Clara Zetkin, la femme qui inventa le 8 mars

Publié le par Mahi Ahmed

Clara Zetkin, la femme qui inventa le 8 mars

8 Mars 2016

Publié par Saoudi Abdelaziz

Clara Zetkin, la femme qui inventa le 8 mars

Publié par Saoudi Abdelaziz

Cela s'est passé en 1910 à Copenhague. Sur proposition de l’Allemande Clara Zetkin, alors directrice de la célèbre revue Die Gleichheit (L’égalité), le 8 mars est devenu la Journée internationale des femmes au cours du congrès des femmes socialistes, réuni à Copenhague. Le congrès décide aussi que la journée du 8 mars est consacrée à "la propagande en faveur du vote des femmes".

Sept ans après en Russie, on enregistre un 8 mars qui fera date : c'est à la suite d’une manifestation de rue de femmes (auxquelles se sont joints des d'hommes) pour marquer le 8 mars à St-Petersburg que que se sont développés en 1917 les mouvements de masse appelés Révolution russe qui aboutira une semaine plus tard, à l'abdication du tsar Nicolas II et à l'instauration de la république.

Comment Clara Zetkin voyait l’émancipation de la femme

« De même que le travailleur est sous le joug du capitaliste, la femme est sous le joug de l'homme et elle restera sous le joug aussi longtemps qu'elle ne sera pas indépendante

économiquement.

La condition sine qua non de cette indépendance économique, c'est le travail.

Si l'on veut faire des femmes des êtres humains libres, des membres de la société à part entière au même titre que les hommes, il ne faut ni supprimer ni limiter le travail féminin, sauf dans quelques cas exceptionnels."

Louis Aragon chante Clara Zetkin

« La femme des temps modernes est née, et c’est elle que je chante. Et c’est elle que je chanterai », écrit Louis Aragon à la fin de son célèbre roman Les Cloches de Bâle. C’était de Clara Zetkin qu’il parlait.

Relisons ces deux dernières pages de ce magnifique roman :

"Dans le numéro de l’Humanité qui rend compte du congrès de Bâle, il est un discours dont pas une phrase n’a été rapportée. La mention du fait que ce discours a été prononcé y a même été omise. La présence au congrès de l’orateur n’est pas signalée dans ce journal.

D’après l’Humanité du lendemain, impossible de soupçonner même la présence de la militante allemande Clara Zetkin, qui y prit la parole au nom de toutes les femmes socialistes."Si nous, les mères, nous inspirions à nos enfants la haine la plus profonde de la guerre, si nous implantions en eux dès leur plus tendre jeunesse le sentiment, la conscience de la fraternité socialiste, alors le temps viendrait où à l’heure du danger le plus pressant il n’y aurait pas sur terre de pouvoir capable d’arracher cet idéal de leurs cœurs. Alors, dans les temps du danger et du conflit le plus terrible, ils penseraient d’abord à leur devoir d’homme et de prolétaire. Si nous les femmes et les mères, nous nous élevions contre les massacres, ce n’est pas que, dans notre égoïsme et notre faiblesse, nous soyons incapables de grands sacrifices pour de grands objets, pour un grand idéal; nous avons passé par la dure école de la vie dans la société capitaliste, et à cette école nous sommes devenues des combattantes… Aussi pouvons-nous affronter notre propre combat et tomber s’il est besoin pour la cause de la liberté".

Elle parle. Elle parle, non point comme une femme isolée, comme une femme qui a pris conscience pour elle-même d’une grande vérité, comme une femme à qui des circonstances exceptionnelles ont donné les connaissances et les facultés d’un homme, comme un homme de génie née dans un laboratoire humain. Elle parle au contraire comme une femme, pour les autres femmes, pour exprimer ce que pensent toutes les femmes d’une classe. Elle parle comme une femme dont l’esprit s’est formé dans les conditions de l’oppression, au milieu de sa classe opprimée. Elle n’est pas une exception. Ce qu’elle dit vaut parce que des milliers, des millions de femmes le disent avec elle. Elle s’est formé comme elles, non pas dans le calme de l’étude et de la richesse, mais dans les combats de la misère et de l’exploitation.

Elle est simplement à un haut degré d’achèvement le nouveau type de femme qui n’a plus rien à voir avec cette poupée, dont l’asservissement, la prostitution et l’oisiveté ont fait la base des chansons et des poèmes à travers toutes les sociétés humaines jusqu’à aujourd’hui.

Elle est la femme de demain, ou mieux, osons le dire : elle est la femme d’aujourd’hui. L’égale. Elle vers qui tend tout ce livre. Celle en qui le problème social de la femme est résolu et dépassé. Celle avec qui tout simplement ce problème ne se pose plus. Le problème social de la femme avec elle ne se pose plus différemment de celui de l’homme. C’est précisément parce que la victoire future du socialisme se prépare dans le combat contre la guerre, que nous autres femmes, nous renforçons ce combat. Moins encore que pour les ouvriers, les Etats nationaux peuvent être pour nous une patrie véritable. Nous devons nous-mêmes créer cette patrie dans la société socialiste qui seule garantit les conditions de la complète émancipation humaine. Maintenant, ici, commence la nouvelle romance. Ici finit le roman de la chevalerie. Ici pour la première fois dans le monde la place est faite au véritable amour. Celui qui n’est pas souillé par la hiérarchie de l’homme et de la femme, par la sordide histoire des robes et des baisers, par la domination d’argent de l’homme sur la femme, ou de la femme sur l’homme.

La femme des temps modernes est née, et c’est elle que je chante. Et c’est elle que je chanterai.

Louis Aragon. Les Cloches de Bâle

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