Consommer national : bon début mais le volontarisme suffira-t-il à inverser un modèle structurellement extraverti

Publié le par Mahi Ahmed

Consommer national : bon début mais le volontarisme suffira-t-il à inverser un modèle structurellement extraverti ?

Mustapha MEKIDECHE

Dans les économies développées ou émergentes, la consommation est un des moteurs privilégiés pour tirer la croissance et créer des emplois. Chez nous, la consommation tire la croissance et crée des emplois pas chez nous mais dans le reste du monde. Aussi, la notion de patriotisme économique a été convoquée, ici et ailleurs, comme politique publique pour tenter de mettre fin à cette situation propre aux économies atones, désarticulées ou rentières. Mais ce seul patriotisme économique des pouvoirs publics et celui des partenaires sociaux tels que l’UGTA ou bien le FCE sera-t-il suffisant pour faire entrer notre économie dans le cercle vertueux de la substitution aux importations par la production locale ? Déjà les pouvoirs publics, à l’épreuve des faits, ont revu à la baisse les ambitions en matière d’intégration. La réduction de l’importation de produits finis par le recours aux produits algériens est difficilement réalisable sur le court terme, du fait de l’inélasticité de l’offre locale. Exit donc le taux d’intégration initialement fixé à 40%. Exit le taux d’intégration tout court pour ouvrir droit au crédit de consommation. Il suffit que le produit soit monté ou même empaqueté seulement en Algérie pour qu’il soit éligible au crédit à la consommation. Sachant que les capacités d’adaptation du marché mondial sont infinies, les dérives potentielles seraient alors de deux types : au pire une explosion des importations de produits quasi finis dont seule l’opération de packaging serait faite en Algérie ; au mieux le développement des activités de montage, en guise de ré-industrialisation. À l’évidence, cette initiative, qu’il faudra de toute manière soutenir, n’aura de chance de produire des effets vertueux que si elle est inscrite dans un programme de réformes cohérent et intégré visant, in fine, le changement de notre paradigme économique. J’identifie pour ma part trois séries de réformes pour accompagner et soutenir cette initiative. La première est celle de l’assainissement des marchés par la généralisation des réseaux de collecte, stockage et distribution décentralisés. Sans quoi le contre-système informel généralisé de distribution va continuer de prospérer, non pas pour distribuer les produits nationaux mais les produits importés, notamment contrefaits. à ce sujet, on ne peut que regretter que l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA) n’ait pas été suffisamment associée dans cette opération, car l’UGCAA est un lien efficace entre la sphère de production et celle de la distribution qu’elle connaît bien. La deuxième série de réformes devrait porter évidemment sur la remise à plat des systèmes tarifaires de subvention, d’abord ceux orientés vers les produits de consommation, car des gaspillages énormes en sont consubstantiels. Mais, du fait de la crise, les limites du financement budgétaire de ce soutien à une consommation débridée n’étant plus discutables, l’ouverture de ce dossier est incontournable. Le plus tôt serait le mieux pour pouvoir disposer d’une période de transition longue absorbable socialement et politiquement. En plus une telle remise à plat serait de nature à orienter davantage la consommation de produits locaux en restructurant un modèle algérien de consommation largement extraverti. à ce propos, nous entendons tous dire qu’une partie non négligeable de produits locaux sont plus chers que les mêmes produits importés. Nos observatoires des marchés et le Conseil national de la concurrence gagneraient à s’intéresser au sujet en engageant des études par filières et par produits. Ainsi ils pourraient nous expliquer pourquoi le prix du rond à béton produit à El-Hadjar est plus cher que le produit importé, alors que l’usine bénéficie d’une énergie et d’un transport du minerai fortement subventionnés ? De passage à Annaba, je me suis laissé dire que cela serait dû à deux facteurs. Le premier est la faible teneur en fer du minerai de l’Ouenza qui exigerait une consommation d’énergie plus élevée que la moyenne mondiale. Le second facteur renvoie à la mauvaise qualité des produits importés qui induit de ce fait une concurrence déloyale. C’est probablement la même chose pour les engrais et les ciments produits chez nous. La troisième série de réformes est celle qui vise à donner la priorité absolue aux producteurs et aux promoteurs, sans lesquels la mise en œuvre de cette orientation ne pourrait pas se matérialiser. Cette orientation, dont l’objectif est d’entraîner des externalités positives sur l’appareil de production, n’aurait de sens que si elle est inscrite dans le temps long. Pourquoi ? Parce que la faiblesse de l’offre locale actuelle la rend structurellement asymétrique par rapport à une demande qui est en forte croissance. D’où l’urgence de lever immédiatement les obstacles aux investissements pour élargir le plus vite possible notre offre de biens et de services. En aval, il convient également d’améliorer le climat des affaires et de soutenir effectivement les entreprises. Il faudra répéter sans cesse ces idées simples jusqu'à ce qu’elles soient implantées dans le paysage économique et social comme élément du vivre ensemble. Pour conclure, nous savons tous qu’un pays, quel qu’il soit, ne peut maintenir durablement son niveau de consommation que s’il en produit au préalable, d’une façon ou d’une autre, la contrepartie interne et externe. Sinon c’est un endettement de plus en plus coûteux et contraignant qui l’attend. Mais notre crise financière actuelle ne serait qu’une simple piqûre de rappel si nous engageons les réformes requises.

M. M.

Publié dans Economie et société

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article