Les chantiers économiques du prochain mandat : entre contrainte financière et contrainte politique et sociale

Publié le par Mahi Ahmed

~~Les chantiers économiques du prochain mandat : entre contrainte financière et contrainte politique et sociale Par : Mustapha MEKIDECHE Tout le monde s’accorde à dire que les marges de manœuvre financières du prochain mandat seront étroites pour pouvoir à la fois maintenir les grands équilibres économiques et sociaux et répondre aux attentes des différents segments de la société. Ceci d’autant que cette fois les intérêts en jeu sont trop grands et les enjeux vitaux pour le pays. Du coup, la démarche récurrente qui consisterait à ne se contenter que d’un texte élaboré administrativement intitulé plan quinquennal 2015-2019 pour identifier les chantiers économiques du prochain mandat me paraît complètement décalée, voire inopérante. Cette fois, ces chantiers économiques devront, au préalable, faire l’objet d’un large consensus politique et social et d’un chiffrage beaucoup plus rigoureux. Est-ce vraiment bien utile, me diriez-vous ? Oui, car la contrainte de ressources, qui n’est pas prise en compte à ce jour, va peser de plus en plus au fil des prochaines années ; ce qui entraînera forcément une hiérarchisation des besoins économiques et sociaux, et donc des arbitrages douloureux dans certains cas, mais qu’il faudra répartir équitablement. Oui, car on ne plus reproduire les pratiques passées de projets grands et petits “inscrits” sans maturation entraînant au final des surcoûts inexpliqués, des glissements de plannings et des malfaçons. Nier cela conduirait à une impasse totale et à une fragilisation des intérêts du pays. C’est ce qu’on appelle le principe de réalité. En introduction de l’identification des deux plus grands chantiers du prochain mandat, j’observe que la finalisation des projets d’infrastructures et de logements déjà engagés lors du quinquennat précédent ne saurait constituer en soi une tâche stratégique du mandat qui s’ouvre. Mais ces queues de chantier, dont il faudra tirer les leçons, et les nouveaux projets devraient être confiés dorénavant à des institutions existantes ou à créer disposant des ressources pour mieux les étudier au plan technico-économique et les faire exécuter dans les règles de l’art sur la base du principe de la transparence et de la reddition des comptes. La seule limite est que ces institutions fassent respecter la substitution des produits nationaux (biens et services) aux importations comme ligne stratégique que les donneurs d’ordre doivent suivre, quitte à reporter dans certains cas les projets. Le premier vrai chantier qu’il faut lancer et terminer au plus tard à mi-mandat est précisément celui de l’émergence d’une offre nationale massive de biens et de services. Cela passe par la mise en œuvre d’une politique de l’offre qui implique un soutien plus appuyé et plus direct à l’économie réelle, notamment le secteur privé. Le soutien à l’économie réelle, c’est aussi la réindustrialisation dont on a beaucoup disserté et peu fait tant cela gêne et dérange certains intérêts commerciaux formels et informels en Algérie et ceux concernés dans le reste du monde. La construction d’une économie émergente avec un taux annuel de 7% de croissance dont il est question dans le programme du candidat vainqueur ne se réalisera pas sans le succès de ce premier chantier. Mais je remarque à ce sujet que le bilan est, à ce jour, très mitigé et que c’est loin d’être acquis pour plusieurs raisons. La plus importante étant qu’au fil des décennies, la “déconstruction” du modèle économique précédent n’a pas été vertueuse et a été même sélective en laissant subsister les “survivances” dont parle le professeur Andreff, spécialiste des économies en transition. Pis encore, car non seulement l’essentiel des rentes issues du système administré de l’économie a été sauvegardé, mais aussi de nouvelles se sont créées avec l‘ouverture commerciale d’importation tous azimuts. Nous sommes toujours dans cette trappe, et le plus grave serait de n’en sortir que contraint et forcé, lorsque les capacités de financement extérieur provenant des hydrocarbures s’assècheront. Pour beaucoup d’observateurs, cet horizon est déjà visible. Mais pour gagner du temps et nous y préparer, l’ouverture du deuxième grand chantier pour ce mandat me semble incontournable. Il s’agit de celui de la rationalisation de la dépense publique. D’abord, il convient de procéder à une rationalisation budgétaire plus ferme. Cette opération devrait concerner d’abord l’évaluation et l’ajustement des mécanismes de transferts, de sorte à cibler les groupes sociaux à faibles revenus pour en réduire les fuites et le gaspillage. Elle devra concerner aussi, pour les mêmes raisons, la rationalisation des modèles de consommation dont les produits sont soutenus, y compris les carburants. Enfin, les investissements publics gagneront à être hiérarchisés, de sorte à n’être lancés que lorsque leur maturation est achevée, leur utilité économique et/ou sociale définitivement prouvée et le financement de leur exploitation viable sur le long terme. Un tel processus dans la préparation des investissements publics rendra plus facile les arbitrages inévitables qu’il faudra faire le moment venu. En conclusion, on pourra toujours me dire qu’il y a d’autres tâches stratégiques à inscrire à l’agenda économique du prochain mandat présidentiel, notamment la qualification de la ressource humaine et la création d’emplois. Je le concède, mais il me semble que c’est le succès ou à l’inverse l’échec de ces deux chantiers que j’ai signalés qui conditionnera leur réalisation ou pas. M. M. mustaphamekideche@ymail.com

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