Faut-il désespérer de l’économie algérienne ? Non (2ème partie)

Publié le par Mahi Ahmed

Faut-il désespérer de l’économie algérienne ? Non (2ème partie)

le 15.05.14 | 10h00

| © D. R.

L’économie algérienne a incontestablement des atouts mais elle a aussi des handicaps.

La tâche à accomplir pour engager une dynamique de développement et l’inscrire dans la durée consiste, bien évidemment, à valoriser au mieux les atouts et réduire à leur plus simple expression les handicaps.

Quels sont les atouts de l’économie algérienne

On peut en dénombrer au moins huit sur lesquels l’accord peut être facilement établi :
1- Bien qu’il faille rester prudent dans ce domaine, on peut retenir que l’Algérie a encore, pour au moins une décennie, des hydrocarbures à exporter qui constituent une importante source d’accumulation. Il est vrai que, en l’état actuel de l’exploration et de l’exploitation, la production de pétrole et de gaz est en déclin et que surtout, la consommation nationale en énergie progresse à un taux de 7% par an et qu’en 2013, la facture de cette consommation a atteint 40 milliards de dollars ! On voit bien ici que la marge de manœuvre se rétrécit de plus en plus, mais on peut penser que pour le septennat à venir, les perspectives financières restent intéressantes et on sait bien que «les finances sont le nerf de la guerre».
2- En plus des hydrocarbures, l’Algérie a un avenir énergétique et minier prometteur (gaz et pétrole de schiste, énergie solaire, éolienne, fer et phosphate…). Ce potentiel exploitable va permettre de continuer à réduire, de manière significative, la contrainte financière pour les années à venir.
3- L’Algérie est un pays désendetté avec une dette extérieure très faible (3,336 milliards de dollars soit environ 4% du PIB) et une dette publique de quelque 13% du PIB. L’Algérie dispose, par ailleurs, d’importantes réserves de change (à peu près 192 milliards de dollars, or non compris) et d’une épargne budgétaire et des ménages appréciable.
4- L’Algérie dispose d’un marché intérieur en pleine expansion.
5- Les plans de relance I, II et III des décennies 2000 et 2010, bien qu’ayant engendré gaspillage et détournements de deniers publics, fléaux sur lesquels beaucoup de responsables aux affaires doivent rendre des comptes, ont néanmoins doté le pays d’infrastructures de base qui ont nettement amélioré l’attractivité du site Algérie.
6- La diaspora algérienne, qualifiée et compétente dans divers domaines constitue assurément et dès à présent un intéressant facteur de dynamisme économique.
7- La population algérienne est une population jeune et de plus en plus éduquée donc ouverte au progrès et porteuse de dynamisme.
8- Le potentiel agricole saharien est une donnée avec laquelle il faut compter à l’avenir. L’Algérie pouvant s’appuyer sur les progrès technologiques et agronomiques mondiaux réalisés dans le domaine.

L’économie algérienne a de sérieux handicaps

A l’opposé, l’économie algérienne souffre de quatre handicaps majeurs qui nécessitent chacun pour leur résorption, des programmes d’action cohérents et effectifs.
1- En Algérie, les secteurs hors hydrocarbures se caractérisent par un faible dynamisme qui se traduit par de faibles performances des entreprises nationales et une faible propension à développer l’investissement productif. De ce fait, notre économie reste peu diversifiée.
2- La gouvernance économique est inefficace car elle est encore faite de régulation administrative directe lourde et contre-productive. Les réformes économiques de la fin des années 1980 ont fait long feu, et le retard pris dans ce domaine est considérable.
3- L’économie algérienne ne connait pas de contraintes d’efficacité, situation qui s’explique en grande partie par le recours facile, lorsque la faillite menace, au budget de l’Etat et à la dépense publique rendue possible par la rente pétrolière. Un tel contexte explique l’absence d’une culture de compétitivité.
4- Enfin, «last but not least», la dépendance alimentaire de l’Algérie est des plus couteuses. Hamid Aït Amara rappelait qu’en Algérie «2 calories sur 3 sont importées». La facture alimentaire ne cesse de s’alourdir.
Signalons qu’en 2013, l’Algérie a importé pour 9,58 millards de dollars de biens alimentaires !

Face à ce tableau clinique, quel protocole thérapeutique ?

Il ne faut pas gâcher le joker, on n’en aura pas d’autre. Bien évidemment dans le cadre de ce bref article nous ne pouvons proposer une véritable feuille de route détaillée et encore moins une stratégie de développement. Tout au mieux tenterons-nous quelques suggestions pouvant inciter à approfondir la réflexion, ou en tout cas à alimenter des délibérations, aujourd’hui urgentes sur les perspectives économiques du pays.

Reprendre les réformes économiques

Au-delà des politiques conjoncturelles contra et pro-cycliques qui sont mises en œuvre depuis deux décennies, la situation exige aujourd’hui l’élaboration et l’application de politiques structurelles.
La relance de l’investissement productif, la dynamisation des secteurs hors hydrocarbures, la bataille de la sécurité alimentaire exigent, pour être couronnées de succès, des transformations profondes des mécanismes économiques actuellement en œuvre.

Sans être exhaustif nous pouvons insister sur la nécessité de reprendre les réformes portant autonomie de l’entreprise qui visaient à libérer l’entreprise du carcan administratif et bureaucratique et à lui imposer des obligations de résultat. De même le système bancaire devra-t-il être engagé à gérer le risque sans alourdir les procédures de contrôle a priori et la multiplication des garanties exigées par l’opérateur.

Une nouvelle démarche pour fabriquer de la croissance

*Le partenariat externe doit enfin être compris par nos policy makers comme une exigence incontournable à la fois pour rattraper les retards accumulés dans la compétitivité de l’économie mais aussi pour s’initier aux techniques de l’exportation.
*L’économie algérienne souffre également d’un déficit énorme en matière de services à l’entreprise. Dans ce domaine aussi, le partenariat avec des champions étrangers dans les domaines du consulting, de l’engineering, de l’audit…nous aidera à installer ce secteur stratégique. Rappelons simplement que nous importons pour plus de 11 milliards de dollars de services non facteurs.
*L’Algérie possède une diaspora hautement qualifiée dans divers domaines et qui ne demande qu’à être intégrée dans le processus de reconstruction de l’économie nationale. Un programme sérieux (et non pas ceux qu’on a déjà connu) de mobilisation de cette élite doit être élaboré et mis en application.
*Enfin à titre simplement indicatif, la sécurité alimentaire du pays peut être acquise en complétant la politique agricole par deux initiatives novatrices :
1- Lancer des programmes de développement de l’agriculture saharienne ;
2- Acquérir des terres agricoles à l’étranger, notamment en Afrique pour y produire des biens agro-alimentaires.
La thérapie du FMI constitue-t-elle une solution ?
Pour le FMI, qui se rappelle régulièrement à notre bon souvenir, l’amélioration des performances économiques de l’Algérie passe par l’application de dix mesures :
1- Assurer la stabilité macro-économique et financière (entendez : gérer la demande).
2- Supprimer progressivement les subventions et établir un système de transfert social ciblé pour protéger les couches sociales défavorisées (entendez : diminuer les transferts sociaux et assurer un rôle brancardier).
3- Eliminer progressivement les subventions des produits énergétiques (entendez : aligner les prix internes des produits énergétiques sur les prix internationaux).
4- Contenir la masse salariale (entendez : adopter une politique de modération salariale).
5- Améliorer la compétitivité coûts (entendez : la variable d’ajustement pour améliorer la compétitivité doit être les salaires et les prélèvements obligatoires).
6- Assurer la flexibilité du marché du travail (entendez : alléger les procédures de licenciement et développer les contrats à durer déterminée).
7- Augmenter les taux d’intérêt et réduire la dépense publique et les crédits à l’économie (entendez : politique monétaire restrictive et rejet de la politique budgétaire expansionniste).
8- Promouvoir un secteur privé fort (entendez : mettre fin à l’effet d’éviction engendré par le gouffre à dépense que constitue le secteur public).
9- Développer la concurrence dans le secteur bancaire (entendez : faciliter l’installation de banques privées).
10- S’intégrer au commerce mondial en accélérant l’adhésion à l’OMC (entendez : promouvoir le libre-échange).
Il est facile de constater une nouvelle fois que le FMI reste vraiment un mauvais élève qui ne tire aucune leçon des échecs de ses thérapies libérales appliquées en tous lieux et en toutes circonstances de la même manière.
Il y a pourtant des particularités à l’économie algérienne qui permettent d’éviter cette thérapie de cheval antisociale et économiquement récessionniste.

Dans notre pays, l’alternative à l’Etat investisseur est encore à construire et pour y parvenir il faut que l’investissement productif privé soit facilité et encouragé par l’Etat.

La mandature qui s’ouvre devra être axée résolument, au plan économique, sur une politique de l’Offre

L’économie algérienne ne souffre plus aujourd’hui d’une insuffisance de la demande : les plans de relance I, II et III ainsi que la revalorisation des salaires ont suffisamment dynamisé la demande et poursuivre dans cette voie c’est aller vers plus d’importations (signalons que les importations ne cessent d’augmenter : +7% en 2010, +2,9% en 2011, +7,2% en 2012 et +6% en 2013, soit pour cette dernière année 55 milliards de dollars auxquels il faut ajouter 11 milliards de dollars d’importations de services non facteurs) et plus d’inflation (9% en 2012, 5% en 2013).Le défi qu’aura à relever la prochaine mandature est celui de la stimulation de l’offre.

Qu’est-ce qu’une politique de l’Offre ?

C’est une politique économique pro-entreprise axée sur des aides à l’entreprise et s’appuyant sur l’analyse selon laquelle «la faiblesse de la croissance économique, à certaines périodes dans certains pays, réside dans les freins et les obstacles que rencontrent les acteurs économiques : cotisations sociales et impôts, salaires insuffisamment soumis à la concurrence du marché, complexité des démarches pour créer une entreprise, régulation excessive des marchés, difficultés d’accès au crédit… La politique de l’offre repose sur l’idée que les producteurs sont étranglés par des surcoûts qui empêchent les entrepreneurs de produire du dynamisme.

Dans le cas de l’Algérie, plus particulièrement, qui dispose d’une importante rente, la politique de l’offre, qui reste fondamentalement une politique libérale, n’est pas antinomique d’une politique de redistribution.
Grâce à la rente l’Algérie peut réaliser ce qui est irréalisable sous d’autres cieux, c’est-à-dire faire une politique de l’offre sans abandonner la politique de redistribution et de justice sociale.

En effet, ici plus qu’ailleurs, la croissance économique ne doit pas se faire au détriment du progrès social. Et le progrès social, c’est le droit à être soigné lorsque l’on est malade, le droit à un logement pour s’abriter, le droit à des prestations décentes en cas de cessation d’activité, le droit à l’éducation et à la formation. Tout cela doit se faire sous la conduite de l’Etat par des politiques macro-économiques actives et notamment politique budgétaire et politique monétaire ; le marché doit être encadré par des institutions, la protection sociale et la redistribution doivent être assurées, la propriété publique et la propriété privée doivent être reconnues.

On le voit bien, l’économie algérienne a besoin d’un souffle nouveau, d’une nouvelle approche. Et pour revenir à la crise politique, on peut commencer à en dénouer les fils pour une économie qui fonctionne, qui produit des richesses, de l’emploi et du pouvoir d’achat et qui procurera incontestablement une aération de la société, une marge de manœuvre appréciable pour affronter les problèmes politiques avec plus de sérénité et de lucidité.

Deux observations pour terminer cette réflexion

1- Nous avons impérativement besoin :
a- D’un institut national d’analyse de la conjoncture
b- D’un commissariat à la prévision économique et sociale
2- Notre jeunesse a certes besoin d’emploi mais elle a assurément besoin de salles de cinéma, de centres de loisirs, d’écoles de musique, de centres culturels, d’écoles de théâtre.
Notre jeunesse a besoin de RESPIRER. Et avouons que tout cela n’est pas difficile à concrétiser !

Abdelmadjid Bouzidi

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