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Le message de Lotfi Bouchnak

Publié le par Mahi Ahmed

Publié dans TUNISIE Spécial, Vidéos

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«Les places boursières sont l’antre des spéculateurs

Publié le par Mahi Ahmed

» Entretien avec Ammar Belhimer, auteur de Les Dix Commandements de Wall Street :

«Les places boursières sont l’antre des spéculateurs

 

Propos recueillis par Mokhtar Benzaki

L’Anep vient de publier un second ouvrage du professeur en droit Ammar Belhimer, sous le titre «Les Dix nouveaux commandements de Wall Street». C’est un ensemble de chroniques, reportages et analyses, parus dans Le Soir d’Algérie, réécrits, mis à jour, enrichis et agencés pour trouver une cohérence d’ensemble qui rend fidèlement compte de la réalité de l’ordre néolibéral des années 1990 jusqu’à l’élection de Donald Trump. Il nous en parle.

Le Soir d’Algérie : Les chroniques de presse se prêtent-elles à un exercice aussi ambitieux que celui de configurer le mode de fonctionnement et de reproduction d’un système aussi complexe que le néolibéralisme ?

Ammar Belhimer : La matière de l’essai est tirée des chroniques hebdomadaires parues dans Le Soir d’Algérie depuis plus de douze ans. Ces chroniques sont généralement le prétexte ou l’occasion de lectures jugées pertinentes se rapportant aux interrogations du moment. Que ces lectures soient liées à l’actualité ne diminue en rien de leur valeur scientifique, bien au contraire.

Ainsi, se régalera-t-on de la lecture de Marc Roche, journaliste financier français du quotidien Le Monde, en poste successivement à New York, Bruxelles, Washington et Londres, qui (dans un bel ouvrage La banque : comment Goldman Sachs dirige le monde) nous dresse un portrait croustillant de Lloyd Blankfein, le P-DG de Goldman Sachs, qui règne sur la finance mondiale dans le plus grand secret et qui s’autorise à dire modestement : «Je ne suis qu’un banquier qui fait le travail de Dieu.»

De la même manière, et dans un tout autre registre, celui de l’anthropologie et de l’économie, David Graeber, professeur à London University, nous livre un ouvrage, récemment traduit de l’anglais chez Babel (Dette 5000 ans d’histoire) dans lequel il souligne que, depuis l’aube du temps, les outils de communication de l’homme sont indissociables du marché : «Adam Smith aussi voyait le langage — donc la pensée humaine — naître de notre penchant à faire ‘‘des échanges d’une chose pour une autre’’, qui lui paraissait également être à l’origine du marché. Le besoin pressant de commercer, de comparer les valeurs, est très précisément ce qui fait de nous des êtres intelligents et nous distingue des autres animaux.

La société vient ensuite — autrement dit, au départ nos idées sur nos responsabilités à l’égard des autres prennent forme en termes strictement commerciaux.»

Si la langue du marché a très tôt prévalu, les marques d’hostilité, de lutte et de résistance n’ont également pas été étrangères à notre langage. Parce qu’elles touchent à toutes les disciplines, ces lectures appréhendent l’objet de la recherche avec un œil à facettes multiples. Leur réécriture (afin de les extraire de l’actualité du quotidien) et leur agencement dans un ensemble thématique cohérent donne du sens à une construction d’ensemble qui ambitionne de dresser un tableau aussi exhaustif que plaisant (en termes d’écriture) de l’ordre néolibéral. L’effort de réécriture entrepris est en effet destiné à faciliter pour le plus grand nombre la lecture de concepts et autres formules habituellement réservées aux initiés, sans pour autant altérer leur complexité.

A quoi se résume cette configuration générale de l’ordre néolibéral que vous évoquez ?

Les deux mamelles du néolibéralisme que sont la spéculation et l’endettement sont soigneusement analysées. «Au cœur du monde il y a le dieu Argent. C’est là qu’est le premier terrorisme», relève, à juste titre, Sa Sainteté le pape François. S’il fallait paraphraser les Dix Commandements de Dieu donnés à Moïse sur le Sinaï pour définir les règles qui organisent le Consensus de Washington, fondateur de l’ordre néolibéral, cela donnerait un Décalogue explosif. Même s’il n’épargne pas les autres sphères, c’est dans l’économie que l’intégrisme néolibéral fait le plus de ravages. Le modèle se résume à une mixture de thatchérisme, de «reaganomique» et de «Consensus de Washington», tous favorables aux privatisations, à la libéralisation économique et à des banques centrales préoccupées uniquement par l'inflation, et accessoirement par la stabilité des prix, hors de toute considération de croissance. Déformation du réel, culte de l’évaluation et mépris de la justice, domination d’une caste et idéal sécuritaire, tels sont les signes les plus manifestes du nouvel ordre néolibéral. L’ouvrage installe méthodiquement les pièces du puzzle néolibéral pour dévoiler d’abord son arrière-boutique, son «fil conducteur» : une nouvelle forme de valeur, la haute main du banquier sur l’économie réelle, l’antre des spéculateurs que sont devenues les places boursières, dans ce qu’il est advenu d’appeler une «économie de casino».

Vous associez l’avènement du néolibéralisme à la chute de l’Union soviétique et au couple Reagan-Thatcher ?

Le néolibéralisme est un ordre hégémonique qui achève un long processus de développement du capital financier amorcé autour de la première guerre mondiale.

Le nouvel ordre néolibéral règne sans partage, hors de toute régulation et de tout contre-pouvoir, depuis les années 1990.

Il trouve une parfaite expresse dans ce qu’il est convenu d’appeler le «Consensus de Washington», une expression utilisée pour la première fois en 1989 pour asseoir dix mythes fondateurs : la discipline budgétaire, la réorientation des dépenses publiques, la réforme fiscale, la libéralisation financière du commerce et la déréglementation, les taux de change, la privatisation et l’extension des droits de propriété.

Quelles implications cela induit-il pour les pays en développement, dont le nôtre ?

Pour les pays du Sud, la nouvelle économie politique repose sur deux fondements étroitement associés à l’extraction de la valeur :

• le développement de nouvelles forces productives (dans l’électronique, les communications, les transports, la logistique et la gestion) ;

• la suppression des barrières nationales à la circulation des capitaux et des marchandises (pas des personnes), la privatisation des sphères publiques et communes, l’avènement de nouvelles institutions commerciales (OMC), financières (FMI) et miliaires (Otan) dans la prise de décision.

Dans notre essai, la chaîne de domination et de dépendances qu’un tel ordre génère est longuement illustrée par l’humiliation subie par la Grèce à la faveur du rééchelonnement de sa dette, de nouvelles vagues d’acquisitions coloniales avec la constitution des fonds pétroliers et la contagion de nouvelles ressources comme l’eau et la terre par l’appât du gain, la privatisation de la guerre, etc.

Il s’ensuit l’avènement de nouveaux vecteurs de la puissance que dessinent l’entreprise du futur, le management financier, le poids du lobbying, le diktat des agences de notation ou encore la gouvernance algorithmique.

Quelles conséquences politiques et sociales génère une telle évolution ?

Une telle évolution ne peut laisser aucun droit de cité à la liberté et la démocratie, ou à toute autre valeur héritée du libéralisme ancien. Le nouveau système politique est une «démocratie totalitaire» qui déconsidère le suffrage universel et les institutions représentatives, menace les libertés syndicales, érode le pouvoir de négociation des salariés. Il prévaut la règle «un dollar = une voix», avec une certaine fatalité de la terreur, sur fond de raz-de-marée d’extrême droite, de perdition de la gauche et de la social-démocratie, de velléité social-libérale.

Au plan social, cette évolution se traduit par une accentuation des inégalités et injustices meurtrières, une pauvreté croissante, le déclin des classes moyennes, l’éloge de la médiocrité, «le syndrome du larbin».

Politiquement parlant, le système installe un Etat qualifié de carcéral et sans souveraineté, qui a pour mission de supplanter les classes.

Quel avenir immédiat se profile devant tant de menaces ?

Le modèle néolibéral, «survendu», peine à produire de la croissance, le non-marchand progresse, sur fond de désertion et de désobéissance, comme en témoigne la «gifle islandaise» — à notre sens insuffisamment analysée.

C’est du grand froid polaire qu’est venue la première réaction honorable à la crise financière de 2008-2009. L’Islande a dit «non» à un traitement inéquitable de ses dettes.

Ce petit Etat insulaire de 103 000 km2 de glace pour 320 000 habitants a inscrit la journée du samedi 6 mars 2010 au fer rouge dans l’histoire du néolibéralisme. Ce jour-là, les Islandais — un petit peuple de pêcheurs réputés peu râleurs — se sont prononcés sur la loi Icesave (du nom d’une banque en ligne locale), votée par le Parlement islandais dans la nuit du 30 au 31 décembre 2009 et qui visait à entériner la nationalisation des dettes privées et à mettre en œuvre un train de mesures d’austérité (gel des salaires, diminution des dépenses publiques…) pour permettre au pays de s’acquitter des dettes contractées auprès des Etats britannique et hollandais. Face à la vive protestation engendrée en Islande par l’adoption du texte de loi, avec notamment une pétition déposée par 60 000 personnes, le président Olafur Ragnar Grimsson a choisi de ne pas le signer et de la soumettre à référendum. Au cours de la campagne, les partisans du «oui» ont mis l’accent sur la légitimité du remboursement des épargnants britanniques et néerlandais qui ont perdu cette somme avec la faillite des banques locales en 2008, ainsi que sur le respect des engagements antérieurement pris par l’Etat. Le gouvernement islandais de coalition entre sociaux-démocrates et Verts était, lui aussi, favorable au remboursement de ces épargnants lésés (évalués à quelque 300 000). Mais les Islandais, dans leur écrasante majorité, ne l’entendaient pas ainsi. Ils ont rejeté à 93,2% l'accord financier Icesave.

Le «oui» n'a réuni que 2 699 suffrages, soit 1,8% des voix, tandis que le «non» a obtenu 134 397 votes, pour une participation finale de 62,7% avec 144 231 votants.

Ce «non» massif est une réaction à une double injustice ou à ce qui est perçu comme tel : la nationalisation d’une dette privée et le besoin de se sacrifier pour financer le sauvetage d’une banque privée.

M. B. 

 

Ammar Belhimer présentera et dédicacera son livre à la librairie Chaïb Dzaïr — baptisée du nom de la première chahida tombée au champ d'honneur aux côtés de Badji Mokhtar – 1, rue Pasteur, Grande-Poste, Alger, samedi 11 mars à 15h.

 

 

Source de cet article :

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2017/03/11/article.php?sid=210491&cid=50

 

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Entre «fécondité politique» et résistance au wahhabisme

Publié le par Mahi Ahmed

Entre «fécondité politique» et résistance au wahhabisme

Une lecture de la transition démographique dans le monde arabe

Entre «fécondité politique» et résistance au wahhabisme

le 08.03.17 |

 

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La révolution démographique a entraîné une forte portée dans la sphère sociale et politique.

Youssef Courbage, démographe libanais, directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED, Paris), était attendu, ce samedi, au Palais de la culture, pour donner une conférence sur les «Contre-transitions démographiques dans le Monde arabe», dans le cadre d’un colloque organisé par l’association Les Amis de Abdelhamid Benzine sur le thème «Démographie et Développement». Sa demande de visa ayant essuyé un refus aussi inexplicable que scandaleux – comme nous le rapportions dans notre édition de lundi –, il n’a pas pu participer «physiquement» à cette rencontre. Et c’est Fatma Oussedik, conceptrice du volet scientifique du colloque, qui s’est chargée de présenter sa communication.

Fatma Oussedik souligne d’emblée que Youssef Courbage se rendait compte, à la faveur de ses enquêtes de terrain, que «la natalité retourne à la hausse» dans la majorité des pays arabes, et que «la transition démographique attendue n’était pas complètement réalisée». S’agissant de la reprise de la natalité en Algérie qui a été constatée à partir du début des années 2000, donc au sortir de la «décennie noire», elle précise : «Nous étions quelques sociologues à dire qu’il ne fallait pas crier tout de suite à la transition, que l’Algérie passait, surtout dans ces années-là (les années 1990, ndlr), par des moments très difficiles qui pouvaient expliquer que le rapport à l’instinct de vie, à la procréation, soit atteint dans toutes les populations qui étaient surtout occupées à survivre, considérant les violences qu’elles subissaient.»

Selon la définition de l’INED, «la transition démographique désigne le passage d’un régime traditionnel où la fécondité et la mortalité sont élevées et s’équilibrent à peu près, à un régime où la natalité et la mortalité sont faibles et s’équilibrent également».

Si Courbage parle de «contre-transition», c’est qu’il y a eu une séquence dans l’histoire contemporaine des sociétés arabes où, à des degrés et des rythmes différenciés, il y a eu un recul de la fécondité, voire un contrôle assumé des naissances. Le chercheur considère qu’il y avait matière à y voir «des raisons d’optimisme» en relevant une «rapidité de la transition démographique dans la région arabe».

Transition démographique et transition démocratique

Explorant le lien entre transition démographique et transition démocratique, il note que nombre d’observateurs «mettaient en corrélation» la première avec les «effets favorables» de la seconde. «On a beaucoup lié les ‘‘révolutions arabes’’ à la transition démographique. Il y aurait ainsi, comme effet de la transition démocratique, des relations plus égalitaires dans les familles, des marchés d’emploi qui, du fait de la baisse des natalités, n’avaient plus le couteau sur la gorge, et une nouvelle structure d’âge qui favoriserait le développement économique, l’accroissement de l’épargne national et l’investissement», écrit Courbage.

Parmi les autres effets de cette corrélation heureuse, «une réduction des disparités de revenus, une répartition plus équilibrée du savoir et un essor des classes moyennes». Lequel essor «favoriserait le pluralisme politique». Une lecture qui le conduit à émettre cette hypothèse : «Il n’était donc pas exagéré de penser que la transition démographique mènerait à une transition démocratique politique.»

Fatma Oussedik saisit la perche au vol en suggérant : «Là, je voudrais bien qu’on ait un débat, une réflexion, sur le sort des classes moyennes dans nos pays autoritaires.» Une telle réflexion porterait, le cas échéant, tout particulièrement sur «les violences qu’elles subissent et leur disparition quasi-programmée à chaque fois que ces pays parviennent à produire de la classe moyenne, c’est-à-dire des catégories susceptibles d’avoir, en plus de l’amélioration de leurs conditions de savoir et de revenus, des revendications citoyennes», postule-t-elle.

2400 habitants au kilomètre carré en égypte

L’auteur de Le Rendez-vous des civilisations (avec Emmanuel Todd, Seuil, 2007) s’interroge ensuite : «Et maintenant, où va-t-on ? Le Printemps arabe ou l’hiver islamiste ?», tout en se demandant si «le message peut rester optimiste». Il évoque aussitôt Gilbert Achcar, intellectuel de gauche libanais et son livre qui annonce de but en blanc la couleur : Symptômes morbides. La rechute du soulèvement arabe (Actes Sud, 2017). Courbage a remarqué que dans les librairies parisiennes, «chez Gilbert ou à la Fnac, 9 livres sur 10 sur le Monde arabe donnent la même vision pessimiste».

Passant en revue les mouvements démographiques au sein du Monde arabe, pays par pays, il attaque par le cas égyptien avec ce constat sans appel : «On assiste en Egypte à une contre-transition démographique avérée.» Et ce n’est pas faute d’avoir essayé. «Depuis plus de 100 ans, l’Egypte s’efforce de faire baisser la fécondité.

Cette fécondité a décru, donc, dans ce moment optimiste, jusqu’en 2005. Mais contrairement aux expectatives, elle augmente à nouveau», souligne le démographe. L’indice de fécondité au pays d’Oum Kalthoum était de 3,4 enfants par femme en âge de procréer, en moyenne, en 2015. Avec une population qui avoisine les 100 millions d’habitants, «l’Egypte utile, précise-t-il, c’est 40 000 km2, et une densité irrespirable de 2400 habitants au kilomètre carré».

Reprise de la natalité en Tunisie

Présentée comme le modèle à suivre, la Tunisie, tempère-t-il, ne fait pas tellement exception. Notre voisin de l’Est «présente en réalité des tendances déconcertantes qui ne sont pas lisibles (…) alors qu’on crie à la jonction entre transition démographique et transition démocratique dans le cas de la Tunisie». Dans une récente interview accordée à La Tribune de Genève (édition du 6 novembre 2015), Courbage déclare : «Mon explication est que la Tunisie a avancé de manière très brutale. La baisse de la natalité a été foudroyante : on est passé de plus de 7 enfants par femme dans les années 1960 à moins de 2 en l’an 2000, soit comme la France et un peu plus que la Suisse. Dans ce contexte, il se peut qu’il y ait eu une réaction du type : ‘‘ça suffit’’.

Est-ce un retour aux valeurs familialistes traditionnelles ? C’est possible.» A la question de savoir si les islamistes ont pesé dans ce regain de natalité, il répond : «J’exclus la thèse islamiste. J’exclus que l’arrivée au pouvoir d’Ennahdha en Tunisie, de Morsi en Egypte ou du Parti de la justice et du développement au Maroc ait pu influer sur le cours de la démographie. J’en veux pour meilleure preuve le Maroc où, malgré les injonctions du gouvernement, la natalité a continué à baisser.»

Autre aspect important auquel le démographe s’est intéressé : les pays arabes en situation de conflit. Il nous informe à ce propos que «l’Irak est le pays où la fécondité est l’une des plus fortes du Monde arabe avec (un indice de fécondité de) 4,6 en 2011». Concernant la Syrie, «il n’y avait pas de baisse avant la guerre en 2011», dit-il, puis il y a eu une «forte baisse due à la guerre». Pour la Libye, il regrette que ce soit «encore un trou noir». «Rien ne permet d’y déceler les tendances récentes même avant ce qui a été appelé le Printemps arabe.»

Palestine : L’arme démographique

Dans le cas de la Palestine, il observe que «la fécondité est éminemment politique. On fait des enfants pour protéger les frontières et prévenir l’annexion de la Cisjordanie et le grignotage par les colons israéliens, notamment à Jérusalem-Est». A Ghaza, l’indice de fécondité est autour de 4,5.

Dans une interview au Figaro (23 décembre 2016), le chercheur n’hésite pas à parler de «guerre des berceaux» en décryptant la démographie palestinienne : «La population palestinienne, développe-t-il, a récemment amorcé une transition démographique qui lui a permis de passer de 8 enfants par femme en moyenne dans les années 1980, à un peu plus de 4 aujourd’hui.

Cette évolution va se poursuivre, mais elle s’accomplit avec retard et plus lentement que dans les pays arabes les plus avancés (…). Ce décalage peut sembler paradoxal dans la mesure où les femmes palestiniennes bénéficient d’un haut niveau d’éducation, mais s’explique en grande partie par la ‘‘fécondité politique’’, une tendance à faire plus d’enfants qu’en temps de paix, et ce, dans une pulsion nationaliste.

Cette ‘‘guerre des berceaux’’ repose sur l’idée que les Palestiniens, désarmés face à l’occupation et craignant l’expulsion, doivent se multiplier pour occuper au maximum la terre contestée.» Courbage insiste sur le fait que cette «stratégie a réussi aux Palestiniens» tout en signalant une fécondité militante des colons israéliens. «Si l’occupation se poursuit, la forte natalité des colons et l’attractivité de leurs implantations vont entraîner une explosion de la population juive établie en Cisjordanie, qui pourrait atteindre 2 millions d’habitants en 2050», prévoit-il. Concernant la population palestinienne, il assure : «Ce qui est certain, c’est que la population des Territoires palestiniens va doubler pour atteindre 9,5 millions d’ici à 2050.»

Le paradoxe saoudien

Autre pays qui retient particulièrement l’attention : l’Arabie Saoudite. Il faut dire que sa situation démographique est pour le moins paradoxale, à en croire Youssef Courbage. Le régime, dont le socle idéologique est la doctrine wahhabite et sa tendance «hyper-nataliste», peine à mobiliser les femmes saoudiennes dans la «bataille démographique», sachant que le pays compte 31 millions d’habitants dont 5,5 millions d’étrangers, soit 18% de la population.

«La fécondité saoudienne de souche a beaucoup baissé», affirme le chercheur. «C’est un scoop !» s’enthousiasme Fatma Oussedik en commentant ce passage de la conférence envoyée par Youssef Courbage. La sociologue concède, elle aussi, que cette baisse de la natalité est on ne peut plus paradoxale «pour un pays wahhabite, hyper-riche et sous-peuplé». Elle ajoute que le pays est «contraint de faire appel à la force de travail étrangère et il tient un discours hyper-nataliste afin de pouvoir remplacer cette population étrangère par des ‘‘souchiens’’ comme on dit maintenant.

Et donc les ‘‘souchiennes’’ n’obéiraient pas à ces injonctions du politique, ce qui prouve bien que les populations ont quand même leur mot à dire». Youssef Courbage renchérit : «L’Arabie Saoudite a exporté le wahhabisme avec des conséquences démographiques fâcheuses, comme on a pu l’observer en Egypte, alors qu’à l’intérieur du pays, les mœurs sont plus décontractées.» Il propose à l’appui de lire le roman de Raja Al Sanae, Banat er-Riyad (Les filles de Riyad) pour s’en faire une idée.

«Donc les populations changent, y compris dans les pays émetteurs des idéologies les plus rigides». Ce déséquilibre entre nationaux et étrangers est également le lot des Emirats arabes unis qui ne comptent qu’un million d’«autochtones» pour 9 millions d’habitants. Enfin, à retenir que le Liban est «le seul pays arabe au-dessous du seuil de remplacement (évalué à 2,1, ndlr)», avec un indice de fécondité de 1,5 seulement.

Recul problématique de l’emploi féminin

Sinon, pour la majorité des autres pays, Youssef Courbage diagnostique donc une «contre-transition». Pour expliquer ce rebond démographique, il estime que «les raisons sont complexes et enchevêtrées». «Il y a une explication superficielle qui met la contre-transition démographique sur le dos du retour de l’islam.» Il est plus juste, estime-t-il, de parler de retour à un «islam domestique dans la sphère familiale». L’un des facteurs déterminants désignés par Courbage est le recul de l’emploi féminin, comme c’est le cas en Egypte où les femmes, d’après son étude, sont clairement marginalisées dans le marché du travail.

«En Egypte, le taux de participation des femmes à la population active est de 24%», indique-t-il. «En Algérie, il est de 13%», révèle dans la foulée Fatma Oussedik, avant de marteler : «L’emploi des femmes baisse en Algérie et on ne le dit pas assez.» Courbage argue du fait qu’une «naissance additionnelle peut faire perdre son job pour celle qui travaille». Et de s’interroger : «Y aurait-il un retour à la famille patriarcale traditionnelle, des structures sociales rigides, ce qui justifierait au bout du compte des régimes autoritaires ?» «Ces retournements de tendances démographiques (…) ne signifient pas forcément un retour vers la tradition.

Les familles se sont débarrassées du carcan autoritaire, et par voie de conséquence, les régimes politiques ne pourront pas retourner en arrière», rassure-t-il en usant de ce qu’il appelle «l’effet de cliquet». En conclusion, Youssef Courbage résume : «En une courte génération, une série de révolutions culturelles ont eu lieu dans cette région.» A la clé, «une remarquable pénétration des femmes à l’école puis à l’université, amenant la révolution démographique : individuation, contraception, mariage, etc.», énumère-t-il.

«La révolution démographique a entraîné des bouleversements des hiérarchies familiales traditionnelles, et une forte portée dans la sphère sociale et politique. D’où le cycle des Printemps arabes, avec leurs hauts et leurs bas, et les déboires actuels.» Il termine sur ces mots de Gibran Khalil Gibran adressés à May Ziyada : «Pourtant, au cœur de chaque hiver, il y a un printemps frémissant, et derrière le voile de la nuit, une aurore souriante. De là mon désespoir se mue en espérance...» _

texte

Mustapha Benfodil

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© El Watan

Publié dans Economie et société

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Note de lecture, Les Dix nouveaux Commandements de Wall Street d’Ammar Belhimer : Le puzzle néolibéral décortiqué

Publié le par Mahi Ahmed

Note de lecture, Les Dix nouveaux Commandements de Wall Street d’Ammar Belhimer : Le puzzle néolibéral décortiqué

 

L’ANEP vient de publier un second ouvrage du professeur en droit, Ammar Belhimer, sous le titre les Dix nouveaux Commandements de Wall Street.

PUBLIE LE : 05-03-2017 | 0:00

 

C’est un ensemble de chroniques, reportages et analyses, parus dans le Soir d’Algérie, réécrits, mis à jour, enrichis et agencés pour trouver une cohérence d’ensemble qui rend fidèlement compte de la réalité de l’ordre néolibéral des années 1990 jusqu’à l’élection de Donald Trump. Les deux mamelles du néolibéralisme que sont la spéculation et l’endettement sont soigneusement analysées. «Au cœur du monde, il y a le Dieu Argent. C’est là qu’est le premier terrorisme», relève, à juste titre, Sa Sainteté le pape François. S’il fallait paraphraser les Dix Commandements de Dieu donnés à Moïse sur le Sinaï pour définir les règles qui organisent le «Consensus de Washington», fondateur de l’ordre néolibéral, cela donnerait un Décalogue explosif. Même s’il n’épargne pas les autres sphères, c’est dans l’économie que l’intégrisme néolibéral fait le plus de ravages. Le modèle se résume à une mixture de thatchérisme, de «reaganomique» et de «consensus de Washington», tous favorables aux privatisations, à la libéralisation économique et à des banques centrales préoccupées uniquement par l’inflation, et accessoirement par la stabilité des prix, hors de toute considération de croissance.

Déformation du réel, culte de l’évaluation et mépris de la justice, domination d’une caste et idéal sécuritaire, tels sont les signes les plus manifestes du nouvel ordre néolibéral. L’ouvrage installe méthodiquement les pièces du puzzle néolibéral pour dévoiler d’abord son arrière-boutique, son «fil conducteur», nous dit l’auteur : une nouvelle forme de valeur, la haute main du banquier sur l’économie réelle, l’antre des spéculateurs que sont devenues les places boursières, dans ce qu’il est advenu d’appeler une «économie de casino».

La chaîne de domination et de dépendances qu’un tel ordre génère est longuement illustrée par l’humiliation subie par la Grèce, à la faveur du rééchelonnement de sa dette, de nouvelles vagues d’acquisitions coloniales, avec la constitution des fonds pétroliers et la contagion de nouvelles ressources comme l’eau et la terre par l’appât du gain, la privatisation de la guerre, etc. Il s’ensuit l’avènement de nouveaux vecteurs de la puissance que dessinent l’entreprise du futur, le management financier, le poids du lobbying, le diktat des agences de notation ou encore la gouvernance algorithmique. Une telle évolution ne peut laisser aucun droit de cité à la liberté et à la démocratie, ou à toute autre valeur héritée du libéralisme ancien. Le nouveau système politique est une «démocratie totalitaire» qui déconsidère le suffrage universel et les institutions représentatives, menace les libertés syndicales, érode le pouvoir de négociation des salariés. Il prévaut la règle «Un dollar = une voix», avec une certaine fatalité de la terreur, sur fond de raz-de-marée d’extrême droite, de perdition de la gauche et de la social-démocratie, de velléité social-libérale.

Au plan social, cette évolution se traduit par une accentuation des inégalités et injustices meurtrières, une pauvreté croissance, le déclin des classes moyennes, l’éloge de la médiocrité, «le syndrome du larbin». Politiquement parlant, le système installe un État qualifié de carcéral et sans souveraineté, qui a pour mission de supplanter les classes. Quel avenir immédiat se profile devant tant de menaces ? Le modèle néolibéral, «survendu», peine à produire de la croissance, le non-marchand progresse, sur fond de désertion et de désobéissance, comme en témoigne la «gifle islandaise» — insuffisamment analysée, estime Ammar Belhimer. À plus long terme, «le capitalisme du désastre» semble annoncer son «autodestruction».

R. C.

 

L’auteur présentera et dédicacera son livre à la libraire Chaïb-Dzaïr — baptisée du nom de la première chahida tombée au champ d’honneur aux côtés de Badji Mokhtar — 1, rue Pasteur, Grande-Poste, Alger, samedi 11 mars à 15 heures.

 

 

 

EL MOUDJAHID - QUOTIDIEN NATIONAL D'INFORMATION Edité par l'EPE - EURL El MOUDJAHID - 20, Rue de la Liberté - Alger - Algérie

Tél. : +213(0)21737081 - Fax : +213(0)21739043

Mail : info@elmoudjahid.com

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France-Allemagne: vers le divorce?

Publié le par Mahi Ahmed

France-Allemagne: vers le divorce?

PAR JACQUES SAPIR · 4 MARS 2017

 

Depuis de fort nombreuses années, la question de la relation entre la France et l’Allemagne est clairement vue comme constituant, si ce n’est le cœur, en tous les cas un des moteurs de l’intégration européenne. Or, ce moteur est aujourd’hui en panne et depuis les années 2006-2007. A son sujet, on parle souvent du « couple Franco-Allemand ». Cette expression découle de la réconciliation franco-allemande, qui se mena sous l’égide du Général de Gaulle et qui aboutit au Traité de l’Elisée signé le 22 janvier 1963. Mais, cette expression est peut-être trompeuse. On constate qu’elle ne caractérise que la partie française dans le débat.

 

Plusieurs livres ont, ces dernières années, abordé ces questions, qu’il s’agisse d’ouvrages écrits par J-P. Chevènement[1] ou par J-L Mélenchon[2]. Ils montrent à la fois l’importance de cette relation, mais aussi les problèmes multiples qu’elle soulève. C’est pourquoi j’ai consacré deux émissions sur ce thème dans les Chroniques de Jacques Sapir sur Radio-Sputnik.

 

 

 

 

 

Le Traité de l’Elysée

Le Traité de l’Elysée a incontestablement marqué une date symbolique importante dans les relations entre les deux pays. Il fut conclu entre deux hommes qui avaient vécu tant la Première que la Deuxième guerre mondiale, le Général de Gaulle et le Chancelier Konrad Adenauer.

 

Ce traité était en fait l’aboutissement d’un processus de réconciliation, ou à tous le moins de coopération étroite qui s’était établi depuis le milieu des années 1950. Quand l’Allemagne, à l’époque on parlait de RFA et ce terme impliquait que l’on prenait la division de l’Allemagne en deux Etats au sérieux, quand donc la RFA fut autorisée à reconstituer son armée, c’est la France qui fournit les avions d’entrainement à réaction de l’aviation. Puis, se développa un important programme de coopération autour d’un avion de transport, le Transall, dont les derniers exemplaires sont sur le point de quitter le service actif dans l’Armée de l’Air. Ce programme est en réalité l’ancêtre d’AIRBUS dont on voit bien qu’il ne doit rien à l’Europe ou à l’Union européenne. De même des coopérations fructueuses s’étaient nouées entre ingénieurs allemands et ingénieurs français dans les années de l’immédiat après-guerre. Les réacteurs ATAR et leurs successeurs à la SNECMA, mais aussi les moteurs fusées, lointains ancêtres de ceux qui propulsent aujourd’hui ARIANE en sont issus. Et l’on doit se poser la question de savoir si, dans le cadre de l’Union européenne de tels efforts de coopération seraient encore possible.

 

 

 

Un traité mort-né ?

Le traité de l’Elysée ne faisait nulle mention de la CEE, de l’OTAN ou du GATT. Ceci était parfaitement intentionnel. Dans l’esprit du Général de Gaulle, il s’agissait de lier les deux pays, et ceci était d’autant plus facile que même si la RFA avait retrouvé une grande puissance économique, elle restait de taille inférieure à l’Allemagne actuelle, pour pouvoir par la suite peser dans les relations internationales.

 

Le Bundestag, le Parlement allemand en décida autrement. En ratifiant une version modifiée du Traité, avec l’accord tant de la droite allemande que du SPD, il mit brutalement fin à l’espoir du Général de Gaulle pour qui de nombreux allemands avaient une méfiance instinctive, et il posa les germes d’un nouvel affrontement à venir entre les deux Nations. L’Allemagne avait alors choisi les Etats-Unis contre la France, et ce choix – que l’on peut comprendre du point de vue des intérêts immédiats de l’Allemagne – eut des conséquences considérables pour la suite.

 

 

 

Un couple inexistant ?

La notion de « couple Franco-Allemand » est donc passée dans le langage commun. Mais, uniquement en France. Dans la presse allemande c’est plutôt l’expression de Partenariat qui est utilisée, mais jamais celle de couple. Il nous faut d’ailleurs regarder le déséquilibre dans le discours et les perceptions entre les deux rives du Rhin. Le cas de la chaîne de télévision Arte est de ce point de vue exemplaire. Chaîne en vision libre en France sur la TNT, elle est reléguée sur le câble en Allemagne. En fait, la vision du « couple » est très différente entre les deux pays, et les français sont sans doute les seuls à croire à son existence. Ces déséquilibres dans la perception de l’autre affectent aussi le projet européen, conçu comme la continuation de la construction étatique en France, mais comme la poursuite de la structure fédérale, héritée du Saint Empire Romain Germanique en Allemagne.

 

Non que des accords de coopération économique, politique et culturelle ne se soient largement développés entre les deux pays. Mais l’Allemagne, et ceci d’autant plus que la réunification a largement changé la donne, avance pour elle-même et ne tient aucun compte de cette notion de « Couple ».

 

 

 

Le temps de l’affrontement est-il revenu ?

Il faut alors revenir sur la réalité de la relation entre la France et l’Allemagne aujourd’hui, et surtout sur l’influence, que certains jugent bénéfiques, que d’autres jugent perverses, de la politique allemande sur l’Union européenne.

 

Nous avons tous en mémoire l’extrême brutalité de cette politique vis-à-vis de la Grèce en 2015. L’inflexibilité du gouvernement allemand, couplée il faut le dire à la faiblesse et à la pusillanimité du Premier-ministre Grec, Alexis Tsipras, ont abouti à la capitulation de ce dernier pays devant les exigences allemandes.

 

Au-delà, la politique économique de l’Allemagne pose problème. Ce pays, devant lequel nombre de candidats à l’élection présidentielle française font aujourd’hui révérence, ainsi en est-il de François Fillon et d’Emmanuel Macron, et ainsi en serait-il d’Alain Juppé s’il devait être candidat, mène en réalité une politique mercantiliste qui est désastreuse pour la zone Euro tout comme pour l’ensemble de l’Union européenne.

 

On voit bien que cette politique ne saurait être imitée. Si tous les autres pays se livraient à la même politique, cela plongerait immédiatement l’UE dans une crise d’une violence encore jamais vue.

 

Mais alors, comment faire entendre raison aux dirigeants allemands, et plus profondément au peuple allemand ? Est-il possible de la faire par une simple coopération, par des discussions, ou le temps de l’épreuve de force n’est-il pas revenu ? La question de l’euro joue ici un rôle essentiel. Car, l’euro est bien le pivot de la politique allemande.

 

 

 

Pour discuter de ces diverses problèmes, j’ai reçu Eric M. Stephan Martens, professeur de civilisation allemande contemporaine à l’Université de Cergy-Pontoise pour parler de l’historique de la relation franco-allemande depuis 1945, puis Coralie Delaume, blogueuse, journaliste et spécialiste de la gouvernance économique européenne et Liem Hoang-Ngoc, ancien député européen et responsable des questions économiques dans l’équipe de campagne de la France insoumise, pour aborder l’état de la question aujourd’hui.

 

 

 

On peut écouter la première partie de l’émission, avec le professeur Martens ici :

 

https://fr.sputniknews.com/radio_sapir/201703031030320310-couple-franco-allemand/

 

 

 

Et la seconde, avec Coralie Delaume, blogueuse et Liem Hoang-Ngoc ici :

 

https://fr.sputniknews.com/radio_sapir/201703031030320543-politique-economique-allemagne/

 

Notes

 

[1] Chevènement J-P., France-Allemagne, parlons franc, Paris, Plon 1996 et bien sur, du même auteur 1914-2014, L’Europe sortie de l’Histoire, Paris, Fayard, 2013 (dont on a rendu compte dans ce carnet)

 

[2] Mélenchon J-L, Le Hareng de Bismarck, Paris, Plon 2015.

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Emmanuel Todd : « C’est un pays en cours de stabilisation morale qui vient d’élire Trump

Publié le par Mahi Ahmed

Emmanuel Todd : « C’est un pays en cours de stabilisation morale qui vient d’élire Trump »

PAR LE COMPTOIR LE 1 MARS 2017

Jeudi 9 février, Emmanuel Todd nous reçoit dans son appartement parisien pour un entretien fleuve sur l’élection de Donald Trump, les États-Unis et la situation politique mondiale, que nous vous proposons en deux parties. Si notre ligne politique peut diverger de celle du chercheur Todd et de sa promotion d’un capitalisme régulé, il demeure pour nous une référence intellectuelle contemporaine majeure. Anthropologue, historien, démographe, sociologue et essayiste, Todd est ingénieur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined). Il est principalement connu pour ses travaux sur les systèmes familiaux et leur rôle politique. En quatre décennies, le chercheur s’est notamment illustré en prophétisant l’effondrement de l’URSS (« La chute finale », 1976) et les printemps arabes (« Le rendez-vous des civilisations », avec Youssef Courbage, 2007). Il a également mis en lumière les faiblesses de la construction européenne et de la mondialisation.

Le Comptoir : Le 8 novembre 2016, Donald Trump remportait à la surprise générale l’élection présidentielle américaine. Comme lors du référendum sur le Brexit en juin de la même année, ou du rejet français du Traité établissant une Constitution pour l’Europe (TCE) en mai 2005, les élites politico-médiatiques n’avaient rien vu venir. Pourquoi, à chaque scrutin, les élites semblent-elles de plus en plus déconnectées des électeurs ?

© Lucas Pajaud

© Lucas Pajaud

Emmanuel Todd : Je crois que la séparation fondamentale entre peuple et élites – c’est une image, car c’est toujours plus compliqué – a pour point de départ la différenciation éducative produite par le développement du supérieur. Au lendemain de la guerre, dans les démocraties occidentales, tout le monde avait fait l’école primaire – aux États-Unis, ils avaient également fait l’école secondaire –, les sociétés étaient assez homogènes et très peu de gens pouvaient se vanter d’avoir fait des études supérieures. Nous sommes passés, ensuite, à des taux de 40 % de gens qui font des études supérieures par génération. Ils forment une masse sociale qui peut vivre dans un entre-soi. Il y a eu un phénomène d’implosion sur soi de ce groupe qui peut se raconter qu’il est supérieur, tout en prétendant qu’il est en démocratie. C’est un phénomène universel et pour moi, c’est la vraie raison. Il y a des décalages. L’arrivée à maturité de ce groupe social se réalise dès 1965 aux États-Unis. En France, nous avons trente ans de retard et ça s’effectue en 1995. Les gens des diverses strates éducatives ne se connaissent plus. Ceux d’en haut vivent sans le savoir dans un ghetto culturel. Dans le cas d’un pays comme la France, nous avons par exemple l’apparition d’un cinéma intimiste, avec des préoccupations bourgeoises déconnectées des cruautés de la globalisation économique. Il y a des choses très bien dans cette culture d’en haut. L’écologie, les festivals de musique classique ou branchée, les expositions de peinture impressionniste ou expressionniste, le mariage pour tous : toutes ces choses sont bonnes. Mais il y a des personnes avec des préoccupations autres, qui souhaitent juste survivre économiquement et qui n’ont pas fait d’études supérieures. C’est en tout cas ce que j’écris dans mes livres, je ne vais pas changer d’avis soudainement.

 

Une analyse qui rejoint en partie celle de Christopher Lasch en 1994, dans La révolte des élites et la trahison de la démocratie (The Revolt of the Elites and the Betrayal of Democracy)…

Ben écoutez, La révolte des élites, je l’ai là [il attrape un exemplaire de The Revolt of the Elites posé sur sa table]. Oui, peut-être. Honnêtement, j’avais publié le bouquin de Lasch sur le narcissisme [La culture du narcissisme, NDLR] quand j’étais jeune éditeur chez Laffont. J’avais été très attentif à ce livre, dont j’avais revu la traduction. Mais je ne suis même plus sûr d’avoir lu La révolte des élites. C’est ça, l’âge. [Rires] Mais je sais de quoi il s’agit, c’est vrai que c’est à peu près ça. Par contre, je diverge de Lasch et de gens qui dénoncent les élites pour supposer des qualités spéciales au peuple. Je l’ai cru à une époque, mais je n’en suis plus là. Les élites trahissent le peuple, c’est certain. J’estime même de plus en plus qu’il y a au sein des élites des phénomènes de stupidité induits par le conformisme interne du groupe, une autodestruction intellectuelle collective. Mais je ne pense plus que le peuple soit intrinsèquement meilleur. L’idée selon laquelle, parce qu’il est moins éduqué ou moins bien loti, le peuple serait moralement supérieur est idiote, c’est une entorse subtile au principe d’égalité. Adhérer pleinement au principe d’égalité, c’est être capable de critiquer simultanément élites et peuple. Et c’est très important dans le contexte actuel. Cela permet d’échapper au piège d’une opposition facile entre un populo xénophobe qui vote Le Pen et les crétins diplômés qui nous ont fabriqué l’euro. C’est toute la société française qu’on doit condamner dans sa médiocrité intellectuelle et morale.

 

la_culture_du_narcissime

 

En 2008, alors que presque toute la gauche se félicitait de l’élection d’un Noir à la Maison-Blanche, vous étiez l’un des rares à émettre des doutes sur ce symbole. Selon vous, Barack Obama n’avait pas de programme économique. La percée inattendue de Bernie Sanders à la primaire démocrate et la victoire de Trump sont-elles les symptômes de l’échec d’Obama ?

Je crois que c’est le symptôme d’un changement d’humeur de la société américaine dans son cœur, qui est un cœur blanc puisque la démocratie américaine est à l’origine blanche. Depuis longtemps, je suis convaincu que parce que les Anglo-Saxons ne sont au départ pas très à l’aise avec la notion d’égalité, le sentiment démocratique aux États-Unis est très associé à l’exclusion des Indiens et des Noirs. Il y a quand même 72 % du corps électoral qui est blanc. Obama a mené une politique de sauvetage de l’économie américaine tout à fait estimable dans la grande crise de 2007-2008, mais il n’a pas remis en question les fondamentaux du consensus de Washington : le libre-échange, la liberté de circulation du capital et donc les mécanismes qui ont assuré la dégradation des conditions de vie et la sécurité des classes moyennes et des milieux populaires américains. Dans les années 1950, la classe moyenne comprenait la classe ouvrière aux États-Unis. Les ouvriers ont été “reprolétarisés” par la globalisation et les classes moyennes ont été mises en danger. Il y a eu, en 2016, une sorte de révolte.

 

Le premier élément qui m’a intéressé – et c’était normal puisque dans L’illusion économique (1997) je dénonçais le libre-échange –, c’est la remise en question du libre-échange, qui était commune à Trump et Sanders. C’est parce que le protectionnisme est commun aux deux que nous pouvons affirmer être face à une évolution de fond de la société américaine. C’est vrai que le phénomène Trump est incroyable : le type fout en l’air le Parti républicain pendant la primaire et fout en l’air les Démocrates ensuite. Mais jusqu’au bout, et des vidéos le prouvent, j’ai cru que c’était possible, parce que j’étais tombé sur des études démographiques largement diffusées. Je ne sais plus si je les avais vues mentionnées dans le New York Times, dans le Washington Post, ou dans les deux. Elles révèlent que la mortalité des Blancs de 45-54 ans a augmenté aux États-Unis entre 1999 et 2013. Pour les Américains, le débat sur les merveilles du libre-échange est clos. Ils ont compris. Il faut partir de l’électorat et pas de Trump. L’électorat est en révolte et les États-Unis ont une tradition démocratique plus solide que la nôtre, à la réserve près qu’il s’agit d’une démocratie blanche.

 

« Trump a donc foutu en l’air le Parti républicain racial avec ses thématiques économiques, pendant que le Parti démocrate est resté sur ses positions raciales banales. »

 

Beaucoup de commentateurs ont vu dans l’élection du milliardaire Trump une victoire des classes populaires. Or, encore une fois, celles-ci se sont majoritairement abstenues. En outre, 58 % des Blancs ont voté Trump, contre 37 % pour Clinton. Réciproquement, 74 % des non-Blancs ont préféré la candidate démocrate. L’élection de Trump ne reflète-t-elle pas le retour de la question ethnique dans une Amérique qui s’est crue post-raciale après l’élection d’Obama ?

2/2/2006 -- Washington, D.C. -- TD Greatest Hits 06 - Sen. Barack Obama , D-IL. Photo by Tim Dillon, USA TODAY staff ORG XMIT: TD 28458 2/2/2006 (Via MerlinFTP Drop) ORG XMIT: Q1P-0602021859377871 (Via MerlinFTP Drop)Non, je ne le pense pas. Bien entendu, la question raciale reste lancinante. D’abord, il faut savoir que la situation des Noirs, toujours ghettoïsés, et celle des Hispaniques, pauvres mais en voie d’assimilation, n’est pas du tout la même, même si le Parti démocrate a un discours de ciblage général des minorités. Comme aux précédentes élections, les Noirs ont voté très majoritairement pour la candidate démocrate (89%), mais avec un taux d’abstention plus élevé, parce que les Clinton sont assez ambivalents dans leurs rapports à la question, contrairement à Obama. Toute la politique américaine, depuis Nixon – et ça a culminé avec Reagan –, a été marquée par un Parti républicain qui a fait fortune en devenant un parti blanc, résistant aux mesures de déségrégation et à l’affirmative action (discrimination positive). Les Républicains ont inventé la technique du dog-whistle, c’est-à-dire du “sifflet à chien”, qui agit sans qu’on l’entende. Un langage codé permet de bien faire comprendre à l’électorat blanc qu’il faut détruire le welfare (les aides sociales), censé n’aller qu’aux Noirs. C’est ce qui a permis au Parti républicain de mener une politique économique absolument défavorable à son propre électorat, c’est-à-dire de diminuer les impôts des riches et de continuer à foutre en l’air la classe ouvrière blanche par le libre-échange. Trump est à l’opposé du dog-whistle. Il avait un double discours : d’un côté, un discours xénophobe tourné contre le Mexique – et pas contre les Noirs, qui sont sur le territoire américain – et de l’autre, des thématiques économiques quasi-marxistes. Pour moi, Trump est le contraire du racialisme républicain traditionnel. Il a mené le débat sur le terrain économique, face à des Démocrates qui activaient inlassablement, sur le mode de la bien-pensance, la question raciale, en se présentant comme les défenseurs des Noirs et en expliquant que si on appartenait à tel groupe, on devait voter de telle manière. Trump a donc foutu en l’air le Parti républicain racial avec ses thématiques économiques, pendant que le Parti démocrate est resté sur ses positions raciales banales.

 

Justement, vous semblez voir, dans l’élection de Donald Trump, l’amorce d’une sortie de la séquence néolibérale qui avait été marquée par l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher et Ronald Reagan au début des années 1980. La dénonciation du libre-échange ou la volonté de rétablir le Glass-Steagall Act – aboli par l’administration Clinton – qui séparait les banques de dépôt des banques d’affaires sont effectivement en rupture avec le discours tenu à la fois par les Républicains et les Démocrates. Les premières mesures de dérégulation financière annoncées dès le lendemain de son élection, comme l’abolition de la loi Dodd-Frank – régulation timide des marchés financiers introduite sous Obama – ne sont-elles pas plutôt le signe que ce discours protectionniste et régulateur n’était qu’une façade et que le consensus de Washington continue de faire loi ?

Le problème, c’est qu’en France, nous sommes confrontés à une méconnaissance de ce qu’est le protectionnisme. C’est un certain type de régulation par l’État, mais ce n’est surtout pas une technique de régulation hostile au marché. C’est la fixation d’une limite autour d’un marché, qui doit rester capitaliste et libéral. Dans la théorie classique du protectionnisme, il n’y a pas de contradiction entre le fait de prendre des mesures de libéralisation en interne et le fait de protéger en externe. En formalisant, nous pourrions dire qu’il y a deux forces qui s’opposent aux États-Unis : un parti national et un parti globaliste. Nous pourrions dire que le parti national se caractérise par une protection aux frontières – des biens, de la circulation des personnes, le tout avec une bonne base xénophobe – mais qui n’est pas hostile au marché et qui a pour seul but de relancer un capitalisme interne qui fabrique des biens. En gros, il explique que les entreprises peuvent se faire de l’argent autrement. En face, il y a le parti globaliste qui va laisser les frontières ouvertes, en expliquant que cela va fonctionner même si la théorie économique explique que cela va générer des dégâts et des inégalités, le tout devant être compensé par de la redistribution et du welfare. J’ai obtenu la réédition de l’ouvrage classique de l’économiste Friedrich List sur le protectionnisme [Système national d’économie politique, Gallimard, 1998, NDLR], que j’ai préfacée en expliquant bien que le protectionnisme n’était qu’une branche du libéralisme. Marx détestait List. Je me suis retrouvé dans des émissions de radio face à des incultes qui me répliquaient : « Vous voulez transformer la France en Corée du Nord ? » Ce sont des ignorants qui pensent qu’en économie, le protectionnisme est une branche de l’étatisme. Évidemment, ici, je fais comme si Trump et son équipe avaient une conscience parfaite de ce qu’ils font, ce qui n’est pas le cas. J’évoque l’idéal-type wébérien du libéralisme protectionniste.

 

« Quand j’ai pensé que Trump pouvait être élu, j’étais au fond en train d’admettre que mon modèle anthropologique était insuffisant. »

 

Vous expliquez donc que Trump est le promoteur d’un capitalisme national qui va relancer la production de biens. Mais pour le moment, il a surtout annoncé des mesures de dérégulation de la finance et a manifesté son envie de revenir sur les maigres mesures de régulation de l’administration Obama !

Mais ce n’est pas cela qui est important.

 

La financiarisation de l’économie a généralement nui au capitalisme productif que vous défendez…

Mais l’important, c’est la protection contre l’arrivée de marchandises fabriquées par des gens sous-payés. Une économie qui se protège avec des barrières tarifaires à 30-40 % – c’est une tradition américaine, c’était ainsi avant la guerre de 1914, si mes souvenirs sont exacts –, c’est une économie qui, même si toutes les règles internes deviennent plus libérales, est soumise à des contraintes différentes. C’est une économie où les ouvriers et les ingénieurs vont redevenir nécessaires ! Alors il y aura toujours des gens – c’est le principe du capitalisme – qui voudront se faire de l’argent. Il faudra seulement qu’ils le fassent autrement. Si nous nous en tenons à une approche marxiste, et souhaitons combattre les puissances d’argent, éventuellement abolir le Capital, nous restons à côté du problème. La question, c’est de savoir s’il existe une technique qui permet que des gens s’enrichissent et que cela profite à tout le monde dans l’espace national.

 

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Vous avez longtemps soutenu que l’acceptation par le monde anglo-saxon de la globalisation et de la montée des inégalités qui en découle renvoyait à la structure familiale de type nucléaire et individualiste, indifférente à la valeur d’égalité. Le Brexit et l’élection de Trump ne sont-ils pas, au contraire, la preuve que l’action des peuples peut échapper, du moins dans certaines limites, aux déterminations anthropologiques ?

Je suis dans un manuscrit où je suis en train de traiter justement cette question. Pour moi, c’est la vraie question. Jusqu’à présent, j’étais résigné à l’enfermement de “l’anglosphère” dans son néo-libéralisme par son indifférence à l’égalité. Dans l’ensemble, mon modèle anthropologique ne fonctionne pas mal. L’idée d’un communisme fabriqué par une famille communautaire, égalitaire et autoritaire explique très bien l’histoire russe. La famille nucléaire absolue explique très bien le modèle libéral anglo-saxon, ainsi que le développement du capitalisme. Le fait que les gens ne sont pas très sensibles aux États-Unis ou en Angleterre à l’idéal d’égalité explique pourquoi le capitalisme y fonctionne de manière bien huilée et pourquoi les individus ne sont pas choqués quand certains font du profit. Mais entre 2000 et 2015, nous avons atteint la limite du modèle. Et bien sûr, les peuples peuvent transcender leur détermination anthropologique, mais à un certain niveau de souffrance seulement. C’est pour cela que la hausse de la mortalité a été un avertisseur qui m’a permis d’échapper à mon propre modèle. Quand j’ai pensé que Trump pouvait être élu, j’étais au fond en train d’admettre que mon modèle anthropologique était insuffisant. Mais c’est finalement la même chose qui s’est passée avec la chute du communisme.

 

Ce que vous écriviez dans La chute finale (1976)…

Mon modèle anthropologique dit que les traditions communautaires russes expliquent très bien l’invention du communisme. Mais de même que le libéralisme a emmené la société américaine à un niveau de souffrance exagéré, qui a provoqué la révolte de 2016, le communisme avait atteint vers 1975 un niveau d’absurdité tel, avec une hausse de la mortalité infantile, qu’il s’est effondré en 1990. Par contre, ce que nous dit déjà l’existence ultérieure de la Russie, c’est que l’atteinte de ce point de rupture peut amener une modification du système économique, mais ne fait pas sortir définitivement la population de sa culture. Je pense qu’il y a une démocratie en Russie. Les Russes votent à 80 % pour Poutine. C’est une forme de démocratie autoritaire. Mais le fonctionnement de la société garde beaucoup des traditions communautaires d’autrefois. Le système américain tente de se réformer, mais il va garder ses traits libéraux et non égalitaires fondamentaux. D’ailleurs, quand je décrivais un protectionnisme qui laisse fonctionner le capitalisme en interne, c’est exactement cela que j’évoquais.

 

« Le retour au national promu par Trump devrait s’accompagner d’une “désuniversalisation” des problèmes. »

 

En 1981, vous introduisiez Christopher Lasch en France, en faisant traduire La culture du narcissisme (sous le titre Le Complexe de Narcisse). L’intellectuel américain y analysait la destruction de la structure familiale américaine et ses conséquences néfastes. Les élections que nous venons de vivre s’inscrivent-elles dans la séquence décrite par Lasch ?

inrocksNon, elles ne sont plus en décomposition justement. Les États-Unis ont traversé une phase d’instabilité et de crise culturelle à partir des années 1960 : montée du divorce, enfants hors mariage, etc. Ce sont quand même les Américains qui ont inventé la pilule. Cette phase de crise a entraîné une montée spectaculaire du taux d’homicide. Mais si nous reprenons tous ces paramètres – ce que je ne ferai pas maintenant – depuis 1995, il est clair qu’en termes de mœurs, les États-Unis sont dans une phase de restabilisation. Dans ses tréfonds, la société américaine opère un retour à l’équilibre. Si nous lisons la presse française – regardez, j’ai même acheté Les Inrocks (il l’attrape) –, nous sommes affolés par Trump. Le subliminal de « Trump est fou », c’est que c’est pour nous que l’Amérique est folle. Pure illusion : l’Amérique de 2016 est rationnelle et raisonnable. J’ai affirmé dans un premier temps qu’il existe une rationalité économique au vote Trump. Votre question me conduit à ajouter qu’en termes de mœurs, l’Amérique revient à l’équilibre. C’est un pays en cours de stabilisation morale, malgré sa souffrance économique, qui vient d’élire Trump.

 

Avec Youssef Courbage, vous avez largement déconstruit, avec l’outil démographique, la notion de “choc des civilisations” (Le Rendez-vous des civilisations). Ne craignez-vous pas que l’élection d’un Donald Trump ne la fasse revivre ?

Évidemment, le discours de Trump sur les questions identitaires est inacceptable pour quelqu’un comme moi. C’est d’ailleurs parce que ce caractère inacceptable me semble évident que je suis capable d’accepter la dimension économique de son discours. Les choses sont assez claires dans ma tête. Mais nous ne devons jamais oublier la rationalité de Trump et de son équipe, aussi bien en politique intérieure qu’en politique internationale. Un effort intellectuel est nécessaire puisque nous avons affaire à un communicant : derrière les choses horribles qu’il dit – ce qui a poussé ses adversaires à le prendre pour un fou –, il y a des calculs. Sa conquête électorale de la Rust Belt et de la Pennsylvanie, promise par Trump avant l’élection, montre bien une certaine forme de rationalité.

 

En politique internationale, les commentateurs évoquent cette même folie : Trump attaque la Chine, l’Allemagne, l’Union européenne (qu’il perçoit, à juste titre, comme un instrument de la puissance allemande)… Il marche à la guerre… Mais d’un point de vue protectionniste, ceci est tout à fait normal puisque la Chine et l’Allemagne sont les pays qui posent des problèmes de concurrence économique aux États-Unis. C’est bien l’Allemagne, plus que les États-Unis, qui poussait pour le fameux traité transatlantique. L’Allemagne et la Chine sont deux ardents défenseurs du libre-échange, comme l’indique la proposition absurde d’alliance libre-échangiste faite par la seconde à la première.

 

Je reviens à votre question sur le conflit de civilisations. Il est vrai que Trump donne des signaux forts d’hostilité à l’islam et aux musulmans. J’ai beaucoup évoqué sa rationalité, mais j’admets que son hostilité à l’Iran est un élément exagéré, discordant. Il s’agit peut-être d’une volonté de semer le trouble au sein de l’électorat américain. Revenons sur le plan des principes généraux : en réalité, le retour au national promu par Trump devrait s’accompagner d’une “désuniversalisation” des problèmes. Cela devrait finir par concerner l’islam aussi, et pourrait finalement conduire à une “désuniversalisation” de la question musulmane. Le retour au national ne suppose pas une rupture avec l’idée de puissance, mais suppose une politique différenciée qui cesse d’être généralisatrice. Je peux me tromper mais il me semble que les axes fondamentaux de la politique de Trump ne comprennent pas cet universalisme généralisateur qui désignerait un ennemi universel qui serait l’islam. Je reconnais que certains aspects de sa politique sont, au stade actuel, insupportables, et je suis ravi de l’action des contre-pouvoirs américains, (de ce système judiciaire qui avait posé tellement de problèmes à Roosevelt), mais je ne parierai pas sur une universalisation durable de la question de l’islam, qui contredirait le retour au national. Je ne m’étais pas vraiment posé la question mais c’est ainsi que je vois les choses pour l’instant : Trump ne peut pas être à la fois universalisant et “désuniversalisant”. Ce sont les partisans de la globalisation qui ont tendance à universaliser tous les problèmes, et donc celui de l’islam. Le retour à l’égoïsme national a ses qualités.

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«Démographie et développement» en débat à l’initiative de l’association les amis de Abdelhamid Benzine

Publié le par Mahi Ahmed

«Démographie et développement» en débat à l’initiative de l’association les amis de Abdelhamid Benzine

Une formidable «progression féconde» post-décennie noire

le 06.03.17 |

Si un homme ne peut nourrir ses enfants, il faut donc qu’ils meurent de faim.

Et s’il se marie malgré la perspective de ne pas pouvoir nourrir les fruits de son union, il est coupable des maux que sa conduite attire sur lui, sur sa femme et sur ses enfants.» Ces mots terribles sont de Thomas Robert Malthus (1766-1834), pasteur anglican doublé d’un économiste ombrageux. Ils sont tirés de son fameux Essai sur le principe de population, annonciateur du «malthusianisme», doctrine pessimiste qui préconise la «restriction démographique» comme on parlerait de «restriction budgétaire».

Par-delà son impact sur le confort des ménages, une natalité dynamique représente-t-elle réellement une «menace» pour la prospérité de la nation et le progrès social ? C’est précisément le sujet d’une journée d’étude intitulée «Démographie et développement» qui s’est tenue ce samedi au palais de la culture à l’initiative de l’Association Les amis de Abdelhamid Benzine, et sous la direction scientifique de la sociologue Fatma Oussedik.

Ce colloque a réuni plusieurs chercheurs qui se sont attelés à disséquer cette thématique à tiroirs. Ainsi, Ahmed Mokaddem, ancien directeur général de l’ONS, Nasreddine Hammouda, statisticien, ou encore le socio-démographe Mustapha Omrane, ont fourni à cette occasion un précieux matériau qui renseigne sur l’évolution de la natalité en Algérie et la «transition démographique» qu’a connue notre pays depuis l’indépendance, tout en confrontant ces données au récit imposé par le discours économique et autres impératifs de «développement humain».

Et pour se faire une idée de l’approche adoptée par nos voisins du continent africain et du monde arabe, deux interventions de qualité étaient également au programme : celle de Felwine Sarr, économiste et écrivain sénégalais, auteur de l’excellent Afrotopia (éd. Philippe Rey, 2016), qui s’est attaché à déconstruire la notion de développement comme «mot-valise». Le Libanais Youssef Courbage, auteur de Le Rendez-vous des civilisations avec Emmanuel Todd, devait être, lui aussi, de la partie pour évoquer la relation entre «transition démographique et transition démocratique dans le monde arabe». Curieusement, on lui a refusé le visa alors que Youssef Courbage est connu pour être un défenseur acharné de la cause palestinienne. Mais, fort heureusement, les idées n’ont pas besoin de visa, et son texte était bien là. Fatma Oussedik s’est d’ailleurs chargé généreusement de le présenter au public. Nous y reviendrons dans un papier à part.

 

Baby-boom VS gérontocratie

Belkacem Mostefaoui, sociologue des médias et président de l’Association Les Amis de Abdelhamid Benzine, a eu des mots très inspirés en introduisant ce colloque, lorsqu’il a relevé ce paradoxe sidérant entre fécondité galopante et gérontocratie entêtante.

Clin d’œil à ces «gérontocrates (qui! nous gouvernent, et dont certains fêtent, eux, 80 ans», lâche-t-il, allusion, évidemment, au président Bouteflika qui a fêté son 80e anniversaire le 2 mars dernier sur fond de rumeurs funestes. Cette gérontocratie qui s’obstine à ne pas lâcher le pouvoir, «c’est une camorra», martèle-t-il. «La natalité, ça lui plaît beaucoup (…) parce que Ubu Roi, il lui faut des masses de population» pour appuyer son règne. Belkacem Mostefaoui est remonté également à la période coloniale où les Algériens devaient s’accrocher pour ne pas disparaître purement et simplement. «La colonisation a failli éradiquer la population algérienne, c’était l’extermination», assène-t-il, avant d’ajouter : «A partir de l’indépendance, il y a eu cette régénérescence qui se développe.» Et de résumer les termes de l’équation qui sera le fil rouge de ce débat en énonçant : «Quel type de natalité pour quel type de développement de l’algérianité ? Il est bon qu’il y ait de la natalité sans que cela obère le développement de l’Algérie.»

Loin de souscrire aux sombres préceptes malthusiens, Fatma Oussedik rappelle cependant que «les liens entre démographie et développement» constituent une «question lancinante qui n’est pas nouvelle». Dans les années 1970 et 1980, il y avait eu, dit-elle, de grands débats à ce sujet. La reprise de la natalité «pénalise-t-elle réellement le développement ?» interroge-t-elle tout en faisant observer : «Cette question me paraît culpabilisante». L’universitaire cite une réflexion de l’économiste Nicholas Eberstadt qui écrit : «Ce ne sont pas les chiffres de la population qui causent la pauvreté, mais les mauvaises politiques économiques, les mauvaises lois et les mauvaises institutions».

La sociologue note dans la foulée que «ce débat resurgit au moment de la baisse des revenus pétroliers». Et de souligner : «Il faut se souvenir que la démographie, comme discipline, a pris place, en Europe, dans un contexte où le souci du capitalisme des débuts était d’organiser son élargissement de façon programmée. Aussi, les enjeux de la démographie ont toujours été associés à ceux du ‘‘développement’’. Dans les débats en cours, les potentialités des pays sont lues en référence à des notions comme l’accès au logement, au travail, aux soins, à l’éducation. Aucune réflexion ne porte sur les visions qu’elles contiennent. C’est pourquoi il nous semble nécessaire d’engager une réflexion fondée sur l’analyse, voire la déconstruction de ces deux termes : la démographie et le développement. Ces deux éléments ne peuvent être dissociés car l’analyse quantitative, par la démographie, de données telles que la mortalité, la natalité, la fécondité, la nuptialité ou la migration varie, selon les milieux socioéconomiques et culturels.»

Plus de 22% de retraités en 2050

Analysant la «transition démographique» de la population algérienne, Ahmed Mokaddem explique que cette notion très «à la mode» réfère à des «cycles d’évolution de la population». Après une phase marquée par un recul de la mortalité grâce aux progrès de la médecine, il y a un «changement de comportement des familles avec, notamment, l’espacement des naissances». «Historiquement, on s’aperçoit que dans cette phase de la transition il y a une baisse du taux de croissance de la population». On arrive in fine «à de faibles taux de natalité et de faibles taux de mortalité». Etudiant l’évolution de la population algérienne depuis l’année 1901 jusqu’en 2015, l’expert indique que c’est surtout à partir des années 1950, et davantage encore après l’indépendance, que la population algérienne a connu un accroissement démographique soutenu, et ce, jusqu’au milieu des années 1980.

«En 1985, on a eu un pic au niveau des naissances». S’ensuivit une deuxième phase «caractérisée par des baisses continues du taux d’accroissement, et qui s’est prolongée jusqu’à la fin des années 1990 ». La population algérienne était de 22,8 millions d’âmes en 1985, elle est passée à 26,2 millions en 1990, 29,3 millions en 1995, puis 31,7 millions en 2000 pour arriver à 41,6 millions en 2016. «A partir du début des années 2000, on note un renversement de la situation où la population se remet à croître jusqu’à nos jours», relève Ahmed Mokaddem. Il attribue cette reprise de la natalité à trois facteurs-clés. Le premier est la «forte nuptialité, constatée depuis 2001-2002. Les mariages sont passés de 177 540 en 2000 à 369 074 unions en 2015».

Deuxième facteur : les failles dans les méthodes contraceptives utilisées, tout en assurant qu’il «y a eu des progrès dans la contraception depuis les années 1970». Troisième facteur : le nombre croissant de «femmes en âge de procréer issues de la croissance démographique des vingt années précédentes.»

S’inspirant des travaux d’Alfred Sauvy, le spécialiste plaide pour un «optimum de population» qui «permet d’avoir une population idéale qui pourrait être un moteur de la croissance économique». «Une population de petite taille peut constituer un handicap à l’essor économique, à l’inverse, une population trop forte peut également être un handicap dans la mesure où on ne peut pas faire face à tous les besoins sociaux», dissèque-t-il. Fournissant quelques projections faites par l’ONS à l’horizon 2050, la population algérienne atteindra, selon lui, entre 59 et 64 millions d’habitants. Il estime que dans tous les cas de figure «il va y avoir une augmentation de la population avec des besoins sociaux très importants».

Ahmed Mokaddem insiste sur la question de la prise en charge des retraités. «Ils représenteront 22,80% en 2050 contre 8,72% en 2015», précise-t-il. L’expert recommande de «valoriser au maximum les dividendes démographiques», le tout «accompagné par des mesures de bonne gouvernance et une politique économique qui permettra de tirer profit de cet accroissement de la population».

«Dividendes démographiques»

Les dividendes démographiques, c’est justement l’objet de l’intervention de Mustapha Omrane. Brossant à son tour un tableau de la croissance démographique depuis 1962, il rapporte que dans les années 1970, sous Boumediène, en pleines querelles idéologiques entre le Nord et le Sud sur le «contrôle des naissances», l’Algérie brandissait lors d’une conférence internationale à Bucarest le slogan : «Le développement est le meilleur contraceptif». En 1974, dit-il, il y a eu des pics de «8 enfants par femme».

La position de l’Algérie va cependant connaître un changement doctrinal matérialisé par le lancement, en 1983, du planning familial. La natalité ira ensuite décrescendo jusqu’à la fin des années 1990. «C’est une baisse quand même rapide. Les pays européens ont mis entre 100 et 150 ans pour arriver au même niveau de baisse de la fécondité», affirme le chercheur. Une baisse qui s’explique dans une large mesure par l’impact dévastateur de la «décennie noire», selon l’intervenant. Aujourd’hui, «l’Algérie est en pleine transition démographique, mais la natalité a repris ces dernières années», appuie-t-il. L’ISF (l’Indice synthétique de fécondité) est passé, d’après ses chiffres, de 2,4 en 2000 à 3,1 en 2015. Mustapha Omrane attire l’attention au passage sur le «seuil de remplacement» en deçà duquel une population est menacée d’extinction. «Si l’ISF baisse en dessous de 2,1, il ne peut pas y avoir de remplacement de la population. C’est le cas de beaucoup de pays : la Russie, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, l’Europe du Nord où il y a un déclin démographique», soutient-il.

Pour revenir au cœur de son exposé qui est le «dividende démographique», il indique qu’il s’agit d’un «concept démographique qui exprime le rapport entre le nombre de personnes dépendantes et le nombre de personnes qui travaillent. Cela crée une opportunité démographique [qui] se manifeste par une population active importante». Cela s’exprime «à la lumière des transferts qui s’opèrent entre deux parties de la population : ceux qui travaillent et consomment moins, et ceux qui consomment et ne travaillent pas». Le «le taux de dépendance» en Algérie est passé de 92 dépendants pour 100 actifs en 1990 à 60,1 en 2015. Et de faire remarquer : «Quand les conditions de dividendes démographiques sont réunies, cela ne veut pas dire que le pays peut en profiter».

Le chercheur a mis l’accent sur la nécessité d’avoir de bonnes conditions de santé publique et une formation de qualité pour tirer profit de cette situation. «Quand on dit qu’on a un taux de scolarisation de 98%, ce n’est pas suffisant dans la problématique de dividende démographique. Il y a la dimension qualité de l’éducation, dans le circuit scolaire et dans la formation professionnelle, dont il faut tenir compte», argue-t-il. Le grand handicap des pays pétroliers comme c’est notre cas, c’est d’être dans «la distribution de

richesses» plus que dans la «création d’entreprises et d’emplois comme dans les pays émergents», analyse-t-il.

«En Algérie, nous avons de très bons indicateurs sur le plan sociodémographique (…) mais il reste beaucoup de choses à améliorer». Et de conclure : «Il est important de faire un plaidoyer pour des dividendes démographiques, essentiellement en direction des décideurs. Il faut que les décideurs prennent véritablement conscience de l’importance de la population parce que c’est la population qui est l’objet du développement.» _

 

texte

Mustapha Benfodil

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GEORGES CORM À LIBRE-ALGÉRIE : « LE MONDE ARABE EST DANS UNE DYNAMIQUE D’AUTODESTRUCTION »

Publié le par Mahi Ahmed

Georges Corme

Georges Corme

GEORGES CORM À LIBRE-ALGÉRIE : « LE MONDE ARABE EST DANS UNE DYNAMIQUE D’AUTODESTRUCTION »

FÉVRIER 21, 2017

 

Georges Corm à Libre-Algérie : « Le monde arabe est dans une dynamique d’autodestruction »

Economiste et sociologue libanais, Georges Corm est consultant économique et financier international et professeur depuis 2001 à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Auteur proflifique1, ses oeuvres ont été traduites en plusieurs langues.

Membre du comité de parrainage
du Tribunal Russell sur la Palestine, Georges Corm nous livre ici son regard lucide sur la situation actuelle du monde arabe, de la Tunisie au Yémen en passant par la Syrie et le

 

Libre-Algérie : A la suite de la révolte de 2010-2011 contre le président Zine el-Abidine Ben Ali, un processus de contestation des gouvernants s’est enclenché dans plusieurs pays du monde arabe. Certains ont chanté un « printemps des peuples », une révolution démocratique. D’autres n’y ont vu qu’un processus de déstabilisation des Etats de la région par les puissances occidentales et leurs relais locaux islamistes. Qu’elle est votre point de vue ?

Georges Corm : Il est vrai que certaines ONG de promotion de la démocratie, financées par les Etats-Unis ont été présentes dans les grandioses manifestations populaires en Egypte et en Tunisie, notamment, ce que décrit fort bien un bon observateur connaissant bien le Moyen-Orient, l’ancien Ambassadeur de France Michel Raimbaud, dans son ouvrage « Tempête sur le Moyen-Orient ». Il est vrai aussi que la télévision qatarie Al Jazeera a fait une couverture amplificatrice de ces manifestations ce qui a probablement contribué à les généraliser dans le monde arabe. Mais pour autant, je ne suis pas sûr que l’on puisse mobiliser et faire bouger ainsi de la Mauritanie à Oman des foules aussi denses des semaines durant, grâce à un plan préétabli visant à provoquer un chaos favorable aux intérêts occidentaux et permettant des interventions militaires musclées de certains pays, directement comme en Libye pour la France et l’Angleterre ; ou indirectement comme en Syrie et en Irak par l’intermédiaire de soutiens à des factions terroristes regroupant des radicaux illuminés de diverses nationalités arabes ou musulmanes. Sans parler des interventions militaires musclées saoudiennes à Bahrein et au Yémen.

De nombreux éléments indiquent que le conflit en Syrie a connu un tournant majeur au cours de l’année 2016. Peut-on considérer pour autant que la fin du conflit est proche et que le pays a échappé aux dangers d’éclatement qui le guettent ?

Oui, la reprise de la partie Est d’Alep et la réunification de cette grande ville par l’armée gouvernementale syrienne, grâce à l’appui russe, iranien et celui du Hezbollah libanais, a constitué un tournant dans cette guerre aux dimensions beaucoup plus internationales et régionales que locales. De même, la politique d’apaisement du conflit par le gouvernement syrien porte de plus en plus ses fruits. Elle consiste à proposer, dans beaucoup de villages, aux combattants islamistes anti-régimes, une amnistie et à leur permettre de les quitter avec leurs armes légères et leur famille pour se rendre dans des autobus gouvernementaux dans la ville d’Idlib au nord du pays.

Par ailleurs, actuellement, ces factions islamistes s’entre-déchirent dans cette ville du fait de la distinction opérée par la diplomatie américaine, mise sous pression de la Russie, entre factions dites « radicales » qu’il convient de continuer de combattre et celles dites « modérées » avec lesquelles on peut discuter de cessez- le- feu et de paix. La situation sur le terrain s’est donc inversée au profit de l’Etat syrien et de ses alliés, comme l’a bien montré le succès de la conférence d’Astana au Kazakhstan, visant à consolider le cessez-le-feu décrété entre l’armée syrienne et les factions armées terroristes définies comme modérées par le gouvernement des Etats-Unis.

Soutien très fort à Israël, menaces contre l’Iran, appui réitéré à l’Arabie saoudite, demande d’instauration de « zones de sécurité » en Syrie… Ces éléments de la politique du président Donald Trump n’indiquent-ils pas que, par-delà la couleur démocrate ou républicaine de l’administration du moment, la continuité l’emporte sur la rupture dans la politique américaine au Proche-Orient ? Quels sont, selon vous, les objectifs fondamentaux de cette politique ?

Cela est certain, mais avec des nuances toutefois, notamment concernant l’Iran envers laquelle beaucoup de parlementaires américains républicains ont continué de critiquer l’accord sur le nucléaire iranien que l’administration démocrate du président Obama avait réalisé, mais qui avait suscité une grande fureur de l’Arabie saoudite et d’Israël, deux piliers de l’influence américaine au Moyen-Orient. Le nouveau président Trump a étalé sans aucune retenue son appui inconditionnel à la politique israélienne de colonisation des territoires palestiniens occupés et s’est abstenu de toute critique de la politique saoudienne. Il a mis cependant l’Iran dans son collimateur. C’est pourquoi la liste de pays dont les ressortissants ont été interdits d’entrée dans le territoire américain visait essentiellement l’Iran, les autres pays mentionnés étant plus un décor justificatif de la décision américaine qui n’a visé aucun des pays exportateurs de terroristes ou leur soutien.

Aux Etats-Unis et en Europe, la Russie est politiquement et médiatiquement diabolisée, souvent d’une façon caricaturale qui frise l’hystérie. Quel regard portez-vous sur la politique proche-orientale de Moscou ?

Je pense qu’il y a une grande continuité de la politique russe à l’Est de la Méditerranée depuis le temps des Tzars, à savoir assurer à ce grand pays un accès à la mer Noire et la Méditerranée, alors que l’Europe puis les Etats-Unis se sont toujours empressés de le lui barrer. Ce qui explique aussi bien son intervention en Crimée pour conserver le port de Sébastopol que son intervention musclée en Syrie au profit du rétablissement de la souveraineté syrienne et du maintien de sa base navale à Tartous et désormais d’une base aérienne. Il s’agit pour la Russie de briser l’encerclement traditionnel qu’Européens, puis aujourd’hui américains aussi, veulent lui imposer sur son flanc sud. Il s’agit de plus pour elle d’empêcher le développement du radicalisme islamique pratiquant le terrorisme, lequel s’est considérablement développé dans les républiques autonomes caucasiennes, soutenu par des puissances dites « islamiques » telles que l’Arabie saoudite et la Turquie.

Le récent sommet d’Astana a mis en évidence le recul politique des Etats-Unis et consacré le rôle central de la Russie et des puissances régionales iranienne et turque en tant que parrains d’un processus de cessez-le-feu et de paix en Syrie. L’absence de l’Egypte, de l’Arabie saoudite, du Qatar… a en même temps révélé, en creux, la faiblesse tragique des pays du monde arabe qui sont davantage objets que sujets de leur propre histoire. Où en est le monde arabe et où va-t-il ?

La première édition de l’un de mes principaux ouvrages, paru en 1983, portait déjà le titre de « Proche-Orient éclaté »2. Je l’avais achevé sous les bombardements israéliens sauvages de partie Ouest de Beyrouth (que j’habite toujours). Devant l’absence de réactions arabes – ou même de manifestations populaires dans le monde arabe – à l’occupation par l’armée israélienne de la capitale libanaise, j’avais alors estimé que le monde arabe était en voie de désintégration sous les coups de boutoirs de l’armée israélienne, de la passivité des pays occidentaux et autres grands pays arabes. Cette impression était renforcée par le fait que les régimes arabes, alliés des Etats-Unis, semblait plus préoccupés de la libération du territoire afghan si loin d’eux, que de celle de la Palestine, du Liban et des autres territoires occupés par Israël en Syrie. L’envoi de ces combattants entraînés militairement et idéologiquement n’avait pour bénéficiaire que l’armée américaine qui, traumatisée alors par sa défaite au Vietnam en 1975, ne voulait pas envoyer son armée dans ce pays. Cette équipée « islamique » était le résultat catastrophique de l’instrumentalisation par les Etats-Unis et ses alliés au Moyen-Orient de la religion musulmane dans le cadre de la guerre froide. L’objectif était de déstabiliser le nationalisme et l’anti-impérialisme des Etas arabes cherchant à maintenir leur indépendance et leur non-alignement, tel que l’Algérie ou l’Irak ou la Syrie. On a vu par la suite ce qui est arrivé à chacun d’eux, à commencer par l’Algérie et la montée de l’islam politique après 1988, puis la constitution de groupes armés cherchant à déstabiliser ce pays à l’influence importante dans le monde arabe, notamment depuis la disparition d’Abdel Nasser.

Le reste a été le fait de l’extraordinaire montée en puissance de l’Arabie saoudite, pilier avec Israël de la présence américaine au Moyen-Orient, mais aussi de la guerre stupide et catastrophique de l’Irak contre l’Iran au profit des monarchies de la Péninsule arabique et de l’OTAN. Aujourd’hui, le spectacle bouleversant des désintégrations de plusieurs sociétés arabes sous des coups de boutoirs militaires externes et internes n’en finit plus de se dérouler. Le sort du malheureux Yémen livré à des bombardements sauvages quotidiens de l’aviation saoudienne et accessoirement des Emirats arabes Unis, dans un silence assourdissant de « la communauté internationale », comme des autres Etats arabes, est un scandale indescriptible. Le monde arabe n’est plus seulement en « dynamique d’échec » décrite et dénoncée dans « Le Proche-Orient éclaté », mais dans une dynamique d’autodestruction.

Avec l’élection du président Michel Aoun et la constitution du gouvernement de Saad Hariri, le Liban semble sorti de sa crise institutionnelle. Quels sont les principaux défis intérieurs et extérieurs auxquels votre pays reste confronté ? Et comment pourrait-il les relever ?

Non, malheureusement le Liban n’est pas sorti de la profonde ornière dans laquelle il se trouve depuis plusieurs décennies du fait que la classe dirigeante issue de la guerre 1975-1990 et des accords dits « d’entente nationale » conclus à Taëf en Arabie saoudite, sous haute influence saoudo-américaine, ont consacré un système de dépouilles scandaleux entre leaders communautaires qui ont réussi à instaurer en fait leur dictature implacable sur le pays. Là où les autres pays arabes étaient caractérisés par l’existence d’un seul dictateur, le Liban est doté d’une dizaine de redoutables dictateurs qui gèrent l’Etat et la société comme leur propriété privée et confondent argent public et argent privé en toute bonne conscience.

Certes, l’arrivée à la présidence de la République du général Michel Aoun fait espérer un redressement du pays dont les services publics sont tombés sous la coupe des intérêts privés hors de tout cadre légal, ce qui fait que les Libanais sont privés d’eau et d’électricité plusieurs heures par jour de façon quotidienne et doivent en acheter à des « opérateurs privés » qui ont surgi comme des champignons. De même, le ramassage et le traitement des ordures depuis l’année 2015 sont totalement défaillants, ce qui fait augmenter considérablement la pollution et les maladies dans le pays. Par ailleurs, le parlement libanais s’est déjà autoprorogé deux fois depuis 2013, date de la fin de la législature, du fait que les députés ne sont pas parvenus jusqu’aujourd’hui à s’entendre sur une loi électorale. Car chacun des grands groupes politiques communautaires veut élargir sa part du « gâteau » parlementaire et non risquer de la diminuer en cas de nouvelle loi électorale qui adopterait le système de la représentation proportionnelle, ce que réclame la société civile, au lieu de celui du scrutin abrupt et peu démocratique actuel, basé sur le scrutin majoritaire à un seul tour.

En 2015, des grandes manifestations de la société civile, déclenchées par l’impotence du gouvernement à trouver une solution à la crise des déchets, ont été réprimées avec force. Il faut espérer cependant que le nouveau président parviendra à trouver des solutions à tous ces problèmes, bien que ses pouvoirs constitutionnels soient très réduits depuis les amendements constitutionnels introduits en 1990 en vertu de l’accord de Taëf. Mais pour terminer sur une note optimiste, je désire saluer la capacité du peuple libanais à accueillir un million et demi de réfugiés syriens (soit une augmentation d’un quart de sa population) sans que le pays ne soit déstabilisé ou ne connaisse une augmentation sensible de la criminalité ou des vols. De même, le pays a résisté aux vents des déstabilisations basées sur une prétendue rivalités entre sunnites et chiites dans la région. L’Europe devrait venir apprendre chez nous comment accueillir des réfugiés sans les maltraiter et comment maintenir la paix communautaire dans les circonstances les plus difficiles. Je dois saluer aussi les efforts des services de sécurité libanais et de l’armée dans la prévention d’actes terroristes qui, jusqu’en 2015, ont été nombreux du fait des infiltrations en provenance des groupes terroristes en Syrie qui ont commis de nombreux attentats meurtriers dans le pays.

Entretien réalisé par Ramdane Mohand Achour

 

1. Parmi les nombreux ouvrages écrits en français par Georges Corm, citons quelques uns des plus récents : Orient-Occident, la fracture imaginaire (La Découverte 2002 et 2004) ; La question religieuse au XXIè siècle, géolpolitique et crise de la post-modernité (La Découverte, Paris 2006) ; Histoire du Moyen-Orient : de l’Antiquité à nos jours (La Découverte, Paris, 2007); Le nouveau gouvernement du

monde, idéologie, structures, contre-pouvoirs (La Découverte, Paris 2010) ; Pour une lecture profane des conflits : sur le ‘’retour du religieux” dans les conflits contemporains du Moyen-Orient (La Découverte, Paris 2012); Pensée et politique dans le monde arabe. Contextes historiques et problématiques, XIXe-XXIe siècle (La découverte, Paris 2015)…

Parmi les ouvrages écrits en arabe et publiés aux éditions Dar el Taliat, citons : L’économie arabe au défi (Beyrouth 1977) ; La dépendance économique : les dettes du tiers-monde au miroir de l’histoire
(Beyrouth 1980) ; Le développement introuvable (Beyrouth 1981).

2. Cet ouvrage fut édité en Algérie aux Editions Bouchène en 1990. De même que L’Europe et l’Orient. De la balkanisation à la libanisation. Histoire d’une modernité inaccomplie.

Economiste

et sociologue libanais, Georges Corm est consultant économique et financier

international et professeur depuis 2001 à l’Université Saint-Joseph de

Beyrouth. Auteur proflifique1, ses oeuvres ont été traduites en

plusieurs langues.

 

 

Lien : http://librealgerie.info/2017/02/21/georges-corm-a-libre-algerie-le-monde-arabe-est-dans-une-dynamique-dautodestruction/

 

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TRUMP, UN RÉACTIONNAIRE CHAOTIQUE

Publié le par Mahi Ahmed

TRUMP, UN RÉACTIONNAIRE CHAOTIQUE

 

PIERRE GUERLAIN

Professeur de civilisation américaine à l’université de Paris Ouest, Nanterre

 

Comment un peu plus d’un mois après son entrée en fonction évaluer Trump, les décisions de son administration et l’adéquation entre discours et réalités ? Il est indéniable que l’arrivée au pouvoir de celui que Chomsky avait fort justement qualifié de clown durant la campagne présente quelques difficultés d’évaluation et une nouvelle répartition du champ des oppositions.

Tout phénomène nouveau a des racines dans le passé et celui qui concerne Trump ne fait pas exception. Dans un livre publié en 2004, Ron Suskind cite un conseiller de George W Bush, Karl Rove, qui déclarait en s’adressant aux journalistes et universitaires: « Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité, de façon judicieuse, si vous voulez, nous agirons à nouveau et créerons d’autres réalités que vous pourrez étudier, et voilà comment ça va se passer ». Rove se moquait des intellectuels et il a donné la formule qui permet de comprendre les mensonges sériels de Trump.

Le président américain ment de façon éhontée sur tous les sujets des plus graves aux plus insignifiants, les médias qui ont soudain retrouvé leur fonction de base, vérifient et dénoncent les mensonges mais déjà Trump est dans une autre réalité, c’est à dire un autre mensonge, une autre accusation sans fondement et les intellectuels décodent, dénoncent sans jamais changer le comportement du clown président.

L’histoire des démagogues menteurs n’a pas commencé avec Trump et si les livres d’Orwell, 1984, écrit en 1948 ou d’Hannah Arendt sur les Origines du totalitarisme, publié en 1951 sont au sommet des ventes aux États-Unis, c’est aussi pour appréhender la déclinaison Trump d’un phénomène qui ne date pas d’aujourd’hui.

Le monde intellectuel est donc condamné à courir derrière les déclarations de Trump et à dénoncer inlassablement les mensonges qui inlassablement fleurissent dans tous les discours. Cependant, au-delà des mensonges et des postures qui sont typiques d’un pervers narcissique, les toutes premières semaines de l’administration Trump ont livré des informations fiables sur ce qui est en train de se passer aux États-Unis. N’écoutons plus les discours du bonimenteur mais regardons ce qui a changé dans l’ordre du réel. En anglais on dit que les actes parlent plus fort que les mots.

 

Des nominations contre les promesses de campagne

 

Tout d’abord examinons ses nominations aux postes de ministres. Celui qui voulait « nettoyer le marigot » de Washington, c’est à dire les écuries d’Augias et accusait sa rivale Clinton d’être dans la poche de Goldman Sachs, s’est lui-même entouré de cinq anciens de cette banque.

Steven Mnuchin, le secrétaire au trésor s’est fait une réputation dans l’expulsion des familles américaines touchées par la crise des subprimes qui ne pouvaient plus rembourser leurs prêts, Steve Bannon, l’ancien responsable de la revue d’extrême droite Breitbart est lui aussi un ancien de la même banque ainsi que trois autres proches de Trump. Bannon a été nommé conseiller spécial du président mais il a obtenu le droit tout à fait insolite de siéger lors des réunions du conseil de sécurité. Celui qui devait devenir Ministre du travail, Andrew Puzder, a dû retirer sa candidature car il avait embauché du personnel de façon illégale. Il est par ailleurs un ennemi des syndicats, d’un salaire minimum à plus de 9$ de l’heure. Betsy DeVos qui est ministre de l’éducation a constamment pris position contre l’école publique où elle n’a jamais mis les pieds et dont elle ne connaît pas les enjeux. Elle est l’épouse d’un milliardaire. Jamais un gouvernement américain n’avait compté autant de milliardaires ni collectivement affiché un tel niveau de fortune.

Cette première approche permet déjà de déconstruire l’idée selon laquelle Trump mettrait en œuvre son programme. Comme l’annonce le site de gauche Tomdispatch pour introduire un article de Nomi Prins, Trump a été « goldmanisé ». Nomi Prins note qu’il s’agit là d’une caractéristique des présidences américaines et donc sur ce plan la continuité est assurée, Goldman Sachs qui avait joué un rôle important dans l’administration Obama verra son influence accrue dans celle de Trump. Dans son numéro de cirque pour tromper les électeurs, la banque était une cible honnie et sifflée puis elle est devenue centrale. Donc pas de programme de mise au pas de la finance. Trump avait lui aussi en quelque sorte affirmé que son ennemi était la finance avant de donner les manettes du pouvoir économique à cette même finance qui ne lui tient pas rigueur des déclarations lors du cirque électoral. Le monde des affaires se réjouit des déréglementations annoncées, notamment celles qui portent sur la protection de l’environnement ainsi que des baisses d’impôts également très importantes promises par Trump qui s’inscrit dans la lignée des plus réactionnaires des républicains américains. Dérèglementation et baisse des impôts pour les plus riches garantissent que rien ne s’améliorera pour les déclassés ou la classe moyenne blanche qui ont voté pour Trump.

 

Xénophobie confirmée

 

Le même Bannon est, avec Stephen Miller, à l’origine de l’interdiction de se rendre aux États-Unis pour les ressortissants de sept pays musulmans, le fameux « Muslim ban » qui ne concernait pas les Saoudiens pourtant plus souvent proches des foyers terroristes que les Iraniens qui n’ont pas attaqué de cible américaine. Cette interdiction d’entrer aux États-Unis, fort mal rédigée sur le plan juridique, a été immédiatement cassée par la justice américaine et Trump promet la publication d’un nouveau décret.

De façon superficielle, on pourrait croire que les déclarations généralisatrices sur tous les musulmans ou l’Islam faites durant la campagne trouvent leur traduction politique. Cependant, là encore si la xénophobie et le racisme de Trump sont patents il faut noter que l’interdiction ne concernait pas les pays musulmans avec lesquels Trump fait des affaires. Donc pas de ligne politique cohérente même dans le cadre de la xénophobie. Les affaires semblent primer sur tout. Trump continue son agitation xénophobe de la campagne qu’il dirige contre les musulmans mais aussi les Mexicains mais ne prend pas de mesures qui cadrent avec ces déclarations. Il donne des gages aux racistes et au monde des affaires, tout au moins une partie de celui-ci en prenant bien soin de ne pas nuire à ses propres entreprises. Le protectionnisme a ici un sens particulier : protéger les affaires personnelles du président.

La campagne de Trump n’avait cessé d’évoquer la nécessité de construire un mur entre le Mexique et les États-Unis en affirmant que ce mur serait financé par le Mexique. La crise avec ce pays est survenue quelques jours à peine après la prise du pouvoir par le xénophobe virulent. Le président mexicain a annulé un voyage à Washington et le peuple mexicain est uni dans les manifestations contre Trump. Le mur n’a pas avancé mais il n’a pas reculé pour autant. En effet, ce mur ou cette séparation physique existe déjà en grande partie et le renvoi des immigrés dits clandestins a été une grande spécialité de l’administration Obama qui a expulsé plus d’étrangers que n’importe quelle autre.

Trump joue avec la xénophobie qu’il attise en faisant croire que la domination capitaliste n’est qu’un problème avec certains groupes d’étrangers, chinois ou mexicains, mais ne se démarque pas des politiques antérieures. Il utilise un mégaphone pour attaquer des non-Américains à la manière des séquences de haine dans le roman d’Orwell 1984 mais ses décisions politiques réelles, pour le moment, ne diffèrent pas sensiblement de celles d’Obama.

Il est caractéristique que les entreprises qui ont recours à la main d’œuvre clandestine aient pris des positions très critiques de Trump. Ces critiques s’énoncent dans le cadre du respect de l’autre et de la lutte contre l’intolérance mais masquent le phénomène bien connu de l’exploitation des travailleurs qui font partie de l’armée de réserve du capitalisme. Trump fait du théâtre avec la xénophobie et promet de faire revenir les emplois au pays mais ne peut s’opposer véritablement aux délocalisations qui continuent et ne dénonce pas les mécanismes de la mondialisation capitaliste.

Trump a pris position contre le TPP, le traité Trans-Pacifique, et voudrait dit-il, réformer l’ALENA. Sur ce point, comme sur la politique étrangère vis à vis de la Chine, de la Russie mais aussi de l’Europe qu’il ne porte pas dans son cœur, il faudra attendre encore un peu pour y voir plus clair. En quelques semaines, le chaos s’est installé à Washington et dans les relations internationales mais dès que le brouillard des mensonges et du chaos se lève on découvre des politiques très réactionnaires, antisociales qui constituent une catastrophe sur le plan écologique et de la justice sociale.

 

 

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

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Publié le par Mahi Ahmed

Publié dans Economie et société

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