De Genève I et II aux Accords de Vienne, un 2ème Yalta) Pourquoi Russes et Américains doivent mettre un terme à la guerre civile en Syrie ?

Publié le par Mahi Ahmed

De Genève I et II aux Accords de Vienne, un 2ème Yalta) Pourquoi Russes et Américains doivent mettre un terme à la guerre civile en Syrie ?

par Medjdoub Hamed

Source: Le Quotidien d'Oran

Selon le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, «le cessez-le-feu entre Damas et l'opposition syrienne prévu par le processus engagé à Vienne, samedi (14 novembre 2015), lors de la réunion du Groupe international de soutien à la Syrie, devrait aider considérablement les efforts pour combattre le groupe Etat islamique. « C'est un pas de géant », « si nous pouvons le faire […] Nous sommes en théorie proches en termes de semaines de la possibilité d'une grande transition en Syrie ». Il a ajouté : « Nous ne parlons pas là de mois, mais de semaine avec un peu de chance ». (1)

1ère partie

Peut-on partager cet optimisme quand on sait que non seulement la Syrie est devenue un champ de ruine, mais l'Irak est aussi un pays dévasté par plus de 30 ans de guerre et d'embargo. Et aujourd'hui ces deux pays sont traversés par des guerres interconfessionnelles où chaque faction n'aspire qu'à conquérir plus de territoire.

1. ACCORDS DE GENEVE I

Pour comprendre les accords de Vienne I et leur impact sur la guerre civile en Syrie, il est important de rappeler les accords de Genève I et II.

Le 30 juin 2012, l'émissaire international Kofi Annan annonce que les États membres du groupe d'action sur la Syrie se sont mis d'accord sur les principes d'un processus de transition politique dirigé par les Syriens. (2) «La formation d'un gouvernement d'union nationale, qui pourrait inclure des membres de l'actuel gouvernement et des membres de l'opposition, se fera sur la base d'un consentement mutuel, a déclaré le représentant spécial de la Ligue arabe et des Nations unies pour la Syrie. Le groupe d'action sur la Syrie a par ailleurs souligné l'importance de la mise en œuvre de réformes constitutionnelles et l'organisation d'élections libres et justes.»

Interrogé sur l'avenir du président syrien Bachar Al-Assad, Kofi Annan souligne que le « document est clair sur les grandes lignes directrices et les principes pour assister les parties syriennes alors qu'elles avancent dans la transition et établissent un gouvernement de transition et effectuent les changements nécessaires». L'avenir de Bachar Al-Assad «sera leur affaire». Pour la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, l'accord ouvre la voie à la formation d'un gouvernement national de l'après-Assad». «Assad doit toujours partir», a-telle déclaré lors d'une conférence de presse. Elle a ajouté : «Ce que nous avons fait ici, c'est détruire la fiction selon laquelle lui et ceux qui ont du sang sur les mains pourraient rester au pouvoir. Washington travaille à un nouveau projet de résolution de l'ONU prévoyant les conséquences réelles et immédiates» en cas de non-respect.

Pour le ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, « Le gouvernement de transition défini dans l'accord « sera choisi par consentement mutuel, ce qui exclut les massacreurs ». Dans ces conditions, « il ne fait pas de doute que le président Bachar Al-Assad doit quitter le pouvoir ».

Quant aux ministres des affaires étrangères russe et chinois : « La manière précise dont le travail de transition […] est mené sera décidé par les Syriens eux-mêmes ». (Sergeï Lavrov) et « Un plan de transition « ne peut qu'être dirigé par les Syriens et être acceptable pour toutes les parties importantes en Syrie. Des personnes de l'extérieur ne peuvent pas prendre des décisions pour le peuple syrien » (Yang Jiechi)

Que peut-on dire de l'accord de Genève I et des positions occidentales sur cet accord ? Tout d'abord l'absence manifeste des représentants du régime syrien et de l'opposition armée rend difficile son application. Surtout qu'il n'est pas suivi d'un programme de rencontres entre les parties syriennes en conflit. Tout juste un appel à un « gouvernement de transition » et le « consentement mutuel » qui est déjà battu en brèche par les parties occidentales qui se concentrent sur le départ de Bachar Al-Assad du pouvoir, alors que, selon l'accord, c'est aux Syriens eux-mêmes de trancher sur la question. Il est évident que ces injonctions obéissent aux intérêts géostratégiques que les États-Unis et la France ont dans la région. Ce qui met ces accords « conditionnés » et en porte-à-faux avec les aspirations légitimes du peuple syrien, pour lui permettre de déterminer lui-même son avenir.

2. UNE HUMANITE DE PLUS EN PLUS DESHUMANISEE

La crise syrienne va entre mi-2012 et janvier 2014 empirer, les destructions de la guerre augmenteront l'exode des populations hors de leurs foyers. Des millions de Syriens se trouveront dans des camps en Turquie, en Jordanie, en Afrique du Nord et des milliers d'embarcations de fortune mèneront des « immigrants surtout syriens », au péril de leur vie, vers l'Europe. Des centaines de milliers de familles sont éclatées, pour une partie dans les camps de toile turcs et jordaniens, pour un autre mendiant en Afrique du Nord, pour d'autres noyés dans la mer Méditerranée, ou ceux qui atteignent les rivages européens et américains mis, ils sont mis sous surveillance.

Ce que l'on constate dans les 700 000 immigrants en majorité syriens en Europe, c'est cette désolante détermination des pays européens (Slovénie, Autriche, Croatie…) d'ériger des clôtures de barbelés à leurs frontières pour ne pas laisser entrer des Syriens devenus de pauvres hères humains désormais apatrides. Parqués dans les camps, ballotés de pays en pays, refoulés par des clôtures de barbelés en Europe, une multitude noyée en mer, des millions d'êtres humains n'ont désormais que Dieu pour les défendre. Et où est la solidarité des peuples, tous humains par essence ?

Aux États-Unis, par exemple, un pays qui accueillait déjà très peu les réfugiés syriens ont voté hier (le 19 novembre 2015) les représentants du Congrès américain, une loi pour restreindre leurs arrivées. Le motif invoqué : la crainte qu'ils cachent des djihadistes.

Le candidat noir et républicain à la Maison Blanche, Ben Carson, compare les réfugiés syriens, fuyant la guerre civile et la violence, à des « chiens enragés ». « Ben Carson, neurochirurgien à la retraite et l'un des prétendants les plus sérieux au poste de candidat républicain à l'élection présidentielle de 2016, s'est exprimé lors d'une étape de sa campagne dans l'Etat d'Alabama, au sud des Etats-Unis. « Nous devons faire la part des choses entre la sécurité et l'humanitaire » a dit M. Carson, à propos de l'accueil de réfugiés syriens sur le sol américain.

« Si un chien enragé s'aventure dans votre voisinage, vous n'allez probablement pas en penser du bien. Et vous mettrez probablement vos enfants hors de son chemin. Cela ne veut pas dire que vous détestez tous les chiens », a-t-il dit. Ben Carson a demandé la mise en place « de mécanismes de contrôle qui nous permettent de déterminer qui sont les chiens enragés ». (3)

Cette déclaration témoigne de la pensée égoïste de l'homme qui n'a plus de compassion pour son prochain, ne pensant pas qu'un jour que ce qui arrive à la Syrie peut arriver à l'Amérique. Prime aujourd'hui pour les pays riches, parce qu'ils sont en avance économiquement et scientifiquement, que leur confort et leur vivre uniquement pour-soi, alors que les malheurs qui s'abattent sur les autres peuples proviennent souvent des manœuvres subversives des pays riches qui convoitent leurs richesses. L'inhumain, malgré les formidables avancées dans les sciences et les droits de l'homme, continue de gagner une humanité de plus en plus déshumanisée.

3. ACCORDS DE GENEVE II

Après Genève I, Kofi Annan annonce, le 2 août 2012, sa démission de son poste de médiateur de l'ONU et de la ligue arabe en Syrie. Pour rappel, Kofi Annan a été désigné pour ce poste le 23 février 2012. C'est l'Algérien Lakhdar Brahimi qui va succéder, le 17 août 2012, à Kofi Annan et prendre son bâton de pèlerin pour tenter de ramener les parties syriennes en conflit armé à la paix. S'il reçoit le soutien des pays occidentaux, de la Chine, de la Russie et des pays alliés, il va à la fin de sa médiation s'apercevoir que sa mission était tout simplement « impossible ».

Mais la situation sur le terrain va se complexifier. La guerre qui va fait rage entre les troupes gouvernementales et les rebelles aura des conséquences humaines et matérielles considérables. Plus de 200 000 morts et des centaines de milliers de blessés, des villes détruites ou partiellement détruites par les effets des bombardements. La militarisation du conflit, les aides étrangères en matériel de guerre et au recours du djihadistes étrangers, comme naguère en Afghanistan et en Irak, permirent à l'opposition armée d'engranger des victoires tactiques. Des régions entières de la Syrie sont entre les mains des insurgés. Au Sud, les provinces de Deraa, de Soueïda et dans le sud de Damas. Au centre, Hama, Homs sont en partie sous contrôle des rebelles. Au Nord, Idlib est pratiquement tombé aux mains des rebelles. A Alep où les combats font rage, le front s'enlise jusqu'à ce que, bien plus tard, l'appui aérien russe vienne desserrer l'étau sur les forces loyalistes en octobre 2015. L'Etat islamique qui va se proclamer califat à la mi-2014 est désormais de la partie dans les combats en Syrie.Et c'est dans ce contexte d'embrasement que l'envoyé onusien, Lakhdar Brahimi arrive, pour la première fois, depuis le début du conflit en Syrie en mars 2011, à réunir les représentants du régime syrien et de l'opposition à la même table de négociation, le 25 janvier 2014. A 10h 30, les deux délégations étaient réunies à Genève, autour du médiateur de l'ONU chargé du conflit syrien.

Mais la rencontre ne donnera guère de visibilité à la crise syrienne tant l'opposition et le régime restaient cramponnaient à leur propre lecture du communiqué de Genève I (juin 2012), qui sert de référence à la conférence. Les anti-Bachar Al-Assad se concentraient sur la clause qui appelle à la formation d'un gouvernement transitoire doté des pleins pouvoirs, ce qui signifie le départ de l'actuel président du pouvoir. La mise en place de cet organe sans Bachar Al-Assad devient la clé de sortie de crise.

Il était évident qu'une telle revendication pour la délégation du régime syrien était inacceptable. Surtout « que le président syrien a annoncé dans un entretien à l'AFP qu'il y avait de « fortes chances » pour qu'il soit candidat à un nouveau mandat en juin, excluant de confier les pouvoirs à un opposant ». (4)

Devant ce dialogue de sourds entre l'opposition et le gouvernement syriens, le médiateur algérien de l'ONU, après trois semaines de discussions à Genève, mit fin le 15 février 2015 à la conférence, sans fixer aucune date de reprise.

Le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, a rapidement réagi, condamnant l'attitude du régime syrien, qui a bloqué toute avancée sur l'établissement d'un gouvernement de transition et multiplie les violences et les actes de terreur à l'encontre des populations. Faisant allusion à la Russie, M. Fabius poursuit : « Ceux qui exercent une influence sur le régime doivent l'amener au plus vite à respecter les demandes de la communauté internationale ». (5)

4. CRITIQUE DE LAKHDAR BRAHIMI, APRES SA DEMISSION DE SA FONCTION ONUSIENNE POUR LA SYRIE

Deux mois plus tard, après l'échec de la conférence Genève 2, le 13 mai 2014, Lakhdar Brahimi annonce sa démission de sa fonction de médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe en Syrie.

Que peut-on dire de ces deux conférences, Genève 1 et 2 ? La mission de médiation, il faut le dire, dès le départ, était vouée à l'échec. Pourquoi ? Lakhdar Brahimi, dans une interview accordée à L'Orient Le Jour, en donne un aperçu. Aussi, écoutons-le ! (6)

Chloé Domat (L'Orient Le Jour). — Depuis quatre ans maintenant, la guerre fait rage en Syrie. Le bilan est très lourd : plus de 200 000 morts, 1 million de blessés, la moitié de la population syrienne déplacée. Quelle est votre appréciation de la situation ?

Lakhdar Brahimi. — J'ai l'impression que tout le monde se rend un peu plus compte que c'est un problème extrêmement sérieux, mais il semble que les gens qui ont les moyens d'y mettre fin ne soient pas prêts à faire les concessions nécessaires à une solution.

C. D. Pendant près de deux ans, vous avez été l'envoyé spécial de l'ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie. Vous avez mené les négociations. Pourquoi votre mission a-t-elle échoué ?

L. B. — Elle a échoué parce que les protagonistes les plus importants à l'intérieur de la Syrie d'abord — mais aussi, il faut le dire, à l'extérieur de la Syrie – continuaient à avoir pour objectif une victoire totale. Le gouvernement a toujours affirmé que c'était une conspiration qui venait de l'extérieur et qu'il faisait son devoir pour protéger la population syrienne. De l'autre côté, les opposants au régime, c'est-à-dire les Syriens et ceux qui les soutenaient à l'étranger, ont toujours dit que la solution commencerait par le départ du président Bachar Al-Assad et la chute du régime. Ni l'un ni l'autre n'envisageait une solution autre que l'imposition de son point de vue. Je ne me faisais pas d'illusions. Je savais très bien que ce serait très difficile, mais nous n'avons pas fait de progrès et donc à un certain moment il fallait bien dire «ça suffit». C'était en réalité le meilleur et le seul moyen dont je disposais pour attirer davantage l'attention sur ce problème très douloureux et qui coûte tellement cher au peuple syrien.

(…)

C. D. — Parlons de ce nouvel acteur : l'organisation de l'État islamique. Il n'existait presque pas quand vous meniez les négociations, comment pèse-t-il dans la balance aujourd'hui ?

L. B. — Il existait mais on ne regardait pas dans cette direction. Il s'agit d'une organisation irakienne, qui a pris la suite d'Al-Qaïda et s'est étendue vers la Syrie. Tout le monde la voyait mais personne ne faisait attention parce que tout le monde était concentré sur le fait de se débarrasser du régime de Bachar Al-Assad. Entre temps cette organisation s'est autoproclamée État, califat, mais ça ne change pas grand-chose. Ses membres ont une présence réelle, cependant je dis depuis le premier jour qu'ils seront vaincus. Combien de temps cela va-t-il prendre ? Tout dépend de la coopération entre différents pays. Depuis quelques mois, une coalition menée par les États-Unis intervient militairement contre l'organisation de l'État islamique en Syrie et en Irak.

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par Medjdoub Hamed *

2ème partie

5. LE PRONOSTIC DE L'ANCIEN MEDIATEUR DE L'ONU, LAKHDAR BRAHIMI

Parlons des points forts énoncés par Lakhdar Brahimi. D'abord que « ceux qui ont les moyens d'y mettre fin ne soient pas prêt à faire des concessions nécessaires à une solution ». L'ancien médiateur algérien de l'ONU adopte ici un vocable diplomatique. Mais, il sait très bien que la Syrie est un maillon pour ainsi dire « absolu » dans la viabilité de l'axe Iran-Irak-Syrie-Liban (Hezbollah). Si le régime de Bachar Al-Assad tombe, la Syrie est morte pour l'axe chiite. Et tout Moyen-Orient est déstabilisé. Forcément, au Liban, le Hezbollah, privé de la Syrie par où provient son arsenal militaire, sera à son tour touché, et progressivement il sera démantelé.

Que restera-t-il ? L'Iran et l'Irak ! Les Chiites de Bahreïn seront forcément muselés. Les Houthis du Yémen passeront des moments difficiles. Il est évident que même si la communauté alaouite se replie sur la région de Lattakié, il lui sera difficile de ne pas supporter la pression sunnite. Et c'est ce qu'a exprimé le Guide suprême Ali Khamenei dans les jours de célébration de l'Aïd-el-fitr, en août 2012 : « La Syrie est notre première ligne de défense. Nous combattons là-bas pour notre propre compte. Nos ennemis viendront vers nous après la Syrie, et c'est pour les ralentir et résister à leurs plans que nous nous y battons » (7)

D'autre part, la Russie pourra-t-elle continuer à occuper le port de Tartous, en Syrie ? On ne peut oublier que la Syrie et la Russie sont séparées par des milliers de kms. Et le port syrien de Tartous n'est pas le port de Sébastopol, qui se situe en Crimée, une région séparée de la frontière russe de quelques kms de mer et est majoritairement russophone.

La chute du pouvoir de Damas aura alors des conséquences incalculables pour la Russie. Et on comprend dès lors la réponse sibylline de Lakhdar Brahimi. Et ce qu'il dit : « Elle a échoué parce que les protagonistes les plus importants à l'intérieur de la Syrie d'abord — mais aussi, il faut le dire, à l'extérieur de la Syrie – continuaient à avoir pour objectif une victoire totale. Chaque camp désire une « victoire totale ». En effet, le camp occidental comme les pays monarchiques veulent une « victoire totale », et d'ailleurs le président américain Obama comme le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, ne cessent de demander le départ de Bachar Al-Assad.

Si le président syrien actuel partait, le régime forcément s'affaiblirait. Qui sera le président ? Et d'où viendra un nouveau président de la transition ? De l'opposition ou du régime de Damas ? Et c'est là toute la problématique.

Et on comprend pourquoi Lakhdar Brahimi lorsqu'il a déclarait dans l'interview : « Ni l'un ni l'autre n'envisageait une solution autre que l'imposition de son point de vue. Je ne me faisais pas d'illusions. Je savais très bien que ce serait très difficile, mais nous n'avons pas fait de progrès et donc à un certain moment il fallait bien dire « ça suffit » ». En effet, ça suffit ! Cela ne servirait rien son travail d'intermédiation quand l'émissaire onusien trouve en face de lui toutes les portes fermées.

Quant à la question de l'Etat islamique, comme il le dit : « Tout le monde voyait mais personne ne faisait attention parce que tout le monde était concentré sur le fait de se débarrasser du régime de Bachar-Al-Assad. Entre temps cette organisation s'est autoproclamée État, califat, mais ça ne change pas grand-chose. » Là encore, on voit la justesse de ses propos. En effet, de manière sibylline, « tout le monde voyait pour ne pas voir » (personne ne faisait attention), parce que les puissances qui parrainaient ce mouvement ont tout fait pour qu'il ne soit pas vu.

L'Etat islamique et ses victoires ne sont pas sortis en 2014 du néant, tout était préparé pour que trois grandes factions opposantes émergent et prennent progressivement en étau, après des années de combat, le régime loyaliste de Damas. C'est ainsi que, si au Sud de Syrie, la faction (Armée syrienne libre ou ASL et autres formations islamistes) activait dans la province de Deraa, une deuxième faction avec une nébuleuse de groupes islamistes activait au Nord-Ouest, dans la région d'Idlib. Mais l'effort déterminant venait du Centre-Est et Nord-Est avec la montée en puissance de l'Etat islamiste en Irak et au Levant qui a contrebalancé l'issue de la guerre, dès 2014, en défaveur du pouvoir de Damas. Et malgré les frappes aériennes de la coalition occidentale, à partir d'août 2014, contre lui, Etat islamique a continué à enregistrer des victoires.

Et c'est cela qui est étrange. Comment est-ce possible qu'une coalition occidentale de plusieurs grandes puissances – dont les États-Unis, première puissance mondiale –, et qui compte une soixantaine de pays dont une quinzaine intervienne militairement par des bombardements aériens, n'arrive pas à arrêter la marche victorieuse de l'EI ? Et c'est là où le pronostic de Brahimi est juste : « Ses membres (EI) ont une présence réelle, cependant je dis depuis le premier jour qu'ils seront vaincus. Combien de temps cela va-t-il prendre ? Tout dépend de la coopération entre différents pays. Depuis septembre 2014, une coalition menée par les États-Unis intervient militairement contre l'organisation de l'État islamique en Syrie et en Irak. Cependant, ce qui est certain, et de par les monstruosités qu'ils commettent, l'Etat islamique se condamne, et il sera forcément vaincu par sa cause qui n'est pas juste. Pense-il qu'il pourra gouverner par la terreur ? En décapitant ceux qui n'acceptent pas sa barbarie. Et la barbarie ne fait pas partie de l'Islam, bien, au contraire, l'Islam condamne la barbarie d'où qu'elle vienne. Et toute religion de Dieu condamne les monstruosités d'où qu'elles viennent, y compris ceux qui les parrainent. Et il y a là un jugement de Dieu, ici bas, sur terre et sur après-terre, pour ceux qui ne le savent pas ou qui croient trop le savoir et se disent islamistes.

L'humanité n'existe pas de manière désordonnée, son évolution n'est pas chaotique. La Terre n'est pas une création du hasard, n'est pas suspendu dans l'« étant sidéral » sans qu'il n'y ait une Force qui la maintienne dans cet Espace, ni que l'homme est venue du néant.

6. LE 23 OCTOBRE 2015, LA CONFERENCE A VIENNE RESSEMBLAIT CURIEUSEMENT A UN «2EME YALTA MOINS CHURCHILL»

Précisément, personne ne s'attendait que cette prise en étau par les trois factions et qui allait emporter le régime politique de Damas allait trouver un « antidote » devant elle. L'« appel au secours » de Bachar Al-Assad à la Russie est venu arrêter ce plan diabolique occidental de déstabilisation de tout un peuple, d'une nation toute entière. Pourquoi ? Au nom d'enjeux étroits que visent les puissances occidentales sans prendre en compte qu'un peuple va être livré pieds et poings liés à l'errance.

C'est ainsi que tout est allé très vite. Les frappes russes commencées le 30 septembre 2015 ont, après un mois et demi de bombardements, changé la donne. Le camp occidental, malgré ses récriminations que la Russie ne vise pas l'Etat islamique mais vise les factions, s'est à la fin résolu d'organiser une réunion internationale pour discuter de la crise syrienne. Sur ce point, il faut plutôt dire que le camp occidental a été obligé par les frappes russes sur ses protégés.

Le secrétaire d'État américain John Kerry a donné le ton le 19 septembre à Londres en déclarant, aux côtés de son homologue britannique, Philip Hammond, que M. Assad devrait partir mais que le calendrier était négociable. La chancelière allemande, Angela Merkel, est allée dans le même sens en estimant qu'il fallait parler avec M. Assad. Le président français, François Hollande, continue de son côté d'insister sur le fait que « l'avenir de la Syrie ne peut pas passer par M. Assad », mais précise que la France « discute avec tous et n'écarte personne ». L'annonce faite hier des premières frappes françaises contre l'organisation État islamique (EI) en Syrie, notamment à Deir ez-Zor où le régime combat l'EI, fait d'ailleurs écho aux propos tenus le 16 septembre par le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian : « Notre ennemi, c'est Daech. Bachar el-Assad, c'est l'ennemi de son peuple. » (8)

Et rapporte L'Orient Le Jour : « Les tractations sérieuses devraient commencer aujourd'hui avec les discours des présidents américain, russe, chinois, français et iranien devant l'Assemblée générale de l'Onu, avant la rencontre bilatérale entre Barack Obama et Vladimir Poutine. » Il est évident qu'une perspective de l'« intrusion de la Russie » dans les airs de l'Irak et de la Syrie a commencé à changer l'approche occidentale sur la crise syrienne. Et que le ton est donné dans l'Assemblée des Nations Unies, qui a permis une rencontre de « décider et d'aplanir leurs vues » entre les Deux Grands du monde. L'épisode ukrainien est encore présent dans les esprits occidentaux. (8)

Et bizarrement, avant même les frappes russes le 30 septembre 2015, l'ancien président libanais, Michel Sleiman, reçu le 28 septembre 2015, par le président français, François Hollande, appelait à un « Genève 3 » (9), soit deux jours avant les frappes russes. Comme si la France, à travers l'ancien président du Liban, avait été avertie comme d'ailleurs les autres pays occidentaux par Moscou de l'imminence des frappes russes contre les positions des factions rebelles au régime de Damas. Puisque vingt cinq jours plus tard, le 23 octobre 2015, se réunissent, à Vienne, les chefs de la diplomatie russe, américaine, turque et saoudienne, pour réfléchir à une solution politique. Si aucun accord n'est sorti de cette première rencontre quadripartite, le ton était déjà positif puisque le secrétaire d'État américain a qualifié ce premier rendez-vous de « constructif ». (10)

Bien que les chefs de la diplomatie des quatre pays ne soient pas parvenus à un accord sur le sort du président Bachar Al-Assad, il demeure cependant que la position russe était intraitable sur le sort d'Assad. « Avant de dépêcher son ministre Lavrov à Vienne, le président russe Vladimir Poutine, qui s'affiche désormais comme l'acteur incontournable dans le règlement militaire et politique du conflit, avait lui affirmé que « l'objectif des États-Unis était de se débarrasser d'Assad ». Au contraire, avait fait valoir le maître du Kremlin, « notre but est de vaincre le terrorisme [...] et d'aider le président Assad à revendiquer la victoire contre le terrorisme ». » (10)

Au sujet de la position russe, il était évident que la Russie défendait un intérêt géostratégique majeur en Syrie. Et le port de Tartous était la seule lucarne pour ses forces stratégiques dans la mer Méditerranée, un port aussi important que Sébastopol en Crimée. Alors que les États-Unis ont une multitude de bases dans les monarchies du Golfe.

A ce sujet, on peut dire que la « Nature a horreur du vide ». Il est impossible qu'« un Etant n'ait pas son contraire ». C'est une loi de la nature. L'Être a son non-être, la vie a la mort, le mal a le bien, le jour a la nuit, forcément, les Américains ont les Russes, et si cela ne suffit pas, ils ont aussi la Chine. Et l'Arabie saoudite a l'Iran. Ce que les grandes puissances ne comprennent pas, c'est que l'existence humaine est dans un certain sens une philosophie dialectique d'exister pour ne pas exister. Où le temps est et n'est pas, et est sans fin. Et dans cette philosophie, il y a de tout, du Platon, de l'Aristote, du Parménide, etc., à Schopenhauer, à Hegel, à Nietzsche, à Sartre, à Camus, etc. Et ces philosophes expliquent et n'expliquent pas le « sens de l'humain », car l'homme, et à travers lui l'humanité, « n'existe pas pour seulement exister ». Et c'est là la problématique de l'humain, et le malheur des guerres pour les peuples.

Précisément, à ce propos, le Genève 3 (Vienne) était dans l'air du temps, parce qu'il a été provoqué non pas par les Russes qui eux n'ont fait que riposter, mais par ceux qui croyaient gagner et qu'ils vont bientôt avoir la peau de Bachar Al-Assad. « Sans penser un instant qu'ils vont provoquer un processus qui va changer le cours de la guerre et les amener à s'asseoir à la table avec leurs ennemis ». Ironie de l'Histoire, doit-on dire ? Ou ironie du temps ? Et les Américains se sont faits piégés par les Russes sans le savoir, sans penser un instant que ces derniers allaient être aussi de la partie. Ils ont cru que Damas va tomber et que la Russie n'a pas d'énergie, occupée par l'Ukraine. Et la Syrie pour la Russie est lointaine. Et c'est ainsi, par ce renversement de l'histoire, que les deux grands protagonistes du monde ont compris qu'il ne pourrait y avoir une solution militaire. Désormais les deux grandes puissances du monde sont à pied d'œuvre en Syrie, et toutes deux procèdent à des bombardements selon leurs intérêts géostratégiques propres et qui sont « opposés par essence ». Par conséquent, continuer la guerre ne fera qu'augmenter les souffrances des peuples qui sont innocents, qui n'ont rien à voir à ces objectifs de domination, et qui ne désirent que la paix. Qu'on ne les tue pas, et qu'ils retournent à leurs foyers pour vivre en paix. Et ils ne recherchent même pas « cette démocratie qui tue, qui éclate des millions de familles hors de leurs logis, de leurs villes, de leurs pays. » Et parqués ensuite par millions dans des camps de l'ONU ou errant à travers monde. Est-elle juste la cause occidentale et des monarques arabes dans la barbarie dans laquelle ils ont jeté un peuple entier ? Un peuple qui a perdu tout espoir en l'homme censé être civilisé ?

Précisément, la réunion à Vienne s'imposait. Et surtout la prise de conscience d'une situation sans issue en Syrie a fait que les quatre pays se sont convenus de poursuivre leurs consultations sur le dossier syrien. Ils se donnent rendez-vous, dans une semaine, le 30 octobre pour une réunion élargie.

Ce qu'on remarque dans ce rendez-vous qui a « défriché » le terrain sur la Syrie pour le prochain rendez-vous, à la fin octobre 2015, est « aucune nation européenne n'a été invitée ». Il était évident que ni la France de travers Hollande ou Fabius, ni le Royaume-Uni de Cameron, pourtant alliés, n'ont été appelés. « Cette conférence du 23 octobre 2015 ressemble étrangement à une conférence qui s'est tenue à Yalta, du 4 au 11 février 1945. » Les deux Grands ne veulent pas des pays européens qui perturberaient leurs décisions. Et la Turquie comme l'Arabie saoudite ont assisté, un peu, comme des figurants devant les options dictées par les deux grandes puissances du monde. Aussi peut-on dire que la conférence de Vienne ressemble à un « 2ème Yalta moins Churchill ».

7. ACCORDS DU 30 OCTOBRE A VIENNE : «L'ESPOIR DE SORTIE DE CRISE POUR LE PEUPLE SYRIEN EST PERMIS»

Le vendredi 30 octobre 2015, s'ouvre une nouvelle réunion à Vienne, cette fois-ci élargie à d'autres pays, pour tenter de trouver une issue à la guerre en Syrie. Les 17 pays réunis dont les deux acteurs majeurs, les États-Unis et la Russie, et à eux se sont joints pour la première fois l'Iran, et également les chefs de la diplomatie des principaux pays arabes concernés par le conflit à savoir l'Arabie Saoudite, l'Egypte et le Liban ainsi que leurs homologues turc, français, anglais et allemand et la Haute représentante de l'Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini. Mais sans la présence des représentants du régime syrien et de l'opposition, lesquels seront certainement appelés à intervenir dans les prochaines négociations.

De Genève I et II aux Accords de Vienne, un 2ème Yalta) Pourquoi Russes et Américains doivent mettre un terme à la guerre civile en Syrie ?

par Medjdoub Hamed *

Suite et fin

Dans un communiqué commun, les participants aux pourparlers reconnaissent que « des divergences subsistent » mais ajoutent qu'il est « impératif d'accélérer tous les efforts diplomatiques pour mettre fin à la guerre ». Et de demander à l'ONU de réunir des représentants du gouvernement syrien et de l'opposition afin de lancer « un processus politique conduisant à une gouvernance crédible, inclusive, non-sectaire, suivie d'une nouvelle constitution et d'élections ». (11)

Pour la première fois, le médiateur de l'ONU pour la Syrie, Staffan Mistura, qui a remplacé, le 10 juillet 2014, Lakhdar Brahimi, « a affirmé, dans une interview exclusive accordée à France 24, que cette journée avait « tout le potentiel » pour marquer « le début d'une sortie de crise en Syrie ». « Il arrive un moment où tout le monde comprend qu'on ne peut pas continuer comme ça », a-t-il ajouté, estimant que l'afflux des réfugiés en Europe et l'intervention russe en Syrie avaient « changé la donne ». » (11)

Et cet émissaire onusien a parfaitement raison. La vérité est là. Toutes les grandes puissances mondiales, excepté la Chine, sont là, avec leurs aéronefs dans les airs, au-dessus des deux pays centraux du Moyen-Orient, en train de bombarder des cibles qui sont des peuples dont des franges extrémistes ont été armés par leurs soins. Et, aujourd'hui, on les bombarde. Des déchirements de peuples à l'image des antagonismes entre les grandes puissances du camp Ouest contre celles du camp Est comme si la Guerre froide n'est pas enterrée. Force de dire qu'elle ne l'est pas.

Il faut aussi préciser que c'est l'intervention russe et non pas l'afflux des réfugiés qui a changé la donne en Syrie. Les réfugiés sont ou seront parqués et disséminés entre les régions occidentales et le reste du monde, tout au plus.

D'ailleurs, le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies Ban Ki-Moon a dénoncé en 2012, lors de la démission de Kofi Annan, cet antagonisme entre les puissances. « L'Assemblée générale de l'ONU a adopté vendredi 3 août 2012, à une large majorité, une résolution appelant à une transition politique à Damas et « condamnant l'inaction du Conseil de sécurité sur le conflit syrien ». Ce vote est avant tout symbolique au lendemain de la démission de Kofi Annan. Pour le secrétaire général Ban Ki-Moon, la crise syrienne est désormais « une guerre par procuration entre grandes puissances. » (12)

Le communiqué commun des participants aux discussions de Vienne souligne que « Daech [acronyme de l'organisation de l'État islamique, NDLR] et les autres groupes terroristes, désignés comme tels par le Conseil de sécurité de l'ONU et comme convenu par les participants, doivent être vaincus ». Et « l'accès humanitaire sera assuré sur la totalité du territoire de la Syrie » et que les participants « augmenteront leur soutien aux personnes déplacées à l'intérieur du pays, aux réfugiés et aux pays d'accueil ». (11)

Quant au sort de Bachar Al-Assad, et combien même le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, affirme que « La position des États-Unis est qu'il n'est pas possible que le président Assad puisse unifier et gouverner la Syrie - Nous pensons que les Syriens méritent d'avoir un meilleur choix », il est clair que l'écueil le plus grand est passé, que le sort de Bachar Al-Assad est déjà décidé entre les deux grands acteurs du monde, les États-Unis et la Russie. Le reste n'est que verbiage entre les petites puissances européennes et régionales. Ni l'Europe ni l'Arabie saoudite ni la Turquie ne peuvent changer ni n'ont les moyens de changer le cours des événements décidés par les deux Grands.

D'ailleurs, le message du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, le 31 octobre 2015, est révélateur. Il a déploré que les débats se cristallisent sur l'avenir du président syrien. « Il est totalement injuste et irrationnel que le sort d'une personne prenne en otage tout le processus de négociation politique. C'est inacceptable », a-t-il déclaré, ajoutant que « l'avenir du président Assad doit être décidé par le peuple syrien ». (13)

Et ce qu'on remarque dans ces avancées diplomatiques sur la crise en Syrie, c'est l'invitation de l'Iran dans ce deuxième round des négociations à Vienne. Désormais la transparence va se prévaloir dans les accords entre les pays chargés du dossier syrien, comme le dit John Kerry, en intervenant devant le centre d'études Carnégie à Washington : « La meilleure chance de sortir de l'enfer ». (14) Où se trouve, faut-il préciser, le peuple syrien, car lui seul vit dans l'enfer qu'ont crée les puissances du monde.

Pour ce deuxième sommet, on remarque que la France pèse relativement sur ce dossier, comme en témoignait son absence, fin octobre, à la réunion en petit comité « directeur » des chefs de la diplomatie russe, américain, turc et saoudien. C'est sur ces déclarations que l'on peut dire que l'espoir est permis, et que le peuple syrien se rapproche de la sortie de ce sombre tunnel qui a duré plus de quatre ans et demi. Et le rendez-vous est pris pour la mi-novembre par les participants pour poursuivre les discussions et tenter de trouver un compromis acceptable par tous.

8. ACCORDS DE VIENNE, UN «2EME YALTA» HISTORIQUE

Le 14 novembre 2015, le nouveau sommet international débute par une minute de silence en hommage aux victimes des attentats de la veille, vendredi 13 novembre, qui ont fait 129 morts et 352 blessés. Plus tard, le nombre de morts passera à 132 morts, et qui ont été revendiqués par l'organisation, l'Etat islamique (EI). Qu'ont-ils fait ces hommes et femmes à Paris sinon d'être là, d'exister ? Pourquoi cette barbarie ? Une question sans réponse ? L'être humain, doit-on dire, est de nature barbare ? Qu'il soit civilisé ou non, il est barbare, ou peut être barbare ?

Toujours est-il, les attentats de Paris ont changé la donne, et si le débat a surtout porté sur la nécessité de vaincre l'EI militairement, ont rapporté des diplomates, il a permis néanmoins à établir un calendrier pour parvenir à un règlement de la crise syrienne. Le premier objectif est de parvenir à des discussions formelles entre le gouvernement syrien et l'opposition d'ici au 1er janvier. Et les pays réunis dans ce sommet ont pour objectif d'œuvrer à un cessez-le-feu en Syrie et se sont fixés comme deuxième objectif de parvenir à des élections dans un délai de deux ans.

La nouveauté dans ce sommet est que les objectifs sont clairs. Les délais dans le temps sont établis. Et la feuille de route en vérité ne vient pas des 17 pays réunis mais des deux Grands opérés dans l'esprit dans un « Deuxième Yalta » historique, après le premier qui s'est tenue du 4 au 11 février 1945. Les mêmes principes reviennent et sont les suivants :

- Adopter une stratégie commune afin de hâter la résolution du conflit syrien, à l'époque c'était hâter la fin de la Seconde Guerre mondiale

- Régler le sort de la Syrie, à l'époque c'était régler le sort de l'Europe après la défaite du Troisième Reich

- Garantir la stabilité du Moyen-Orient, à l'époque garantir la stabilité de l'ordre du monde après la victoire.

Aujourd'hui qui a vaincu en Syrie ? Personne n'a vaincu ! Ni le pouvoir loyaliste de Damas, ni les forces de l'opposition, tous groupes armés confondus. Les positions qui ont été arrachées par l'opposition comme les territoires le doivent au financement et au soutien en armement par des pays extérieurs. Pour le pouvoir de Damas, il a été obligé lui aussi de recourir à l'appui aérien russe dans son combat contre les groupes rebelles.

Ce qui a changé les donnes aujourd'hui, ce sont les deux Grands qui se trouvent à égalité, et à procéder à des raids aériens, en visant bien entendu des objectifs opposés. Continuer les bombardements aériens indéfiniment n'a pas de sens. Ni la Russie ni les États-Unis n'arriveront à leurs fins, et ne feront que s'enliser, et perdront de leur crédibilité vis-à-vis du monde et des peuples. Surtout que beaucoup de peuples voient dans la Russie, un pays qui combat réellement le terrorisme alors que l'Occident au contraire sponsorise le terrorisme islamique qui finalement s'est retourné contre son géniteur. Aussi pouvons-nous dire que les bombardements aériens de la coalition ou de la Russie ne peuvent être que temporaires. Sans compter les dommages collatéraux qui se comptent en centaines voire des milliers de vies humaines, et cela s'entend en morts de femmes, d'enfants, de vieillards qui sont pris au piège de la guerre. Par conséquent, le monde est en face d'un nouveau Yalta, et la feuille de route est toute tracée au monde. Et là, on reprend ce qu'on a écrit en introduction. Selon le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, « Le cessez-le-feu entre Damas et l'opposition syrienne prévu par le processus engagé à Vienne, (samedi 14 novembre 2015), lors de la réunion du Groupe international de soutien à la Syrie, devrait aider considérablement les efforts pour combattre le groupe Etat islamique. « C'est un pas de géant », « si nous pouvons le faire […] Nous sommes en théorie proches en termes de semaines de la possibilité d'une grande transition en Syrie ». Il a ajouté : « Nous ne parlons pas la de mois, mais de semaine avec un peu de chance ». (1)

Quelle est la réponse à cette déclaration très optimiste de l'Amérique ? Peut-on être sceptique comme l'annoncent beaucoup d'observateurs qui sont dans leur faim parce que l'Etat islamique a été monté en épingle, par ses victoires qu'il convient d'analyser, et objectivement se poser la question quels ont été les facteurs enclenchants de leur montée en puissance ? Et ce même Etat islamique, s'il était réellement fort, ne serait pas venu tuer des hommes et des femmes, à Paris, et sans défense.

Par conséquent, la feuille de route des deux grandes puissances comme l'indique John Kerry ne peut souffrir d'ambiguïté sur les moyens à mettre en œuvre au niveau mondial pour ramener la paix.

9. UN ESPRIT DANS L'HISTOIRE

L'avion Su-24 qui a été abattu par la Turquie, aujourd'hui, ne changera pas le processus des Accords de Vienne. Bien au contraire, il montre les dangers que courent les aéronefs de combats de plusieurs puissances qui survolent les espaces aériens syriens et irakiens. Des régions en guerre, et les difficultés d'identification entre avions sont omniprésentes. Ce qui s'est passé pour l'avion russe peut se passer pour un avion français, américain, ou turc.

D'autre part, comme l'affirme une analyse de L'Orient Le jour, « Bachar Al-Assad est-il redevenu fréquentable ? Même s'ils continuent de réclamer le départ du président syrien, les Occidentaux ont progressivement adouci leur discours et revu même leur copie. Surtout avec les attentats de Paris du vendredi 13 novembre, qui ont fait 130 morts et 350 blessés. Et depuis, la situation s'est inversé, les forces loyalistes syriennes regagnent du terrain qu'ils ont perdu. Et l'Etat islamique est désormais sur la défensive. Et le départ du président Bachar -Al-Assad n'est désormais plus une priorité.

Aussi doit-on dire que des dangers existent dans les raids aériens au-dessus de la Syrie et l'Irak, et les codes d'identification entre aéronefs de combat de différentes nationalités peuvent ne pas être fiables. Et que les raids aériens ne vont pas durer des années surtout s'ils ne vont rien régler, tout au plus une situation de statu quo, ou d'affaiblissement de l'EI et des groupes armés sans réels succès. Et c'est la raison pour laquelle « Russes et Américains doivent s'efforcer pour mettre un terme à la guerre civile ». Un peuple qui a tout perdu dans l'enfer de la guerre. Il faut que cette guerre cesse et vite. Et un arrêt de soutien occidental au groupes armés en Irak et en Syrie mettra fin à la guerre et ouvrira la voie à la négociation.

Enfin, un dernier point, que peut-on dire de cette accélération de l'histoire depuis le 30 septembre 2015 date à laquelle la Russie a fait son entrée dans le conflit armé syrien ? Et tout est allé très vite. L'effet des frappes russes a accéléré la décantation du conflit moyen-oriental. Il a provoqué les réunions déterminantes de Vienne qui fixent le « premier rendez-vous en janvier 2016 », avec la constitution des représentants des parties en conflit appelés à discuter directement d'un plan de sortie de crise sous l'égide des grandes puissances. Ce qui en soi est considérable. Et même les attentats de Paris, le 13 novembre 2015, ont joué un rôle catalyseur majeur puisque les risques désormais planent sur les autres pays d'Europe, et sur l'Occident tout entier. La fusillade de San Bernardino (Californie) aux États-Unis qui a fait quatorze morts est revendiquée, selon les médias, par l'EI. Et donc ont contribué à renforcer la coalition occidentale dans leur volonté de mettre fin aux exactions de l'Etat islamique. Ce que les Américains ont crée, ils cherchent aujourd'hui à le détruire.

Enfin, au-delà des événements et des stratégies des puissances, il y a ce sentiment très prégnant qu'il y a un « Esprit dans l'Histoire ». Et tous ces événements sont en train de s'emboîter pour accélérer la fin d'un conflit qui a assez duré. Il y a comme une sorte de maïeutique dans les actes humains. Les hommes et les puissances suivent leurs intérêts, mais dans les intérêts qu'ils visent, impriment sans le savoir une avancée de l'Histoire. Ce que Hegel a appelé la Raison dans l'Histoire. Ou en termes directes, il y a Dieu, Allah le Tout Puissant dans l'histoire des hommes.

L'humanité avance, l'humanité progresse, une loi de l'Histoire. Par exemple, pour ne donner qu'une vision de dans la marche de l'histoire, dans la marche du progrès, la doctrine islamiste est en train, pour la première fois, d'atteindre ses limites. Longtemps utilisée par les puissances occidentales, utilisée surtout contre l'ex-Union soviétique, elle est en train d'atteindre des limites, et « de mourir », par ce qu'on peut appeler d « obsolescence naturelle ».

Toute création d'homme doit se transcender par une nouvelle création. Ne reste que les universaux, créations humaines, en tant que vestiges historiques de l'histoire de l'humanité. Le progrès avec ses avancées et ses reculs est un processus naturel infini, une « loi de la nature ». Et l'islamisme qui puise dans l'Islam n'est pas l'Islam qui est d'essence divine. D'essence des hommes, une doctrine qui reste non moins nécessaire mais pour un temps dans l'Histoire. Ainsi se comprend aujourd'hui les tiraillements et les spasmes convulsifs qui l'agitent en son sein.

Et le conflit en Syrie qui a pris beaucoup de l'islamisme est en train d'atteindre des limites. Il y a à parier que dès qu'il sera résolu, il ne manquera pas de faire tâche d'huile sur les autres conflits armés de la région. Et pourraient se résoudre progressivement les autres conflits de la région : en Libye, en Irak, au Yémen…

* Auteur et Chercheur indépendant en Economie mondiale, Relations internationales et Prospective

Notes :

12. « L'ONU adopte une résolution favorable à une transition politique en Syrie », par RFI. Le 04 août 2012

http://www.rfi.fr/ameriques/20120804-onu-adopte-une-resolution-favorable-une-transition-politique-syrie

13. « A Vienne, accord et désaccord sur la Syrie », par La Croix. Le 1er novembre 2015

http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/A-Vienne-accord-et-desaccord-sur-la-Syrie-2015-11-01-1375248

14. « Pourparlers à Vienne sur la Syrie : L'espoir au bout du tunnel », par menara.ma. Le 30 octobre 2015

http://www.menara.ma/fr/actualite/monde/2015/10/30/1734159-pourparlers-a-vienne-sur-la-syrie-lespoir-au-bout-du-tunnel.html

A suivre...

* Auteur et Chercheur indépendant en Economie mondiale,Relations internationales et Prospective

Note :

7. «Ali Khamenei : «Nous combattons en Syrie pour notre propre compte» par Nouvelles d'Iran pour Le Monde, 21 août 2012.

http://keyhani.blog.lemonde.fr/2012/08/21/ali-khamenei-nous-combattons-en-syrie-pour-notre-propre-compte/

8. «Syrie : Le début des négociations sérieuses», par L'Orient Le Jour. Le 28 septembre 2015

http://www.lorientlejour.com/article/946428/syrie-le-debut-des-negociations-serieuses.html

9. «Reçu par Hollande, Sleiman évoque un «Genève 3» pour la Syrie», par L'Orient Le Jour. Le 28 septembre 2015.

http://www.lorientlejour.com/article/946399/recu-par-hollande-sleiman-evoque-un-geneve-3-pour-la-syrie.html

10. «Pas d'accord sur un départ d'Assad, mais une réunion quadripartite «constructive»», par France24.com. Le 23 octobre 2015. http://www.france24.com/fr/20151023-syrie-reunion-inedite-entre-americains-russes-saoudiens-turcs-vienne-assad-regime

11. «L'ONU chargée de négocier un cessez-le-feu en Syrie, pas d'accord sur le sort d'Assad», par France24.com. Le 30 octobre 2015.

http://www.france24.com/fr/20151030-syrie-vienne-accord-bachar-al-assad-onu-cessez-le-feu-fabius

(…)

A suivre...

Notes :

Cette analyse qui fait suite aux articles déjà parus dans le Quotidien d'Oran, El Watan, et résumés dans http:/www.sens-du-monde.com (site de l'auteur) cherche à donner une lecture herméneutique événementielle explicative de l'histoire du Moyen-Orient, une région centrale du monde par ses atouts géostratégiques. Les analyses qui ont précédé sont :

- «Prospective par l'«histoire» d'une sortie de crise et des guerres civiles en Irak et en Syrie. Le Printemps arabe, un nouveau «Pearl Harbour» ?», par Medjdoub Hamed. Le 03 novembre 2015. Le Quotidien d'Oran

- «Des guerres interconfessionnelles au Moyen-Orient aux bouleversements géostratégiques du XXIe siècle : Les véritables dimensions des conflits armés», par Medjdoub Hamed. Le 14 septembre 2014. Le Quotidien d'Oran

- «Le Chaudron Moyen-Oriental », par Medjdoub hamed. Le 07 octobre 2014. Le Quotidien d'Oran

- «Les Occidentaux risqueront-ils une confrontation avec la Syrie ? » Par Medjdoub Hamed. Le 04 août 2012. El Watan

- «Le Moyen-Orient, nouveaux Balkans du XXIe siècle ? Une logique d'embrasement ? » Par Medjdoub Hamed. Le 02 septembre 2012. El Watan

1. « John Kerry : La Syrie peut-être à quelques « semaines » d'une transition politique », par Les Echos.fr. Le 17/11/2015

http://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/021484974681-john-kerry-la-syrie-peut-etre-a-quelques-semaines-dune-transition-politique

2. « Accord à Genève sur les principes d'une transition en Syrie », par Le Monde.fr. Le 30 juin 2012. http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/06/30/accord-a-geneve-sur-les-principes-de-la-transition-pour-la-syrie

3. «États-Unis : Le républicain Ben Carson compare les réfugiés syriens à des «chiens enragés»», AFP. Le 20 novembre 2015

https://fr.news.yahoo.com/etats-unis-républicain-ben-carson-compare-réfugies-syriens-064047279.html

4. «Genève 2 : Malgré l'accord pour «être dans la même salle», le blocage entre régime syrien et opposition ne fait aucun doute», par Le Huffington Post. Le 24 janvier 2014

http://www.huffingtonpost.fr/2014/01/24/geneve-2-syrie-regime-opposition-etait-a-prevoir

5. «Syrie : Les négociations de «Genève 2» se terminent par un échec», par Le Monde.fr. Le 15 février 2014

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/02/15/syrie-les-negociations-de-geneve-2-se-terminent-sur-un-echec

6. «Brahimi sur la Syrie : «Nous nous sommes tous trompés»», par l'Orient Le Jour. Le Jour 19 mars 2015

http://www.lorientlejour.com/article/916538/brahimi-sur-la-syrie-nous-nous-sommes-tous-trompes.html

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