Viatcheslav Ponomarev : « Nous nous armerons et nous irons libérer l'Ukraine »

Publié le par Mahi Ahmed

~~Viatcheslav Ponomarev : « Nous nous armerons et nous irons libérer l'Ukraine » Qu'est-ce qui fait que vous êtes si bien organisés ? Que faisaient vos hommes, avant que tout ne commence ? - Bah, ils vivaient leur vie, simple et paisible. Ils travaillaient, comme on dit, dans divers secteurs de l'économie nationale. Dans les usines, les ateliers – ici, chez nous, on a encore quelques activités qui fonctionnent. Et puis, ils apprenaient – qui dans quoi. Ils tentaient de survivre. Parce que dans notre ville, quasiment toutes les entreprises ont fermé, il n'y a pas réellement de travail. Dans le bâtiment, etc., ce genre de secteurs. - Comment vous-êtes vous réunis, que s'est-il passé ? - La première fois, nous nous sommes rassemblés le 21 février. Alors, nous étions environ 70 personnes. Nous avons déterminé les tâches respectives. - Ici ? - À Slaviansk, il y a un parc Lénine où se trouve un monument aux soldats libérateurs : c'est là que nous nous sommes tous rassemblés. Et puis, on a commencé de discuter, d'exprimer nos avis – qui pense quoi de ce qui se passe dans notre pays. Nous comprenions que ces bandits de fascistes n'allaient pas s'arrêter à Kiev. Qu'ils marcheraient plus loin, ils l'ont dit d'ailleurs – genre, « on va venir, et vous allez tous voir ». La première de nos missions était de nous organiser. Au bout de deux jours, nous étions déjà 1 100 personnes. - Sérieusement ? - Le 26 février, nous étions déjà 1 100 personnes rassemblées. Une bande hétérogène, évidemment, de tout poil, pas tous avec une expérience militaire. Immédiatement, nous avons décrété la prohibition : interdit l'alcool. Nos hommes ne doivent pas boire. L'alcool, ce sera pour après la victoire. Après, nous avons commencé peu à peu de patrouiller les quartiers de la ville avec la milice. Nous avons commencé de communiquer avec nos miliciens, nous sommes parvenus à une certaine entente. Nous les aidions, eux nous aidaient. Vu qu'une partie de nos miliciens étaient restés à Kiev, la ville était pratiquement désarmée. Il n'y avait personne. Quand nos gars sont revenus de Kiev… Ils sont arrivés tout noirs, sales, vous comprenez, ce n'est pas qu'ils étaient en colère – ils avaient de la détresse dans les yeux. C'étaient des regards de gens trompés. Nous avions l'espoir qu'ils donneraient l'ordre de disperser Maïdan, mais pourtant, le camarade Ianoukovitch ne s'est pas montré sous son meilleur jour. Sauf que la vie, elle continue, et nous, il fallait bien qu'on fasse quelque chose. Peu à peu, des miliciens ont commencé à rejoindre nos rangs. À ce moment-là, il s'est trouvé que c'est moi qu'on a choisi comme responsable des brigades. On a tout de suite créé un conseil de coordination par type de grade. Commandant, vice-commandant, chef d'état-major, vice-commissaire. Ensuite, déjà, des chefs de compagnies, de sections, etc. - Comme dans l'Armée soviétique ? - Évidemment. Eh, ça sert à quoi que nous inventions le vélo, s'il a déjà été inventé depuis longtemps ? Bon, on a un peu corrigé la structure à la lumière des réalités d'aujourd'hui. Et quand nous avons compris que nous étions prêts à nous battre, nous avons commencé de coordonner nos actions avec les autres villes de la région de Donetsk. Aujourd'hui, des gens nous rejoignent depuis toute la région. Ils arrivent par un, deux, trois – ceux qui ne se sont pas trouvé de fonction dans leurs villes viennent chez nous. On dit que vous avez aussi des gens de Crimée, pas seulement de la région… - Vous savez, ici, chez moi, je n'ai pas seulement des hommes de Crimée. J'en ai et de Vinnytsia, et de Jytomyr, et de la Transcarpatie, et de Dniepropetrovsk, et d'Odessa, de Nikolaïev, de Kharkov (Kharkiv, ndlr). - Et comment est-ce qu'ils se sont tous trouvés ? - Premièrement, je suis un ancien soldat, et j'ai de très-très bonnes relations avec mes anciens camarades de rang. Les amis ont des amis – etc., l'information. Et après que nous sommes passés à l'antenne nationale, de vieux amis ont commencé de me reconnaître, ils passent le bonjour, parfois depuis l'étranger – je sais pas, Israël, l'Italie, la France, l'Allemagne, les USA. En Afrique, c'est le Bénin, la Côte d'Ivoire, l'Angola. Dans le Proche Orient, c'est la Syrie, naturellement. Et plus loin – l'Afghanistan, le Pakistan. Je suis heureux, très heureux. - Quels sont vos rapports, aujourd'hui, avec la république de Donetsk ? Des relations remarquables, nous sommes entièrement d'accord avec leurs exigences. - Il y a une coordination ? - Bien sûr, quoi qu'il advienne, nous sommes tous de la région de Donetsk, quand même. Évidemment que nous sommes en contact avec eux. Quand on a eu besoin de notre aide à Kramatorsk, nous les avons aidés (à prendre le bâtiment du ministère régional de l'intérieur de Kramatorsk). - Pendant les fêtes de Pâques, il n'y aura certainement pas d'actions de combat ? - Nous avons annoncé que du 20 avril à minuit au 21 à minuit, nous cesserons toutes nos opérations de combat. C'est une fête sacrée, quand même. Et après, nous continuerons de chasser la force obscur [Une fusillade meurtrière a finalement eu lieu le 20 avril à 2h du matin sur un barrage routier à proximité de la ville de Slaviansk, faisant des victimes du côté pro-russe, ndlr ] - Il y a un plan ? Réfléchissez – nous sommes des militaires : est-ce que nous avons ou non un plan ? - Je comprends, je voulais seulement voir une carte avec des petits drapeaux. Il y a tout ce qu'il faut. - Vous avez vu cette vidéo comique, publiée par la sécurité ukrainienne, où vos hommes discutent avec des supposés « agents russes » ? - Vous savez comment c'est. Quand on n'a rien à dire ou à montrer, on commence d'inventer des schémas fantastiques. Je voudrais voir cet officier du SBU, qui s'est occupé des écoutes, la personne qui en répond. Alors, peut-être, j'y croirai. Et encore. Sachant toutes les provocations et tout ce qui vient de la junte… J'ai peu de foi dans ces gens. Ils ont vendu leur pays, notre bonne et belle Ukraine, pour les intérêts des étrangers, des américains, des banquiers, des usuriers de l'Europe, qui soi-disant promettent de l'argent, mais cet argent n'arrive jamais jusqu'aux gens simples, ils continuent de rabaisser tout le monde. Ça suffit ! Ça suffit de mentir ! La sécurité ukrainienne ? Quelle sécurité ! Vous voulez rencontrer nos renseignements, d'accord, venez ici. Nous avons notre propre service, qu'est-ce que je ferais d'un autre ? Les reporters nous demandent : et qu'est-ce qu'il en est avec la Russie ? Et quoi, quoi ? Bon, ce sont nos frères, oui, nos amis. Mais nous nous sommes levés pour la défense de notre propre terre. Parce que nous n'allons agresser personne. Nous nous défendons, simplement. Mais eux, ils envoient ici des blindés, des chars, des obusiers, des avions, et des hélicoptères. - Mais que pensez-vous du fait que certains de vos gars ont d'abord prêté serment à l'armée ukrainienne, et ensuite à vous ? - Vous savez comment c'est. Il n'en reste rien, de l'armée ukrainienne, pour parler franchement. - Tous les gars de l'armée ne voulaient quand même pas passer de votre côté, beaucoup ne voulaient simplement pas se battre contre le peuple… - Mais personne n'a dit de passer de notre côté. Au nom de quoi voulez-vous qu'ils se battent ? L'armée est désorientée, désorganisée, toutes les communications sont détruites. C'est quoi ça, une unité militaire, la 25ème division des gardes aéroportés, qui se retrouve démobilisée par une espèce de ministre, un coq mal dégrossi sorti d'on ne sait où… Mais t'es qui, bestiole sans cerveau ? Tu fais quoi ? Tu as levé la main sur l'élite de l'armée ! Salopard, merde. Avec les fascistes, notre conversation est brève : prisonnier ou mort. - On comprend ce qui se passera s'ils viennent se battre contre vous. Mais s'ils ne viennent pas ? - Mais personne ne viendra, et que Dieu soit avec eux. Nous irons, nous. Nous nous rassemblerons, nous formerons l'armée du Donbass, nous nous armerons et nous irons libérer l'Ukraine. Et quoi d'autre ? - Et vous savez que du côté de Maïdan, il y avait aussi beaucoup d'anciens de l'Afghanistan ? - Les Afghans sèment la discorde chez les Afghans. Je ne veux offenser personne. Je respecte ces gens. Mais ceux qui ont vendu leur pays et servent les intérêts de puissances étrangères… Les anciens de l'Afghanistan ne sont pas des gens si bêtes, ils comprennent tout de suite qui est derrière qui. Et puis ce n'est pas un secret, qu'en Afghanistan, il y avait des sous-officiers qui vendaient des armes avec lesquelles, ensuite, nos propres gars se faisaient tuer. Ce n'est un secret pour personne qu'il y avait là-bas des arrivistes, qui y servaient simplement pour obtenir de l'ancienneté, une étoile, une médaille et ce genre de choses. Ce sont ces arrivistes qui se retrouvent maintenant dans le camp des mêmes forces de droite. Même s'ils se positionnent fortement comme des types à la mode, libres, mais ce sont des nazis. Ce sont les amis du Secteur droit, ils salissent le nom d'officier. - Sur Maïdan, il y avait aussi beaucoup de gens simples, qui voulaient renverser Ianoukovitch et pas servir des banquiers étrangers, comme vous dites… - Mais il se trouve que Maïdan lui-même, c'est un produit des experts américains. Tout a été planifié selon un scénario élaboré. Ces spécialistes, ils ont filé là-bas un tas d'argent. Mais à un moment donné, ils se sont heurtés à une barrière, qu'ils ne pourront jamais franchir. C'est notre « non » strict. Qu'ils aillent mettre de l'ordre chez eux, là-bas ! Parce que s'il faut, nous irons chez eux, nous, et nous discuterons avec leurs Indiens. À ce moment-là, tenez vous bien, les camarades obamas, bushs et rockfellers, et tous ceux de ce genre. - Mes amis de Kiev ont une image totalement différente, ils disent que c'est la Russie qui tente de grignoter des morceaux de l'Ukraine. - Mais que vient faire la Russie là-dedans ? La Russie, elle est à 250 kilomètres de nous. Et la Russie, elle a assez de ses propres affaires. Des problèmes, ils en ont un million. Oui, nous considérons que les citoyens de Russie sont notre peuple frère, les Biélorusses, les Moldaves, les Ossètes, les Géorgiens, etc. Le Kazakhstan, les Ouzbeks, mais ce sont nos gens, nous avons servi ensemble ! Avec leurs grands-pères, ensemble, les nôtres ont répandu le sang ! Ils ont emporté la victoire pour nous ! Et quoi, maintenant, il faudrait que nous rendions tout ça bêtement ? Ah non, les gars, attendez ! Nous avons les forces pour nous battre, elles sont là. Et nous allons nous battre tant que nous n'aurons pas chassé cette saloperie fasciste de notre terre. - Vous conseilleriez à Poutine d'envoyer des troupes, aujourd'hui ? - Je ne suis pas en droit de donner des conseils à Vladimir Vladimirovitch. Quand nous avons adressé notre demande, je pense qu'il l'a entendue. Dans la mesure des possibilités… S'ils peuvent nous apporter de l'aide – Dieu merci, sinon – nous nous battrons nous-mêmes. - Vous ne pensez pas que si des troupes russes entrent sur votre demande, ça conduira à un vaste bain de sang ? Parce qu'alors, l'armée ukrainienne passera sûrement au combat. Ils ne veulent pas combattre le peuple, mais avec une autre armée régulière étatique, peut-être qu'ils le feront. - Mais ils combattent déjà contre le peuple, comme ils peuvent. Il y avait leur camion sur la route, là, des parachutistes. Un hélico est arrivé, et sur-le-champ, ils se sont mis à tirer. Quelqu'un a été blessé, parfaitement pacifique : une gardienne, qui a pris une balle dans le cou. Mais c'est une direction stupide ! Non mais comment peuvent commander des gens qui ne savent même pas qu'à cet endroit-là, se trouvent leurs propres troupes ! Bêtement, ils se sont mis à tirer sur les leurs. À quoi bon ? Comment c'est possible ? Qui va répondre pour ça ? Tourtchinov ? Tourtchinov, quand est-ce que tu vas répondre, chien ? - Selon vous, est-ce qu'il reste le moindre professionnel dans la direction de l'armée ? Des généraux pillards et des commissaires ivrognes. - Et du côté de Secteur droit, il y a des professionnels ? - Évidemment que oui, ils ont quand même été entraînés dans des camps en Lituanie, en Ukraine, en Pologne. D'ailleurs, pourquoi personne ne demande aux Polonais de fournir des bases pour l'organisation des groupes terroristes ? Faites gaffe, nous les gars de Donetsk, on va venir vous en demander à vous aussi. - On voit des tentatives d'entamer des négociations avec les représentants de la République de Donetsk : Akhmetov est venu, Timochenko aussi. Ça vaut le coup de négocier ? - Et avec qui ? Nous ne menons pas de négociations avec les arrivistes, les oligarques, les nazis, les fascistes et les fiottes. On ne négocie pas ! - Qu'en pensez-vous : vos noms sont-ils déjà connus à Kiev ? - Oui, bien sûr. Depuis l'assaut du SBU, je me promène à découvert, tout le monde me connaît. Pourquoi est-ce que je me cacherais. Je défends une cause juste. De qui je devrais avoir peur ? Celui qui cache son visage, c'est qu'il ne veut pas être reconnu au tribunal. Mais moi, je pense que je n'ai aucune raison d'être jugé. Je ne trahis pas mon peuple. Au contraire, je me lève pour le peuple ! Donc, tout est en ordre. Source :Vitaliï Leïbin, Rousski reporter

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