L'essor de la Russie vers le pouvoir global

Publié le par Mahi Ahmed

L'essor de la Russie vers le pouvoir global
Paul Craig Rober
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Je rappelle que cet économiste et journaliste paléoconservateur américain a été sous-secrétaire au Trésor dans l'administration Reagan (1981-1982), et est un des pères fondateurs des Reaganomics. Il a également été rédacteur en chef adjoint au Wall Street Journal. Sa vision décape…
Olivier Berruye
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La propagande occidentale sur les événements en Ukraine a deux objectifs principaux. L'un consiste à couvrir, ou détourner l'attention, du rôle de Washington dans le renversement du gouvernement démocratiquement élu de l'Ukraine. L'autre consiste à diaboliser la Russie.

La vérité est connue, mais la vérité ne fait pas partie de la télévision ni de la presse écrite occidentale. L'appel téléphonique intercepté entre la sous-secrétaire d'Etat, Victoria Nuland, et l'ambassadeur américain en Ukraine Geoffrey Pyatt révèle que les deux fomenteurs de coup d'État discutaient lesquels des laquais de Washington seraient installés dans le nouveau gouvernement fantoche. L'appel téléphonique intercepté entre le ministre estonien des Affaires étrangères Urmas Paet et la représentante officielle de l'UE pour la politique étrangère, Catherine Ashton, a révélé des soupçons, plus tard confirmés par des rapports indépendants, que des tireurs d'élite ayant tué des gens des deux côtés de la protestation de Kiev sont venus du côté soutenu par Washington dans le conflit.

Pour résumer, quand Washington orchestra en 2004 la « révolution orange » et que la révolution a échoué à fournir l'Ukraine dans les mains de l'Ouest, Washington, selon Victoria Nuland, a versé 5 milliards de dollars en Ukraine pour les dix années suivantes [1]. L'argent est allé à des politiciens, que Washington a amadoués, et à des organisations non-gouvernementales (ONG) qui opèrent comme étant des structures éducatives, faisant la promotion de la démocratie, et pour la défense des droits de l'Homme, mais qui en fait, sont la cinquième colonne de Washington [2].

Lorsque le président Ianoukovitch, considérant les coûts et les avantages, a rejeté l'invitation faite à l'Ukraine pour adhérer à l'Union européenne [3], Washington a envoyé ses ONG habituelles à l'action. Les protestations ont éclaté à Kiev exigeant que M. Ianoukovitch change sa décision et rejoigne l'UE.

Ces protestations étaient pacifiques, mais bientôt les ultra-nationalistes et autres néo-nazis sont apparus et ont introduit la violence dans les manifestations. Les revendications sont passées de « rejoindre l'UE » à « renverser Ianoukovitch et son gouvernement ».

Le chaos politique s'en est suivi. Washington a installé un gouvernement fantoche, qui a été présenté comme étant une force démocratique contre la corruption. Cependant, les ultra-nationalistes et néo-nazis, comme le Secteur Droit [Pravyi Sektor], ont commencé à intimider les membres du gouvernement fantoche. Peut-être qu'en réponse, les laquais de Washington ont commencé à proférer des menaces contre la population russophone de l'Ukraine.

Les régions du sud et de l'est de l'Ukraine sont d'anciens territoires russes rattachés à l'Ukraine par les dirigeants soviétiques. Lénine a ajouté des zones russes à l'Ukraine dans les premières années de l'Union soviétique, et Khrouchtchev a rattaché la Crimée en 1954. Les habitants de ces régions russes, alarmés par la destruction des monuments de guerre soviétiques commémorant la libération par l'Armée Rouge de l'Ukraine à Hitler, par l'interdiction du russe comme langue officielle, et par des agressions physiques sur les personnes russophones en Ukraine qui ont éclaté dans les manifestations. La Crimée a voté son indépendance et a demandé la réunification avec la Russie, et les régions de Donetsk et Luhansk ont fait de même.

Washington, ses marionnettes de l'UE, et les médias occidentaux ont nié que les votes en Crimée, à Donetsk, et à Luhansk aient été sincères et spontanés. Au lieu de cela, Washington affirme que les manifestations conduisant à des votes et les votes eux-mêmes ont été orchestrés par le gouvernement russe via l'utilisation de pots de vin, de menaces et de la coercition. La Crimée a été décrite comme étant un cas d'invasion russe et d'annexion.

Ce sont des mensonges flagrants, et les observateurs étrangers des élections le savent, mais ils n'ont aucune voix audible dans les médias occidentaux, qui sont un ministère de la Propagande pour Washington. Même la – autrefois fière – BBC ment au service Washington.

Washington a réussi à contrôler l'explication de la « crise ukrainienne ». Les peuples unifiés en Crimée, à Donetsk, et à Luhansk et ont été qualifiés de « terroristes ». Par contre, les néo-nazis ukrainiens ont eu accès au club de la « coalition démocratique ». Encore plus étonnant , les néo-nazis sont décrits dans les médias occidentaux comme les« libérateurs » des régions séparatistes contenant des « terroristes ». Très probablement, les milices néo-nazis russophobes deviendront-elles l'armée du gouvernement fantoche à la solde de Washington, car de nombreuses unités de l'armée [régulière] ukrainienne ont été réticentes à tirer sur des manifestants pacifiques.

La question pour nous est de savoir comment le leader de la Russie, le président Poutine, s'apprête à jouer ce match. Son hésitation ou sa réticence à accepter Donetsk et Luhansk à faire partie de la Russie est utilisée par les médias occidentaux pour les présenter comme étant faibles et intimidés. En Russie, cela sera utilisé contre Poutine par les ONGs financées par Washington et par les nationalistes russes.

Poutine le comprend, mais il comprend aussi que Washington veut confirmer le portrait diabolisé de lui-même. Si Poutine accepte les demandes de Donetsk et Luhansk de réintégration en Russie, Washington va répéter son allégation selon laquelle la Russie pratique l'invasion et l'annexion. Très probablement, Poutine n'est ni faible ni intimidé, mais pour de bonnes raisons Poutine ne veut pas donner encore plus de matière à propagande pour que Washington l'utilise en Europe

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La presse [aux ordres] de Washington favorable aux sanctions contre la Russie fait face à un obstacle en Allemagne. La chancelière allemande, Angela Merkel, est le vassal de Washington, mais le ministre des Affaires Etrangères allemand, Frank-Walter Steinmeier, et l'industrie allemande ne sont pas favorables aux sanctions. En plus de la dépendance de l'Allemagne au gaz naturel russe, des milliers d'entreprises allemandes font des affaires en Russie, et l'emploi de plusieurs centaines de milliers d'Allemands est dépendant des relations économiques avec la Russie. Les anciens chanceliers allemands, Helmut Schmidt et Gerhard Schröder, ont tancé Merkel pour sa soumission à Washington. La position de Merkel est faible, parce qu'elle s'est bêtement mise elle-même dans la position où elle sacrifie les intérêts de l'Allemagne en faveur des intérêts de Washington.

Poutine, qui a démontré qu'il n'était pas un politicien débile typique de ce qu'on trouve en Occident, voit dans le conflit entre les pressions américaines sur l'Allemagne et les intérêts réels Allemands une chance de briser l'OTAN et l'UE. Si l'Allemagne décide, comme M. Ianoukovitch l'a fait, que les intérêts de l'Allemagne se trouvent dans ses relations économiques avec la Russie, et non en étant un état marionnette de Washington, peut-être Washington décidera-t-elle de renverser le gouvernement Allemand et installera-t-elle une marionnette plus fiable ?

Peut-être l'Allemagne en a-t-elle simplement assez de Washington. Toujours occupée par les troupes américaines 69 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne a vu ses pratiques éducatives, son histoire, sa politique étrangère, son adhésion à l'UE et la mise en place de l'euro être fait sous la contrainte de Washington. Si les Allemands ont une fierté nationale, et en tant que peuple très récemment unifié, ils peuvent encore en avoir, ces directives imposées par Washington feront déborder le vase.

La dernière chose que l'Allemagne souhaite est une confrontation, économique ou militaire, avec la Russie. Le Vice- chancelier Allemand, Sigmar Gabriel, a déclaré qu'il « n'était certainement pas intelligent de créer l'impression en Ukraine qu'il fallait choisir entre la Russie et l'UE ». [4]

Si le gouvernement russe décrète que le contrôle de Washington sur l'Ukraine, ou sur n'importe quelle partie restante après la sécession, représente une menace stratégique inacceptable pour la Russie, l'armée russe saisira l'Ukraine, historiquement intégrée au territoire Russe. Si la Russie occupe Ukraine, il n'y a rien que Washington puisse faire, si ce n'est recourir à la guerre nucléaire. Les pays de l'OTAN, voyant leur propre existence en jeu, ne seront pas d'accord avec cette option.

Poutine peut reprendre Ukraine quand il veut et tourner le dos à l'Occident, une entité déclinante corrompue, embourbée dans la dépression et le pillage par la classe capitaliste. Le 21ème siècle appartient à l'Orient, la Chine et l'Inde. L'énorme expansion de la Russie repose sur ces deux pays les plus peuplés du monde.

La Russie peut prendre le pouvoir avec l'Orient. Il n'y a aucune raison pour qu'elle aille mendier auprès de l'Occident afin d'obtenir son approbation. Les bases de la politique étrangère des États-Unis sont les doctrines Brzezinski et Wolfowitz [5], qui déclarent que Washington doit empêcher la montée en puissance de la Russie. Washington n'a pas de bonne volonté envers la Russie et l'entravera à chaque occasion. Tant que Washington contrôlera l'Europe, la Russie n'a aucune chance de faire partie de l'Occident, à moins qu'elle ne devienne la marionnette de Washington, comme l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la France.

Source : www.paulcraigroberts.org

28 mai 2014

[1]http://www.state.gov/p/eur/rls/rm/2013/dec/218804.htm
Victoria Nuland a déclaré que les USA avait investi plus de 5 milliards de dollars depuis 1991 et non 2004 afin de « promouvoir la démocratie »
[2] La cinquième colonne désigne les partisans cachés — au sein d'un État ou d'une organisation — d'un autre État ou d'une autre organisation hostile.
[3] il s'agit en fait d'un traité de libre-échange économique, non d'une adhésion à l'UE
[4] http://www.reuters.com/article/2014/05/14/us-ukraine-crisis-germany-idUSBREA4D07N20
140514
[5] voir note [1] du billet http://www.les-crises.fr/traduction-exclusive-washington-cherche-la-mise-a-mort-de-la-russie-par-paul-craig-roberts/ et Le Grand Echiquier de Zbigniew Brzezinsky

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