L’économie algérienne en 2015 : une année de tous les périls ou de tous les espoirs ?

Publié le par Mahi Ahmed

~~L’économie algérienne en 2015 : une année de tous les périls ou de tous les espoirs ? Mustapha Mékidèche

Une fois n’est pas coutume, je commence cette première chronique 2015 par une note positive. J’ai été en effet agréablement surpris de trouver pour une fois, en dehors du football, un classement international favorable à l’Algérie. Il s’agit de l’indice du “bien-être humain et de l’impact environnemental” de la très sérieuse fondation anglaise New Economics Fondation (NEF) qui classe l’Algérie au 26e rang sur 151 pays ; au premier rang africain mais surtout “devant des pays comme la Norvège et la Suisse”. Outre son potentiel économique, la vitalité de sa jeunesse, le dynamisme de sa classe politique et la liberté de ton de ses médias sont avancés par beaucoup d’observateurs comme facteurs explicatifs de cette percée, même si “tout n’est pas bien beau en Algérie”. Ceci étant, le principe de réalité nous renvoie néanmoins à une situation qui sera économiquement tendue cette année, même si en octobre dernier le FMI nous créditait d’un taux de croissance de 4% pour 2015 contre 3,8% en 2014 dans un contexte de croissance mondiale de 3,3% seulement. Peut-on y faire face et comment sont les deux grandes questions auxquelles il faudra répondre, dans les faits, en 2015. Examinons les premières réponses, apportées par la Banque d’Algérie et par l’Exécutif, aux effets monétaires, budgétaires et commerciaux résultant de la diminution de nos recettes d’hydrocarbures. Notons d’abord l’abandon progressif du discours décalé disant que “la chute des prix du baril n’aura aucune répercussion sur nos programmes, car nous sommes parés en termes de capacités financières internes et externes”, au profit d’une attitude plus réaliste admettant que “la baisse des prix du pétrole est inquiétante si elle devait durer”. Au plan de la sauvegarde des équilibres extérieurs, la Banque d’Algérie a réagi la première par une instruction du 23 novembre 2014 divisant par deux le niveau autorisé des engagements des banques au titre des opérations d’importation. Cette instruction, applicable à compter du 1er décembre 2014, stipule que “le niveau des engagements extérieurs par signature des banques et établissements financiers ne doit en aucun cas dépasser leurs fonds propres réglementaires tels que définis par la réglementation prudentielle en vigueur”. Il faut rappeler au lecteur que le niveau précédent était fixé, par l’instruction n°68-94 du 25 octobre 1994, à quatre fois les fonds propres des banques. Dans une démarche parallèle, le ministre du Commerce a fait approuver, en Conseil des ministres du mardi 30 décembre 2014, un avant-projet de loi “réglementant les opérations de commerce extérieur” qui modifie l’ordonnance du 19 juillet 2003. Cet avant-projet de loi a pour objet “la limitation du commerce de certaines ressources épuisables, la garantie pour l’industrie de transformation de la disponibilité de matières premières produites localement, l’approvisionnement du marché en produits pour lesquels se ferait sentir la pénurie, ainsi que la sauvegarde des équilibres financiers extérieurs du pays”. Il ne vous a pas échappé que c’est le dernier item de la phrase précédente qui sera mobilisé pour réduire, le cas échéant, le niveau et/ou la nature des importations superflues. En veillant évidemment, dans la mise en œuvre, au respect de nos engagements internationaux, comme le fait la Banque d’Algérie, pour ce qui la concerne. Dans le registre budgétaire, le coup était déjà parti et, de ce fait, il faudra attendre la fin du premier semestre 2015 pour avoir une loi de finances complémentaire (LFC) qui intègre les effets constatés et ceux anticipés de la baisse des prix du baril de pétrole sur nos recettes de la fiscalité pétrolière et sur nos réserves de changes. Cependant, des signaux ont été émis dans la circulaire du Premier ministre qui a gelé une grande partie des recrutements dans la fonction publique et a appelé à une plus grande “rationalisation budgétaire” dans les charges de fonctionnement de l’administration. S’agissant du budget d’équipement, les grands projets sans “importance immédiate” seront probablement reportés et, d’une façon plus globale, le plan quinquennal 2015-2019 devrait être réévalué, non seulement à la lumière de la nouvelle contrainte financière et de la recherche de financements alternatifs au financement budgétaire, mais aussi du bilan physique et financier du plan précédent. Il faudra s’attendre, à ce sujet, à des arbitrages lourds reflétant mieux le niveau de management et de réalisation des grands projets en termes de qualité des ouvrages et d’intégration, de coûts, de délais de réalisation et même de retour sur investissement. Mais si la situation déprimée du marché pétrolier venait à persister ou tout simplement si l’on veut engager des réformes structurelles, qui ne peuvent s’affranchir de coûts sociaux collatéraux, un consensus politique, plus large que celui mis en place par le Pacte économique et social de croissance, est à construire. Ces coûts sociaux devraient être à la fois étalés dans le temps et progressifs, de sorte à être absorbés socialement sans rejet. Toutes les catégories sociales devront être fédérées par un même effort. Ce consensus sera difficile à construire, car des sensibilités politiques différentes, à quelques exceptions près, traversent les appareils partisans eux-mêmes, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition. Du fait de la nature différenciée des réponses économiques apportées par les uns et les autres, il sera difficile de faire converger les positions au sein de chaque parti d’abord et dans la majorité de la classe politique ensuite. A cela s’ajoute le poids de lobbies transpartisans qui pèsent aussi bien sur la classe politique que sur l’appareil d’Etat et qui vont parasiter le débat. A titre d’exemple, et sans verser dans le populisme, l’appel à la solidarité des partenaires sociaux pour une modération salariale, voire le gel des salaires, ne peut se concevoir dans notre société sans une mise à jour de la fiscalité sur les grandes fortunes, de sorte que les sacrifices demandés à tous soient équitablement répartis. Autre illustration, la difficulté, dans la négociation sociale, d’intégrer certaines revendications catégorielles exagérées dans un équilibre et une cohérence plus larges, en rapport avec les capacités financières réelles des entreprises et/ou des pouvoirs publics. Pour conclure, l’année 2015 gagnerait à être celle de la concertation et du dialogue politique et social. Cela permettra d’avoir un projet national partagé avec des politiques économiques précises et acceptées par le plus grand nombre, pour sortir le pays de sa vulnérabilité structurelle. M. M. http://www.liberte-algerie.com/chronique/leconomie-algerienne-en-2015-une-annee-de-tous-les-perils-ou-de-tous-les-espoirs-224

Publié dans Economie et société

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