Une Tripartite qui soliloque

Publié le par Mahi Ahmed

Une Tripartite qui soliloque

Par Omar Benbekhti

Avec des slogans creux et éculés, le populisme continue d’alimenter les discours des participants à la Tripartite. Rencontre gouvernementale avec les interventions du Premier ministre, du SG de l’UGTA, du patron du FCE et des ministres des Finances et de l’Industrie. Les pouvoirs disent souvent rechercher le soutien des partenaires sociaux pour atteindre un consensus économique et social. Cela se fait, en principe, sans l’exclusion des autres syndicats, sans le rejet d’autres partenaires qui ne servent pas de caisse de résonnance. Si l’on veut sortir le pays de la vulnérabilité, il est préférable de légitimer ses actions par une adhésion consensuelle.

En Algérie, le gouvernement qui dit opter pour une réduction des dépenses publiques, la plus importante depuis l’indépendance, claironne qu’il faut diversifier l’économie. Que ne l’a-t-il fait durant les quinze dernières années de vache grasse ? Annoncer que «Le contrôle des importations va s’intensifier» ne constitue pas en soi un programme économique de relance. Le contrôle des importations s’appliquera-t-il aux «barons» de l’importation qui ont mis à genoux les finances algériennes ? En outre, la décision de ne pas toucher aux importations de véhicules particuliers reste maintenue à son niveau actuel et continuera l’hémorragie en devises.

De son côté, le patron du FCE vante la bonne santé de l’économie, sans dire sur quoi il se base pour affirmer de telles assertions. Le SG de l’UGTA qualifie, quant à lui, cette Tripartite de «rendez-vous éminemment politique», comme s’il parlait au nom d’un parti. Aucun des deux n’est pourtant à sa place, ni ne parle du lieu qu’il est censé occuper pour faire face aux importations dont le taux a augmenté de 14% durant la période 2000-2013, avec un déficit de la balance commerciale au 1er semestre 2015 de 8,2 milliards de dollars. Qui va payer les effets de la crise ? Aujourd’hui, le contexte économique mondial se durcit et la Tripartite n’échappe pas à cette problématique.

Quand on observe le fond et la forme donnés à cette réunion, à l’aune du contexte social, il est légitime de se demander si cette assemblée peut entendre ce que dit un peuple qui aspire à ce que le changement évolue vers une satisfaction de ses demandes, à savoir plus d’emplois et une augmentation, ou du moins une stabilisation, du pouvoir d’achat. Qui a pu évoquer à cette rencontre la question des salaires, de l’emploi, du pouvoir d’achat qui se détériore avec la chute continue du dinar ? Autant de thèmes qui n’ont pas figuré à l’ordre du jour de cette réunion.

A contrario, bien que le contexte social soit tendu, on a entendu un discours dithyrambique de l’UGTA et du patronat sur l’état de l’économie du pays. De telles pratiques ont pour finalité d’écarter du jeu politique ceux qui ne croient pas au «dialogue social» et au rôle des syndicats «maison». Car, si c’est pour être d’accord sur tout et déclarer ensemble que tout va bien, à quoi bon réunir une telle tripartite ? C’est gaspiller du temps et de l’argent !

Ces modalités de dialogue n’ouvrent pas la porte aux autres syndicats et autres partenaires qui souhaitent être entendus et pour lesquels les conditions ne sont pas réunies pour une amélioration de l’économie. Seuls sont entendus les rentiers d’une économie figée sur l’allaitement d’une oligarchie d’importateurs. Lorsque de surcroit, personne ne rend des comptes sur l’utilisation des deniers publics, l’impunité, devenue une norme, est assurée quant à l’affectation des ressources du trésor public. Face aux restrictions budgétaires, appelées par euphémisme «rationalisation des dépenses», le SG de l’UGTA, défenseur des intérêts des travailleurs salariés, aurait pu à tout le moins demander que dans ce pays de milliardaires, l’Etat instaure un impôt sur la fortune.

Comment éviter alors des remises en cause, des confrontations, ou un embrasement du front social ? Il faut investir sur la croissance, cela a été très peu fait ces dernières décennies. Il faut créer des entreprises productives, on en a plutôt détruit pas mal. La Tripartite gagnerait à être une occasion d’échanger et de proposer. Mais le pouvoir n’est pas partisan de cette vision. Il a toujours raison seul et il sait toujours mieux que quiconque ce qui est bon pour ce peuple. Un monologue permanent en somme !

O.B

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