ne sera comme avant: l'Occident qui n'a jamais cessé d'instrumentaliser et d'attiser les tensions interethniques et interreligieuses continuera de plus belle. De ce fait, les peuples arabes n'ont pas fini de payer pour l'incurie de leurs dirigeants. Il est à craindre s'il n'y a pas une prise de conscience endogène dont la première mission est de déconstruire la doxa occidentale, qu'ils deviennent des peuplades qui, sortant de l'Histoire, seront installées dans les temps morts. La seule perspective est que ces peuples se choisissent d'une façon démocratique des hommes d'Etat fascinés par l'avenir qui au lieu de penser aux prochaines élections- généralement truquées- pensent enfin aux générations futures et donnent une perspectives à ces hommes et ces femmes dont le destin n'est pas de servir d'épaves données en pâture aux politiciens européens et américains qui se lavent les mains d'un chaos qu'ils ont eux-mêmes créé en dynamitant - pétrole oblige- des équilibres millénaires et subtils entre les communautés et ethnies, en Syrie, en Irak, en Libye. Ainsi va le monde!

1.http://fr.sputniknews.com/international/20160224/1022046338/chine-usa-investissements.html#ixzz419uXgpYd

2.http://www.politico.eu/article/why-the-arabs-dont-want-us-in-syria-mideast-conflict-oil-intervention/

3.Seymour M.Hersh http://www.voltairenet.org/article189822.html

4.http://reseauinternational.net/le-pentagone-sonne-par-lannonce-de-lenvoi-de-milliers-de-soldats-chinois-en-syrie/

5.http://www.voltairenet.org/article190331.html18 février

6.http://news360x.fr/les-mercenaires-du-pentagone-blackwater-al-qaida-au-nom-de-qui/

7.http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=288990&frid=18&seccatid=23&cid=18&fromval=1

8.http://edition.cnn.com/2016/02/25/politics/michael-hayden-2016-campaign-rhetoric/

9.http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?fromval=1&cid=18&frid=18&eid=246827

Source . L’Expression du 1.3,16

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