Le foncier industriel entre administration et marché : Un serpent qui se mord encore la queue

Publié le par Mahi Ahmed

~~Le foncier industriel entre administration et marché : Un serpent qui se mord encore la queue Par : Mustapha MEKIDECHE C’est devenu une banalité que d’écrire que le foncier est l’un des obstacles majeurs à l’investissement industriel tant les avis sont convergents et récurrents sur le sujet. Ainsi, les diverses commissions de politiques industrielles et autres groupes de travail du ministère en charge de l’industrie et le Forum des chefs d’entreprises (FCE), à travers notamment son colloque du 18 juin 2013 consacrée à cette question, font le même constat sévère. Offre globale “publique” insuffisante et prix de marché exorbitant qui grève d’autant les ressources financières affectables à l’acquisition des équipements, des technologies et de la formation, sont des facteurs de report ou d’éviction de nombreux projets. Pourtant les pouvoirs publics avaient tenté, depuis une décennie au moins, sous la pression des promoteurs privés et publics, d’élargir l’offre foncière existante. Rappelez-vous la récupération des excédents fonciers des entreprises publiques économiques (EPE) éligibles à la “privatisation”, de la réaffectation des actifs excédentaires ou non utilisés dans les zones industrielles. Cette première tentative de mobiliser une offre foncière additionnelle “dormante” n’a pas été suffisante pour peser sur le marché foncier. Loin s’en faut. Alors l’asymétrie persistante entre l’offre et la demande foncières est même devenu un terrain fertile (sans jeu de mot) pour la spéculation et pour les pratiques de piston voire de corruption. Ce n’est que très tardivement que les pouvoirs publics ont pris la mesure de l’ampleur du déficit foncier : au moment de leur prise de conscience du gap énorme de désindustrialisation dans lequel est tombé le pays. Du coup, l’action de l’État en la matière se voulait plus décisive dans le traitement de la question du foncier industriel. C’est ainsi que le Conseil des ministres du 11 février 2011 prend une série de mesures institutionnelles et opérationnelles importantes. D’abord la décentralisation au niveau du wali de la décision d’octroyer “une concession pour une durée minimale de 33ans et maximale de 99 ans”, introduite par le Comité d’assistance à la localisation et à la promotion des investissements et de la régulation du foncier (Calpiref) avec en prime des “abattements conséquents”. Ensuite la généralisation du gré à gré au profit des promoteurs. Enfin la programmation de la réalisation de 42 nouvelles zones industrielles pour élargir significativement l’offre. Selon un premier bilan établi par l’Agence nationale d’intermédiation et de régulation foncière (Aniref) pour l’année 2012, les Calpief ont donné une suite positive à 62% des demandes contre 53% l’exercice précédent soit une progression de 9% . Le taux de rejet de 22% reste néanmoins important. Mais le plus préoccupant réside dans le retard pris dans l’aménagement des 42 “parcs industriels” et dans la remise à niveau des zones industrielles existantes. L’achèvement de ce programme décidé en février 2011 ne se fera qu’en 2017 soit une durée de sept ans. Ce qui est totalement incompatible avec le temps industriel. En 2014, seuls quelques projets ont été lancés : Aïn Oussera, Oud El Berdi (Bouira), Biskra, Béchar et récemment celui de Ras El Oued à Bordj Bou- Arréridj. Hassiba Mokraoui, directrice générale de l’Aniref pointe, elle aussi, le mauvais climat des affaires comme raison essentielle de ces retards : bureaucratie, lenteur des procédures administratives et des délais d’indemnisation des propriétaires. Comme quoi, on peut être à la fois la solution et la cause d’un problème. D’autant qu’à cette lenteur dans la mise à disposition de ces nouvelles assiettes industrielles s’ajoute l’explosion de la demande foncière industrielle (40% en 2013) rendant finalement sans effet, pour le moment, toutes les mesures prises en aval pour faciliter les investissements. D’où l’urgence d’une révision en profondeur du planning de réalisation de ces infrastructures qui se trouvent sur le chemin critique du projet de ré-industrialisation requis pour diversifier l’économie. Cependant malgré ce type de problèmes qui gagnerait à être mieux pris en charge, l’image renvoyée de l’économie algérienne par certains médias étrangers me semble exagérément mauvaise et quelquefois manipulée. Je vous avais cité récemment, dans ces colonnes, l’exemple d’un article de la revue française d’économie Alternatives économiques ; un autre a attiré mon attention. Il s’agit du classement des 250 premières entreprises africaines pour 2014 réalisé dans le numéro 408 de mai 2014 de la revue African Business éditée à Londres. Qu’elle s’autoproclame “the bestselling pan-african business magazine” n’est pas le sujet. Mais qu’aucune entreprise algérienne n’y figure me paraît plus que de la désinformation c’est du déni de réalité. Ce n’est pas moi qui le dit mais le rapport “Perspectives Economiques en Afrique” produit par la Banque africaine de développement (BAD), le Centre de Développement de l’OCDE et le PNUD (AfricanEconomicOutlok.org) qui classe le groupe Sonatrach “première entreprise d’Afrique, avec environ 100 milliards de dollars US de chiffre d’affaires consolidé, en 2013”. Bien devant BHP Billiton d’Afrique du Sud classée faussement première par la revue citée alors que son chiffre d’affaires n’est que de 76,327 milliards de dollars US. Concluons simplement que les préférences politiques ne sont pas toujours compatibles avec les réalités économiques. En l’occurrence, c’est ce qu’on appelle prendre ses désirs pour des réalités. M. M 47e Foire internationale d’Alger : rénover l’image et le message économiques vers le reste du monde Par : Mustapha MEKIDECHE Je donnais la semaine dernière dans ces colonnes des exemples d’informations et d’analyses biaisées ou fausses que diffusent certains médias étrangers sur l’économie algérienne. De bonne foi ou , peu importe, cette mauvaise image renvoyée coûte cher à l’économie algérienne. Car, nonobstant la récurrente question du climat des affaires, les conditions d’insertion internationale de l’économie algérienne, notamment en matière d’échanges économiques et d’investissements, sont toujours corrélées à l’image donnée ou perçue. Aussi la priorité fixée par le nouveau ministre de la Communication visant à améliorer l’image du pays à l’étranger me semble tout à fait fondée sous réserve qu’il y inclue l’image économique. La tenue de la Foire internationale d’Alger est un moment récurrent et particulier pendant lequel la communauté internationale des affaires se forge une conviction sur la pratique des affaires en infirmant ou en validant les visions fausses véhiculées par certains médias. D’où l’intérêt de rénover la nature et le contenu des messages émis lors de la tenue des Foires internationales d’Alger et autres salons spécialisés. C’est de la responsabilité conjointe des institutions concernées du pays et de la communauté nationale des affaires. Les avis peuvent diverger sur un certain nombre de points de politiques économiques entre les deux séries d’acteurs ; cela est dans la nature des choses et se traite dans les canaux appropriés de concertation et de dialogue social. Mais l’intérêt de ces deux parties en matière de sauvegarde de l’image et de messages émis est commun, sachant par ailleurs que les insuffisances et contraintes de l’économie du pays sont largement analysées par les économistes algériens sans aucun tabou. Nul n’est besoin d’en rajouter d’autant que les avancées de l’économie algérienne sont rarement mises en exergue. Alors, à titre d’exercice, examinons, en partant des conditions de préparation et de déroulement de la 47e Foire internationale d’Alger, la valeur ajoutée de cette dernière en matière d’image et de message économiques et les insuffisances enregistrées en la matière. J’observerai d’abord que le casting a été bon. Le choix des États-Unis comme invité d’honneur par exemple. Ce faisant, le message lancé traduit la volonté algérienne d’aller vers l’équilibre de la balance commerciale, excédentaire à notre profit, par l’acquisition, en partenariat ou non, des technologies tangibles et intangibles dans les secteurs de la pharmacie, des TIC, des biens d’équipements électriques mais aussi des biens d’équipements hydrocarbures. Deuxième chose : la tendance à la parité dans la participation se renforce. Ainsi sur 1 045 entreprises présentes 453 sont nationales et 592 sont étrangères. Enfin le plus important est dans l’information donnée par le journal en ligne Huffpost Maghreb qui parle d’une “Foire internationale très partenariat” en relevant que “30% des entreprises algériens de la Foire ont noué des partenariats avec des entreprises étrangères”. Ce media nous a donné en prime un article intéressant et pertinent sur la “Foire internationale d’Alger, 47 éditions, 50 ans d’histoire” (huffpostmaghreb.com). À l’inverse le choix de placer l’événement sous le signe d’“une Algérie forte et sereine” me paraît moins porteur. Non pas que cela ne soit pas vrai, mais c’est trop générique pour le monde des affaires et en vérité plus approprié pour une campagne d’élections politiques que pour un événement économique de cette nature. J’ajouterai pour être complet que la prestation du Premier ministre lors de l’inauguration a recadré le message. Il a eu, cette fois-ci, la bonne formule pour les participants : “Vendre vos produits c’est bien, les produire sur place c’est mieux”. La déclaration d’Henry S. Ensher, ambassadeur des États-Unis à Alger, en direction surtout des entreprises américaines présentes, est intéressante à relever en termes de nature du message émis. Il a ainsi insisté sur le fait que “le marché algérien a des potentialités importantes, des ressources humaines qualifiées développées et une croissance économique soutenue”. Cela contribuera à ouvrir la voie à des partenariats technologiques et industriels innovants qui s’appuient sur un marché algérien émergent solvable. L’approche contractuelle déjà engagée par Sonelgaz avec son partenaire General Electric peut servir de modèle. D’autres filières, hors hydrocarbures, telles que la pharmacie, l’agroalimentaire, les TIC par exemple vont probablement suivre. En conclusion, un tel type de choix d’invité d’honneur devra être reproduit systématiquement avec les autres pays grands partenaires économiques. Mais au préalable, il convient de se fixer les objectifs qu’on souhaite atteindre, de sorte à peser sur le volume et la structure des échanges bilatéraux en fonction de notre stratégie industrielle. Pour ce faire, deux conditions sont à réunir : une coordination intersectorielle opérationnelle et flexible et une vision économique prospective claire. Est-ce le cas aujourd’hui ? Je vous avoue ne pas le savoir. M. M mustaphamekideche@ymail.com

Publié dans Economie et société

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