Le soldat et l’intellectuel

Publié le par Mahi Ahmed

Le soldat et l’intellectuel

Qui a assassiné les neuf jeunes soldats de l’Armée nationale populaire algérienne, à Aïn Defla, le jour de la fête de l’Aïd El-Fitr ? Tous intellectuels que nous sommes, sans exception aucune, nous sommes coupables dans ce meurtre ignoble et lâche. Intellectuels que nous sommes, nous sommes la main cachée qui, durant cinquante ans d’indépendance, un peu plus, n’a pas arrêté de façonner le tueur ! Intellectuels que nous sommes, nous sommes, directement ou indirectement, les artisans de cet esprit diabolique du bourreau. Donc nous sommes partenaires dans ce crime abject. Universitaires que nous sommes, tous grades confus, toutes spécialités confuses, de la poésie jusqu’au nucléaire, de la médecine jusqu’au droit… nous avons participé, d’une façon ou d’une autre, à l’assassinat de nos neuf jeunes soldats, à Aïn Defla. Ils étaient courageux, ces jeunes beaux soldats ressemblants à des acteurs italiens d’un film noir et blanc. Leurs bourreaux ce sont nous qui les avions enfantés, dans les amphithéâtres universitaires ! Dès que je lis, cela m’arrive souvent, des commentaires sur les réseaux sociaux ou des écrits sur les colonnes de notre presse nationale, signés par des professeurs d’université, et ils sont nombreux, tous sexes confondus, toutes générations confondues, je détecte le grain de Da3eche dans leurs réflexions. Et cela me donne la rage au ventre ! Et je me demande : quelles conférences offrent-ils ces douktours ou ces douktourates à leurs étudiants ? Les tueurs de nos jeunes soldats sont nés sur les bancs universitaires. Ces douktours sont les géniteurs ! L’université qui n’enseigne pas la raison, qui ne combat pas l’obscurantisme, qui ne lutte pas contre le fanatisme, qui n’arrive pas à transformer cet espace en lieu de différences savantes et de débats de lumières, cette université n’est, en fin de compte, qu’une usine de fabrication en séries des têtes pour les rangs de Da3eche.

Dès que j’écoute les prêches incendiaires des vendredis prononcés par des imams séditieux, devant des milliers de fidèles, insultant les femmes, injuriant l’Occident différent et appelant au meurtre de tous ceux qui ne leur ressemblent pas, je me dis “les tueurs de nos soldats” sont dans les rangs des prieurs.

Dès que je regarde les émissions télévisuelles religieuses, sur nos chaînes privées ou publiques, sur des chaînes orientales très regardées par nos citoyens, dans lesquelles l’esprit de la haine et du charlatanisme règne, je me dis : les tueurs de nos jeunes soldats sont parmi ces téléspectateurs ensorcelés par ces émissions venimeuses. Dès que je parcours les livres scolaires controversés et périlleux, je me dis : celui qui automne comme hiver, printemps comme été, le cartable à la main, planté des années durant, face aux générations d’élèves qui se succèdent sous son regard, est responsable de la confection d’éventuels kamikazes. Quand je lis quelques textes appartenant à la littérature dite islamique avec tout ce qu’elle dégage de rancune, d’animosité, d’hostilité, je me dis : celui qui écrit un roman malveillant, celui qui écrit un poème haineux… tout ce monde dit “monde d’écrivains” est complice dans la production de la mauvaise herbe : les tueurs de nos jeunes soldats, au nom d’Allah et de son Prophète !

Dans un pays où il n’y a pas de grands poètes, de grands écrivains, de bons philosophes, des religieux éclairés, dans ce pays on tue le soldat, on tue l’œil veilleur de la patrie.

A. Z.

aminzaoui@yahoo.fr

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