Mustapha Mekidèche : « L’année 2017 sera plus dure que 2016 qui sera probablement plus difficile que 2015 »

Publié le par Mahi Ahmed

Mustapha Mekidèche : « L’année 2017 sera plus dure que 2016 qui sera probablement plus difficile que 2015 »

jeudi 7 janvier 2016 | Par Hadjer Guenanfa | Entretiens

MUSTAPHA MEKIDECHE

Mustapha Mekideche est économiste et expert international. Dans cet entretien, il revient sur la situation économique de l’Algérie et les données de la dernière note de conjoncture sur les tendances monétaires et financières.

Les réserves de change et Fonds de régulation des recettes continent de fondre. Quel est l’impact de ces baisses sur l’économie ?

D’abord, cela était prévisible sauf que la situation est un peu plus grave par rapport à ce qui a déjà été anticipé. Aujourd’hui, le Brent est en dessous des 35 dollars et cela est quand même préoccupant car paradoxalement le conflit entre l’Arabie saoudite et l’Iran a eu des répercussions négatives sur les prix. Ensuite, le recours aux réserves de change pour rétablir les équilibres extérieurs notamment ceux de la balance des paiements et de la balance commerciale a été du même ordre que ce qui a été prévu par la Banque d’Algérie. En fait, ceux qui pensaient que le prix du baril allait reprendre se sont trompés. Je l’ai déjà dit sur votre journal : nous sommes installés dans une crise à cycle long.

Est-ce que les prix du pétrole vont continuer de baisser ?

Les éléments de redressements des cours (de pétrole) ne pourront être espérés qu’à partir de 2020, comme le dit l’Agence internationale de l’énergie. Pour le moment, on est dans une situation préoccupante d’excès durable de l’offre pétrolière sans perspective d’une reprise significative de la croissance mondiale. L’année 2017 sera plus dure que 2016. Et celle de 2016 sera probablement plus difficile que 2015. Selon la Banque d’Algérie, le FRR couvrira le déficit de 2016 seulement. Pour 2017, il va falloir trouver d’autres sources de financement du déficit soit par un emprunt intérieur, soit par une diminution drastique des dépenses, ce qui n’est pas possible. On est dans une situation sérieuse. Je comprends parfaitement les inquiétudes du gouverneur de la Banque d’Algérie.

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Est-ce que les mesures prises dans le cadre de la Loi de finances 2016 sont à même d’enrayer ces baisses ?

Elles vont dans la bonne direction. Les augmentations des tarifs de l’électricité, du gaz et des carburants remettront les choses dans un ordre de grandeur qui va contribuer à mon avis à diminuer le gaspillage et les trafics aux frontières. Mais il reste à aborder les grands dossiers de réformes des subventions pour les diriger sur les segments de la société qui en ont besoin. Il faudra également fermer tous les robinets de rente qui restent pour beaucoup d’entre eux encore ouverts. C’est un travail qui doit se faire à la fois sur le plan économique, financier mais également politique. Si ces réformes ne se font pas, on va droit dans le mur.

Donc ces mesures ne sont pas suffisantes ?

Elles ne sont pas suffisantes pour la bonne raison qu’on n’a pas encore touché aux dépenses de fonctionnement de l’appareil de l’État et au dossier des subventions. C’est une course contre la montre. Si on n’arrive pas à récupérer une partie des moins-values de la fiscalité pétrolière par la fiscalité hors hydrocarbures basée sur l’investissement des entreprises et du secteur productif, on va se retrouver dans une situation de déficit qu’on va devoir combler par le recours au marché financier intérieur ensuite au marché extérieur. Il ne faut pas rêver et raconter n’importe quoi à l’opinion publique. D’ailleurs, le dernier discours du président de la République met l’accent sur la gravité de la situation financière. Dans son message, il a appelé les pouvoirs publics à dire la vérité. Maintenant, il va falloir prendre cette crise au sérieux à la fois en termes de durabilité et en termes d’impact.

Une loi de finances complémentaire 2016 s’impose plus que jamais ?

Si le prix du Brent demeure en dessous de 40 dollars, il va falloir faire d’autres efforts de restriction budgétaire et aller vers un emprunt national. D’ailleurs, je pense qu’il faut appeler à un emprunt national rapidement pour pouvoir couvrir ce déficit budgétaire. À mi-parcours, une loi de finances complémentaire sera nécessaire pour recadrer les éléments de cadrage qui ont été mis dans la Loi de finances initiale : les niveaux d’inflation, le niveau des recettes provenant de la fiscalité pétrolière, le niveau des recettes provenant de la fiscalité ordinaire et les effets de la rationalisation budgétaire. Je crois qu’il faut une observation de conjoncture très précise pour le premier semestre 2016 d’abord et ensuite pour le deuxième semestre. Les rapports de conjoncture du Cnes, qui va d’ailleurs être constitutionnalisé, seront donc très attendus

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