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Les porte-étendard de la liberté

Publié le par Mahi Ahmed

Les porte-étendard de la liberté
par Manlio Dinu
cci

mercredi 21 janvier 2015,

Il a signé le livre de condoléances pour les victimes de l’attentat terroriste contre la rédaction de Charlie Hebdo et, en le définissant comme « une attaque outrageante contre la liberté de la presse », il a déclaré que « le terrorisme sous toutes ses formes ne peut jamais être toléré ni justifié ». Paroles justes si elles n’avaient pas été prononcées par Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’Otan, l’organisation militaire qui utilise comme méthodique instrument de guerre l’attaque terroriste contre les rédactions radiotélévisées. Celle contre la radiotélévision serbe à Belgrade, frappée par un missile Otan le 23 avril 1999, provoqua la mort de 16 journalistes et techniciens. Même chose, par l’Otan, dans la guerre de Libye, en bombardant en 2011 la radiotélévision de Tripoli. Pareil dans la guerre contre la Syrie, quand pendant l’été 2012 des combattants entraînées et armés par la Cia (dans ces mêmes camps d’où semble-t-il provenaient les auteurs de l’attentat de Paris) ont attaqué les stations de télé d’Alep et de Damas, en tuant une dizaine de journalistes et techniciens.

Sur ces attaques terroristes est tombé en Occident un silence médiatique quasi total, et pratiquement personne n’est descendu dans la rue avec les photos et les noms des victimes. A l’attentat contre Charlie Hebdo a été donnée par contre une résonance médiatique mondiale. Et, s’appuyant sur le sentiment naturel de condamnation de l’attentat et de partage du deuil pour les victimes, Charlie Hebdo a été érigé en symbole de lutte pour la liberté par un vaste rassemblement politique. En ignorant le rôle discutable de cette revue qui, par ses vignettes « désacralisantes », se placerait « à la gauche de la gauche ».

En 1999 le directeur de Charlie Hebdo, Philippe Val, soutient par une série d’éditoriaux et de dessins la guerre Otan contre la Yougoslavie, en comparant Milosevic à Hitler et en accusant les Serbes de perpétrer au Kosovo des « pogroms » semblables à ceux des nazis contre les juifs. Même ligne en 2011 quand Charlie Hebdo (bien que Val ne fut plus à la direction) contribue à justifier la guerre Otan contre la Libye, en dessinant Kadhafi comme un dictateur féroce qui écrase son peuple sous ses bottes et prend un bain dans une vasque pleine de sang. Même ligne en 2012 à l’égard de la Syrie quand Charlie Hebdo, représentant le président Assad comme un cynique dictateur qui écrase des femmes et des enfants sous les chenilles de ses chars d’assaut, contribue à justifier l’opération militaire USA/Otan.

Dans ce cadre s’insère la série de dessins avec lesquels la revue ridiculise Mahomet. Même si la revue exerce aussi une satire sur d’autres religion , les caricatures sur Mahomet équivalent à autant de bidons d’essence jetés sur le terrain déjà enflammé du monde arabe et musulman. Et elles apparaissent plus odieuses encore aux yeux de grandes masses musulmanes car ceux qui ridiculisent leur religion et leur culture sont des intellectuels parisiens, oublieux du fait que la France a assujetti sous sa domination coloniale des peuples entiers, non seulement en les exploitant et en les massacrant (rien qu’en Algérie plus d’un million de morts), mais en leur imposant leur propre langue et leur propre culture.

Politique que Paris poursuit aujourd’hui sous des formes néo-coloniales. On ne s’étonnera donc pas si, dans le monde arabe et musulman qui a en majorité condamné les attaques terroristes à Paris, se propagent les protestations contre Charlie Hebdo. A ceux qui en Occident en font l’étendard de la « liberté de la presse », on demandera : que feriez-vous si vous trouviez dans les rues des dessins pornos sur votre père ou votre mère ? Vous ne vous énerveriez pas, vous ne les qualifieriez pas de provocation ? Vous ne penseriez pas qu’il y a là derrière la main de quelqu’un qui essaie de lancer une guerre contre vous ?

Manlio Dinucci

Edition de mardi 20 janvier de il manifesto
http://ilmanifesto.info/i-portabandiera-della-liberta/
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizi

À quoi joue la maison des Saoud ?

Publié le par Mahi Ahmed

À quoi joue la maison des Saoud ?

De Pepe Escobar

Global Research, janvier 20, 2015

Url de l'article:
http://www.mondialisation.ca/a-quoi-joue-la-maison-des-saoud/5425741

La maison des Saoud se retrouve maintenant dans de bien beaux draps. Sa guerre du pétrole à haut risque pourrait éventuellement se retourner contre elle. La succession du roi Abdallah pourrait tourner au massacre. Son protecteur américain pourrait aussi changer d’attitude.

Commençons par le pétrole et une mise en contexte. L’approvisionnement en pétrole des USA a augmenté de quelques millions de barils par jour. Cette hausse est toutefois compensée par la baisse des exportations provenant de l’Iran et de Kirkouk, en Irak, et l’arrêt de la production en Libye et en Syrie. En gros, la stagnation et la récession en Europe et le ralentissement relatif de la Chine font en sorte que l’économie mondiale, pour le moment du moins, ne cherche pas à obtenir plus de pétrole.

Depuis 2011, l’Arabie saoudite inonde le marché pour compenser la baisse des exportations de l’Iran causée par la guerre économique que lui livrent les USA à coup de sanctions. Qui plus est, Riyad a empêché l’OPEP de réduire les quotas de production des pays membres. La maison des Saoud croit qu’elle peut laisser aller les choses, le temps que l’extraction par fracturation hydraulique, qui se fait surtout aux USA, soit inexorablement évincée du marché en raison de ses coûts trop élevés. C’est que les Saoudiens croient qu’ils reprendront des parts de marché.

Parallèlement, la maison des Saoud a de toute évidence bien du plaisir à punir l’Iran et la Russie pour leur soutien à Bachar al-Assad à Damas. La maison des Saoud a aussi une sainte horreur de tout accord sur le nucléaire éventuel entre les USA et l’Iran (il n’y a rien de moins sûr) menant à une détente à long terme.

Téhéran continue toutefois de tenir tête. La Russie n’a pas trop fait de cas de l’attaque, parce que la faiblesse du rouble fait en sorte que les revenus de l’État sont restés les mêmes, ce qui ne causera pas de déficit budgétaire. Quant à l’Asie de l’Est, assoiffée de pétrole dont la Chine, le plus gros client des Saoudiens, elle savoure la débandade le temps qu’elle dure.

Les prix du pétrole vont demeurer très bas pour l’heure. Cette semaine Goldman Sachs a réduit ses prévisions de 2015 pour le pétrole brut WTI et le Brent. Le Brent est passé de 83,75 $ à 50,40 $ le baril; le brut WTI de 73,75 $ à 47,15 $ le baril. Le prix du baril pourrait même atteindre 42 $ et 40,50 $. Jusqu’à l’inévitable reprise en V.

La firme Nomura Securities [1] s’attend d’ailleurs à ce que le prix du pétrole remonte à 80 $ le baril d’ici la fin de 2015.

Au cours de l’entrevue indiquée au point [2], le président des USA, Barack Obama, a admis ouvertement qu’il souhaitait des perturbations touchant le prix du pétrole parce qu’il croyait que le président russe Vladimir Poutine aurait énormément de mal à les gérer. Voilà qui règle toute controverse à propos de la volonté de punir la Russie et de la collusion entre les USA et les Saoudiens, d’autant plus que John Kerry, le secrétaire d’État des USA, a donné son aval au roi Abdallah, à Djeddah, pour qu’il augmente la production de pétrole parallèlement à l’adoption d’une stratégie de coupure des prix.

Que Kerry ait sacrifié l’industrie américaine du gaz de schiste par ignorance ou incompétence (probablement les deux), n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est que si l’on avait sommé la maison des Saoud de reculer, elle l’aurait fait aussitôt. L’Empire du Chaos domine ses vassaux du golfe Persique, qui ne peuvent émettre le moindre soupir sans l’approbation implicite des USA.

Ce qui est beaucoup plus inquiétant, c’est que la bande au pouvoir à Washington ne semble pas défendre les intérêts nationaux et industriels des USA. Car en plus des mégas déficits commerciaux qui reposent sur la manipulation de la devise, c’est toute l’industrie pétrolière des USA qui risque d’être détruite par tout ce racket sur les prix du pétrole. N’importe quel analyste sensé interpréterait cela comme contraire à l’intérêt national des USA.

Chose certaine, l’accord de Riyad était de la musique aux oreilles des Saoudiens. Leur politique officielle a toujours été d’empêcher le développement de tout substitut éventuel au pétrole, y compris le gaz de schiste américain. Alors, pourquoi ne pas faire chuter les prix du pétrole et les maintenir bas assez longtemps pour rendre insensé tout investissement dans le gaz de schiste?

Il y a cependant un énorme problème. La maison des Saoud ne va pas tirer assez de revenus du pétrole pour boucler son budget annuel à moins de 90 $ le baril. Faire mal à l’Iran et à la Russie est peut-être bien réjouissant, mais ce l’est beaucoup moins quand son propre portefeuille cousu d’or s’en ressent.

Les perspectives à long terme tendent vers un redressement des prix. Le pétrole peut être remplacé dans bien des cas, mais il n’y a pas encore de solution de rechange au moteur à combustion interne. Donc peu importe ce que l’OPEP fait, son objectif est de préserver la demande de pétrole par opposition aux substituts aux hydrocarbures, et de maximiser le rendement d’une ressource limitée. Pour résumer, oui, il s’agit bien d’une pratique de fixation des prix déloyale.

Là encore, un vecteur aussi crucial qu’immense vient compliquer les choses. La maison des Saoud et les autres pays producteurs du golfe Persique ont beau inonder le marché, c’est Goldman Sachs, JP Morgan et Citigroup qui font le sale travail dans l’ombre au moyen des contrats à terme sur les produits dérivés à effet de levier.

Les prix du pétrole constituent un racket tellement opaque que seules les grandes banques de négoce du pétrole, comme Goldman Sachs ou Morgan Stanley, ont une petite idée de qui achète et de qui vend les contrats à terme ou les contrats de produits dérivés, ce qu’on appelle le pétrole papier. L’absence de règles qui caractérise ce casino multimilliardaire contient tous les ingrédients d’une bulle spéculative, avec l’aide des amis qui gèrent les pompes à pétrole du Golfe. Avec les marchés des contrats à terme sur le pétrole et les bourses de Londres et de New York qui monopolisent les contrats à terme, ce n’est plus l’OPEP qui contrôle les prix du pétrole. C’est Wall Street. C’est cela le grand secret. La maison des Saoud peut se bercer de l’illusion qu’elle a le contrôle. Mais il n’en est rien.

UN MARIAGE DYSFONCTIONNEL

Comme si tout ça n’était pas assez confus, voici propulsée au-devant de la scène la question cruciale de la succession de la maison des Saoud. Âgé de 91 ans, le roi Abdallah s’est retrouvé hospitalisé à Riyad pour une pneumonie la veille du jour de l’An, obligé de respirer à travers un tube. Il pourrait – ou non, il s’agit ici de la secrète maison des Saoud – avoir un cancer du poumon. Il n’en a plus pour très longtemps. Le fait qu’il soit acclamé comme réformateur progressif dit tout ce qu’il y a à savoir sur l’Arabie saoudite. La liberté d’expression dites-vous? Vous voulez sans doute rigoler [3]!

Alors, qui sera le prochain? Le premier dans l’ordre de succession devrait être le prince héritier Salman, âgé de 79 ans, qui est aussi le ministre de la Défense. Il a été gouverneur de la province de Riyad durant 48 longues années. C’est ce même faucon authentique qui supervisait la multitude de dons privés versés aux moudjahidines afghans lors du djihad des années 1980, avec l’aide des prêcheurs wahhabites purs et durs. Au nombre de ses fils, on compte le gouverneur de Médine, le prince Fayçal. Nul besoin d’ajouter que la famille Salman contrôle virtuellement la totalité des médias saoudiens.

Pour mettre la main sur le Saint Graal, Salman doit s’en montrer digne. Ce n’est pas gagné d’avance. D’autant plus qu’Abdallah, qui a la peau dure, a déjà survécu à deux de ses princes héritiers, Sultan et Nayef. Les choses semblent plutôt mal se présenter pour Salman : il a subi une chirurgie vertébrale et un accident vasculaire cérébral, et – très opportunément – il souffrirait peut-être de démence.

Ce qui n’augure rien de bon non plus pour Salman, c’est que peu après avoir été promu au poste de sous-ministre de la Défense, on lui a montré la porte, car il s’était compromis dans l’atroce jeu djihadiste de Bandar Bush en Syrie.

Quoi qu’il en soit, Salman a déjà un successeur en la personne du second vice-premier ministre, le prince Moqren, ancien gouverneur de la province de Médine et alors chef du renseignement saoudien. Moqren est très, très proche d’Abdallah. Moqren semble être le dernier fils capable d’Ibn Saoud, capable étant ici bien sûr une figure de style. En fait, le vrai problème arrivera quand Moqren deviendra prince héritier. Car alors, le prochain dans l’ordre de succession sera choisi parmi les petits fils d’Ibn Saoud.

Ce qui nous amène aux princes dits de la troisième génération – des gars pour le moins pas très doux. Le principal d’entre eux n’est nul autre queMitaeb bin Abdallah, 62 ans, le fils du roi; et là on peut crier au népotisme. Tel un seigneur de la guerre, Mitaeb contrôle son propre détachement au sein de la garde nationale. Certaines de mes sources m’ont dit que Riyad est inondée de rumeursvoulant que Abdallah et Moqren aient conclu un accord : Abdallah s’arrangerait pour que Moqren devienne roi, et Moqren ferait en sorte que Mitaeb devienne prince héritier. Une fois encore, comme il s’agit ici de la secrète maison des Saoud, le mantra hollywoodien est de mise : personne ne sait rien.

Les fils d’Abdallah sont partout : gouverneur de la Mecque, sous-gouverneur de Riyad, sous-ministre des Affaires étrangères, président du Croissant rouge saoudien. C’est la même chose du côté des fils de Salman. Mais il y a aussi Mohammed ben Nayef, fils du défunt prince héritier Nayef, devenu ministre de l’Intérieur en 2012 et responsable des questions ultrasensibles de sécurité intérieure, que les mesures répressives presque tous azimuts ne rebutent pas. Il est le principal concurrent de Mitaeb parmi les princes de troisième génération.

Oubliez donc l’unité familiale, surtout lorsqu’un butin aussi juteux est en jeu : un faux pays qui n’est en fait qu’une hacienda pétrolifère. Malgré tout, celui qui héritera du butin se retrouvera devant un gouffre et la même litanie de cris de détresse : chômage à la hausse, inégalité abyssale, divisions sectaires épouvantables, djihadisme sous toutes ses formes – sans parler, et ce n’est pas la moindre des choses, du faux Califat d’Ibrahim en Syrak, qui menace déjà de marcher vers la Mecque et Médine. N’oublions pas non plus l’effroyable Conseil des oulémas digne de l’époque médiévale (ces gars qui adorent fouetter, amputer et décapiter), la dépendance totale vis-à-vis du pétrole, la paranoïa sans limites vis-à-vis de l’Iran et une relation qui bat de l’aile avec la Voix de son Maître, les USA.

QUAND APPELLERONT-ILS LA CAVALERIE ?

Comme par hasard, il se trouve que les Maîtres de l’Univers, les vrais, ceux de l’axe Washington-New York, débattent justement de l’érosion de cette relation, ceux de la maison des Saoud n’ayant quant à eux personne d’autre à qui s’adresser que des guignols, des sous-fifres de Bush II à Kerry tout au plus, et ce, à l’occasion. Je soutiens dans cette analyse que toute promesse faite par Kerry à la maison des Saoud en échange de sa coopération pour mettre à mal l’économie de la Russie ne signifie absolument rien.

Les grondements qui se font entendre du côté du territoire des Maîtres de l’Universlaissent croire que tôt ou tard la CIA pourrait se retourner contre la maison des Saoud. Si cela devait se produire, la seule façon pour la maison des Saoud d’assurer sa survie serait de se faire amie avec nulle autre que Moscou. Voilà qui met en lumière une fois de plus la trajectoire suicidaire sur laquelle s’est engagée la maison des Saoud en tentant de s’attaquer à l’économie russe.

Comme quiconque demeure inexorablement étranger devant l’opacité totale de la maison des Saoud, il existe un courant d’analyse voulant que ses membres sachent ce qu’ils font. Ce qui n’est pas nécessairement le cas. La maison des Saoud semble croire que le fait de plaire aux néoconservateurs des USA améliorera sa position à Washington. Mais cela ne se produira tout simplement pas. Les néoconservateurs demeurent obsédés par le fait que la maison des Saoud aide le Pakistan à mettre au point ses missiles nucléaires, dont certains – et encore une fois, cela reste ouvert aux spéculations – pourraient même être déployés sur le sol saoudien à des fins défensives contre la menace mythique iranienne.

C’est confus? Le mot ne suffit même pas à donner une petite idée de la situation. Mais une chose est certaine : quel que soit le jeu auquel la maison des Saoud croit se livrer, elle aurait tout intérêt à commencer à parler sérieusement avec Moscou. Souhaitons seulement qu’elle n’envoie pas de nouveau Bandar Bush en mission en Russie.

Pepe Escobar

Article original en anglais : What game is the House of Saud playing? RT, 17 janvier 2015

Traduit par Daniel et Jacques pour Le Saker francophone

Notes

[1] Saudi Will Win the Price War, Oil to Rebound 50% by December : Nomura, Barron’s Asia, 13-01-2015

[2] Transcript : President Obama’s Full NPR Interview, NPR, 29-12-2014

[3] Saudi blogger faces next 50 lashes as government ignores global protests, The Guardian, 14-01-2015

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan: How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009) et le petit dernier, Empire of Chaos (Nimble Books).

De toute l’Europe, s’élèvent des voix solidaires avec le peuple grec

Publié le par Mahi Ahmed

De toute l’Europe, s’élèvent des voix solidaires avec le peuple grec

JULIA HAMLAOUI

DIMANCHE, 18 JANVIER, 2015

L'HUMANITÉ

Alors que la coalition de la gauche radicale, Syriza, pourrait arriver en tête dimanche lors des législatives anticipées, les citoyens grecs qui souhaitent tourner la page de l’austérité peuvent compter sur de nombreux soutiens, dont certains se retrouveront en meeting ce lundi soir à Paris.

En finir avec les politiques d’austérité imposées par la funeste troïka (composée de l’Union européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international) et appliquées avec zèle par les premiers ministres Georges Papandréou puis Antonis Samaras. Telle est l’opportunité que pourraient saisir dimanche prochain les électeurs grecs appelés aux urnes pour des élections législatives anticipées. Un scrutin dans lequel la coalition de la gauche radicale (Syriza) fait figure de favorite. Mais tourner cette page nécessite de braver les injonctions des nombreux tenants de cette politique qui n’a fait qu’aggraver la crise, d’Angela Merkel à François Hollande.

Pour contribuer à lever ces pressions, d’autres voix cherchent à se faire entendre, des voix solidaires. Dénonçant les « tentatives actuelles d’ingérence et de désinformation », c’est à un meeting pour soutenir « le droit du peuple grec à prendre en main son destin » qu’appellent lundi soir 19 janvier , au gymnase Japy à Paris, des forces politiques de gauche mais aussi syndicales et associatives. « L’arrivée au gouvernement d’une force de rupture avec l’austérité en Grèce peut ouvrir la voie à un bouleversement politique à l’échelle européenne », souligne cet appel cosigné par les partis du Front de gauche, Nouvelle Donne, Europe Écologie-les Verts, des représentants en France des partis de gauche européens, des organisations syndicales de SUD et de la CGT, des associations comme Attac, la Fondation Copernic ou le Collectif Roosevelt et des personnalités comme Gérard Filoche, Liêm Hoang Ngoc, Henri Sterdyniak…

C’est dans ce même élan de solidarité que s’inscrit l’Humanité. Dans nos colonnes résonneront les voix de ceux qui, en France et au-delà, ne se résignent pas à la perspective d’une austérité perpétuelle qui sacrifie l’avenir du plus grand nombre au profit de quelquesuns. Dès aujourd’hui, l’économiste Thomas Piketty, Jean-Marie Harribey, membre d’Attac et des Économistes atterrés, et le philosophe slovène Slavoj Zizek nous livrent leurs analyses et leurs espoirs de voir une autre page s’écrire en Europe. Plus juste et plus démocratique.

Thomas Piketty : « Pour une refondation démocratique de l’Europe »

LUNDI, 19 JANVIER, 2015

L'HUMANITÉ

Alors même que l’économie est repartie partout ailleurs, aux États-Unis comme dans les pays de l’Union européenne restés en dehors de la zone euro, le nouveau traité budgétaire adopté en 2012 sous la pression de l’Allemagne et la France, qui organise l’austérité en Europe (avec une réduction excessivement rapide des déficits et un système de sanctions automatiques totalement inopérant), a conduit à une récession généralisée en zone euro. En vérité, une monnaie unique ne peut fonctionner avec 18 dettes publiques et 18 taux d’intérêt sur lesquels les marchés financiers peuvent librement spéculer. Il faudrait investir massivement dans la formation, l’innovation et les technologies vertes. On fait tout le contraire.

Le plus triste, dans la crise européenne, est l’entêtement des dirigeants en place à présenter leur politique comme la seule possible, et la crainte que leur inspire toute secousse politique susceptible d’altérer cet heureux équilibre. Face à cet entêtement, on peut se poser la question de savoir quels chocs pourraient permettre de faire bouger les lignes ? Il y a, en gros, trois possibilités : une nouvelle crise financière ; un choc politique venant de la gauche ; ou bien un choc politique venant de la droite. Les dirigeants européens actuels devraient avoir l’intelligence de reconnaître que la deuxième possibilité est de loin la meilleure : les mouvements politiques qui prospèrent aujourd’hui à la gauche de la gauche, comme Podemos en Espagne ou Syriza en Grèce, sont fondamentalement internationalistes et pro-européens. Plutôt que de les rejeter, il faudrait au contraire travailler avec eux pour formuler les contours d’une refondation démocratique de l’Union européenne. Faute de quoi, on risque fort de se retrouver avec un choc autrement plus inquiétant, venu de la droite : compte tenu du mode de scrutin, il est tout à fait possible que le FN emporte des régions lors des régionales de décembre 2015.

On peut aussi, car c’est encore l’heure des vœux, espérer l’impossible. Au point où il en est, François Hollande serait bien inspiré de reconnaître ses erreurs de 2012, et de tendre la main à l’Europe du Sud, afin de formuler enfin des propositions audacieuses pour notre continent.

Aujourd’hui, il ne suffit plus de s’excuser : il est temps de reconnaître que ce sont les institutions européennes elles-mêmes qui sont en cause, et que seule une refondation démocratique de l’Europe permettrait de mener des politiques de progrès social. Concrètement, si l’on veut vraiment éviter que de nouveaux scandales LuxLeaks ne se reproduisent, il faut sortir de la règle de l’unanimité en matière fiscale, et prendre toutes les décisions concernant l’imposition des grandes sociétés (et idéalement des plus hauts revenus et des plus grandes fortunes) suivant la règle de la majorité. Et si le Luxembourg et d’autres pays le refusent, cela ne doit pas empêcher les pays qui le souhaitent de constituer un noyau dur avançant dans cette voie, et de prendre les sanctions qui s’imposent contre ceux qui continuent de vouloir vivre de l’opacité financièr

Slavoj Žižek: "Le 25 janvier 2015, nous sommes tous Grecs!"

Par Slavoj Žižek, philosophe et psychanalyste slovène

SLAVOJ ŽIŽEK, TRADUIT DE L’ANGLAIS PAR BRADLEY SMITH

DIMANCHE, 18 JANVIER, 2015

Ceux qui critiquent nos démocraties institutionnelles déplorent souvent que les élections ne présentent pas de véritable choix. D’une manière générale, nous sommes appelés à choisir entre un parti de centre droit et un parti de centre gauche, dont les programmes sont presque indifférenciables. Le 25 janvier prochain sera une exception à la règle : tout comme le 17 juin 2012, les électeurs grecs devront trancher entre, d’une part, l’establishment, d’autre part, Syriza.

Rien d’étonnant à ce que ce moment de choix véritable sème la panique dans les rangs de l’establishment. On dépeint une société sombrant dans le chaos, la pauvreté et la violence si le « mauvais » parti l’emportait. La simple possibilité d’une victoire de Syriza fait trembler de peur les marchés du monde entier. C’est sans surprise que la prosopopée idéologique reprend de plus belle : les marchés se mettent de nouveau à parler comme des personnes vivantes, exprimant leur « inquiétude » quant aux conséquences d’une élection qui ne produirait pas un gouvernement avec un mandat populaire résolu à poursuivre le programme d’austérité fiscale.

Petit à petit, un idéal se profile derrière la réaction de l’establishment européen face à la menace d’une victoire de Syriza en Grèce. On trouve la meilleure expression de cet idéal dans le titre d’un article publié par GideonRachman dans Financial Times (19/12/2014) : « Le maillon faible de la zone euro, ce sont ses électeurs » [Europe’sweakestlinkis the voters]. Dans le monde idéal qu’envisage l’establishment, l’Europe se débarrasserait de son « maillon faible » et donnerait aux experts le pouvoir d’imposer directement les mesures économiques nécessaires. Si des élections devaient encore avoir lieu, leur seule fonction serait de confirmer le consensus des experts.

De ce point de vue, les élections grecques auraient tout d’un cauchemar. Alors comment éviter la catastrophe ?

La façon la plus évidente serait de jouer la carte de la peur et de dire aux électeurs grecs: « Vous pensez souffrir maintenant ? Vous n’avez encore rien vu ! Si Syriza prend le pouvoir, vous regretterez la douceur de vivre de ces dernières années ! » On pourrait aussi imaginer que Syriza délaisse le projet européen(ou s'en fasse exclure), avec des conséquences imprévisibles, ou encore qu’on en arrive à un « sale compromis ». Cette dernière possibilité entraînerait une autre peur : non pas celle du comportement « irrationnel » de Syriza après sa victoire, mais, au contraire, la peur que Syriza consente à un compromis « rationnel » qui déçoive les électeurs, avec le mécontentement qui s’ensuivrait, sans que Syriza puisse le canaliser cette fois…

De quelle marge de manœuvre jouirait un éventuel gouvernement Syriza? Pour paraphraser le président Bush, on ne doit surtout pas sous-estimer le pouvoir destructeur du capital international, surtout s’il est conjugué au sabotage d’un État grec bureaucratique, corrompu et clientéliste. Dans de telles conditions, un nouveau gouvernement peut-il parvenir à imposer des changements radicaux ?

Le piège qui se tend ici se perçoit assez clairement dans Le Capital au XXIe siècle de Thomas Piketty. Ce dernier explique qu’il faut accepterle capitalisme comme le seul système valable ; ainsi, la seule solution envisageable serait de permettre à l’appareil capitaliste de fonctionner dans sa sphère propre, tandis que la justice égalitaire serait assurée politiquement par un pouvoir démocratiquequi réglementerait le système économique et se chargerait de la redistribution des richesses.

Une telle solution est utopique au sens le plus strict du terme. Piketty sait bien que le modèle qu’il propose nepourrait marcher que s’il était appliqué au niveau international, au-delà des limites des États-nations (sinon le capital n’aurait qu’à se réfugier dans les États où les impôts sont moins élevés). Une telle mesure internationale présuppose l’existence d’un pouvoir supranational doté de la puissance et de l’autorité d’en faire respecter les termes. Or, un tel pouvoir est inimaginable dans les limites du capitalisme mondial contemporain et des mécanismes politiques que celui-ci implique. En un mot, si un tel pouvoir existait, le problème des injustices du capitalisme aurait déjà été résolu.

La seule issue de ce cercle vicieux est de trancher le nœud gordien et d’agir. Il n’existe jamais de conditions parfaites pour l’action : chaque acte survient par définition trop tôt ; il faut bien commencer quelque part, avec une intervention particulière. Il faut juste tenir compte des complications ultérieures auxquelles tel ou tel acte va conduire. Ainsi, c’est parfaitement utopique d’imaginer qu’on puisse maintenir le capitalisme mondial tel qu’on le connaît aujourd’hui, avec le même fonctionnement, et qu’on puisse simplement y ajouter le taux d’imposition plus élevé que propose Piketty.

Quid de la dette pharaonique ?

La politique européenne vis-à-vis des pays très endettés comme la Grèce peut se résumer ainsi : « prolonger et faire semblant » (prolonger les échéances de remboursement et faire semblant que toutes les dettes finiront par être remboursées). Pourquoi l’illusion du remboursement est-elle si tenace ? Ce n’est pas seulement parce qu’elle rend le prolongement des échéances plus acceptable pour les électeurs allemands.Ce n’est pas non plus seulement parce que l’annulation de la dette grecque conduirait vraisemblablement d’autres pays, comme le Portugal, l’Irlande ou l’Espagne, à faire la même demande.

Non. C’est avant tout parce que ceux au pouvoir ne tiennent pas à ceque la dette soit intégralement remboursée. Les créditeurs et les gérants de la dette accusent les pays endettés de ne pas se sentir suffisamment coupables ; on les accuse même de se sentir innocents. Cette pression correspond parfaitement au Surmoi de la psychanalyse. Comme Freud l’avait très bien vu, le paradoxe du Surmoi est que, plus on obéit à ses exigences, plus on culpabilise. Imaginez un enseignant vicieux qui donne des tâches impossibles à ses élèves et qui se moque sadiquement d’eux lorsqu’ils sont saisi d’angoisse et de panique. Le vrai but du prêt d’argent n’est pas son remboursement avec un profit ; c’estle prolongement indéfini de la dette afin de maintenir le débiteur dans un état perpétuel de dépendance et de subordination.

Il y a une dizaine d’années, l’Argentine a décidé de rembourser sa dette au FMI avant l’échéance (avec l’aide financière du Venezuela). Le FMI eut une réaction pour le moins surprenante : au lieu d’être satisfait de voir son argent lui revenir, le FMI (ou, plutôt, ses hauts responsables) s’est inquiété que l’Argentine profite de sa nouvelle liberté et de son indépendance financière vis-à-vis des institutions financières internationales pour abandonner l’austérité fiscale et pour faire des dépenses irresponsables…

La dette sert à contrôler et à réguler le débiteur ; comme telle, elle s’efforce de se reproduire sur une échelle progressive.Ainsi, la seule véritable solution est claire : puisque chacun sait que la Grèce ne remboursera jamais sa dette, il faudra trouver le courage de l’annuler. Les conséquences économiques en seraient tout à fait gérables ; il faut juste de la volonté politique.

C’est là notre seul espoir de briser le cercle vicieux entre la technocratie néolibérale de Bruxelles et les gesticulations anti-immigré. Si nous n’agissons pas, d’autres, comme l’Aube dorée ou l’UKIP, le feront à notre place.

Dans ses Notes Towards a Definition of Culture[Notes pour une définition de la culture, NDT], le grand conservateur T.S. Eliot fait remarquer qu’il y a des moments où le seul choix possible est celui entre l’hérésie et l’incroyance ; autrement dit, parfois la seule manière de faire vivre une religion est de rompre avec l’orthodoxie moribonde. Tel est notre positionnementactuel vis-à-vis de l’Europe : seule une nouvelle « hérésie » (représentée actuellement par Syriza) peut sauver ce qui mérite d’être sauvé de l’héritage européen : la démocratie, la confiance en le peuple, la solidarité égalitaire…

Si Syriza perd l’élection, l’Europe qui triomphera sera l' « Europe des valeurs asiatiques ». Cela n’a évidemment rien à voir avec l’Asie : il s’agit de la tendance claire et nette du capitalisme contemporain à suspendre la démocratie. L’héritage le plus précieux de l’Europe sera alors pris en otage.

Jean-Marie Harribey : « La troïka tremble, c’est bon signe »

LUNDI, 19 JANVIER, 2015

L'HUMANITÉ

Jean-Marie Harribey, université de Bordeaux, membre d’Attac et des Économistes atterrés.

Photo : Jacques Demarthon/AFP

La proximité des élections législatives en Grèce et la probabilité non négligeable que Syriza arrive en tête ont provoqué des réactions montrant quel degré de considération pour la démocratie ont les classes dirigeantes et les responsables de la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international). L’enjeu doit être de taille pour qu’un si petit pays au regard de l’ensemble de l’Union européenne et du monde nourrisse autant d’hostilité et fasse l’objet de tant de pressions pour qu’il reste dans le droit chemin néolibéral.

Il y a d’abord un enjeu économique. Le système bancaire a été ébranlé par la crise déclenchée en 2007. Tout l’effort des institutions a consisté à le sauver, lui, pas la Grèce. L’objectif réel de la troïka est de garantir que les détenteurs de titres financiers pourront faire valoir les promesses de plus-values que celles-ci représentent. Or, la crise a atteint un point tel que la menace de l’effondrement du capital fictif constitué par l’immensité de la valorisation boursière et des innombrables produits dérivés reste suspendue sur la tête des propriétaires de titres qui savent pertinemment qu’ils ne peuvent jamais retrouver tous ensemble la liquidité qu’ils convoitent. Pour éloigner le plus loin possible ce spectre, les classes bourgeoises n’ont alors pas d’autre solution que d’agrandir constamment la base de l’enrichissement véritable, c’est-à-dire la sphère productive où le capital se valorise globalement, réellement et non pas de manière fictive. Ainsi, il leur faut comprimer salaires et droits salariaux et imposer des politiques d’austérité qui laminent les espaces non marchands où se produisent les services répondant à des besoins sociaux.

Mais pourquoi la Grèce ? Pourquoi tant de cris poussés contre l’expression démocratique ? Parce qu’il ne faudrait surtout pas que les citoyens grecs envoient le « mauvais signal ». Exactement la raison qui, au contraire, doit nous inciter à espérer et soutenir un projet radical de transformation politique. La restructuration de la dette publique s’élevant à 175 % du PIB grec ? Elle ne pourra, de toute façon, jamais être totalement remboursée, autant l’éponger immédiatement. Comment ? En partie par son effacement, et aussi par un impôt sur la fortune et le capital, prélude à une profonde réforme fiscale globale. À quoi servirait celle-ci ? Aux urgences : fournir l’électricité gratuite à 300 000 foyers, redonner accès aux soins médicaux, loger tous ceux qui sont dehors. On est aux antipodes de ce qu’annonce le premier ministre actuel Samaras qui veut alléger encore plus l’impôt des riches et poursuivre les privatisations.

Alexis Tsipras a répété plusieurs fois que la Grèce ne sortirait pas de l’euro. C’est préférable, d’abord pour les Grecs qui pâtiraient de la réévaluation de leur dette publique extérieure. Et aussi pour les autres peuples qui entendraient peser dans le sens d’une transformation politique dans leur propre pays et qui pourraient collaborer.

Car voici le deuxième enjeu, d’ordre politique. Ce que redoutent les dirigeants européens, c’est l’effet d’entraînement qu’aurait une victoire de Syriza sur Podemos en Espagne et ailleurs. Pas seulement en termes de résultats électoraux. Mais aussi parce que les questions qui fâchent ne pourraient plus être éludées : quand imposera-t-on à la BCE l’obligation d’être un prêteur en dernier ressort pour les États et que sera officiellement levée l’interdiction d’accepter des titres publics ? Jusqu’à quand les investissements d’avenir dépendront-ils quasi exclusivement de fonds privés visant la rentabilité à court terme, ainsi que le prévoit le plan Juncker ? Quand la question de l’emploi sera-t-elle vue autrement que comme une affaire de coût du travail qui se résoudrait par la baisse des salaires et de la protection sociale ?

Bientôt huit ans après l’éclatement de la crise, les institutions européennes refusent toujours de changer leurs politiques. Si l’on comprend bien qu’il épouse les intérêts des financiers, cet entêtement est tout de même absurde. La BCE est coincée : d’un côté, elle renâcle à annoncer une politique monétaire accommodante qui la conduirait à accepter des titres publics, parmi lesquels les Grecs ; de l’autre, elle hésite à déléguer à chaque banque centrale nationale le soin d’acheter des titres nationaux, car il s’ensuivrait des écarts croissants entre les taux d’intérêt exigés de chacun des États. Quant à la Commission européenne, elle a perdu toute légitimité et ce n’est pas M. Juncker qui va la restaurer, lui qui a couvert les pratiques d’évasion fiscale au Luxembourg. Tout plaide donc pour donner un coup de pied dans le modèle néolibéral. Mais les Grecs n’y réussiront pas tout seuls. Donnons-leur un bon coup de main.

(1) Auteur de la Richesse, la Valeur et l’Inestimable, LLL, 2013 ; les Feuilles mortes du capitalisme, Le Bord de l’eau, 2014.

Vassilis Vassilikos : « La troïka est une entreprise de déshumanisation »

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR S. A.

LUNDI, 19 JANVIER, 2015

L'HUMANITÉ

À quatre-vingts ans, le célèbre romancier Vassilis Vassilikos reste une personnalité très respectée dans son pays. Il est candidat aux législatives pour le parti de la Gauche démocrate (Dimar).

Quarante ans après la dictature des colonels (1967-1974), le peuple grec subit la politique de la troïka (FMI, BCE, Commission européenne). Est-ce une nouvelle forme de dictature ?

Vassilis Vassilikos Je pense en effet que la troïka est une forme de dictature même si, pour moi, le mot dictature recèle avant tout une connotation militaire. Je préfère dire que la troïka est une « entreprise de déshumanisation ». Elle est le dernier-né des bras armés d’un processus néolibéral et antidémocratique débuté en 1992 avec le traité de Maastricht et qui tournait le dos aux idéaux des pères fondateurs de l’Europe. Dès le départ, il y a eu dans cette Europe monétaire contre laquelle j’ai lutté – j’étais alors en France et je militais pour le non aux côtés de Jean-Pierre Chevènement et Régis Debray – tous les ingrédients de cette déshumanisation. J’avais été choqué par l’absence tout au long des 12 000 pages de ce traité du mot « culture ». Or sans culture dans un projet politique, il ne peut y avoir de construction sociale. C’est cela la racine de la crise européenne dont la Grèce est la principale victime aujourd’hui. Mais la troïka n’est pas seule responsable de la situation. Georges Papandréou alors premier ministre n’a rien négocié en 2010 avec ces institutions, oubliant certains fondamentaux. Par exemple que les Grecs ont trois rêves dans la vie : avoir une maison, une voiture et une retraite. Tout cela a été acquis après de longues années de luttes sociales et fratricides et dans l’idée que personne ne toucherait à ces acquis.

Vous êtes vous-même candidat de la Gauche démocrate (Dimar). En 2012, vous jugiez Syriza peu ouvert au dialogue avec les autres composantes de gauche. Deux ans plus tard, conservez-vous ce sentiment-là et comment voyez-vous la possible victoire de Syriza ?

Vassilis Vassilikos À l’époque, je vous rappelle que, dans les couloirs de Syriza, l’on parlait encore de sortie de l’euro. Aujourd’hui, ils ont compris que ça n’était pas possible d’en sortir seul. Syriza a sur ce sujet-là évolué dans le bon sens. Je ressens même un sentiment d’injustice à l’égard de ce jeune parti qui s’apprête à prendre le pouvoir et qui devra gérer une situation d’urgence. Dans une Union européenne malade avec un pays moribond dans les mains, on ne peut pas faire grand-chose. Syriza pourra peut-être améliorer les conditions de vie immédiates des Grecs mais nous ne sommes pas encore dans un moment de changement. Ce qui est dommage car la Grèce est un pays révolutionnaire au fond. Mais s’il y a un espoir infime de faire bouger les choses, et je veux croire que cet espoir existe, il faudra de toute façon que Syriza recoure à des alliances avec les Verts ou Dimar pour que de nouvelles lignes de force naissent.

Comment l’auteur de Z, porté à l’écran par Costa-Gavras, que vous êtes analyse-t-il la poussée des néonazis d’Aube dorée ?

Vassilis Vassilikos La question que je me pose, c’est : « Pourquoi faut-il qu’il y ait toujours un mort symbole dans une époque de pleine tension ? » Au moment où Pavlos Fyssas est assassiné (un rappeur grec tué par un membre néonazi d’Aube dorée en 2013), on jouait Z au théâtre national. Or Z (zei) en langue grecque cela signifie : « Il est vivant. » Dans la mise en scène, il y avait les milices d’Aube dorée qui remplaçaient les paramilitaires originellement décrits dans mon livre. Et les jeunes, qui ne connaissaient pas l’histoire basée sur l’assassinat du député grec Grigoris Lambrakis par la dictature, ont trouvé écho dans cette pièce. Il y a eu cinq représentations et, à la fin de chacune d’entre elles, ils criaient : « Fyssas est vivant ! » La connexion entre les deux époques était faite. Cependant, les racines des deux tragédies ne sont pas les mêmes. Dans les années 1960, la poussée fasciste était la conséquence directe de la guerre civile qui aboutit au régime criminel des colonels. Aujourd’hui, Aube dorée, après dix années de travail en sous-main, explose en plein jour, accusant publiquement les étrangers de tous les maux dont souffre le pays. Elle est la conséquence directe de la crise économique nourrie par les politiques néolibérales. Mais une question me travaille. Si je veux bien admettre que les médias dominants ont favorisé ce climat en stigmatisant les Albanais, les Roms et autres Syriens et Africains, je n’arrive pas à m’expliquer qu’une partie de mon peuple qui, pendant des siècles, a été un peuple d’émigrants et qui possède cela dans son ADN oublie si vite la souffrance d’une vie hors de son pays.

Vassilis Vassilikosest écrivain, auteur de Z

Infographies. En 2016, la richesse des 1% dépassera celle des 99%

Publié le par Mahi Ahmed

Infographies. En 2016, la richesse des 1% dépassera celle des 99%

LUNDI, 19 JANVIER, 2015

AFP

Un rapport d’Oxfam, réalisé à l’occasion de l’ouverture du forum économique mondial de Davos, montre que les inégalités de richesse s’accroissent de manière dramatique, et vont augmenter de plus en plus vite si rien n’est fait pour endiguer l’accaparement des richesses par les 1 %.

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Ce sont sur les secteurs pharmaceutique et la finance qui ont rapporté le plus aux milliardaires. En un an, plusieurs ultra-riches possédant des intérêts sur ce secteur ont augmenté leur patrimoine de 20 à 60 %.

Nom

Richesse en 2013

richesse en 2014

evolution

secteur

Michael
Bloomberg

27 milliards

33 milliards

22 %

Finance

Carl Icahn

20 milliards

24,5 milliars

23 %

Finance

Abigail
Johnson

12,7 milliards

17,3 milliards

36 %

Finance

Dilip
Shanghvi

9, 4 milliards

12,8 milliards

36 %

Pharmacie

Ludwig
Merckle

7,1 milliards

8,6 milliards

21 %

Pharmacie

Stefano
Pessina

6,4 milliards

10,4 milliards

63 %

Pharmacie

Oxfam appelle les États à adopter un plan en sept points pour lutter contre les inégalités :

- Mettre un frein à l’évasion fiscale des entreprises et des grandes fortunes
- Investir en faveur de la gratuité et l’universalité de services publics comme la santé et l’éducation
- Répartir équitablement la charge fiscale, l’allégeant du côté du travail et de la consommation tout en taxant davantage le capital et les richesses
- Instaurer un salaire minimum et œuvrer à un salaire décent pour l’ensemble des travailleuses et travailleurs
- Instaurer une législation en faveur de l’égalité salariale et promouvoir des politiques économiques assurant le traitement équitable des femmes
- Mettre en place une protection sociale suffisante pour les plus pauvres, notamment la garantie d’un revenu minimum
- Adopter l’objectif commun de lutter contre les inégalités à l’échelle internationale

Les 1 % des plus riches possèdent plus 
que 99 % de la population mondial

Publié le par Mahi Ahmed

Les 1 % des plus riches possèdent plus que 99 % de la population mondiale

Inégalités

KEVIN BOUCAUD

MARDI, 20 JANVIER, 2015

L'HUMANITÉ

Le dernier rapport de l’ONG Oxfam alerte sur l’augmentation de la concentration des richesses, donc des inégalités, au niveau mondial. L’organisation souhaite interpeller les principaux chefs d’État qui se réuniront, cette semaine, à l’occasion du Forum économique de Davos.

Dans une étude publiée hier, l’ONG Oxfam pointe du doigt l’augmentation des inégalités entre les très riches et le reste de la population mondiale. L’organisation souhaite alerter en amont du Forum économique mondial de Davos (Suisse), qui se déroulera de mercredi à samedi et réunira plus de 300 dirigeants politiques de premier plan, dont la chancelière allemande Angela Merkel, le président François Hollande, le chef du gouvernement italien Matteo Renzi, le premier ministre chinois Li Keqiang ou encore le secrétaire d’État américain John Kerry.

L’ONG Oxfam appelle les États à adopter un plan contre les inégalités

L’étude révèle que, si la concentration des richesses se réduisait depuis le début des années 2000 et que la crise avait accentué cette tendance, elle repart fortement à la hausse depuis 2010. Dans ce document, intitulé « Insatiable richesse : toujours plus pour ceux qui ont déjà tout », et s’appuyant sur les données publiées par la banque Credit suisse et le magazine Forbes, Oxfam signale que « la part du patrimoine mondial détenue par les 1 % les plus riches était passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépasserait les 50 % en 2016 ». Ce qui signifie que les 1 % les plus favorisés de la planète posséderont, l’an prochain, un patrimoine supérieur à celui des 99 % restants.

Oxfam s’était déjà distinguée, l’an dernier, au Forum de Davos en publiant un rapport alarmant sur les inégalités. À l’époque, l’ONG révélait que « les 85 personnes les plus riches possédaient autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale ». Aujourd’hui, elles seraient 80 à posséder autant que 3,5 milliards de personnes, contre 388 en 2010. La fortune de ces quelques individus s’élève à 1 300 milliards de dollars et devrait même passer à 1 900 milliards l’an prochain, soit une progression de 50 % en quatre ans, d’après l’ONG. L’étude se concentre également sur quelques personnalités afin de mieux illustrer ses propos. Par exemple, entre mars 2013 et mars 2014, la richesse de Warren Buffett a augmenté de 9 % (soit presque 5 milliards de dollars), celle des hommes d’affaires Michael Bloomberg, de 22 % (soit 6 milliards de dollars), et Carl Icahn, de 23 % (4,5 milliards de dollars), et celle du financier George Soros, de 20 % (3,8 milliards de dollars).

De plus, si cette concentration est spectaculaire au niveau des 1 % les plus riches, de fortes inégalités s’observent également au sein des 99 % restants. En 2014, les 52 % du patrimoine mondial qui échappent aux 1 % les plus favorisés atterrissent presque exclusivement entre les mains de 19 % de la population. Le résultat est qu’au final, 80 % de la population doivent se contenter de 5,5 % des richesses, d’après le rapport. « L’ampleur des inégalités mondiales est tout simplement vertigineuse et, malgré les questions brûlantes qui font l’actualité, le fossé entre les grandes fortunes et le reste de la population se creuse rapidement », explique la directrice d’Oxfam, Winnie Byanyima. Cette dernière poursuit : « Le statu quo a un coût. Si les affaires continuent comme si de rien n’était pour les élites, notre incapacité à réduire les inégalités pourrait retarder la lutte contre la pauvreté de plusieurs dizaines d’années. Les populations pauvres souffrent doublement de la montée des inégalités : non seulement leur part proportionnelle du gâteau économique se réduit, mais comme les inégalités extrêmes nuisent à la croissance, le gâteau lui-même devient plus petit. »

Outre l’alerte, l’ONG veut aussi apporter des solutions et appelle les États à adopter un plan. Celui-ci s’articule en sept points : frein à l’évasion fiscale des grandes fortunes des grandes entreprises ; investissement en faveur de la gratuité et l’universalité de services publics comme la santé et l’éducation ; répartition équitable de la charge fiscale en l’allégeant du côté du travail et de la consommation, tout en taxant davantage le capital et les richesses ; institution d’un salaire minimum et action pour le paiement d’un salaire décent pour l’ensemble des travailleuses et travailleurs ; mise en place d’une législation en faveur de l’égalité salariale et promotion des politiques économiques assurant le traitement équitable des femmes ; adoption d’un objectif commun de lutte contre les inégalités à l’échelle internationale ; mise en place d’une protection sociale suffisante pour les plus pauvres, passant notamment par la garantie d’un revenu minimum

SOLIDARITÉ ALGÉRIENNE AVEC LES LUTTES DU PEUPLE GREC

Publié le par Mahi Ahmed

SOLIDARITÉ ALGÉRIENNE AVEC LES LUTTES DU PEUPLE GREC

vendredi 16 janvier 2015

SOLIDARITÉ ALGÉRIENNE AVEC SYRIZA POUR LE SUCCÈS DE SYRIZA ET DES LUTTES DU PEUPLE GREC CONTRE LE DÉSASTRE NÉOLIBÉRAL

L’appel suivant a recueilli une trentaine de premières adhésions de personnalités du monde culturel, politique, universitaire, médiatique et associatif algérien.

Les signataires appellent à une large diffusion de cet appel contre les politiques d’austérité que les responsables de la crise économique aggravée cherchent à faire supporter aux peuples et aux couches les plus défavorisées.

Les nouvelles listes de signatures sont à envoyer à l’adresse électronique suivante :
adomichelak@gmail.com
Madame Akiki Papadomichelaki, cadre de SYRIZA
& Correspondante des quotidiens AVGHI et ISKRA, ainsi que de la radio TO KOKKINO

_____

Une importante bataille électorale et politique, aux enjeux nationaux et internationaux multiples, va s’ouvrir en Grèce avant et après le 25 janvier.

L’aggravation d’une politique d’austérité meurtrière ne concerne pas seulement le peuple grec qui rejette la politique de misère et de subordination nationale aux diktats de la « Troïka » (FMI, Commission de Bruxelles et Banque Centrale européenne). Les récentes évolutions économiques et géopolitiques mondiales et régionales confirment que des dégradations, encore pires, menacent les peuples s’ils ne s’opposent pas efficacement aux politiques qui tendent littéralement à les écraser.

Cette bataille touche aux intérêts vitaux communs des travailleurs, des sans-emploi, des peuples et des Etats tout autour de la Méditerranée. Menacés dans leur souveraineté et leurs intérêts légitimes par les menées hégémonistes de l’OTAN, ces peuples affrontent dans leur quotidien, les assauts, de plus en plus violents, du néolibéralisme mondial contre leur niveau de vie, leurs acquis sociaux, leurs droits et libertés démocratiques, leurs aspirations à la paix et à la sécurité.

Les forces mobilisées autour de SYRIZA, apportent à tous la preuve qu’il est non seulement nécessaire mais surtout possible de mettre en échec le pillage des ressources nationales et les chantages réactionnaires. Ces menées et pressions visent à faire supporter aux peuples les conséquences désastreuses de la crise structurelle du capitalisme financier néolibéral. Ce qui effraie le plus ce dernier qui prétend dicter le vote des citoyens contre leurs propres intérêts légitimes, c’est que les luttes animées par la gauche radicale grecque proposent un programme alternatif -sérieux, constructif et mobilisateur- au chaos destructeur des politiques d’AUSTERITE. Ce programme et ces luttes ouvrent de nouvelles perspectives aux peuples et à leurs résistances, en Europe et partout dans le monde.

Ces luttes sociales et politiques en Grèce méritent notre solidarité active, sous toutes formes d’initiatives possibles. Tout comme la résistance nationale des peuples dominés, particulièrement celle du peuple palestinien pour le droit à la reconnaissance internationale de son Etat, ainsi que les luttes pour le respect des droits et de la dignité des immigrés et des réfugiés partout dans le monde. Ceci commence par donner une information appropriée sur les enjeux de cette bataille, face aux méga-mensonges et pilonnages médiatiques.

Soyons aux côtés des forces de gauche en Grèce contre la paupérisation et l’hégémonisme. C’est ainsi servir la cause commune des peuples, y compris le peuple algérien, pour faire reculer l’oppression et l’exploitation.

Le 7 janvier 2014.

LES PREMIERS SIGNATAIRES

Mohammed HARBI. Historien du mouvement national ;
Sadek HADJERES. Ex-dirigeant communiste (1952-90) ;
Daho DJERBAL. Universitaire historien ;
Abdelkrim ELAIDI. Professeur universitaire ;
Lemnouer MERROUCHE. Historien ;
Abdelaziz SAOUDI. Journaliste (blog algerie.infos-saoudi) ;
Omar BENDERRA. Militant associatif ;
Amel Dahane FARDEHEB. Doctorante historienne ;
Aïssa KADRI. Professeur émérite ;
Messaoud BENYOUCEF, écrivain
Ahmed MAHI. Dr-ing. Ancien membre direction du PAGS ;
Hocine BELALLOUFI. Militant associatif et analyste géopolitique ;
Youcef TOUNSI. Consultant, écrivain ;
Farid CHERBAL. Maître de conférences et de recherche à l’USTHB ;
Noureddine SAADI. Universitaire et écrivain ;
Saci BELGAT. Universitaire et militant associatif ;
Arezki METREF. Ecrivain-journaliste ;
Aziz BENSADEK. Militant pour une alternative démocratique et sociale ;
Mustapha GHOBRINI. Militant MDS ;
Mohamed LOUNIS. Docteur en médecine ;
Khider LOUELH. Auteur et militant associatif ;
Boukkhalfa BENABDESSLAM. Docteur en médecine ;
Mokhtar CHAALAL. Ecrivain ;
Salah BOUDI. Militant associatif ;
Saïd BOUAMAMA. Sociologue, écrivain et militant associatif ;
Ahmed DAHMANI. Enseignant-chercheur ;
Madjid BENCHIKH. Professeur émérite en Droit, ancien Doyen de la Faculté de Droit, ancien président d’Amnesty International Algérie ;
Fernand GALLINARI. Universitaire et ingénieur de projet ;
Ali BENSAAD. Universitaire ;
HOURRIYA. Militante associative ;
Allal TEWFIQ. Militant associatif ;
Omar BOURABA. Militant associatif ACDA ;
Samir GHEZLAOUI. Doctorant en communication et Journaliste ;
Aziz CHOUAKI. Ecrivain, metteur en scène ;
Ali GUENOUN. Historien ;
Belaid ABANE. Professeur en médicine, écrivain ;
Azedine LATEB. Doctorant
Horri Djelloul Naceur, Dr en médecine, ancien membre de la direction du PAGS
Nadir Boumaza, professeur émérite des Universités

Baisse des prix du pétrole, chute du rouble : quels enseignements ?

Publié le par Mahi Ahmed

~~Baisse des prix du pétrole, chute du rouble : quels enseignements ?

Par Abdelatif Rebah

«La politique est une guerre sans effusion de sang et la guerre une politique sanglante», disait Mao Tsé-toung. Sans doute, peut-on, sans excès, en dire autant de l’économie, aujourd’hui. Ne sert-elle pas, de plus en plus, des buts de guerre géopolitiques, comme l’actualité de ces derniers temps nous en a fait la démonstration grandeur nature. Le pétrole est utilisé comme arme politique, tandis que les manipulations monétaires servent délibérément à détruire les monnaies de pays «ennemis», dans ce cas précis, la devise russe, le rouble. Des actions qui pourraient être rangées dans la catégorie des «armements de conception nouvelle» telle que la définissent les auteurs d’un livre au titre significatif La guerre hors limites[1]. Et s’il en fallait confirmation, on ne peut plus claire et sans équivoque, elle nous est fournie pas la récente déclaration du président des Etats-Unis, Barak Obama, qui se félicite des effets des attaques menées par son pays contre l’économie russe. «Une partie de notre raisonnement, reconnaît publiquement le chef de la Maison-Blanche, était que la seule chose qui maintenait leur économie à flot était le cours du pétrole», et que le déclenchement de sanctions «rendrait l'économie russe suffisamment vulnérable pour qu'en cas de perturbations du prix du pétrole (...) ils aient des difficultés énormes». La baisse des cours du pétrole de 50% est bien donc une décision politique, hautement revendiquée, prise pour exercer des pressions sur l’économie russe et l’affaiblir. Sanctions économiques : des armements de conception nouvelle En guise de pressions, c’est en fait d’une attaque en règle qu’il s’agit, déclenchée contre la Russie et ses finances, contre sa monnaie, contre ses revenus pétrogaziers et avec les sanctions ciblées, contre son potentiel économique. Les États-Unis et l'Union européenne ont monté une batterie de sanctions économiques, militaires, technologiques et énergétiques ainsi que des mesures d’embargo visant des secteurs-clés de l’économie russe, les secteurs de l'énergie, de la défense et de la finance, avec la suspension d'exportations, l'assujettissement de nouvelles banques et entreprises du secteur de la défense aux sanctions et la suspension formelle des crédits à l'exportation et des financements du développement économique russe, auxquelles s’ajoutent blocages des avoirs et interdictions de visa à l’encontre des hommes politiques, des hommes d'affaires et des entreprises russes, en limitant l’accès des plus grandes banques russes (Sberbank, VTB, Gazprombank, Banque agricole et VEB) à leurs marchés financiers. Les sanctions empêchent les banques de se refinancer à plus de 30 jours. Victime des manipulations spéculatives ciblées, le rouble a perdu près de 60% de sa valeur depuis le début de l’année 2013. Si les observateurs font opportunément remarquer à ce propos, que «les fondamentaux russes ne justifient en aucune façon un tel effondrement de la monnaie russe : des finances étatiques saines, une dette publique très basse, de grosses réserves en devises étrangères et en or»[2], les cerveaux américains de la guerre économique n’en ont cure. L’attaque va entraîner un certain appauvrissement de l’économie russe et de la grande majorité de la population russe, et c’est ce qui est recherché. L'effondrement du taux de change va inévitablement conduire à une augmentation des prix. L’effet d’une telle «dévaluation» manipulée est le renchérissement du coût des importations. En même temps, les entreprises voient leur service de la dette s'alourdir considérablement. On estime à 130 milliards de dollars le montant de l’ardoise que les entreprises et les banques devront régler d'ici la fin 2015. Sur le front énergétique, la guerre saoudo-américaine déclenchée contre le prix du pétrole et qui l’a fait chuter de près de 50% vise à provoquer une détérioration brutale de la balance commerciale russe. Les hydrocarbures représentent les deux tiers des recettes d'exportations de l’Etat russe. Son manque à gagner pourrait s’élever entre 90 et 100 milliards de dollars, d’après une évaluation du ministère des Finances russe. 10% en moins sur le baril c’est presque 1,5 point de croissance en moins. La banque centrale russe a averti que si les cours du pétrole restaient à leur niveau actuel, autour de 60 dollars le baril, le produit intérieur brut pourrait en fait chuter d'au moins 4,5% en 2015. Il s’agit en fait d’une véritable guerre économique, dont les mesures de sanctions économiques et d’embargo ne sont que la partie visible de l’iceberg. Quand le peuple russe sera recru de souffrances, escomptent les dirigeants américains, il entendra enfin «la voix du bon sens» et chassera ses dirigeants, exauçant ainsi le vœu ardent des Occidentaux. Cette offensive de type militaire vise, en effet, tout particulièrement, à frapper de plein fouet les formes et standards de consommation propres aux couches moyennes pour entraîner cette catégorie sociale «sensible» dans un mouvement de contestation du régime et, au premier chef, de Vladimir Poutine. On est bien loin de la sollicitude exceptionnelle manifeste dont avait fait l’objet de la part des dirigeants des puissances capitalistes et des milieux financiers internationaux l’ex-dirigeant de l’ex-URSS Mikhael Gorbatchev, celui qu’ils avaient affectueusement surnommé Gorby, sollicitude fondée, dès le départ, sur son ralliement aux concepts de l’économie libérale[3]. Le président Bill Clinton n’avait pas, d’ailleurs, hésité, en 1995, à exprimer sa satisfaction devant ce virage à 180°, dans les termes les plus clairs et les plus explicites : «Les dix dernières années de notre politique envers l’URSS, affirme-t-il, ont démontré la justesse de nos prises de position visant à écarter l’une des plus grandes puissances du monde... Nous avons réussi ce que s’apprêtait à faire le président Truman à l’aide de la bombe atomique. A une différence près : nous avons gagné une réserve de matières premières. Oui, nous avons dépensé pour cela des milliards de dollars mais dès aujourd’hui nous sommes pratiquement rentrés dans nos fonds.»[4] De fait, les Etats-Unis se voyaient amplement récompensés. En été 1991, un «groupe de travail commun» (dont le président du côté russe était le libéral Grigori Yavlinski[5]) présentait à la commission sénatoriale pour les relations extérieures des Etats-Unis un plan de réformes intitulé «Une fenêtre d’opportunité». C’était le programme de «transition de l’Union soviétique vers une démocratie à économie de marché». Cette «fenêtre d’opportunité» va être judicieusement mise à profit par l’ancien adversaire américain. Le programme réclamait pour sa mise en œuvre de 60 à 250 milliards de dollars. Le Congrès américain a décidé qu’il fallait «aider» l’ex-Union soviétique à élaborer et mettre en place les programmes de la «période de transition», mais seulement sous forme de crédits commerciaux. Afin de garantir ces crédits, le gouvernement de Tchernomyrdine va aller jusqu’à confier aux Etats-Unis et à l’Union européenne les réserves en devises de son pays[6] ! C’est, en réalité, à ce statut de vassal que la présente guerre économique américaine veut ramener de nouveau la Russie. Dans le viseur des Etats-Unis, il n’y a pas que la Russie, puissance globale à éliminer de l’échiquier géopolitique. La guerre économique de Barack Obama cible également le Venezuela. «Elle vise à recoloniser notre pays, anéantir notre souveraineté et notre révolution en faisant s'effondrer notre économie», a dénoncé le président vénézuélien Nicolas Maduro. Faire vaciller le pouvoir chaviste, lui enlever les moyens de financer sa révolution sociale, l’obliger à céder des actifs, le contraindre à l’ajustement structurel, ramener le Venezuela bolivarien dans le giron, les snipers de la guerre économique égrènent au grand jour leurs souhaits, c’est le côté cour. Côté jardin, revenus sur scène, les bons Samaritains, reprennent le refrain des réformes «indispensables et incontournables». Entendre par là, hausses généralisées de prix, libéralisation et privatisation de l’économie, gel des salaires et réduction des dépenses publiques. Un air de déjà vu. En ligne de mire également, un autre pays qui hante les Etats-Unis et leurs alliés : l’Iran qui est confronté depuis de très longues années à un embargo implacable et qui va subir les contrecoups de la casse des prix du brut perpétrée par l’Arabie Saoudite pour le compte des buts de guerre économique de Washington. Déjà étranglé par des sanctions internationales et une chute de sa devise, l’Iran, qui tire l'essentiel de ses devises de l'exportation de pétrole, pourrait aussi voir son PIB amputé de 5%. L’impérialisme du billet vert [7] Mais là ne s’arrête pas la liste des victimes de cette guerre qui ne dit pas son nom. Elle punit également ceux déclarés coupables du crime d’«intelligence avec l’ennemi». Des banques et non des moindres sont condamnées à payer de très lourdes amendes pour avoir enfreint l’embargo décrété par les Etats-Unis contre tel ou tel Etat par eux blacklisté. BNP devra régler 8,834 milliards de dollars (environ 6,45 milliards d’euros) d’amende aux Etats-Unis. Motif de la punition : le commerce avec Cuba, l’Iran et le Soudan, pays qui sont placés sous embargo américain. Ces transactions, il faut le souligner, ont été réalisées à travers la filiale genevoise de la banque franco-belge. Des têtes ont également été exigées. Résultat : une trentaine de hauts cadres de BNP Paribas licenciés en quelques mois. Pour pouvoir conserver sa licence, la banque a dû, de plus, accepter de suspendre pour un an, à partir du 1er janvier 2015, ses opérations de compensations en dollars sur les marchés du pétrole et du gaz. Qui a puni ? C’est la justice américaine ! Comment a-t-elle pu punir des actes d’une banque française — et la France n’avait tout simplement pas d’embargo financier vis-à-vis des pays incriminés pendant la période en cause (2002-2009) — quand ces actes se sont déroulés en dehors du territoire américain et ne relèvent donc pas de la juridiction des Etats-Unis ? Aucune règle du droit international ne le justifie donc. Sauf que, dès lors que des flux en dollar sont impliqués, le droit états-unien prévaut sur l’ensemble des pays de la planète. Si le commerce avec les pays sous embargo américain avaient été réalisé dans une autre monnaie que le billet vert, BNP Paribas ne serait pas tombée sous le coup des lois américaines. Telle est la réalité crue de ce monde dollarisé qui fait des structures financières des pays particuliers et des organisations entières les jouets impuissants des visées géostratégiques des Etats-Unis. BNP Paribas ne pouvait opposer une résistance à ces sanctions illégitimes s’il ne voulait pas, tout simplement, subir une interdiction d’utilisation du dollar. Ce n’est pas la seule opération de racket pour cause de non-alignement sur la politique des Etats-Unis. Commerzbank, deuxième banque allemande et qui fait partie des 20 principales institutions bancaires d’Europe, va devoir payer 1 milliard de dollars au gouvernement américain pour «transactions illégales (sic !) entre ses filiales américaines et des partenaires à Cuba, en Corée du Nord, en Iran, ou au Soudan». D’autres institutions bancaires font l’objet d’enquêtes de la justice américaine : l'allemande Deutsch Bank, les françaises Crédit Agricole et Société Générale, l'italienne UniCredit. Comme l’explique un spécialiste de l’euro et des questions monétaires… «le «privilège exorbitant» du dollar revient à faire des Etats-Unis la banque des échanges du monde, même dans le cas où rien de ces échanges ne transite par les Etats-Unis — ce qui permet à l’autorité politique américaine d’exercer des pressions et des contraintes sur, en somme, le reste de la planète»[8]. On comprend sans peine, ensuite, pourquoi l’ancien économiste à la Fed, Adam Posen, spécialiste des questions monétaires, proclame, sans ambages, dans un entretien au journal Le Monde, que «le dollar doit rester la devise de référence du commerce international», n’hésitant pas même à dire que «c’est une question géostratégique autant que monétaire». Il offre la meilleure sécurité possible aux Etats-Unis dans l’économie mondiale, confie-t-il au quotidien français[9]. Qui en aurait douté ? Et surtout qui peut l’ignorer sans courir de très graves périls ? Ne dit-on pas avec insistance que l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis a commencé immédiatement après que Saddam Hussein eut exigé que les calculs dans le cadre du programme «Pétrole contre nourriture» se fassent en euros et non en dollars américain ? En septembre 2000, il a en effet déclaré que l’Irak n’avait plus l’intention d’accepter des dollars en échange du pétrole qu’il vendait dans le cadre de ce programme et a ordonné de convertir en euros les 10 milliards de dollars placés sur le compte que gérait l’ONU. L’Irak devait rendre gorge. Le crime de lèse-majesté fut férocement puni et l’Irak ne s’en est toujours pas relevé. Dès que les marines américains sont entrés dans Baghdad, le pétrole irakien a de nouveau été vendu contre des dollars[10]. Prises entre le marteau de l’inflation et l’enclume de la déflation, les économies de l’Union européenne et des Etats-Unis peinent à se faire à l’idée de leur déclin et de l’érosion inexorable de leur hégémonie sur le monde. Les Américains se plaisent à dire qu’ils ne voient pas d’alternative véritable à leur hégémonie mondiale. Aussi, la tentation est grande de conjurer la permutation d’hégémonie qui s’annonce par le recours de plus en plus systématique et généralisé aux moyens de la guerre économique, sans abandonner ceux de la guerre tout court. L’offensive actuelle contre les prix du pétrole et la monnaie et l’économie russes est riche d’enseignements à cet égard. Comment ne pas relever la vulnérabilité de l’économie russe qui s’est permise le luxe insensé de rendre le rouble convertible comparativement à la solidité de la désormais deuxième économie du monde, celle de la Chine qui repose sur une monnaie non convertible, le yuan, et un réseau toujours actif de dizaines de milliers de grandes entreprises publiques ? La Russie songe à recourir aux contrôles des changes et des flux de capitaux. En fait la conjoncture actuelle expose au grand jour les ressorts véritables de l’économie mondiale loin des mythes répandus. La leçon est valable, y compris pour l’Algérie. Une vision idyllique de l’économie mondiale Depuis de nombreuses années, le «débat» économique national est dédié pratiquement sans réserve à la cause de l’insertion internationale de l’économie algérienne et son corollaire fatal, l’obligation «impérieuse» d’adaptation des institutions, des structures, des mécanismes, des ressources humaines et bien entendu, des choix nationaux. Maître-mot, désormais, de tout lexique économique dans notre pays, le climat du «doing business» est donc devenu le sésame qui va nous ouvrir les perspectives de la croissance et du bien-être. Le point aveugle des approches de nos économistes est l’ordre économique mondial considéré de fait comme un donné auquel il faut s’adapter «au mieux de nos avantages et de nos intérêts». Dans cette vision idyllique de l’économie mondiale guidée par des «règles universelles», les échanges seraient, pour l’essentiel, affaire d'avantages comparatifs, de croissance et de développement, le dollar est un «signe impartial et international des échanges» ; ONU, FMI, Banque mondiale, GATT, OMC, etc. sont des institutions internationales de régulation créées «pour éviter que les conflits ne dérapent», etc. Bref, tout l’enjeu se situe dans la capacité à améliorer sa productivité, à développer de nouvelles richesses. Comment prétendre prendre part, de surcroît dans une perspective optimiste de «gagnant-gagnant», à un jeu (économique mondial), dont non seulement les règles de fonctionnement nous échappent mais qui, de plus, obéit structurellement à une commande centrale radicalement hors de notre portée ? «Les fantassins dans un régiment ne sont pas nécessairement conscients du sens des mouvements de celui-ci.» Peut-on encore parler aujourd’hui de libre jeu des lois du marché, de règles universelles de l’économie ? Existe-t-il aux Etats-Unis un marché financier libre quand le marché est manipulé par les injections massives de monnaie opérées par la Réserve fédérale, par le Fonds de stabilisation de la Bourse, par les grandes banques privées, quand les prix de l’or comme du pétrole sont artificiellement poussées à la baisse, quand le dollar est un moyen de crédit sans remboursement pour les Etats-Unis et une arme de guerre financière puissante et redoutable au travers des sanctions, l’OMC : «une piscine infestée de requins»[11], etc. A quoi sert-il de négocier avec acharnement, dans le cadre de l’OMC, pour abaisser les droits de douane de 20% ou 30% sur tel ou tel produit quand la chute de 50% du dollar en peu d’années annule ces progrès ? On va vendre des produits allégés du poids des droits de douane mais qui rapportent moins parce que leur prix en dollar a baissé[12]. De quel libre-échange est-il possible encore de parler dans un marché global très concentré, où 80% du commerce mondial est aux mains des transnationales qui sont dirigées par des états-majors qui planifient sur la base de prix artificiels internes ? Peut-on souscrire à une mondialisation qui serait peuplée que de «plus ou moins égaux» quand on constate comment les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux projettent la constitution de vastes zones d’échangées euratlantique (TAFTA) et transpacifique (TIPC) totalement déréglementées et livrées aux transnationales ? Zones conçues pour le confinement de la Russie et de la Chine et qui promettent de déshabiller les Etats de toute souveraineté économique Force est de le constater, autant la thématique des conditions à réunir pour une «insertion réussie» — attractivité, avantages comparatifs, changements institutionnels etc. — et des efforts et dispositifs à déployer dans ce but est abondamment documentée, autant celle qui permettrait de comprendre et d’éclairer la réalité à laquelle nous sommes invités à nous intégrer et ce qu’elle implique de nouveaux mécanismes de dépendance et de domination s’éclipse totalement derrière le formulaire gestionnaire réducteur des «défis et opportunités». Une vision qui fait l’impasse sur l’analyse des sources essentielles des mécanismes de blocage du passage à une économie productive, à la diversification du PIB et de nos échanges internationaux. En un mot, des mécanismes qui nous condamnent au rôle de sous-périphérie plombée dans le sur-place. Il est plus qu’important de veiller à ce qui se trame au niveau international. Nombre de problèmes majeurs que connaît et que connaîtra l’Algérie prendront leurs sources dans la restructuration violente du capitalisme dominant et les menaces potentielles qu’elle comporte. Il importe d’être à l’écoute des mouvements de fond et des inflexions majeures qui reconfigurent l’ordre mondial et qui interpellent l’Algérie en termes de formulation de paradigmes du développement national, nouveaux et en phase avec les grandes recompositions en cours et à venir. Il s’agit d’explorer le champ des possibles qui s’ouvre pour l’Algérie, du point de vue indissociable de sa perspective historique de développement national et de ses marges de manœuvre. Quelles opportunités, en effet, la dynamique économique de permutation d’hégémonie à l’échelle mondiale qui se met en mouvement offre-t-elle de s’émanciper des rapports de puissance porteurs de logiques systémiques de dépendance et de sous-développement ? Plus qu’un choix, c’est un impératif, car nous n’avons pas d’autre alternative que celle de notre indépendance nationale. A. R. 1. Qiao Liang et Wang Xiangsui écrivent : «Un seul krach boursier provoqué par l’homme, une seule invasion par un virus informatique, une simple rumeur ou un simple scandale provoquant une fluctuation du taux de change du pays ennemi(…), toutes ces actions peuvent être rangées dans la catégorie des armements de conception nouvelle.» Les manœuvres commerciales américaines sont dénoncées par les Chinois comme de véritables armes de guerre, l’exemple le plus direct étant l’embargo meurtrier mené, dans le silence des opinions, contre l’Irak. (La guerre hors limites, éditions RivagesParis 2003). 2. L’économiste Jaques Sapir décrit, dans son blog Russ Europe, les ressources dont dispose la Russie (et qui font cruellement défaut aujourd'hui au camp occidental, ajoute-t-il avec pertinence) : des réserves de change solides à la Banque centrale russe : 420 milliards, soit un ratio de 12,5% (contre 1,26% à la Fed US) ; un stock d'or conséquent pour soutenir la monnaie nationale : 6% de la masse monétaire russe (contre... 0% à la Fed) ; une dette publique très faible : 9% du PIB, soit en proportion dix fois moins que la France. 3. Ex-premier ministre de l’URSS durant la deuxième moitié des années 80, Nicolas Ryjkov raconte que Margareth Thatcher a même fait à Gorbatchev l’insigne honneur de le recevoir dans sa résidence personnelle, alors qu‘il n’était pas encore président de l’Union soviétique, tout en n’omettant pas de lui faire remarquer que c’était là un privilège réservé exclusivement aux personnalités de très haut rang. (Entretien accordé à la chaîne satellitaire russe, diffusant en langue arabe, Russia el youm, en février 2010). 4. (http://socio13.wordpress.com/2008/10/12la-crise-financière-russe. 5. Grigory Yavlinski a participé à l’élaboration du programme des réformes économiques, dit «500 jours», présenté à Boris Eltsine et censé faire passer la Russie à l’économie capitaliste en 500 jours. Fondateur du parti libéral Yabloko, Grigory Yavlinski a été candidat aux élections présidentielles russes de 1996 et 2000. 6. Idem. 7. L’expression est de Jean-Baptiste Jacquin, journaliste au quotidien Le Monde ; cf. http:// ecobusiness. blog.lemonde.fr/2014/05/30/amende-record-contre-bnp-paribas-limperialisme-du-dollar/ 8. https://www.upr.fr/actualite/monde/quelques-reflexions-sur-la-crise-du-rouble-par-vincent-brousseau 9. Cf. Le Monde du 31 mars 2009 10. http : //www.armées.com/Le-dollar-dans-les-contrats-pétroliers 11. La formule est de l’oligarque russe Oleg Demanski, magnat de l’aluminium 12. Cf. Le Monde du 24/4/08 http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2015/01/07/article.php?sid=173047&cid=41

L’économie algérienne en 2015 : une année de tous les périls ou de tous les espoirs ?

Publié le par Mahi Ahmed

~~L’économie algérienne en 2015 : une année de tous les périls ou de tous les espoirs ? Mustapha Mékidèche

Une fois n’est pas coutume, je commence cette première chronique 2015 par une note positive. J’ai été en effet agréablement surpris de trouver pour une fois, en dehors du football, un classement international favorable à l’Algérie. Il s’agit de l’indice du “bien-être humain et de l’impact environnemental” de la très sérieuse fondation anglaise New Economics Fondation (NEF) qui classe l’Algérie au 26e rang sur 151 pays ; au premier rang africain mais surtout “devant des pays comme la Norvège et la Suisse”. Outre son potentiel économique, la vitalité de sa jeunesse, le dynamisme de sa classe politique et la liberté de ton de ses médias sont avancés par beaucoup d’observateurs comme facteurs explicatifs de cette percée, même si “tout n’est pas bien beau en Algérie”. Ceci étant, le principe de réalité nous renvoie néanmoins à une situation qui sera économiquement tendue cette année, même si en octobre dernier le FMI nous créditait d’un taux de croissance de 4% pour 2015 contre 3,8% en 2014 dans un contexte de croissance mondiale de 3,3% seulement. Peut-on y faire face et comment sont les deux grandes questions auxquelles il faudra répondre, dans les faits, en 2015. Examinons les premières réponses, apportées par la Banque d’Algérie et par l’Exécutif, aux effets monétaires, budgétaires et commerciaux résultant de la diminution de nos recettes d’hydrocarbures. Notons d’abord l’abandon progressif du discours décalé disant que “la chute des prix du baril n’aura aucune répercussion sur nos programmes, car nous sommes parés en termes de capacités financières internes et externes”, au profit d’une attitude plus réaliste admettant que “la baisse des prix du pétrole est inquiétante si elle devait durer”. Au plan de la sauvegarde des équilibres extérieurs, la Banque d’Algérie a réagi la première par une instruction du 23 novembre 2014 divisant par deux le niveau autorisé des engagements des banques au titre des opérations d’importation. Cette instruction, applicable à compter du 1er décembre 2014, stipule que “le niveau des engagements extérieurs par signature des banques et établissements financiers ne doit en aucun cas dépasser leurs fonds propres réglementaires tels que définis par la réglementation prudentielle en vigueur”. Il faut rappeler au lecteur que le niveau précédent était fixé, par l’instruction n°68-94 du 25 octobre 1994, à quatre fois les fonds propres des banques. Dans une démarche parallèle, le ministre du Commerce a fait approuver, en Conseil des ministres du mardi 30 décembre 2014, un avant-projet de loi “réglementant les opérations de commerce extérieur” qui modifie l’ordonnance du 19 juillet 2003. Cet avant-projet de loi a pour objet “la limitation du commerce de certaines ressources épuisables, la garantie pour l’industrie de transformation de la disponibilité de matières premières produites localement, l’approvisionnement du marché en produits pour lesquels se ferait sentir la pénurie, ainsi que la sauvegarde des équilibres financiers extérieurs du pays”. Il ne vous a pas échappé que c’est le dernier item de la phrase précédente qui sera mobilisé pour réduire, le cas échéant, le niveau et/ou la nature des importations superflues. En veillant évidemment, dans la mise en œuvre, au respect de nos engagements internationaux, comme le fait la Banque d’Algérie, pour ce qui la concerne. Dans le registre budgétaire, le coup était déjà parti et, de ce fait, il faudra attendre la fin du premier semestre 2015 pour avoir une loi de finances complémentaire (LFC) qui intègre les effets constatés et ceux anticipés de la baisse des prix du baril de pétrole sur nos recettes de la fiscalité pétrolière et sur nos réserves de changes. Cependant, des signaux ont été émis dans la circulaire du Premier ministre qui a gelé une grande partie des recrutements dans la fonction publique et a appelé à une plus grande “rationalisation budgétaire” dans les charges de fonctionnement de l’administration. S’agissant du budget d’équipement, les grands projets sans “importance immédiate” seront probablement reportés et, d’une façon plus globale, le plan quinquennal 2015-2019 devrait être réévalué, non seulement à la lumière de la nouvelle contrainte financière et de la recherche de financements alternatifs au financement budgétaire, mais aussi du bilan physique et financier du plan précédent. Il faudra s’attendre, à ce sujet, à des arbitrages lourds reflétant mieux le niveau de management et de réalisation des grands projets en termes de qualité des ouvrages et d’intégration, de coûts, de délais de réalisation et même de retour sur investissement. Mais si la situation déprimée du marché pétrolier venait à persister ou tout simplement si l’on veut engager des réformes structurelles, qui ne peuvent s’affranchir de coûts sociaux collatéraux, un consensus politique, plus large que celui mis en place par le Pacte économique et social de croissance, est à construire. Ces coûts sociaux devraient être à la fois étalés dans le temps et progressifs, de sorte à être absorbés socialement sans rejet. Toutes les catégories sociales devront être fédérées par un même effort. Ce consensus sera difficile à construire, car des sensibilités politiques différentes, à quelques exceptions près, traversent les appareils partisans eux-mêmes, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition. Du fait de la nature différenciée des réponses économiques apportées par les uns et les autres, il sera difficile de faire converger les positions au sein de chaque parti d’abord et dans la majorité de la classe politique ensuite. A cela s’ajoute le poids de lobbies transpartisans qui pèsent aussi bien sur la classe politique que sur l’appareil d’Etat et qui vont parasiter le débat. A titre d’exemple, et sans verser dans le populisme, l’appel à la solidarité des partenaires sociaux pour une modération salariale, voire le gel des salaires, ne peut se concevoir dans notre société sans une mise à jour de la fiscalité sur les grandes fortunes, de sorte que les sacrifices demandés à tous soient équitablement répartis. Autre illustration, la difficulté, dans la négociation sociale, d’intégrer certaines revendications catégorielles exagérées dans un équilibre et une cohérence plus larges, en rapport avec les capacités financières réelles des entreprises et/ou des pouvoirs publics. Pour conclure, l’année 2015 gagnerait à être celle de la concertation et du dialogue politique et social. Cela permettra d’avoir un projet national partagé avec des politiques économiques précises et acceptées par le plus grand nombre, pour sortir le pays de sa vulnérabilité structurelle. M. M. http://www.liberte-algerie.com/chronique/leconomie-algerienne-en-2015-une-annee-de-tous-les-perils-ou-de-tous-les-espoirs-224

Grexit : le piège tendu par Angela Merkel aux électeurs grecs

Publié le par Mahi Ahmed

~~Grexit : le piège tendu par Angela Merkel aux électeurs grecs

En agitant le chiffon rouge de la sortie de la Grèce de la zone euro, l'Allemagne cherche surtout à l'éviter en pesant sur le choix des électeurs helléniques. La menace allemande de ne rien faire pour empêcher le « Grexit », la sortie de la Grèce de la zone euro, publiée ce lundi par une indiscrétion de l'hebdomadaire Der Spiegel, a déjà fait couler beaucoup d'encre. Le démenti peu convaincant du gouvernement fédéral qui a suivi laisse les Européens dans le flou quant aux réelles motivations de Berlin. Une chose est sûre : les indiscrétions du Spiegel ne sortent jamais au hasard. Feindre de laisser choisir l'électeur grec Pour comprendre les motivations de Berlin, il faut réfléchir en termes tactiques. Angela Merkel feint la retraite, mais en réalité, elle entre désormais de plain-pied dans la campagne électorale grecque tout en ayant l'air d'en sortir. En affirmant qu'elle est prête à laisser sortir la Grèce de l'euro en cas de victoire de la Coalition de la gauche radicale (Syriza) d'Alexis Tsipras, Berlin feint de laisser le choix au peuple grec. L'Allemagne prendra acte du résultat des élections et en tirera les conséquences. Mais c'est bien là que le bât blesse. Syriza ne veut pas sortir de la zone euro, mais renégocier les conditions imposées par le mémorandum et la troïka. Dramatisation à outrance de l'élection grecque Berlin refuse donc d'emblée toute discussion avec Syriza : si Alexis Tsipras l'emporte, alors la Grèce sera exclue de la zone euro, il n'y aura aucune négociation avec le nouveau pouvoir grec. Bref, l'Allemagne pose les termes du choix de l'électeur grec en ces termes : ou l'actuel premier ministre Antonis Samaras et l'euro ou Alexis Tsipras et le chaos. C'est évidemment biaiser la campagne électorale hellénique et chercher à peser considérablement sur le choix des Grecs. Comme lors du scrutin de juin 2012, l'Allemagne dramatise volontairement à outrance l'issue de l'élection pour imposer son choix. Eviter le Grexit en l'agitant Au final, la manœuvre allemande a pour but d'éviter à tout prix le « Grexit. » Dans son « Morning Briefing » de ce lundi 5 janvier, le directeur de la rédaction du quotidien allemand des affaires Handelsblatt, très proche de la chancellerie, affirme ainsi que la « fonction de ces menaces est précisément d'éviter leur réalisation concrète. » L'Allemagne espère que les Grecs, craignant que l'Allemagne ne les rejette de la zone euro et ne les entraîne dans le chaos, feront le choix du camp du premier ministre sortant. Antonis Samaras peut donc remercier une nouvelle fois son « amie » Angela Merkel pour le coup de pouce. Une menace sérieuse ? En fait, la menace allemande ne semble pas réellement sérieuse. L'argument développé par Der Spiegel sur l'absence de contagion de la Grèce vers les autres pays de la zone euro est en effet discutable. Certes, la nouvelle crise grecque à la fin décembre n'a pas eu pour effet de peser sur les taux des autres pays de la zone euro. Certes, il existe désormais des « pare-feu » disposant d'une certaine force de frappe, notamment le MES et ses 500 milliards d'euros. Certes, la BCE pourrait contraindre le pays à quitter la zone en coupant l'aide d'urgence au secteur bancaire. Mais il convient de ne pas oublier l'essentiel : l'existence d'un précédent pèsera en effet fort lourd dans l'avenir. L'existence d'un précédent Quelles que soient les conséquences de cette sortie pour la Grèce, preuve aura été faite que l'adhésion à l'euro n'est pas le « processus irréversible » que l'on présente aujourd'hui. C'est donc ouvrir la boîte de Pandore. Si le Grexit est catastrophique, il sera toujours possible de présenter la catastrophe comme une conséquence du cas hellénique, très particulier. Les partis défavorables à l'euro pourront, un peu partout, promettre de faire mieux et s'appuyer sur ce précédent pour affirmer qu'un retour aux monnaies nationales n'est pas un rêve irréalisable. Et si le Grexit se passe mieux que prévu, alors ce sera encore mieux pour les Eurosceptiques. Berlin sortirait très affaibli de cette aventure : ses partenaires pourront mettre dans la balance une sortie de la zone euro pour faire céder son intransigeance. En réalité, ce précédent changerait toute la donne dans la zone euro. Or, rappelons-le, l'Allemagne peut certes supporter la sortie de la Grèce de la zone euro, mais pas celle de la France et encore moins de l'Italie, car aussitôt, la monnaie allemande s'apprécierait considérablement, ce qui pèserait sur les exportations qui restent - le coup de « mou » conjoncturel du pays au troisième trimestre l'a prouvé - le vrai moteur de l'économie allemande. La facture pour le contribuable allemand Un Grexit serait aussi une défaite politique pour Angela Merkel qui, depuis 2010, a fait de la survie de l'euro le point d'orgue de sa politique européenne. Si la Grèce est exclue de l'union monétaire, Athènes n'aura d'autres choix que de proclamer un défaut unilatéral sur sa dette extérieure. Après tout, rien de plus logique : l'exclusion de la zone euro n'étant pas la volonté du gouvernement grec et n'étant pas prévu dans les traités, la réponse ne peut être qu'une telle mesure. Du reste, ce serait l'occasion de profiter réellement de l'excédent primaire (hors service de la dette) dont se vante tant Antonis Samaras, mais qui n'est d'aucune utilité à l'économie grecque aujourd'hui puisqu'il est englouti par les intérêts. En faisant défaut sur sa dette, le gouvernement grec récupèrerait des moyens d'agir pour son économie. Mais alors, le contribuable allemand devrait passer à la caisse. Car la dette grecque est très largement détenue aujourd'hui par les européens : MES, Etats membres de la zone euro, banque publique allemande KfW et BCE. Un défaut grec conduirait à une facture qui, au pire, pourrait s'élever à 260 milliards d'euros. L'Allemagne serait le premier contributeur à cette facture. Ce serait alors pain béni pour les Eurosceptiques allemands qui ne manqueraient pas alors de retrouver leur unité autour de la dénonciation de la politique européenne d'Angela Merkel et de la CDU... L'Allemagne ne peut imposer le Grexit Enfin, l'Allemagne se donne ici plus de pouvoirs qu'elle n'en a réellement. L'euro est officiellement irréversible, il n'est juridiquement pas prévu de pouvoir sortir de la zone euro. Le traité de Lisbonne prévoit une possibilité de sortir de l'UE, mais à la demande du pays concerné seulement. Et encore, une sortie de l'UE ne signifie pas une sortie de la zone euro. De facto, le Monténégro et le Kosovo utilisent l'euro sans être membre ni de l'UE ni de la zone euro. Même en cas de faillite de la Grèce, de défaut sur sa dette, il n'y a là rien qui contraigne le pays à quitter la zone euro. Du reste, a-t-on oublié déjà que la Grèce a, par deux fois, en 2011 et 2012, fait défaut sur sa dette en restant dans la zone euro ? Que fera la BCE ? Bref, Syriza pourrait fort bien rejeter le mémorandum, imposer des négociations et, si elles sont refusées, restructurer sa dette, sans quitter la zone euro. L'Allemagne n'y pourrait rien faire. La seule puissance qui, en réalité, pourrait contraindre la Grèce à quitter la zone euro est la BCE. Si Mario Draghi coupe l'aide à la liquidité d'urgence du secteur bancaire grec, le pays pourrait se retrouver en pénurie d'euros et, pour fonctionner, devrait émettre sa propre monnaie. Mais la BCE osera-t-elle créer un précédent ? Certes, elle a menacé de le faire à l'Irlande en 2010 et à Chypre en 2013, mais elle savait que ses menaces suffiraient. Avec Syriza au pouvoir à Athènes, sera-ce la même musique ? Pour Mario Draghi, confronté au risque d'une déflation dans la zone euro, « exclure » la Grèce de la zone euro serait jouer avec le feu. Les banques des autres pays périphériques pourraient alors relever leurs taux et se montrer prudentes. Enfin, la menace déjà citer du précédent est très dissuasif pour une BCE qui n'existe que par l'euro et ne peut donc prendre le risque d'un affaiblissement de l'euro. D'une certaine façon, ce serait la fin du « whatever it takes » (quoi qu'il en coûte) prononcé en juillet 2012 par Mario Draghi pour sauver l'euro. Enfin, on voit mal l'Italien, actuellement en conflit larvé avec la Bundesbank sur la question de l'assouplissement quantitatif, céder à des demandes allemandes sur ce point. La menace allemande de Grexit est donc purement politique. Il s'agit d'impressionner l'électeur grec, de lui faire peur, comme en juin 2012 pour qu'il vote « correctement. » De plus en plus, dans la zone euro, la démocratie semble ainsi « dirigée » grâce à l'usage de la crainte. Reste à savoir sir les Hellènes tomberont dans le piège grossier que leur tend Angela Merkel. Romaric Godin 05/01/2015

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