Décès de notre camarade Lucette Hadj Al

Publié le par Mahi Ahmed

Décès de notre camarade Lucette Hadj Ali

Mardi 27 mai 2014 2 27 /05 /Mai /2014 11:05

Nous avons appris avec beaucoup de peine le décès en France de notre camarade Lucette Hadj Ali, née Larribère, qui a été une militante active du Parti communiste Algérien et du Parti de l'Avant-garde Socialiste. Elle fut la compagne de notre camarade Bachir Hadj Ali, secrétaire du Parti communiste Algérien. Les obsèques de Lucette auront lieu à la Seyne-sur-mer, près de Toulon vendredi 30 mai 2014. Une cérémonie de recueillement avant son incinérations se déroulera au crématorium de la Seyne-sur-Mer ( 2, rue Alfred de Musset) de 15 h 30 à 16 heures. Nous présentons ci-dessous, une biographie de notre camarade.

BIOGRAPHIE DE LUCETTE HADJ ALI

Lucie Hadj Ali, plus connue sous le nom de Lucette, est née à Oran le 9 décembre 1920. Son père Jean-Marie Larribère, venu à l'âge de cinq ans en Algérie avec ses parents dans les années 1892 était un Français originaire des Pyrénées orientales. Il exercera sa profession de gynécologue dans la clinique qu'il avait ouverte à Oran en 1928. Sa mère, Yvonne Verdier, née en Algérie en 1896, était institutrice. L'oncle de Lucette, Camille Larribère avait été un dirigeant du Parti communiste Français dés les premières années de sa fondation, ensuite du Parti communiste Algérien dont il fut membre de son comité central.

Après avoir suivi ses études au lycée d'Oran et obtenu son baccalauréat, elle rejoint Paris pour préparer à la Sorbone une licence d'histoire et géographie. Elle revient en Algérie en 1939, quand la seconde guerre mondiale est déclenchée, avec deux certificats qui lui permettent d'achever sa licence d'histoire et géographie à la Faculté d'Alger. Elle prépare ensuite son mémoire de diplôme d'études supérieures qu'elle obtient au moment du débarquement en Algérie des troupes alliées de la coalition anti-hitlérienne en novembre 1942. De décembre 1942 à janvier 1943, elle enseigne dans le secondaire. Puis de janvier 1943 à décembre 1944 elle exercera la profession de journaliste à l'Agence Française de presse (AFP). C'est là qu'elle se lie d'amitié avec Gilberte Sarfaty qui deviendra la compagne d'Henri Alleg, une grande amitié qui a duré tout au long de leur vie. Dans son ouvrage "Mémoire Algérienne" , Henri Alleg qui a été lui-même embauché à la rédaction de l'AFP, raconte comment il fit la connaissance de Lucette et de Gilberte et comment il les a convaincues de donner leur adhésion au PCA. A propos de Lucette, il écrit ce qui suit: " Lucette avait grandi sous l'influence des idées de ce père et de cet oncle. Autant dire qu'il n'était pas nécessaire de polir ses arguments pour convaincre quelqu'un qui appartenait déjà à une tribu si motivée".

De son côté Lucette évoquant son cheminement jusqu'à son adhésion au Parti communiste Algérien écrit: " Mon enfance ressemble à celle de tous les petites européennes d'Oran à cette époque: complètement coupée de la population algérienne. Au lycée, il n'y avait qu'une seule Algérienne (pendant toutes mes années de lycée) et à l'université d'Alger, en histoire-géo, il n'y avait aucun étudiant algérien. C'était comme si la population algérienne et la population européenne vivaient sur deux planètes différentes."

Elle poursuit son récit comme suit:" Il y a cependant plusieurs choses qui ont déterminé mon avenir politique dés cette époque:

J'étais issue d'une famille communiste:

- Mon grand-père, Pierre Larribère, instituteur, l'un des fondateurs du PCA en Oranie, militant actif politique et syndical (syndicat des instituteurs), sanctionné professionnellement pour cette raison et peut-être même destitué?

-Mon oncle: Camille Larribère, médecin à Sig, dont j'ai découvert peu à peu le passé politique communiste....

Puis elle ajoute :"Bouclée dans une société complètement coupée des milieux algériens, je n'ai pris conscience de l'oppression coloniale qu'à partir du moment où j'ai travaillé à "Liberté" (organe du PCA) et surtout après mon adhésion au parti (juillet/aoüt 1945) et , je suppose, encore lentement. C'est quand j'ai été plongée dans l'action, au Parti et surtout à l'Union des Femmes d'Algérie (dont elle fut l'une de ses dirigeantes à partir de 1946 jusqu'à 1955 NDLR) que j'en ai pris réellement conscience."

Elle sera, en effet, dans toutes les luttes des femmes aux côtés de leurs compagnons engagés dans les grèves des dockers de Béni-Saf, d'Oran, des ouvriers agricoles de Descartes, c'est-à-dire les combats des couches les plus déshéritées de la société algérienne qui se dressaient contre le système d'oppression coloniale et d'exploitation capitaliste. C'est dans ses luttes mémorables que Lucette se forgea à la fois une conscience nationale avec un contenu de classe. Son activité militante, son engagement dans les batailles du peuple algérien est tout d'abord l'une des raisons de sa participation à des écoles de cadres des trois partis communistes nord-africains qui se sont tenues à Alger. Elle fut aussi élue membre du comité central en 1949. Elle le demeura jusqu'à la fin de la guerre de libération nationale.

En 1952, la direction du PCA lui demande de rejoindre la rédaction du quotidien anticolonialiste "Alger républicain". La direction de ce journal lui confie la responsabilité de l'équipe rédactionnelle de jour qu'elle anime jusqu'à son interdiction en 1955 par l'administration coloniale, au lendemain de l'insurrection armée du premier novembre 1954.

Après la disparition d'Alger républicain en Septembre 1955, "Le parti, écrit-elle, m'a désignée pour militer aux côtés de Bachir Hadj Ali, Sadek Hadjerés et Jacques Salort, à l'organisation armée des "Combattants de la libération Nationale". J'ai été chargée d'assurer, en juillet-août 1956 l'hébergement à Oran de Guerrab, rescapé de la liquidation du groupe de Henri Maillot dans l'Oursenis. Au début de septembre 1956, quand le réseau d'Oran est tombé, je suis passée dans la clandestinité provisoirement en attendant que l'on sache s'il avait été question de moi pendant les interrogatoires des camarades. Mais avant de recevoir cette information, la police est venue à mon domicile pour m'expulser en France, comme elle le faisait pour nombre de camarades européens surtout. Ce qui fait que je suis restée dans la clandestinité."

Durant toute cette période, entre le 4 septembre 1956 et le 9 juillet 1962, elle est une collaboratrice active de la direction clandestine du PCA et notamment de Bachir Hadj Ali et Sadek Hadjerés. Elle assure les liaisons avec les organisations du parti, participe à la rédaction des journaux et des tracts clandestins, effectue les travaux de dactylographie et de reproduction des documents communistes diffusés pendant la guerre de libération nationale.

Il faut noter également que la famille de Lucette est engagée également pendant toute la guerre de libération nationale. Son premier compagnon, Robert Manaranche, militant communiste est arrêté et interné au camp de Lodi. Ses deux soeurs Aline et Paulette seront arrêtées pour leur activité au sein des réseaux du PCA chargés de soutenir le FLN. Aline a été condamnée à 8 ans de prison et Paulette, après son accouchement en prison fut expulsée en France.

Le combat de Lucette ne s'arrête pas au lendemain de l'indépendance, il se poursuivra. Après 1962, elle reprend sa fonction d'enseignante en Histoire et Géographie au lycée El-Idrissi de 1962 à 1975. Puis de 1975 à 1977 elle participe au sein de l'I.P.N., à la confection des manuels destinés à l'enseignement de la géographie, ensuite elle reprend son poste d'enseignante du Français au lycée El-Idrissi et à partir de 1978 jusqu'à 1981 elle est détachée à l'université de Bab-Ezzouar où elle participe aux activités de l'Institut des Sciences de la Terre.

Après l'arrestation de Bachir Hadj Ali et des autres militants communistes et progressistes arrêtés au lendemain du coup d'Etat de 1965, Lucette militera aux côtés de toutes les familles dont les enfants subissaient la répression du pouvoir en place. Elle aura une correspondance très suivie avec Bachir Hadj Ali, qu'elle publie plus tard sous le titre "Lettres à Lucette".

Après 1990, elle reviendra pendant un moment au journal "Alger républicain" afin de participer à sa rédaction et au secrétarit de la direction.

On ne peut oublier non plus toute sa sollicitude et les efforts qu'elle a prodigués pour soutenir Bachir Hadj Ali pendant sa maladie et jusqu'à sa disparition.

Sa vie a été bien remplie. Tous ceux qui l'ont connue et qui ont milité à ses côtés gardent d'elle le souvenir d'une femme engagée pour les intérêts des couches les plus déshéritées, assoiffées de justice sociale, de dignité, de liberté. A sa famille et à ses enfants nous présentons nos plus sincères condoléances et notre solidarité militante.

Source : Le Lien

Quelques extraits d’hommages

Les morts ne sont pas morts

‎Hier ‎28 ‎mai ‎2014, ‏‎10:11:27 | Nour

Ils habitent nos vies
Ils vivent dans nos cœurs
Et vibrent en nos mémo
ires

2

Les morts ne sont pas morts
Ils peuplent nos silences
Et inventent pour nous
Des paroles de traverse
Qui nous vont droit
au cœur

3

Les morts nous regardent
À l'envers de nos vies
Et murmurent des pluies
De tendresse
inouïe

Des mots sans rades
au goût
De vent nomade
Passager et serein
sur la crête des dunes
Que nos pas amoncellent
Sans en touch
er la fin...

Safia et Bachir
ne sont pas morts
Ils habitent nos vies
et vibrent en nos mémoi
res...

SMB

mai 2014

Safia a rejoint Bachir

28 Mai 2014 ,

Hier au mois de mai
Ya goumriet lebroudj***
Qu’as-tu à refleurir
Que tu n’as pas fleuri
Qu’as-tu a plus chérir
Que fière Algérie
Qu’as-tu à parcourir
Plus que les tortures
De ton défunt mari
Qu’as-tu encore à nous dire
Que Bachir n’a écrit
Dans mansarde sur pelure
Pour tes yeux sa chérie
Pour l’humai
n avenir
De justice nourrie

Safia a rejoint Bachir
Hier au mois de mai
J’ai vu le ciel sourire
Et combat s’animer
De classe bien sur
Serein à jamais
Battant la mesure
D’un poème déclamé
Safia a rejoint Bachir
Hier au mois de mai

Fateh Agrane
Copyright tou
s

Hommage à Lucette Safia Hadj Ali Larribère

Le ciel se noie dans mon verre
Le rêve rajeunit au contact de l’air
Mon amie est ailleurs devant
moi.

Mai… fugace désespérance
Pourtant mois des espérances
Lucie/Safia absente t’habit
era.

Loin de toi et de septembre
Loin de toi et de décembre
Les chants de ces mois se font nom
bre.

« Soleils sonores » sur nos têtes
« Que la joie demeure »
Que se perpétue la fête
Le poète retrouve la
voix.

« Mémoire clairière » sur nos crêtes
« Rêves en désordre » sur les faîtes
Tuer la nuit, l’ennui, terrasser la b
ête.

Étreindre enfin avec ses dents
Ce "pays de parfums blancs
".

Arab, Oran/Alger 2012 - 2014

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« Entre le massif et le vase se meurt la rose
L’oiseau se meurt entre l’espace et la cage
Entre le sable et l’étranger se meurt l’oasis
La cruche se meurt entre le feu et le marché
Entre le rêve et la nuit se meurt la fiancée vendue
L’exilé se meurt entre le départ et l’arrivée
Entre l’étreinte et la rupture se meurent les amants
Le miel a besoin de sa douceur
Le feu a besoin de sa chaleur
Le jasmin de sa blancheur
Pour vivre
» Bachir Hadj Ali -Epaves


Notre camarade Lucette Hadj Ali est morte, loin de son pays. C’est un mois de mai qui avait déjà emporté Bachir, son époux, dont elle avait défendu, avec détermination et sobriété, l’impérieux legs poétique et politique. Elle était née à Oran en 1920. Fille du docteur Larribère, elle en hérite l’ouverture et la générosité, même si sa prise de conscience du fait colonial et son engagement ont été tardifs, comme elle l’expliquait elle-même, avec courage, dans son témoignage : Itinéraire d’une militante algérienne.

Dès 1943 elle travaille à Liberté, l’organe du Parti communiste algérien. En 1945 elle rejoint le mensuel de l’Union des femmes d’Algérie puis se voit confier la responsabilité du secrétariat collectif de l’organisation. En 1952 elle collabore à Alger républicain. Elle connaîtra les dures années de la clandestinité durant la guerre de libération et plus tard le calvaire de son mari arrêté et atrocement torturé parce que membre de la direction du PAGS. Une épreuve qui n’entamera pas la passion de l’un pour l’autre comme en témoigne l’ouvrage : lettres à Lucette.

A sa sortie de prison, elle s’occupe de Bachir jusqu’à son décès. Il a vu sa santé se dégrader en quelques années suite à l’arbitraire qu’il avait subi. Entourée de jeunes militants qui la soutiennent, elle contribue à leur formation. Alors qu’Alger républicain réapparaît, elle est retraitée de l’éducation mais apportera sa contribution avec la rigueur qu’elle mettait dans chacun de ses engagements, même les plus modestes.

Quand l’Algérie se verra imposer l’affrontement avec le terrorisme islamiste, ses cheveux blancs ainsi que sa présence digne et familière auront marqué bien des moments de lutte ou des célébrations, aux côtés des femmes à l’avant-garde du combat pour la défense de la république ou aux côtés de celles et ceux qui régulièrement auront commémoré la mémoire de leurs camarades disparus depuis la guerre de libération nationale. Elle aura incarné, jusqu’au bout, sa dévotion à un pays et à ceux qui auront lutté pour l’émancipation de son peuple, toujours éclairée de l’amour lumineux qu’elle et Bachir se vouaient.

Lucette c’est avec émotion que nous retiendrons ton exemple. A sa famille et à ses amis nombreux, les militantes et militants du MDS présentent leurs condoléances les plus attristées.

Alger, le 26 mai 2014
Le Secrétaire général du MDS
Yacine T
eguia

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