Nouveau gouvernement : changement de style ou changement de cap ?

Publié le par Mahi Ahmed

Nouveau gouvernement : changement de style ou changement de cap ?

Par : Mustapha MEKIDECHE

Nonobstant la question préjudicielle, que pose déjà une bonne partie de la classe politique, sur la durée de la mission de cette nouvelle équipe gouvernementale, rajeunie et mixte, on peut s’interroger sur sa capacité à conduire le changement. Cette équipe du nouveau mandat présidentiel est-elle là pour gérer seulement les impératifs de court terme en attendant que les recompositions politiques se stabilisent et que les deux textes majeurs fixant le cap institutionnel, politique et économique soient connus ? Il est vrai que le dossier politique le plus important, celui de la révision constitutionnelle, leur échappe car il appartient au domaine réservé présidentiel. Cela, on peut le comprendre car le processus d’élaboration a dépassé l’étape technique pour entrer dans l’étape consultative de construction du consensus politique attaché à toute révision constitutionnelle. Mais ceci étant, les éléments connus de la feuille de route éclairent déjà le chemin de cette équipe, quelle qu’en soit la longueur au demeurant.
Eléments d’analyse. L’essentiel de leur mission portera donc sur les questions économiques, sociales. Quatre domaines prioritaires apparaissent à la lecture du communiqué final du premier Conseil des ministres : la bonne gouvernance, la promotion du développement territorial, l’émergence d’une économie “diversifiée et compétitive” et enfin l’organisation des marchés domestiques et l’optimisation des échanges internationaux. La question est de savoir selon quelles approches les problématiques de ces quatre domaines considérés comme prioritaires sont appelées être traitées. Les pistes proposées me semblent intéressantes sans pour autant épuiser le sujet. Revue détaillée.
L’amélioration de la gouvernance déclinée dans ses champs institutionnel, économique et social en est un exemple typique. Au plan de la gouvernance institionnelle, la régulation comme mode de gestion d’un certain nombre de services marchands ou non marchands n’a de sens que si cette régulation est le fait d’agences indépendantes du pouvoir exécutif. Il est demandé dans la feuille de route de mettre en place ce type d’agences pour la presse écrite et la télévision. L’expérience en Algérie est que, dans la plupart des cas, les agences de régulation mises en place à ce jour ne sont que des prolongements des administrations sectorielles. Il faudra veiller à ne pas reproduire pour le secteur audiovisuel et la presse le même schéma et au passage corriger ce schéma pour les autres agences concernées. On peut ajouter un autre exemple, celui de la lutte contre la bureaucratie. On peut estimer que la suppression du portefeuille ministériel consacré à ce chantier, qui commençait à devenir un genre de guichet unique opérationnel, devra être compensée par la mise en place d’une institution de même nature. La lutte contre la corruption que confortera la séparation des pouvoirs doit être couplé aussi au traitement définitif du risque de gestion encouru par les gestionnaires du secteur public marchand.
Le deuxième point porte sur les conditions de promotion du développement territorial. Il faut d’abord rendre à César ce qui lui appartient. Les conclusions du rapport final du CNES portant saisine sur “la conduite d’une concertation nationale relative aux attentes citoyennes et au développement local” ont fini par être substantiellement prises en compte. Démocratie participative, rapprochement de l’administration par un maillage plus dense dans les territoires sont autant d’attentes citoyennes qui seront satisfaites mais il reste quand même deux mesures qui ne sont pas mentionnées. Il s’agit de la régionalisation comme espace non pas de découpage mais de regroupement des externalités territoriales porteuses d’effets de synergie. Le Schéma national d’aménagement du territoire (SNAT) décrit parfaitement ces logiques fécondes de regroupement régional. Loin de toute récupération politicienne. La deuxième mesure porte sur le principe de subsidiarité c'est-à-dire le transfert d’un certain nombre de pouvoirs de l’administration centrale et territoriale aux élus locaux notamment ceux du wali au président de l’Assemblée populaire de wilaya. Les tropismes “jacobins” étant très ancrés dans les pratiques administratives algériennes, il y a encore du travail malgré les avancées contenues dans la dernière version des codes communal et de wilaya. Affaire à suivre.
Troisième point, la diversification de l’économie. Elle passe par une politique soutenue de substitution aux importations au profit des secteurs productifs privé et public. Les représentants de ces deux derniers s’y sont engagés dans le Pacte national économique et social qu’ils ont signé lors de la dernière tripartite. Cela n’avance pas assez vite, tant les tenants du statu quo sont puissants.
Quatrième et dernier point : l’organisation des marchés et l’optimisation des échanges économiques extérieurs. Il est vrai que l’un ne va pas sans l’autre. La procédure d’accession de l’Algérie à l’OMC, formellement engagée par la mise en place du groupe de travail le 17 juin 1987 à Genève, tarde à aboutir. À titre de comparaison, la Chine qui avait déposé sa demande d’accession en décembre 2001 est devenu membre quinze ans après. En ce qui nous concerne, 27 ans après nous sommes toujours en train de ramer. D’un autre côté, les pratiques et le champ de l’informel s’élargissent dans notre économie et dans notre société créant un contexte commercial qui sera loin de pouvoir se conformer à l’ensemble des engagement contractés, une fois l’Algérie membre de l’OMC. Les conséquences seront le paiement de nombreuses pénalités et amendes que ne manquera pas de nous infliger l’Organe de règlements des différends (ORD) qui est le Tribunal commercial de l’OMC. Je parierai que certains dossiers de plaintes sont déjà ficelés. D’où l’urgence d’un traitement concomitant du dossier de l’informel.
Je conclurai par les conditions de préparation du prochain plan quinquennal 20015-2019. Le recadrage opéré me semble intéressant : “Tirer les leçons des expériences passées, et améliorer son impact sur le développement local et le développement humain, mais aussi sur le développement d’une économie productive et compétitive dans tous les secteurs”. Intégrer dans sa préparation des “concertations nationales et locales”, est aussi utile. Nous en avons récemment parlé. Dans ces colonnes.

Source : Liberté du 14.05.14

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