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MANIFESTATIONS POPULAIRES DE DÉCEMBRE 1960.

Publié le par Mahi Ahmed

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Document : Le rapport de Madeleine K. Albright et Stephan J. Hadley sur le Moyen Orient

Publié le par Mahi Ahmed

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A Fidel Castro – par Pablo Neruda

Publié le par Mahi Ahmed

A Fidel Castro – par Pablo Neruda

Fidel, Fidel, les peuples te remercient

Les mots en action et les faits qui chantent,

Pour cela je t’ai amené de loin

Une coupe de vin de ma patrie :

C’est le sang d’un peuple souterrain

Qui vient de l’ombre jusqu’à ta gorge,

Ce sont des mineurs qui vivent depuis des siècles

Extrayant le feu de la terre glacée.

Ils vont sous la mer pour le charbon

Et sont comme des fantômes en revenant :

Ils se sont habitués à la nuit éternelle,

On leur a volé la lumière de la journée

Et cependant voici la coupe

De tant de souffrances et de distances :

La joie de l’homme emprisonné,

Peuplé de ténèbres et d’espérances

Qui même dans la mine sait

L’arrivée du printemps et son parfum

Parce qu’il sait que l’homme lutte

Jusqu’à atteindre la plus large clarté.

Et vers Cuba regardent les mineurs australs,

Les enfants solitaires de la pampa,

Les bergers du froid de Patagonie,

Les pères de l’étain et de l’argent,

Ceux qui en se mariant avec la cordillère

Extraient le cuivre de Chuquicamata,

Les hommes des autobus cachés

Dans des localités pures de nostalgie,

Les femmes des champs et des usines,

Les enfants qui ont pleuré leur enfance :

Voici la coupe, prends-là Fidel

Elle est emplie de tant d’espoirs

Qu’en la buvant tu sauras que ta victoire

Est comme le vieux vin de ma patrie :

Ce n’est pas un homme qui le fait mais plusieurs

Et non pas un raisin mais de nombreux plants ;

Ce n’est pas une goutte mais de nombreux fleuves,

Pas un capitaine mais de nombreuses batailles.

Et ils sont avec toi car tu représentes

Tout l’honneur de notre longue lutte

Et si Cuba tombait nous tomberions,

Et nous viendrions la relever,

Et si elle fleurissait avec toutes ses fleurs

Elle fleurirait avec notre propre sève. (….)

 

Pablo Neruda (Chanson de geste)

Publié dans Choix d'articles

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Pourquoi le monde musulman est devenu l’épicentre des conflits mondiaux LE PÉTROLE ET LES VENTES D’ARMES PLUTÔT QUE L’ISLAM

Publié le par Mahi Ahmed

Pourquoi le monde musulman est devenu l’épicentre des conflits mondiaux

LE PÉTROLE ET LES VENTES D’ARMES PLUTÔT QUE L’ISLAM

 

ORIENT XXI > MAGAZINE > SMAÏL GOUMEZIANE > 5 DÉCEMBRE 2016

Après la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, et l’acceptation quelques mois plus tard de la réunification de l’Allemagne par l’URSS finissante, on pensait que la fin de la guerre froide allait advenir et avec elle la fin de tous les conflits. Ce fut une erreur. Ce qu’il est convenu d’appeler le monde musulman allait, dans la douleur, l’apprendre à ses dépens.

 

Depuis près de quarante ans maintenant, le monde musulman est devenu le foyer de plusieurs conflits particulièrement dévastateurs, mêlant rivalités nationalistes, convoitises néocoloniales ou impérialistes et terrorismes : guerre du Liban (1975-1990) ; guerre Iran-Irak (1980-1988) ; première guerre d’Irak (Opération « Tempête du Désert » 1990) ; guerre « civile » en Algérie (1991-2000) ; guerre d’Afghanistan (depuis 2001) ; seconde guerre d’Irak (depuis 2003). Plus près de nous, avec l’organisation de l’État islamique (OEI) en Irak puis en Syrie, un terrorisme à visée mondiale est désormais à l’œuvre. Enfin, depuis 2011, l’éruption des « printemps arabes » a généré divers conflits dans la région, notamment en Tunisie, en Libye, en Égypte et en Syrie, dont les impacts dévastateurs sur la région du Maghreb, le Proche-Orient et les pays limitrophes de l’Afrique subsaharienne (Mali, Niger, Tchad, Nigeria) sont loin d’être identifiés et encore moins maitrisés.

 

Pour ces raisons, le monde musulman est devenu l’épicentre des conflits mondiaux. Avec d’autant plus de facilité qu’il reste, plus que jamais, marqué par des divisions et des rivalités historiques qui en font un ensemble plutôt hétéroclite et instable, loin de correspondre à la notion consensuelle de « monde musulman » que ni l’Organisation de la coopération islamique (OCI) sous obédience saoudienne ni la Ligue des États arabes ne réussissent à traduire en termes politiques, économiques ou même religieux. Pour autant, comment expliquer la multiplication et la quasi-permanence de tous ces conflits depuis plus d’un demi-siècle ? L’islam, la religion commune, en serait-elle la cause première comme le martèlent moult « spécialistes » armés de diverses idéologies, dont celle du « choc des civilisations » cher à Samuel Huntington ? Cette hypothèse ne tient guère la route, bien qu’elle continue à être régulièrement assénée. La réalité des conflits est le fruit amer des contradictions terrestres et bien humaines liées aux intérêts politiques, économiques et religieux contradictoires et très anciens.

 

DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE AU MUR DE BERLIN

 

Depuis la première guerre mondiale, plusieurs phases expliquent la montée en puissance des conflits dans le monde musulman.

 

— La première phase a débuté avec la guerre de 1914-1918, qui s’est traduite par un affrontement violent de la Triple-Entente (France, Royaume-Uni, Russie) avec l’empire ottoman, conduisant à son abolition et à son dépeçage. Les grandes lignes de ce partage furent tracées dès 1916 par la signature des accords secrets dits « de Sykes-Picot » entre le Royaume-Uni et la France, avec la bénédiction du pouvoir tsariste de Russie.

 

— Une seconde phase débuta au même moment, avec l’aboutissement d’autres négociations secrètes menées, depuis des années, par le Royaume-Uni avec des représentants de l’Organisation sioniste mondiale. La Déclaration Balfour de novembre 1917, par laquelle le gouvernement britannique s’engageait à favoriser la création d’un « foyer national juif » sur le territoire de la Palestine, en fut le point d’orgue. Cette phase s’acheva avec la création violente d’un État, Israël, aux origines coloniales avérées, sur le territoire de Palestine en 1948. Elle n’en finit pas d’être un abcès de fixation et une source essentielle de conflits au cœur du monde musulman tout entier.

 

— La fin de la guerre de 1914-1918 couronnée par la victoire de la Triple-Entente ouvrit une troisième phase, celle de la systématisation du colonialisme franco-anglais à forts relents pétroliers. Elle se traduisit, sous diverses formes (mandats, protectorats et zones d’influence) par la création, la colonisation et la domination de nombreux pays dans le monde musulman, à l’exception de la Turquie, sauvée de la disparition par la Révolution nationale dirigée par Mustafa Kemal, et de l’Iran et l’Arabie saoudite où la politique coloniale s’affirma non pas sous la forme de la domination directe, mais par celle, plus subtile et perverse, des zones d’influence.

 

— Une quatrième phase, alimentée dès la fin du XIXe siècle par la Nahda1 vit l’éclosion de nombreuses controverses théologiques et politiques afin de résister et de vaincre le colonialisme. Parmi ces nouvelles idées, celles du panislamisme et du panarabisme. Celles-ci durent cependant laisser la place au nationalisme qui conduisit à la décolonisation violente et aux indépendances.

 

— Une cinquième phase en découla, celle de la domination des régimes autoritaires dans les pays nouvellement indépendants, de l’échec du développement et de la montée de l’islamisme politique sous toutes ses formes. Cette phase a connu son apogée à la fin des années 1970.

 

— Enfin, une sixième phase débuta dès les années 1980 avec l’avènement de la mondialisation, la chute du mur de Berlin, l’effondrement du bloc soviétique et l’implosion du tiers monde.

 

PÉTROLE ET VENTE D’ARMES

 

Mais alors, quelles sont les causes fondamentales des conflits qui ont embrasé le monde musulman au cours de ces différentes périodes ? À l’examen, la cause purement religieuse, celle qui sous-tend le « choc des civilisations » n’est guère crédible. Il n’y a pas d’un côté un monde musulman homogène et de l’autre un monde « judéo-chrétien » homogène. Plus objectivement, trois causes principales expliquent cette concentration des conflits dans le monde musulman.

 

La première, et probablement la plus importante, est constituée par le fait que depuis la première guerre mondiale et jusqu’à nos jours, le monde musulman est devenu le principal bassin énergétique de la planète. Les pays musulmans possèdent à eux seuls plus de 50 % des réserves mondiales prouvées de pétrole, dont près de 16 % pour la seule Arabie saoudite, 10 % pour l’Iran, 9 % pour l’Irak et 6 % pour le Koweït. À cela s’ajoutent les réserves gazières. À eux seuls, l’Iran et le Qatar possèdent un tiers des réserves mondiales prouvées (la Russie dispose de 22 %), notamment grâce à un énorme gisement frontalier des deux pays. Depuis quelques années, une concurrence féroce se déroule autour de trois projets de gazoducs. Les deux premiers (North/South Stream et Nabucco), partant d’Iran ou du Qatar, traverseraient la Syrie, et mettraient face à face, d’un côté Russes et Iraniens associés à Bachar Al-Assad, et de l’autre les États-Unis et le Qatar associés à une Syrie « débarrassée » d’Assad. Le troisième projet, appelé Léviathan, piloté par Israël (qui en a exclu tous les riverains, dont les territoires palestiniens), à partir d’un immense gisement offshore s’étendant tout le long de la côte orientale de Méditerranée de Gaza à la Syrie, aboutirait… à Chypre en passant par le Liban. À l’évidence, c’est toute la question du leadership mondial sur le marché du pétrole et du gaz qui se joue au Proche-Orient. On comprend mieux les implications divergentes et complexes des Russes, des Américains, des Européens, mais aussi des Turcs, des Iraniens, des Saoudiens et des Israéliens dans les conflits.

 

La seconde cause est liée à l’évolution de la production et de l’utilisation des matériels à usage militaire depuis la fin de la guerre froide. À cause de l’effondrement du bloc soviétique et de la fin de la course aux armements entre l’Est et l’Ouest, les complexes militaro-industriels ont dû changer de stratégie. Le monde musulman est devenu le nouveau lieu d’exploration, de diffusion et d’utilisation des produits de l’industrie de l’armement mondiale — le segment de marché le plus florissant au monde. Les pays occidentaux vendent une quantité d’armes croissante aux différents pays musulmans. Désormais, l’Arabie saoudite est passée devant l’Inde comme premier importateur mondial d’armement ! Pis, lorsque certains pays de la région, comme l’Égypte, n’ont pas les moyens de payer leurs achats, l’Arabie saoudite n’hésite pas à en assurer le financement. Bien entendu, ces achats ne se transforment pas en stocks d’armement, ils suscitent et alimentent régulièrement des conflits aux effets particulièrement dévastateurs. Grâce à cela, l’économie de l’armement ne connait guère la crise et les États-Unis contrôlent plus de 80 % des transactions.

 

RÉGIMES AUTORITAIRES ET FANTASMES CALIFAUX

 

La troisième cause des conflits provient de l’évolution politique des pays musulmans eux-mêmes. Au lendemain des indépendances, au lieu de promouvoir des politiques soucieuses de démocratie interne, de complémentarité économique et de bon voisinage régional, les pays musulmans se sont enfermés dans des régimes autoritaires. Ces régimes, en se soumettant et instrumentalisant la religion commune, ont promu des politiques économiques rentières et concurrentielles, générant des rivalités, plus ou moins attisées par les partenaires extérieurs au gré de leurs intérêts géostratégiques. Ceci a favorisé l’émergence de l’islam politique et de sa frange la plus radicale, utilisant le terrorisme.

 

La crise des nationalismes qui s’en est suivi a fait resurgir de façon fantasmagorique plusieurs projets « califaux » concurrentiels à l’origine de l’expansion de divers conflits : celui de la Turquie qui n’a toujours pas fait le deuil de l’empire ottoman ; celui de l’Iran, qui rêve d’un califat chiite réhabilitant la grandeur de l’empire perse ; celui de l’Arabie saoudite, obnubilée par le retour au califat arabe, mais sous doctrine wahhabite ; celui, enfin, de l’OEI qui, par la terreur, le « djihadisme » et le dogme salafiste takfiriste, tente de promouvoir, selon une horrible parodie, un pseudo-califat originel étendu à toute la planète.

 

Tout cela, à l’évidence, laisse peu de place à l’expression libre des populations musulmanes, en matière civile et religieuse, et à leur marche commune et pacifique vers le progrès et le développement réel. Au bout du compte, le monde musulman est, depuis longtemps, victime d’un triple piège : celui du dogme religieux ; celui de divers autoritarismes politiques ; celui d’un système capitaliste désormais mondialisé2.

 

Dans ces conditions, ces conflits récurrents ne pouvaient être autrement que tragiques et destructeurs. Au-delà des immenses dépenses de guerre (plus de 6 000 milliards de dollars pour les deux guerres d’Afghanistan et d’Irak), et du gonflement conséquent des budgets militaires lors de chacun des conflits, des destructions humaines et la dévastation de villes et de régions entières, voire de sociétés, en ont résulté pour le plus grand bénéfice des complexes militaro-industriels. Les marchés financiers ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : en 2014, les cinq plus grandes sociétés américaines de l’armement ont vu leur cotation grimper de plus de 19 %, soit plus que les prévisions faites alors par l’index de Standard & Poor. Au même moment, sur les marchés internationaux, le pétrole connaissait une brutale (et durable) chute des prix de quelque 150 dollars le baril à 30 ou 40 dollars, plongeant davantage les pays musulmans pétroliers dans la crise.

 

« LE PLUS GRAND CHARNIER DE L’APRÈS-GUERRE FROIDE »

 

Cela s’est aggravé dès 2011 avec l’éruption des « printemps arabes ». Comme une lame de fond, les mouvements de contestation populaire ont conduit au départ de Zine El-Abidine Ben Ali le Tunisien, de Hosni Moubarak l’Égyptien et à la mort, pour le moins suspecte, de Mouammar Khadafi le Libyen. Pourtant, le mouvement s’est arrêté, sous l’effet d’une répression plus ou moins violente, aux portes des monarchies du Proche-Orient et bascula, en Syrie, dans une tragique guerre civile particulièrement meurtrière. Les mouvements à l’origine des Printemps arabes n’ont pas abouti à une véritable transition démocratique. À l’exception de la Tunisie qui a organisé dans la douleur des élections libres pour une nouvelle Constitution démocratique, puis des législatives et une élection présidentielle intégrant l’islam politique dans un processus démocratique et (relativement) pacifique, partout ailleurs on s’est contenté de faire en sorte que rien ne change. En Égypte, après la destitution et la condamnation du président islamiste élu Mohamed Morsi, on est revenu, après un simulacre d’élection, à un régime autoritaire avec le général Abdel Fattah Al-Sissi. En Libye, malgré l’instauration d’un Conseil national de transition, le pays a sombré dans une instabilité chronique alimentée par des luttes claniques et tribales, notamment après le départ des troupes occidentales. Laissant le champ plus ou moins libre à la prolifération incontrôlée des armements, en Libye et dans les pays voisins, et l’installation de l’OEI au Maghreb, en Afrique subsaharienne et jusqu’au Nigeria, sous la forme d’une nébuleuse de groupuscules lui ayant prêté allégeance et multipliant les actions terroristes. Comme un prélude à de nouvelles interventions militaires étrangères à la région.

 

Dans ces conditions, le monde musulman, — où les oppositions démocratiques ont été bâillonnées, réprimées et laminées — reste le lieu de rivalités intestines entre divers projets autoritaristes et/ou islamistes concurrentiels que les puissances étrangères soutiennent, combattent ou attisent au gré de leurs intérêts. La région ne pouvait que devenir le plus grand charnier de l’après-guerre froide.

 

Depuis les années 1980, les différents conflits se sont soldés par plus de trois millions de morts, en très grande majorité musulmans. Des villes entières ont été rayées de la carte dans plusieurs pays, notamment en Syrie et en Irak, et leurs populations anéanties, déplacées ou parties par millions dans des conditions extrêmes se réfugier dans les pays voisins et jusqu’en Europe. L’actualité témoigne, au quotidien, via les médias et autres réseaux satellitaires, de ces tragédies vécues par les hommes, les femmes et les enfants, qui tentent par tous les moyens de fuir cet enfer, par voie terrestre ou maritime, au prix le plus exorbitant qui leur est fixé par les réseaux de passeurs : celui, inestimable, de leur vie. Existe-t-il pour le monde musulman un espoir de sortir de cette spirale infernale enclenchée depuis un siècle ? Bien évidemment oui3, mais il faudra beaucoup de temps, de patience et une mobilisation pacifique de toutes les bonnes volontés soucieuses d’instaurer une paix durable dans la région et de promouvoir la liberté pour tous.

 

SMAÏL GOUMEZIANE

1Mouvement de renaissance arabe moderne, à la fois littéraire, politique, culturelle et religieuse, né à l’époque des contacts avec l’Occident et des grandes réformes promues par l’empire ottoman et les pouvoirs autonomes d’Égypte et de Tunisie. Pour plus de détails sur ce point, voir Smail Goumeziane, L’Islam n’est pas coupable, éd. Non Lieu, 2016  ; p. 159 et suivantes.

2Ibid., p. 175 et suivantes.

3Op. cit., p. 225 et suivantes.

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Les errements intellectuels de Michel Onfray sur Cuba

Publié le par Mahi Ahmed

Les errements intellectuels de Michel Onfray sur Cuba

02 Déc 2016 ANDRÉ FRÉDÉRIC

 

  

Le samedi 26 novembre 2016 le monde entier apprend la mort du leader historique de la révolution cubaine, Fidel Castro. Quelques heures plus tard le philosophe préféré du journal ’Le Point’ publie une vidéo d’une dizaine de minutes dans laquelle il expose sa détestation de l’ancien président cubain. Il s’en prend au passage au candidat à la présidentielle française de 2017 Jean-Luc Mélenchon, qui a eu le malheur de rendre hommage à Fidel Castro.

 

En commençant sa ’démonstration’, Michel Onfray nous explique que Fidel Castro est encore au pouvoir, or, il ne l’est plus depuis 2008, sans doute voulait-il dire qu’il gardait une influence importante dans le pays, néanmoins cela laisserait à penser à une personne qui ne connaîtrait pas forcement bien l’actualité cubaine, qu’un vieux monsieur malade continuait à diriger le pays. Il continue en se moquant de Simon Bolivar, figure de la décolonisation d’une partie de l’Amérique Latine, se demandant si Jean-Luc Mélenchon n’a pas ’fumé la moquette’ lorsqu’il relit le tweet de ce dernier sur la mort de Fidel Castro et faisant référence au libérateur vénézuélien. Quand aux citoyens cubains marqués par la mort de leur ancien leader, il ne s’agit pour le philosophe que de l’effet de 50 ans de propagande, aucun cubain n’aurait donc la capacité intellectuelle de réfléchir librement à l’histoire de son pays et à l’action de ses dirigeants. Or l’histoire nous a montré qu’aucun processus politique ne durait dans le temps sans qu’une majorité de la population ne le soutienne, et que de nombreux régimes avaient chuté, propagande ou non.

 

Dans la suite de sa vidéo, l’anecdote personnelle fait office de preuve et de vérité irréfutable : Michel Onfray a voyagé à Cuba, il a vu, entendu, réalisé. Il affirme que les Cubains n’ont pas à manger (et qu’ils manquent de beurre notamment), j’ignore en quelle année ce dernier a voyagé sur l’île, mais l’ensemble des rapports des organisations mondiales dans le domaine de l’alimentation – et en premier lieu ceux de l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) – exposent bien le fait que Cuba a éliminé la sous-alimentation, et possède de bien meilleurs indicateurs dans le domaine que nombres de pays latino-américains. Et puisque le philosophe utilise l’anecdote personnelle, je n’ai personnellement jamais vu quelqu’un qui n’avait pas à manger à Cuba, et quiconque met les pieds sur l’île, constate parfaitement que malgré les difficultés de la vie quotidienne, personne ne meurt de faim dans ce pays. La FAO a souligné à plusieurs reprises la volonté politique du gouvernement dans ce domaine et Cuba est placé par l’ONU comme un des pays ayant les indicateurs sociaux les plus avancés du monde. Par ailleurs de nos jours, l’île produit 70% de sa consommation de fruits et légumes.

 

Les rapports de l’organisation internationale mettent également en lumière l’impact gigantesque de l’embargo américain, tant au niveau social qu’économique (des centaines de milliards de dollars) ainsi que son illégalité. Pour M. Onfray l’effet de celui-ci serait visiblement une vue de l’esprit, une excuse pour justifier la prétendue famine du peuple cubain et sa misère, de même que le système éducatif cubain (reconnu mondialement) ne servirait qu’à apprendre la ’propagande’ (encore elle) du gouvernement. Et en prolongeant sa réflexion, il n’existerait donc quasi exclusivement que des livres de propagande révolutionnaire à Cuba…. étonnant lorsque l’on sait que des auteurs qui n’hésitent pas à égratigner le pouvoir en place et critiquer le système sont publiés au sein même du pays comme le sont Léonardo Padura ou Pedro Juan Gutiérrez par exemple.

 

Ensuite, prenant exemple d’une expérience personnelle sur le beurre, il estime que le gouvernement peut faire ce qu il veut quand il veut comme il veut, et il ne comprend pas que Cuba ait pu avoir des problèmes d’approvisionnement alimentaire lorsqu’il y a voyagé. M. Onfray a dû oublier qu’en plus du blocus américain qui aurait ’bon dos’ selon lui et dont il semble minorer les répercussions -sans doute est-il plus compétent que les différents organismes et spécialistes de l’Organisation des Nations unies en la matière-, les Cubains ont eu à subir la fin brutale des relations avec leur principal partenaire économique suite à la chute de l’URSS et que le pays est entré dans une phase terrible appelé ’période spéciale’, conséquences : chute de 80% de son commerce extérieur, de la production industrielle, le pays s’est retrouvé à genoux, sans énergies, sans ressources . Et c’est précisément durant cette période que les dirigeants états-uniens ont décidé de durcir le blocus par des mesures complémentaires comme la loi Torricelli en 1992 et la loi Helms-Burton en 1996. Des dispositions illégales eu égard au droit international et dont l’objectif était d’asphyxier le pays dans le but de ’semer le désordre’. Monsieur Onfray est-il au courant de cela ? Est-il au courant que tout bateau étranger accostant à Cuba perd le droit d’aller aux Etats-Unis durant de longs mois, et que par conséquent le coût d’importation des produits augmente considérablement ? Que ces lois sont encore en vigueur à l’heure ou j’écris ces lignes, malgré le léger assouplissement opéré par l’administration Obama (1) ? Michel Onfray ne dit mot de tout cela, pas plus que des milliers de morts causés par les actions des anticastristes et de la CIA sur le sol cubain : importation de l’épidémie de peste porcine, de nombreuses autres attaques bactériologiques, incendies des champs de canne à sucre, assassinat de paysans bénéficiant de la réforme agraire, attentats contre des bâtiments publics, bateaux, avions (73 morts en 1976 dans l’explosion d’un avion cubain), entrepôts, attaque à la bombe contre des hôtels dans les années 90 (un touriste italien y laissera la vie en 1997) etc, et j’en passe, pour un bilan de plus de 3400 morts et 2000 invalides cubains(2).

 

Michel Onfray déclare également ne pas savoir ou Fidel Castro aurait pu illustrer l’écologie. Il n’a donc qu’à se pencher sur les réussites cubaines mondialement reconnues dans le domaine à partir de la période spéciale (3) (voir le documentaire : ’Cuba, le miracle des années 90’), il pourra également lire les nombreux articles écrits par Fidel Castro sur les problèmes écologiques. Puis tant qu’il y est, lui qui se définit comme un intellectuel de ’gauche’, ne perdrait rien à se renseigner sur le rôle vital qu’a joué Fidel Castro dans la chute du régime d’apartheid sud-africain (4). Nelson Mandela ne manquera pas de s’en rappeler puisqu’il lui accordera sa première visite aussitôt libéré de prison. ’Madiba’ savait ce qu’était une dictature lui, ainsi que les réfugiés politiques chiliens, argentins et autres accueillis à La Havane, qui auraient pu expliquer à Michel Onfray ce qu’est une dictature où on assassine les ouvriers, les paysans, les syndicalistes, les intellectuels, où les enfants dorment dans la rue, n’ont pas d’écoles et ne peuvent pas se soigner.

 

Le philosophe qu’il est aurait également pu mettre Cuba dans le contexte latino-américain et caribéen qui est le sien ainsi que dans son contexte historique.

 

On pouvait espérer analyse plus rigoureuse et plus juste de la part d’un intellectuel reconnu comme Michel Onfray, l’ironie est qu’il appelle dans sa vidéo à faire de l’histoire et non de la morale, mais c’est précisément celui-ci qui utilise la morale au détriment de l’histoire et de la complexité de celle-ci. Je lui propose donc de participer à un débat historique avec qui bon lui semble sur le sujet cubain, un débat où il ne parlera pas seul face à une caméra en exposant des généralités abstraites (dont il sait parfaitement qu’elles passeront plus facilement), mais un échange constructif avec des faits et des chiffres concrets.

 

Michel Onfray aurait peut-être fait mieux que Fidel Castro durant la cinquantaine d’années d’agression américaine contre Cuba et à la tête du pays. Mais peut être aurait-il aussi à l’aube de la période spéciale et de la crise sans précédent qu’a connu Cuba à la chute de l’URSS, décidé d’adopter des mesures d’austérité radicales dictées par la banque mondiale et le FMI. Le gouvernement cubain lui à cette époque, a décidé de maintenir la priorité à l’accès aux soins et à l’éducation pour sa population, avec des succès très importants pour ce petit pays des Caraïbes (5). Mais cela semble être moins important pour le philosophe que ses histoires de beurre et de location de véhicule.

 

Notes :

 

(1) http://www.monde-diplomatique.fr/2015/01/LAMRANI/51971

 

(2) http://www.liberation.fr/planete/1997/08/06/nouvelle-explosion-dans-un-hotel-a-cuba_213646

 

https://www.monde-diplomatique.fr/2005/12/LEMOINE/13057

 

(3) http://www.lechappeebelle.ca/2015/04/cuba-un-laboratoire-de-la-souverainete-alimentaire/

 

(4) http://www.rfi.fr/afrique/20161126-cuba-fidel-castro-mort-afrique-che-guevara

 

(5) http://www.rfi.fr/ameriques/20110808-cuba-exception-medicale

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20131030.AFP0524/tour-de-babel-a-cuba-l-ecole-de-medecine-gratuite-et-solidaire.html

 

http://www.20minutes.fr/sante/1643727-20150701-vih-cuba-devient-premier-pays-eliminer-transmission-sida-mere

 

Source : Le Grand Soir

 

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La fin de l’état-nation

Publié le par Mahi Ahmed

La fin de l’état-nation

 

Par Ammar Belhimer

Le «système global» qui s’est installé au lendemain de l’effondrement de l’Union soviétique est «une nouvelle forme d’impérialisme qui ne repose sur aucun empire national» et amorce une nouvelle phase de mondialisation du capital. C’est une configuration sans tête, un réseau plutôt qu’une pyramide, fondé sur une gouvernance «insécuritaire» qui travaille à «rendre la politique insaisissable» pour se débarrasser du contrôle rationnel du peuple.

Tel est en substance le portrait que dresse Alain Joxe de l’empire états-unien dans une brillante publication, parue chez La Découverte à Paris(*).

Une des particularités majeures du nouveau système est de faire peu cas de la souveraineté – l’unique tâche stratégique relevant de la souveraineté des Etats est la régulation des troubles sociaux et les guerres.

Trois pistes sont privilégiées par Alain Joxe pour souligner :

• «la naissance d’une société insécuritaire globale en l’espace de trente ans ;

• les stratégies militaires et policières et leur globalisation sous le leadership des Etats-Unis ;

• le besoin de regrouper les nations démocratiques en une fédération capable par son poids de se défendre contre les nuisances de la finance spéculative.»

La naissance d’une société politique globale, insécuritaire et violente est traversée par des chocs économiques dès 2007. Cette mutation s’accompagne d’une métamorphose du politique dans laquelle la gouvernance sécuritaire remplace l’Etat protecteur, de la consécration du «terrorisme» comme ennemi politique global à partir des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et, enfin, du passage de la liberté d’entreprendre à la spéculation sur les besoins élémentaires de survie.

La gouvernance insécuritaire néolibérale qui remplace l’Etat protecteur est une innovation complète, «une régression placée dans la longue durée historique». Elle rompt avec l’héritage de Hobbes et son modèle d’Etat-nation souverain qui s’est imposé en Europe occidentale dès le XVIIe siècle avec les traités de Westphalie de 1648 par lesquels les Etats européens mettaient fin aux guerres de religion (Le Léviathan ou Traité de la matière, de la forme et du pouvoir d’une république ecclésiastique et civile de 1651). En s’accordant sur le principe cujus regio ejus religio (la religion du prince est celle du pays), ils mettaient du même coup la croyance sous protection politique, ce qui assure la sécurité des populations civiles contre les violences de la guerre civile de religion (fonction fondatrice de l’Etat).

La configuration actuelle est tout autre : elle détruit les Etats et les empires pour promouvoir une gouvernance mondiale par les marchés qui multiplie «les guerres sans fin, guerres fondées sur la destruction des échelles élémentaires de régulation politique collective» que sont les Etats.

Il s’ensuit, depuis 1990, la mise en place d’insécurités (globalisation, balkanisation et guerres sans fin) qui produisent de la terreur ubiquitaire. Celle-ci va modifier «les espaces-temps, épisodes structurant la topologie de la terreur dans l’ensemble du monde » en quatre moments :

• l’épisode global (1990-1991) : vide stratégique résultant de la disparition de l’ennemi et de la fin de la bipolarité par l’effondrement de la Communauté des Etats socialistes d’Europe ;

• l’épisode moyen-oriental pétrolier (guerre du Golfe en 1991 et écrasement de l’armée irakiennne) puis impérial intercommunautaire (arrêt du processus de paix en Palestine et assassinat de Rabin en 1995) ;

• l’épisode européen (multiplication des guerres dans le voisinage sud de l’Europe, 1995-1997 – démantèlement des régimes d’économie sociale de marché) ;

• l’épisode américain (attentats du 11 septembre 2001, guerres d’Afghanistan et d’Irak).

Ce faisant, la «guerre des civilisations» de Samuel Huntington passe du statut de «théorie» à celui de «doctrine» comportant existence d’un «ennemi stratégique unifié, ayant pour seul objectif la destruction de l’Occident» et avec lequel aucun dialogue n’est possible et aucune interaction n’est acceptable.

«L’alarmisme anti-islamiste» et, au-delà, l’islamophobie qui en résulte, a pour fonction de produire de l’anxiété comme moyen principal d’hégémonie dans le système de pouvoir politique mondial.

Sur le plan économique, il se produit une mutation de la liberté d’entreprendre à la souveraineté des entreprises, principalement transnationales. On passe – à coups de violences, de guerres et de coups d’Etats – d’une configuration multinationale (dans laquelle les firmes se font concurrence pour avoir les faveurs des Etats) à une configuration globale (où ce sont les Etats qui se font concurrence pour attirer les firmes).

Cette mutation avec pour moteurs deux «concepts frontaliers» : la prédation et l’addiction, considérées comme des paradigmes stratégiques, civils et militaires.

La prédation systémique des profits intenses immédiats est une activité impériale qui correspond historiquement à la dernière des trois échelles successives : empires (coloniaux), bipolarité (Est-Ouest) et globalisation (néolibérale).

L’addiction généralisée est, pour sa part, source de marchés captifs, de profits intenses et d’accumulation, avec pour idéal l’absence de concurrent et le monopole.

L’addiction à la «rente aventurière» est l’expression de l’effritement des frontières traditionnelles entre la catégorie de la rente et celle du profit d’entreprise. Elle est favorisée par la domination montante des praticiens de l’espace-temps financier (courtermisme dopé par l’électronique) sur ceux de l’espace-temps de l’économie réelle de la production. Domination de praticiens formant une classe rentière globale dont l’enrichissement est sans limites, du fait de la globalisation et de la gestion électronique des mécanismes de marchés captifs globaux ou locaux.

Les nouveaux sujets qui supplantent les Etats que sont les entreprises financières souveraines sont l’expression d’un modèle mafieux généralisé marqué par une «militarisation» de la pensée économique et l’articulation directe hors territoire de la violence sur l’économie.

A. B.

 

(*) Alain Joxe, «Les guerres de l’empire global – Spéculations financières, guerres robotiques, résistance démocratique», La Découverte, Paris 2012, 261 p.

 

 

 

 

Source de cet article :

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2016/12/06/article.php?sid=205812&cid=8

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Une histoire mouvementée des Kurdes de Turquie

Publié le par Mahi Ahmed

Une histoire mouvementée des Kurdes de Turquie

« LE HDP EST UNE BONNE MALADIE »

 

ORIENT XXI > MAGAZINE > CHRIS DEN HOND > 28 NOVEMBRE 2016

Avec la fermeture des médias kurdes et d’opposition et l’arrestation de onze députés du Parti démocratique des peuples (HDP) élus au Parlement de Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan franchit une nouvelle ligne rouge. Il criminalise les Kurdes. Pourtant, l’élan du HDP qui, en plus des Kurdes, rassemble des minorités arméniennes, assyro-chaldéennes, des militants du mouvement LGBT et diverses composantes de la gauche, est réel. Retour sur une histoire mouvementée.

 

Dogan Özgüden, né en 1936 à Ankara d’une famille de cheminots turcs, est rédacteur en chef de l’agence de presse Info-Türk basée à Bruxelles. Après le coup d’État militaire de 1971, Özgüden et sa femme Tugsavul ont dû quitter la Turquie, après une cinquantaine de procès d’opinion pour les articles qu’ils avaient publiés. Il lui est toujours interdit de retourner en Turquie. Il raconte :

 

Depuis plus de soixante ans que je suis actif dans la vie politique en Turquie, je peux vous assurer que le génocide arménien et la question kurde sont des sujets tabous. Après sa création en 1961 par des syndicalistes de gauche qui contestaient le syndicalisme pro-américain en Turquie, le Parti ouvrier de Turquie (TIP) a grandi grâce au soutien massif des camarades kurdes. Parmi ses quinze élus à l’Assemblée, il y avait plusieurs Kurdes, élus sur un programme socialiste. Le TIP a été interdit après le coup d’État de 1971 parce qu’il avait déclaré que “le peuple kurde a le droit d’exercer ses droits politiques en Turquie.” Ensuite, les Kurdes ont cherché une issue politique autonome. Certains se sont alliés au Parti démocratique du Kurdistan irakien de Massoud Barzani, mais après le coup d’État militaire de 1980, c’est le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui a lancé la lutte armée et obtenu un soutien de masse au Kurdistan turc.

Dans une situation de guerre, avec quatre mille villages brûlés et vidés de leurs habitants au Kurdistan turc1, dans une ambiance politique déterminée par le slogan « un seul État, un seul peuple, une seule langue, le turc », le mouvement kurde a cherché des issues politiques.

 

Dogan Özgüden poursuit :

 

Lors des élections nationales d’octobre 1991, la première fois que des candidats kurdes se sont présentés comme membres du Parti du travail du peuple (HEP) prokurde sur la liste du Parti social-démocrate (SHP), ils ont obtenu vingt-deux sièges. Quand en 1991 Leyla Zana a prêté serment en kurde en disant : “Vive la fraternité entre les peuples turc et kurde”, elle et ses compagnons ont été chassés de l’Assemblée nationale et condamnés à quinze ans de prison pour trahison et liens avec le PKK. Ils ont croupi en prison pendant dix ans. Le SHP avec lequel ils avaient conclu une alliance — mais qui est un parti étatique et kémaliste — les a laissés tomber. Leyla Zana a obtenu le prix Sakharov du Parlement européen, mais cela ne l’a pas fait sortir de prison.

CHANGEMENTS DE DÉNOMINATION

 

Cemile Renklicay, militante kurde et conseillère municipale en région parisienne précise :

 

Les partis prokurdes sont successivement fermés et refont surface sous un autre nom, parfois même dans les mêmes locaux avec partiellement le même personnel. On change le logo et en avant vers la prochaine interdiction.

Souvent en effet, pour ne pas tomber dans le vide politique, un parti politique prokurde a été juridiquement recréé sous un nouveau nom après une interdiction. En voici la liste :

- le HEP, créé en 1990, interdit en 1993 ;

- le Parti de la liberté et de la démocratie (Ozdep), créé en 1993, interdit en 1993 ;

- le Parti de la démocratie (DEP), créé en 1993, interdit en 1994 ;

- le Parti de la démocratie du peuple (Hadep), créé en 1994, interdit en 2003 ;

- le Parti démocratique du peuple (Dehap), créé en 1997, interdit en 2005 ;

- le Parti pour une société démocratique (DTP), créé en 2005, interdit en 2009 ;

- le Parti pour la paix et la démocratie (BDP), créé en 2008, renommé « Parti démocratique des régions » (DBP) qui soutient le HDP, créé en 2013…

 

Cemile Renklicay :

 

Le Hadep, créé en 1994 et interdit en 2003 a eu la vie la plus longue. Malgré la capture d’Abdullah Öcalan début 1999 et les manifestations de masse partout dans le monde, malgré l’interdiction de la télévision kurde, malgré l’interdiction de fêter le nouvel an kurde, Newroz, en mars 1999, malgré le régime d’exception militaire OHAL2 dans la région kurde de Turquie, le parti prokurde Hadep a pu participer aux élections municipales de 1999. C’était très important, parce que c’était la seule expression politique laissée aux Kurdes par le pouvoir en place. Le Hadep ne dépassait pas les 10 % au niveau national, n’avait donc aucune représentation au niveau national, mais a gagné trente-sept mairies dans les principales villes au Kurdistan de Turquie, à Diyarbakir, Van, Batman, surtout au détriment du parti Refah, le prédécesseur du Parti de la justice et du développement (AKP) actuel.

DROITS HUMAINS CONTRE ENTRÉE DANS L’UE

 

Avec Öcalan derrière les barreaux et désireuse de devenir membre de l’Union européenne, la Turquie s’est vue obligée de lâcher un peu de lest en matière de droits démocratiques. Le mouvement kurde en a profité pour élargir la brèche, exiger et même imposer des droits linguistiques et culturels. L’État résistait encore à cette poussée politique quand, par exemple, des gouverneurs, nommés par l’État, interdisaient Newroz parce que dans la demande d’autorisation de la part des maires kurdes était écrit le « w » de Newroz, au lieu du « v » du Nevruz, la première graphie étant considérée comme kurde et séparatiste, la seconde comme turque. Mais globalement, dans les années 2000, le mouvement politique kurde en Turquie s’est considérablement renforcé. Même si les pouvoirs des municipalités restaient très limités, l’état d’exception militaire OHAL était peu à peu supprimé dans la région kurde de Turquie et les gens pouvaient un peu respirer.

 

Dogan Özgüden :

 

Quand la Turquie voulait devenir membre de l’Union européenne et devait donc respecter les critères concernant les droits humains, elle s’est rendu compte qu’il lui fallait tenir compte non seulement des Kurdes, mais aussi des Arméniens, des Assyriens... C’est ce qui a donné dans les années 2000 un semblant de processus de paix, avec Abdullah Öcalan comme interlocuteur.

UN IRRÉSISTIBLE ASCENSION

 

En 2002, c’est sous le nom de Parti démocratique du peuple, Dehap, que le mouvement kurde participe aux élections nationales et obtient 3 millions de voix et 7 % au niveau national — donc aucun représentant dans le Parlement à cause du seuil électoral de 10 %.

 

En 2007, justement pour avoir des élu(e)s, le DTP, successeur du Dehap, décide de ne pas participer aux élections législatives en tant que parti, mais de soutenir ses candidats individuellement. Ils obtiennent 22 sièges au Parlement.

 

En 2009, lors des élections municipales, le DTP gagne les mairies dans plus de cent villes et villages dans la région kurde. Un record. Le BDP, successeur du DTP, obtient 36 sièges au Parlement avec la même méthode : le soutien à des candidats individuels.

 

Cemile Renklicay :

 

Le Hadep avait du mal à conclure des alliances, mais l’inverse est vrai aussi : la gauche avait du mal à s’allier à un parti politique considéré comme la vitrine du “PKK terroriste”. C’est avec le HDP que les choses ont changé.

Murat Ronî, du Conseil démocratique kurde de France, CDK-F rapporte :

 

Ça fait quarante ans maintenant qu’il y a la lutte armée, parce qu’il n’y avait pas d’autre choix que de se défendre les armes à la main. Mais nous savions que la seule voie militaire ne pouvait pas aboutir à une solution. Il a fallu du temps aux différents groupes de gauche et aussi au mouvement kurde pour aboutir au projet HDP, c’est-à-dire à l’union de toutes les forces démocratiques. Nous avons toujours clamé que la solution était politique, d’où l’importance d’une formation comme le HDP. La violence d’Erdogan contre le HDP est justement la conséquence de son importance grandissante dans la société. Le HDP est une maladie contagieuse enTurquie, mais c’est une bonne maladie, je dirais. Lorsqu’Erdogan a attaqué le HDP, c’était, au-delà des Kurdes, contre tous ceux qui sont un peu les oubliés de la nation turque, les LGBT3, les Assyro-Chaldéens4, les Arméniens, et aussi des journalistes, des artistes.

LE TEMPS DES ALLIANCES

 

Avec la montée en force du mouvement politique kurde et sa représentation politique, les Kurdes ont décidé de relever un nouveau défi : dépasser le seuil électoral de 10 % au niveau national en se présentant comme force politique, et plus en soutenant des candidats individuels. La question des alliances avec d’autres forces a été prise très au sérieux. Le pari était risqué, puisque si le HDP n’atteignait pas 10 % au niveau national, il n’y avait plus eu aucun(e) élu(e) dans le Parlement et la déception éloignerait certainement le mouvement kurde de toute solution politique.

 

Pour Emre Öngün, turco-français, enseignant à Paris et militant d’Ensemble ! :

 

L’importance du HDP est énorme pour toutes les populations en Turquie, parce qu’il y a l’ouverture du mouvement kurde vers d’autres forces. Le HDP a aussi été le réceptacle de ce qu’a été le mouvement de Gezi. La jeunesse est plus ouverte sur la question kurde. Le HDP est le seul parti à porter les revendications LGBT de manière aussi forte, et c’est une députée du HDP qui a déposé au Parlement la première demande de reconnaissance du génocide arménien. Le HDP représente cet espoir, et c’est pour cela qu’il est aussi violemment réprimé.

Le HDP a obtenu 13 % et 80 sièges aux élections législatives de mai 2015 avec Selahettin Demirtas « l’Obama kurde » comme coprésident jeune et charismatique. C’était la fête chez les uns, la rage chez les autres. Le HDP privait Erdogan de ses voix nécessaires pour réformer la Constitution et devenir le président-sultan de la Turquie. Il a donc provoqué la guerre, une partie du mouvement kurde est tombée dans le piège et mène la lutte armée à l’intérieur des villes au Kurdistan. Ce qui restait d’un processus de paix cosmétique est désormais enterré. Une partie des alliés du HDP lui ont tourné le dos, Erdogan a convoqué de nouvelles élections, mais le HDP a fini la course électorale avec juste un peu plus de 10 % et privé de nouveau Erdogan de la majorité nécessaire pour modifier la Constitution. Restait à Erdogan à enlever leur immunité aux 59 député(e)s HDP. La tentative de coup d’État du 19 juillet 2016 a été l’occasion ou jamais de les accuser de liens avec le terrorisme du PKK et de les incarcérer.

 

 

Manifestation du 5 novembre à Paris contre la répression des élus du HDP — YouTube

Conclusion de Dogan Özgüden :

 

Le partage du Proche-Orient a été un partage colonial et désormais les Kurdes saisissent l’occasion de redessiner la carte pour réparer l’injustice coloniale qui leur a été faite avec les accords Sykes-Picot. La lutte contre l’organisation de l’État islamique (OEI) a fortement modifié les rapports de force au Proche-Orient. Les Kurdes jouent un rôle important dans cette recomposition. Je ne sais pas sous quelle forme le Kurdistan va émerger, probablement pas sous la forme d’un État-nation. Mais si certains pays de quelques centaines de milliers de citoyens sont représentés à l’ONU, un peuple de 35 millions de personnes a certainement droit à une forme autonome d’existence.

CHRIS DEN HOND

1Les autorités turques ne reconnaissent pas la dénomination de «  Kurdistan  ». Pour eux, il s’agit de la région turque de l’Anatolie du Sud-Est.

2«  Région en état d’urgence  » créée en 1987 dans le sud-est de la Turquie dans le cadre du conflit turc-kurde.

3Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres.

4«  Assyriens  » ou «  Assyro-Chaldéens  » : peuple chrétien du Proche-Orient, parlant et écrivant une langue syriaque proche de l’araméen. Ils appartiennent à l’une des Églises orientales nées à la fin du IVe siècle dans l’empire romain. En Turquie, pourchassés et poussés à l’exil durant la première guerre mondiale, ils se sont en partie réinstallés depuis les années 2000.

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Cuba, l’île de la santé,

Publié le par Mahi Ahmed

Cuba, l’île de la santé,

par Salim Lamrani

 

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

 

Par Salim Lamrani, 31 Juillet 2012. La Nation.info

 

 Depuis le triomphe de la Révolution en 1959, le développement de la médecine a été la grande priorité du gouvernement cubain, qui a transformé l’île des Caraïbes en une référence mondiale dans ce domaine. En effet, à ce jour, Cuba est le pays du monde qui compte le nombre de médecins le plus élevé par habitant.

 

En 2012, Cuba a formé plus de 11 000 nouveaux docteurs, lesquels ont accompli leur cursus de six ans, au sein de ses facultés de médecine reconnues pour l’excellence de leurs enseignements. Il s’agit de la plus importante promotion médicale de l’histoire du pays, qui a fait du développement de la médecine et du bien être social les priorités nationales. Parmi ces nouveaux médecins, 5 315 sont cubains et 5 694 sont issus de 59 pays d’Amérique latine, d’Afrique, d’Asie et même des Etats-Unis, dont une majorité de Boliviens (2400), Nicaraguayens (429), Péruviens (453), Equatoriens (308), Colombiens (175) et Guatémaltèques (170). Ainsi, en une année, Cuba a formé près de deux fois plus de médecins que le nombre total dont elle disposait en 19591.

 

En effet, lors du triomphe de la Révolution, Cuba ne comptait que 6 286 médecins. Parmi ces derniers, 3 000 avaient choisi de quitter le pays pour se rendre aux Etats-Unis, attirés par les opportunités professionnelles que leur offrait Washington. Au nom de la guerre politique et idéologique qui l’opposait au nouveau gouvernement de Fidel Castro, l’administration Eisenhower avait décidé de vider la nation de son capital humain, au point de créer une grave crise sanitaire2.

 

Face à cela, Cuba s’était engagée à investir massivement dans la médecine, en universalisant l’accès aux études supérieures et instaurant la gratuité dans tous les cursus. Ainsi, il existe aujourd’hui 24 facultés de médicine (contre une seule en 1959) dans treize des quinze provinces cubaines, et le pays dispose de plus de 43 000 professeurs de médecine. Depuis 1959, près de 109 000 médecins ont été formés à Cuba3 . Avec un médecin pour 148 habitants (67,2 médecins pour 10 000 habitants, 78 622 au total) selon l’Organisation mondiale de la Santé, Cuba est la nation au monde la mieux pourvue dans ce secteur. Le pays dispose de161 hôpitaux et 452 polycliniques4 .

 

Pour le cursus 2011-2012, le nombre total de diplômés en Sciences médicales, comprenant 21 profils professionnels (médecins, stomatologues, infirmiers, psychologues, technologie de santé, etc.…), s’élève à 32 171, aussi bien cubains qu’étrangers5.

 

L’Ecole latino-américaine de Médecine de La Havane

 

En plus des cursus dispensés au sein des 24 facultés de médecine du pays, Cuba forme également des étudiants étrangers à l’Ecole latino-américaine de Médecine de la Havane. En 1998, suite à l’Ouragan Mitch qui avait ravagé l’Amérique centrale et la Caraïbe, Fidel Castro a décidé de créer l’Ecole latino-américaine de médicine de La Havane (ELAM) – inaugurée le 15 novembre 1999 – afin de former à Cuba les futurs médecins du monde sous-développé.

« Former des médecins prêts à se rendre là où l'on a le plus besoin d'eux et à y rester aussi longtemps que ce sera nécessaire, telle est la raison d'être de notre école depuis sa fondation », explique le docteur Miladys Castilla, vice-rectrice de l’ELAM6 . Actuellement, 24 000 étudiants en provenance de 116 pays d’Amérique latine, de la Caraïbe, d’Afrique, d’Asie, d’Océanie, mais également des Etats-Unis (500 par promotion) se forment gratuitement à Cuba. Entre la première promotion de 2005 et 2010, 8 594 jeunes docteurs de 54 pays ont été formés à l’ELAM7 . Les promotions de 2011 et 2012 ont été exceptionnelles avec près de 8 000 diplômés. Au total, près de 15 000 médecins ont été formés à l’ELAM dans 25 spécialités différentes8.

L’Organisation mondiale de la santé a rendu hommage au travail de l’ELAM :

« L'Ecole latino-américaine de médecine de La Havane accueille des jeunes gens passionnés venus de pays en développement et les renvoie chez une fois qu'ils sont devenus médecins. Il s'agit de favoriser l'équité en matière de santé […].

 

Outre sa taille, l'ELAM […] partage cette exigence de “responsabilité sociale”. L'Organisation mondiale de la Santé définit la responsabilité sociale des écoles médicales comme “l'obligation de faire en sorte que leurs activités d'enseignement, de recherche et de services visent à répondre aux préoccupations prioritaires en matière de santé de la collectivité, de la région et/ou du pays qu'elles ont pour mandat de servir”.

 

Le but de l'ELAM est de former des médecins qui assurent avant tout un service public dans les communautés urbaines et rurales défavorisées, en leur inculquant des compétences élargies en matière de soins de santé primaires, de la promotion de la santé au traitement et à la réadaptation. En échange de l'engagement non contraignant de pratiquer dans des zones mal desservies, les étudiants reçoivent une bourse complète accompagnée d'un petit pécule mensuel et n'ont aucune dette une fois diplômés.

 

[¨Pour ce qui est du recrutement], la préférence est donnée aux candidats financièrement défavorisés qui, sinon, ne pourraient pas se permettre de faire des études de médecine. “Il en résulte que 75% [des] étudiants viennent de communautés qui ont besoin de médecins et que les minorités ethniques sont bien représentées, de même que les peuples autochtones” […].

Les nouveaux médecins sont au travail dans la plupart des pays des Amériques, y compris aux Etats-Unis, dans divers pays africains et dans de nombreux pays anglophones de la région des Caraïbes.

Des écoles comme l'ELAM défient en même temps l'enseignement de la médecine dans le monde d'avoir des préoccupations plus sociales. Comme le souligne Charles Boelen, ancien coordonnateur à l'OMS du programme Ressources humaines pour la santé, ‘Cette notion de responsabilité sociale doit être prise en compte partout dans le monde, même dans les cercles médicaux traditionnels …. Le monde a un urgent besoin de ce genre de bâtisseurs dévoués de nouveaux paradigmes en matière d'enseignement de la médecine...9 ’ ».

 

La solidarité internationale

 

De la même manière, dans le cadre de ses programmes de collaboration internationale, Cuba forme également chaque année près de 29 000 étudiants étrangers en sciences médicales dans trois filières : médecine, infirmerie et technologie de santé, au sein de huit pays du monde (Venezuela, Bolivie, Angola, Tanzanie, Guinée Bissau, Guinée Equatoriale, Timor Oriental10 ).

Depuis 1963 et l’envoi de la première mission médicale humanitaire en Algérie, Cuba s’est engagée à soigner les populations pauvres à travers la planète, au nom de la solidarité internationaliste et des sept principes de la médecine cubaine (équité, gratuité, solidarité, accessibilité, universalité, coresponsabilité et justice)11 . Les missions humanitaires cubaines s’étendent sur quatre continents et revêtent un caractère unique. En effet, aucune autre nation au monde, y compris les plus développées, n’a tissé un tel réseau de coopération humanitaire à travers à la planète. Ainsi, depuis leur lancement, près de 132 000 médecins cubains et autres personnels de santé ont bénévolement œuvré dans 102 pays12 . Au total, plus de 85 millions de personnes ont été soignées à travers la planète par les médecins cubains qui ont ainsi sauvé 615 000 vies13 . Actuellement 31 000 collaborateurs médicaux offrent leurs services dans 69 nations du Tiers Monde14 .

 

Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), « l’un des exemples les plus réussis de la coopération cubaine avec le Tiers-monde a été le Programme Intégral de Santé pour l’Amérique centrale, la Caraïbe et l’Afrique15 ».

 

Dans le cadre de l’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de notre Amérique (ALBA), Cuba et le Venezuela ont décidé de lancer en juillet 2004 une vaste campagne humanitaire continentale portant le nom d’Opération Miracle. Elle consiste à opérer gratuitement les Latino-américains pauvres atteints de cataractes et autres maladies oculaires, mais qui se trouvent dans l’impossibilité de financer une opération qui coûte entre 5 000 et 10 000 dollars selon les pays. Cette mission humanitaire a été depuis étendue à d’autres latitudes (Afrique, Asie). L’Opération Miracle de 49 centres ophtalmologiques dans 15 pays d’Amérique latine et de la Caraïbe16 . En 2011, plus de deux millions de personnes en provenance de 35 pays ont pu retrouver la vue17 .

 

La médecine de catastrophe

 

Concernant la médecine de catastrophe, le Centre pour la politique internationale de Washington, dirigé par Wayne S. Smith, ancien ambassadeur étasunien à Cuba, note dans un rapport que « l’efficacité du système cubain ne fait aucun doute. Seuls quelques Cubains ont perdu la vie dans les 16 ouragans les plus importants qui ont frappé l’île lors de la dernière décennie, et la probabilité de perdre la vie lors d’un ouragan aux Etats-Unis est 15 fois supérieure à celle de Cuba18 ».

Le rapport ajoute que

« contrairement aux Etats-Unis, la médecine de catastrophe à Cuba fait partie intégrante du cursus médical, et l’éducation de la population sur la façon d’agir débute à l’école élémentaire […]. Même les petits enfants prennent part aux exercices, et apprennent les premiers soins ainsi que les techniques de survie, souvent à travers des dessins animés, ainsi que la manière de faire pousser des herbes médicinales et trouver de la nourriture en cas de catastrophe naturelle. Le résultat est l’acquisition d’une forte culture de prévention et d’une préparation sans équivalent19 ».

 

Un indice de développement humain élevé

 

Cet investissement dans le domaine de la santé – 10% du budget national – a permis à Cuba d’obtenir des résultats exceptionnels. Ainsi, grâce, entre autres, à sa médecine préventive, l’île des Caraïbes dispose du taux de mortalité infantile – 4,9 pour mille (contre 60 pour mille en 1959) – le plus bas d’Amérique – inférieur à celui du Canada et des Etats-Unis – et du Tiers-monde. De la même manière, l’espérance de vie des Cubains – 78,8 ans (contre 60 ans en 1959) – est similaire à celle des nations les plus développées20 .

 

Ce développement humain et social est salué par les plus importantes institutions internationales. Ainsi, le Fond des Nations unies pour la population note que Cuba « a adopté il y a plus d’un demi-siècle des programmes sociaux très avancés, qui ont permis au pays d’atteindre des indicateurs sociaux et démographiques comparables à ceux des pays développés ». Le Fond ajoute que « Cuba démontre que les limites des économies en développement ne constituent pas nécessairement un obstacle insurmontable pour le progrès de l’état de santé, le changement démographique et le bien-être21 ».

 

Cuba reste une référence mondiale dans le domaine de la santé, notamment pour les nations du Tiers-monde. Elle démontre qu’il est possible d’atteindre un haut niveau de développement social, malgré des ressources limitées et d’un état de siège économique extrêmement sévère imposé par les Etats-Unis depuis 1960, à condition de placer l’être humain au centre du projet de société.

 

NOTES

 

1) José A. de la Osa, « Egresa 11 mil médicos de Universidades cubanas », Granma, 11 juillet 2012.

 

2) Elizabeth Newhouse, « Disaster Medicine : U.S. Doctors Examine Cuba’s Approach », Center for International Policy, 9 juillet 2012. http://www.ciponline.org/research/html/disaster-medicine-us-doctors-examine-cubas-approach(site consulté le 18 juillet 2012).

 

3) José A. de la Osa, « Egresa 11 mil médicos de Universidades cubanas », op. cit.; Ministerio de Relaciones Exteriores, « Graduados por la Revolución más de 100 000 médicos », 16 juillet 2009. http://www.cubaminrex.cu/MirarCuba/Articulos/Sociedad/2009/Graduados.html(site consulté le 18 juillet 2012).

 

4) Organisation mondiale de la santé, « Cuba : Health Profile », 2010. http://www.who.int/gho/countries/cub.pdf (site consulté le 18 juillet 2012) ; Elizabeth Newhouse, « Disaster Medicine : U.S. Doctors Examine Cuba’s Approach », op. cit.

 

5) José A. de la Osa, « Egresa 11 mil médicos de Universidades cubanas », op.cit.

 

6) Organisation mondiale de la santé, « Cuba répond à la demande de médecins », 1er mai 2010. http://www.who.int/bulletin/volumes/88/5/10-010510/fr/index.html(site consulté le 18 juillet 2012).

 

7) Escuela Latinoamericana de Medicina de Cuba, « Historia de la ELAM ». http://www.sld.cu/sitios/elam/verpost.php?blog=http://articulos.sld.cu/elam&post_id=22&c=4426&tipo=2&idblog=156&p=1&n=ddn(site consulté le 18 juillet 2012).

 

8) Agencia cubana de noticias, « Over 15,000 Foreign Physicians Gratuated in Cuba in Seven Years », 14 juillet 2012.

 

9) Organisation mondiale de la santé, « Cuba répond à la demande de médecins », op. cit.

 

10) José A. de la Osa, « Egresa 11 mil médicos de Universidades cubanas »,op. cit.

 

11) Ladys Marlene León Corrales, « Valor social de la Misión Milagro en el contexto venezolano », Biblioteca Virtual en Salud de Cuba, mars 2009. http://bvs.sld.cu/revistas/spu/vol35_4_09/spu06409.htm(site consulté le 18 juillet 2012).

 

12) Felipe Pérez Roque, « Discurso del canciller de Cuba en la ONU », Bohemia Digital, 9 novembre 2006.

 

13) CSC News, « Medical Brigades Have Treated 85 million », 4 avril 2008. http://www.cuba-solidarity.org.uk/news.asp?ItemID=1288(site consulté le 18 juillet 2012).

 

14) Felipe Pérez Roque, « Discurso del canciller de Cuba en la ONU », op. cit.

 

15) Programme des Nations unies pour le Développement, Investigación sobre ciencia, tecnología y desarrollo humano en Cuba, 2003, p.117-119. http://www.undp.org.cu/idh%20cuba/cap6.pdf(site consulté le 18 juillet 2012).

 

16) Ministerio de Relaciones Exteriores, « Celebra Operación Milagro cubana en Guatemala », República de Cuba, 15 novembre 2010. http://www.cubaminrex.cu/Cooperacion/2010/celebra1.html(site consulté le 18 juillet 2012) ; Operación Milagro, « ¿Qué es la Operación Milagro? ». http://www.operacionmilagro.org.ar/ (site consulté le 18 juillet 2012).

 

17) Operación Milagro, « ¿Qué es la Operación Milagro? », op. cit.

 

18) Elizabeth Newhouse, « Disaster Medicine : U.S. Doctors Examine Cuba’s Approach », op. cit.

 

19) Ibid.

 

20) Ibid.

 

21) Raquel Marrero Yanes, « Cuba muestra indicadores sociales y demográficos de países desarrollados », Granma, 12 juillet 2012.

 

 

Article paru dans Opera Mundi

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Fidel Castro : un géant du XXe siècle

Publié le par Mahi Ahmed

 

Fidel Castro : un géant du XXe siècle

JOSÉ FORT

SAMEDI, 26 NOVEMBRE, 2016

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Un récit de José Fort. Rarement un révolutionnaire, un homme d’Etat aura provoqué autant de réactions aussi passionnées que Fidel Castro. Certains l’ont adoré avant de le brûler sur la place publique, d’autres ont d’abord pris leurs distances avant de se rapprocher de ce personnage hors du commun. Fidel Castro n’a pas de pareil.

 

Il était « Fidel » ou le « Comandante » pour les Cubains et les latino-américains, pas le « leader maximo », une formule ânonnée par les adeptes européo-étatsuniens du raccourci facile. Quoi qu’ils en disent, Fidel Castro restera un géant du XXe siècle.

 

Le jeune Fidel, fils d’un aisé propriétaire terrien, né il y a 90 ans à Biran dans la province de Holguin, n’affiche pas au départ le profil d’un futur révolutionnaire. Premières études chez les Jésuites, puis à l’université de La Havane d’où il sort diplômé en droit en 1950. Il milite dans des associations d’étudiants, tape dur lors des affrontements musclés avec la police dans les rues de la capitale, puis se présente aux élections parlementaires sous la casaque du Parti orthodoxe, une formation se voulant « incorruptible » et dont le chef, Chivas, se suicida en direct à la radio. Un compagnon de toujours de Fidel, Alfredo Guevara, fils d’immigrés andalous et légendaire inspirateur du cinéma cubain, dira de lui : « Ou c’est un nouveau José Marti (le héros de l’indépendance), ou ce sera le pire des gangsters ».

 

Le coup d’Etat du général Fulgencio Batista renverse le gouvernement de Carlos Prio Socarras et annule les élections. Voici le jeune Castro organisant l’attaque armée de la caserne Moncada, le 26 juillet 1953. Un échec. Quatre-vingts combattants sont tués. Arrêté et condamné à 15 ans de prison, Fidel rédige « l’Histoire m’acquittera », un plaidoyer expliquant son action et se projetant sur l’avenir de son pays. Libéré en 1955, il s’exile avec son frère Raul au Mexique d’où il organise la résistance à Batista. Son groupe porte le nom « Mouvement du 26 juillet ». Plusieurs opposants à la dictature rejoignent Fidel. Parmi eux, un jeune médecin argentin, Ernesto Rafael Guevara de la Serna. Son père me dira plus tard : « Au début, mon fils le Che était plus marxiste que Fidel ».

 

Fidel communiste ? Fidel agent du KGB ? Fidel Castro à cette époque se définit comme un adversaire acharné de la dictature, un adepte de la philosophie chère à Thomas Jefferson, principal auteur de la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis, et adhère au projet de Lincoln de coopération entre le capital et le travail. Raul et plusieurs de ses compagnons sont nettement plus marqués à gauche.

 

Le 2 décembre 1956, Fidel monte une expédition avec 82 autres exilés. Venant du Mexique à bord d’un bateau  de plaisance, le « Granma », ils débarquent après une traversée mouvementée dans la Province Orientale (sud-est de Cuba). La troupe de Batista les y attend. Seuls 12 combattants (parmi lesquels Ernesto Che Guevara, Raul Castro, Camilo Cienfuegos et Fidel) survivent aux combats et se réfugient dans la Sierra Maestra. Commence alors une lutte de guérilla avec le soutien de la population. Fidel Castro apparaît au grand jour dans les journaux nord-américains et européens, accorde des interviews, pose pour les photographes, parle sur les radios. A Washington, on ne s’en émeut guère lassés des frasques d’un Batista peu présentable. Après l’entrée de Fidel dans La Havane, le 9 janvier 1959, on observe avec intérêt ce « petit bourgeois qui viendra à la soupe comme tout le monde », ricane-t-on au département d’Etat. Même le vice-président Nixon mandaté pour le recevoir afin de vérifier s’il est communiste soufflera à Eisenhower : « C’est un grand naïf, nous en ferons notre affaire ».  Tant que Fidel ne s’attaque pas à leurs intérêts économiques, les dirigeants étasuniens ne s’alarment pas. Lorsque la révolution commence à exproprier des industries nord-américaines, la United Fruit par exemple, la donne change brutalement.

 

Le premier attentat dans le port de La Havane, le 4 mars 1960, sonne le prélude à une longue liste d’actes terroristes : le cargo battant pavillon tricolore, La Coubre, qui avait chargé des munitions à Hambourg, Brème et Anvers explose dans le port de La Havane faisant plus de cent morts, dont six marins français. Ulcéré, le général de Gaulle donne l’ordre d’accélérer la livraison des locomotives commandées du temps de Batista. Elles font l’objet d’étranges tentatives de sabotage. Les dockers CGT du port du Havre surveilleront le matériel jusqu’au départ des navires.

 

Une opération de grande envergure se préparait du côté de Miami : le débarquement de la Baie des Cochons. En avril 1961, au lendemain de l’annonce par Fidel de l’orientation socialiste de la révolution, le gouvernement des Etats-Unis missionne la CIA pour encadrer 1400 exilés cubains et mercenaires latino-américains en espérant, en vain, un soulèvement populaire. Fidel en personne dirige la contre-attaque. La tentative d’invasion se solde par un fiasco. Les Etats-Unis signent là leur déclaration de guerre à la révolution cubaine. Pendant des dizaines d’années, ils utiliseront toute la panoplie terroriste pour tenter d’assassiner Fidel, jusqu’à la combinaison de plongée sous-marine enduite de poison, faciliteront le débarquement de groupes armés, financeront et manipuleront les opposants, détruiront des usines, introduiront la peste porcine et des virus s’attaquant au tabac et à la canne à sucre. Ils organiseront l’asphyxie économique de l’île en décrétant un embargo toujours en vigueur. « El Caballo » (le cheval) comme l’appelaient parfois les gens du peuple, ce que Fidel n’appréciait pas, aura survécu à Eisenhower, Kennedy, Johnson, Nixon, Reagan, Ford et assisté aux départs à la retraite de Carter, Bush père et Clinton. Il dira de Bush fils « celui là, il finira très mal. » 

 

Tant d’années d’agressions, tant d’années de dénigrement et de coups tordus, tant d’années de résistance d’un petit pays de douze millions d’habitants face à la première puissance économique et militaire mondiale. Qui fait mieux ? Lorsqu’on évoque le manque de libertés à Cuba, ne faudrait-il pas d’abord se poser la question : un pays harcelé, étranglé, en guerre permanente, constitue-t-il le meilleur terreau pour favoriser l’épanouissement de la démocratie telle que nous la concevons en occident et que, à l’instar de George Bush, certains souhaiteraient calquer mécaniquement en d’autres endroits du monde, particulièrement dans le Tiers monde? Lorsque dans les salons douillets parisiens, on juge, tranche, condamne, sait-on au juste de quoi on parle ?

 

La crise des fusées ? Lorsque l’URSS dirigée par Nikita Khrouchtchev décide en 1962 d’installer à Cuba des missiles afin, officiellement, de dissuader les Etats-Unis d’agresser l’île, la « patrie du socialisme » répond à une demande de Raul Castro mandaté par Fidel. La direction soviétique fournit déjà à Cuba le pétrole que lui refuse son proche voisin. Elle met deux fers au feu : dissuader les Etats-Unis d’agresser Cuba, afficher un clair avertissement à Washington sur l’air de « nous sommes désormais à proximité de vos côtes ». La tension atteint un point tel qu’un grave conflit mondial est évité de justesse. Les missiles soviétiques retirés, Fidel regrettera que le représentant de l’URSS à l’ONU n’ait pas reconnu la réalité des faits. « Il fallait dire la vérité », disait-il. Il fut bien obligé de se plier à la décision finale de Moscou même si dans les rues de La Havane des manifestants scandaient à l’adresse de Khrouchtchev : « Nikita, ce qui se donne ne se reprend pas. »

Entre Moscou et La Havane, au-delà des rituels, les relations ont toujours été conflictuelles. Pas seulement, pure anecdote, parce que des « responsables » soviétiques ignorants faisaient livrer des chasse-neige à la place des tracteurs attendus. Les Soviétiques voyaient d’un mauvais œil le rôle croissant de Fidel dans le mouvement des non alignés, l’implication cubaine aux côtés des mouvements révolutionnaires latino-américains puis l’aide à l’Afrique. Ils ne supportaient pas la farouche volonté d’indépendance et de souveraineté de La Havane et ont été impliqués dans plusieurs tentatives dites « fractionnelles » reposant sur des prétendus « communiste purs et durs », en fait marionnettes de  Moscou, pour tenter de déstabiliser Fidel. Une fois l’URSS disparue, les nouveaux dirigeants russes ont pratiqué avec le même cynisme abandonnant l’île, coupant du jour au lendemain les livraisons de pétrole et déchirant les contrats commerciaux. Quel autre pays aurait pu supporter la perte en quelques semaines de 85% de son commerce extérieur et de 80% de ses capacités d’achat ?  L’Espagne, ancienne puissance coloniale, a laissé à Cuba un héritage culturel, les Etats-Unis son influence historique et ses détonants goûts culinaires comme le mélange de fromage et de confiture. Mais la Russie ? Rien, même pas le nom d’un plat ou d’un cocktail.

 

L’exportation de la révolution ?  Fidel n’a jamais utilisé le mot « exportation ». Ernesto Che Guevara, non plus. Ils préféraient évoquer la « solidarité » avec ceux qui se levaient contre les régimes dictatoriaux, créatures des gouvernements nord-américains. Doit-on reprocher ou remercier Fidel d’avoir accueilli les réfugiés fuyant les dictatures du Chili et d’Argentine, de Haïti et de Bolivie, d’avoir ouvert les écoles, les centres de santé aux enfants des parias de toute l’Amérique latine et, plus tard, aux enfants contaminés de Tchernobyl ? Doit-on lui reprocher ou le remercier d’avoir soutenu les insurrections armées au Nicaragua, au Salvador et d’avoir sauvé, face à l’indifférence des dirigeants soviétiques, l’Angola fraîchement indépendante encerclée par les mercenaires blancs sud-africains fuyant, effrayés,  la puissance de feu et le courage des soldats cubains, noirs pour la plupart ? Dans la mémoire de millions d’hommes et de femmes d’Amérique latine et du Tiers monde, Fidel et le Che sont et resteront des héros des temps modernes.

 

Les libertés ? Fidel, un tyran sanguinaire ? Il y eut d’abord l’expulsion des curés espagnols qui priaient le dimanche à la gloire de Franco. Complice de Batista, l’église catholique cubaine était et demeure la plus faible d’Amérique latine alors que la « santeria », survivance des croyances, des divinités des esclaves africains sur lesquels est venue se greffer la religion catholique, rassemble un grand nombre de noirs cubains. Les relations avec l’Eglise catholique furent complexes durant ces longues années jusqu’au séjour de Jean Paul II en 1998 annoncée trop rapidement comme l’extrême onction de la révolution. Ce n’est pas à Cuba que des évêques et des prêtres ont été assassinés, mais au Brésil, en Argentine, au Salvador, au Guatemala et au Mexique.

Il y eut la fuite de la grande bourgeoisie, des officiers, des policiers qui  formèrent, dès la première heure, l’ossature de la contre révolution encadrée et financée par la CIA. Il y eut ensuite les départs d’hommes et de femmes ne supportant pas les restrictions matérielles. Il y  eut l’insupportable marginalisation des homosexuels. Il y eut les milliers de balseros qui croyaient pouvoir trouver à Miami la terre de toutes les illusions. Il y eut la froide exécution du général Ochoa étrangement tombé dans le trafic de drogue. Il y eut aussi ceux qui refusaient la pensée unique, la censure édictée par la Révolution comme « un acte de guerre en période de guerre », les contrôles irritants, la surveillance policière. Qu’il est dur de vivre le rationnement et les excès dits « révolutionnaires ». Excès? Je l’ai vécu, lorsque correspondant de « l’Humanité » à La Havane, l’écrivain Lisandro Otero, alors chef de la section chargée de la presse internationale au Ministère des Affaires étrangères, monta une cabale de pur jus stalinien pour tenter de me faire expulser du pays.

 

Ceux qui osent émettre une version différente d’un « goulag tropical » seraient soit des « agents à la solde de La Havane », soit victimes de cécité. Que la révolution ait commis des erreurs, des stupidités, des crimes parfois n’est pas contestable. Mais comment, dans une situation de tension extrême, écarter les dérives autoritaires?

 

A Cuba, la torture n’a jamais été utilisée, comme le reconnaît Amnesty international. On tranchait les mains des poètes à Santiago du Chili, pas à la Havane. Les prisonniers étaient largués en mer depuis des hélicoptères en Argentine, pas à Cuba. Il  n’y a jamais eu des dizaines de milliers de détenus politiques dans l’île mais un nombre trop important qui ont dû subir pour certains des violences inadmissibles. Mais n’est-ce pas curieux que tous les prisonniers sortant  des geôles cubaines aient été libérés dans une bonne condition physique ?

Voici un pays du Tiers monde où l’espérance de vie s’élève à 75 ans, où tous les enfants sont scolarisés et soignés gratuitement. Un petit pays par la taille capable de produire des universitaires de talent, des médecins et des chercheurs parmi les meilleurs au monde, des sportifs raflant les médailles d’or, des artistes, des créateurs.  Où, dans cette région du monde, peut-on présenter un tel bilan ?

 

Fidel aura tout vécu. La prison, la guérilla, l’enthousiasme révolutionnaire du début, la défense contre les agressions, l’aide internationaliste, l’abandon de l’URSS, une situation économique catastrophique lors de la « période spéciale », les effets de la mondialisation favorisant l’explosion du système D. Il aura (difficilement) accepté l’adaptation économique avec un tourisme de masse entraînant la dollarisation des esprits parmi la population au contact direct des visages pâles à la recherche de soleil, de mojito, de filles où de garçons. Comment ne pas comprendre les jeunes cubains, alléchés par l’écu ou le dollar, et regardant avec envie les visiteurs aisés venus de l’étranger ? Il aura, enfin, très mal supporté  le retour de la prostitution même si dans n’importe quelle bourgade latino-américaine on trouve plus de prostituées que dans  la 5 eme avenue de La Havane. Alors, demain quoi ?

 

Fidel mort, la révolution va-t-elle s’éteindre ? Il ne se passera pas à Cuba ce qui s’est produit en Europe de l’Est car la soif d’indépendance et de souveraineté n’est pas tarie. Les adversaires de la révolution cubaine ne devraient pas prendre leurs désirs pour la réalité. Il y a dans cette île des millions d’hommes et de femmes – y compris de l’opposition – prêts à prendre les armes et à en découdre pour défendre la patrie. Fidel avait prévenu en déclarant : « Nous ne commettrons pas l’erreur de ne pas armer le peuple. » Le souvenir de la colonisation, malgré le fil du temps, reste dans tous les esprits, les progrès sociaux enregistrés, au-delà des difficultés de la vie quotidienne, constituent désormais des acquis. Il y a plus. La révolution a accouché d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes refusant le retour au passé, des cadres « moyens » de trente à quarante ans très performants en province, des jeunes dirigeants nationaux aux talents confirmés. Une nouvelle époque va s’ouvrir et elle disposera d’atouts que Fidel n’avait pas. L’Amérique latine, ancienne arrière cour des Etats-Unis, choisit des chemins progressistes de développement, l’intégration régionale est en marche, le prestige de la révolution cubaine demeure intacte auprès des peuples latino-américains. Cuba, enfin, peut respirer.

Il n’y aura pas de rupture à Cuba. Il y aura évolution. Obligatoire. Pour qu’elle puisse s’effectuer dans les meilleures conditions, il faudra que les vieux commandants de la Révolution rangent leurs treillis vert olive, prennent leur retraite et passent la main. Les atlantes du futur, de plus en plus métissés, sont prêts. Ne sont-ils pas les enfants de Fidel ?

José Fort

José Fort est un internationaliste passionné du monde, journaliste, ancien chef du service monde de l’Humanité.

 

        Url : http://www.humanite.fr/fidel-castro-un-geant-du-xxe-siecle-627193

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L’Organisation de coopération de Shanghai mène la grande transformation de l’Eurasie

Publié le par Mahi Ahmed

L’Organisation de coopération de Shanghai mène la grande transformation de l’Eurasie

par Ariel Noyola Rodríguez

L’Organisation de coopération de Shanghai est en voie de passer de la coopération en matière de sécurité et de défense à un effort supplémentaire dans les domaines économiques et financiers. Durant son quinzième sommet, tenu début novembre, le Premier ministre chinois, Li Keqiang, a proposé à ses membres l’établissement d’une zone de libre échange commercial et la création une banque régionale de développement, qui augmentera l’influence de Beijing et de Moscou sur une région qui, de l’avis des principaux stratèges des États-Unis, définira finalement le futur de l’hégémonie globale.

RÉSEAU VOLTAIRE | MEXICO (MEXIQUE) | 24 NOVEMBRE 2016

 

Zbigniew Brzezinski, qui était conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter, a déclaré en 1997 dans son livre Le grand échiquier : la primauté américaine et ses impératifs géostratégiques (The Grand Chessboard : American Primacy and Its Geostrategic Imperatives), que l’une des conditions pour que les États-Unis conservent leur hégémonie mondiale était d’empêcher, à tout prix, l’émergence d’une puissance concurrente en Eurasie.

Aujourd’hui, non seulement Washington n’a plus de contrôle sur cette zone, mais les Chinois mènent, avec les Russes, la construction d’un réseau économique et financier majeur concernant tous les pays de la région.

Presque tous les médias occidentaux ont occulté que, début novembre, le Premier ministre chinois, Li Keqiang, a visité plusieurs pays d’Asie centrale. Li a atterri à Bichkek (Kirghizistan) pour participer au quinzième sommet des chefs de gouvernement de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) [1]. L’OCS, qui couvre environ 300 millions de kilomètres carrés, 60 % de toute l’Eurasie et abrite un quart de la population mondiale, est composée de la Chine, de la Russie, du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan. L’Inde et le Pakistan sont dans un processus d’adhésion qui devrait se conclure au sommet d’Astana, qui se tiendra en juin 2017 [2].

Bien que conçue à l’origine dans une perspective militaire et de sécurité, l’OCS s’engage maintenant également dans la coopération économique et financière. Juste au moment où le commerce international des pays de l’OCS a enregistré sa pire performance depuis le début de la crise financière de 2008 [3], il est devenu urgent de renforcer les liens, tant en termes d’échanges commerciaux que d’investissements. Pour faire face au ralentissement économique mondial, il est impératif que les pays émergents renforcent leurs relations Sud-Sud (entre pays périphériques) afin de réduire leur dépendance à l’égard des pays industrialisés, aujourd’hui embourbés dans la stagnation.

La proposition du Premier ministre de la Chine d’établir une zone de libre-échange entre les membres de l’OCS a précisément pour but l’intégration horizontale des chaînes de production de la région eurasienne [4]. À une époque où la Chine accélère la réorientation de son économie vers son marché intérieur, en vue de réduire la prévalence des investissements massifs et du commerce extérieur dans son modèle de croissance, c’est une question de premier ordre pour les autres pays de l’OCS de faire le saut vers la production de produits à haute valeur ajoutée.

D’un autre côté, je crois que l’OCS devrait étudier la possibilité d’unir ses forces dans d’autres projets d’intégration qui tentent de se consolider aujourd’hui. L’élimination des barrières tarifaires pourrait bien permettre aux pays de l’OCS d’augmenter les flux commerciaux et les investissements, de façon substantielle, avec les blocs régionaux constitués par les économies émergentes ; par exemple, l’Union eurasienne économique (UEE, composée de la Russie, de la Biélorussie, du Kazakhstan, de l’Arménie et du Kirghizistan) ou même l’Association des nations de l’Asie du Sud-est (ASEAN, pour son sigle en anglais).

En parallèle, il est essentiel que les stratégies régionales d’intégration économique impulsées par l’OCS et l’UEE cherchent à établir, dès que possible, des alliances avec les zones de libre-échange que la Chine pousse en Asie ; à savoir les points de convergence, par exemple, avec l’Accord économique complet régional (RCEP, pour son sigle en anglais). À mon avis, le rôle de la Chine dans les flux commerciaux mondiaux offre d’énormes avantages pour les pays situés en Eurasie. Cependant, il ne s’agit pas seulement de vendre des marchandises dans l’un des marchés les plus dynamiques du monde, mais aussi d’acheter des biens à des prix beaucoup plus bas.

En outre, au cours de la réunion avec ses homologues de l’OCS, Li a promu la mise en service d’une banque régionale de développement, et d’un fonds de crédit spécial. À son avis, ces instruments seront en mesure de répondre aux besoins de financement de la région eurasienne [5]. Si elles se concrétisent, ces institutions ajouteraient aux institutions financières menées par la Chine qui ont été lancées ces dernières années : la Nouvelle Banque de développement des BRICS et la Banque asiatique d’investissement dans l’infrastructure (AIIB, pour son sigle en anglais).

Il est important de noter que toutes ces initiatives participent à l’objectif principal de canalisation de l’épargne des pays émergents vers le financement de l’initiative économique internationale la plus ambitieuse, entreprise par la Chine au cours des dernières années, la Nouvelle Route de la Soie : « Une Ceinture, une Route », un vaste réseau de transport reliant les pays de l’Est, du Sud, et du Sud-est asiatique avec le Moyen-Orient et l’Afrique du nord jusqu’à l’Europe [6].

La Chine confirme encore une fois que l’intégration économique de l’Asie est l’une de ses priorités stratégiques. Bien que l’administration Obama a lancé la doctrine du pivot vers l’Asie en 2011, une stratégie de défense qui avait pour mission de contenir la montée de Beijing en tant que superpuissance, ses dirigeants ont réussi, avec de nombreux succès, à consolider leur leadership régional. Maintenant, il semble que l’avertissement, prodigué par Brzezinski il y a près de deux décennies, soit devenu une réalité douloureuse pour les États-Unis : l’OCS, soutenue majoritairement par la Chine et la Russie, a conduit à la grande transformation de l’Eurasie.

Ariel Noyola Rodríguez

Traduction

JJ

site : Le Saker Francophone

Source

Russia Today (Russie)

      

 

[1] « SCO prime ministers’ meeting gives strong boost to regional economic, security cooperation », China Daily, November 5, 2016.

[2] « India, Pakistan may get new status at Shanghai Cooperation Organization in 2017 — diplomat », TASS, November 10, 2016.

[3] « World Trade Set for Slowest Yearly Growth Since Global Financial Crisis », Paul Hannon & William Mauldin, The Wall Street Journal, September 27, 2016.

[4] « China Suggests Free Trade Zone For the SCO », Catherine Putz, The Diplomat, November 4, 2016.

[5] « China proposes SCO development bank », The Nation (Pakistan), October 23, 2016.

[6] « The rise of the Eurasian silk road », Dan Steinbock, China Daily, November 8, 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

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