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Le Daech en nous

Publié le par Mahi Ahmed

~~Le Daech en nous par K. Selim Le grand mufti d'Arabie Saoudite, Abdel Aziz Al-Cheikh, a fait une découverte, le Daech ou l'Etat islamique est un mouvement extrémiste, terroriste, criminel intolérant, diviseur… Il a donc décidé de le condamner et de le pourfendre sur le mode «classique» que ce ne sont pas des vrais musulmans mais des kharijites… Littéralement ceux qui sont sortis de la communauté, les «premiers séditieux», ceux qui ne font plus partie de nous… Ils «n'ont rien avec l'Islam», a-t-il dit, ils sont «l'ennemi numéro 1» des musulmans. Le grand mufti s'est mis dans la «ligne». Depuis que le roi Abdallah d'Arabie Saoudite a critiqué le «silence et la paresse» des oulémas sur la menace du Daech, le mufti se rattrape. En reprenant le discours éculé du Daech ou Al-Qaïda qui seraient un «phénomène étranger (Gharib) à nos sociétés». Comme si les «idées» frustres et moyenâgeuses du Daech étaient tombées du ciel, comme si elles n'étaient pas le produit «fini» d'un travail, patient et fortement financé, des religieux saoudiens. Sur les réseaux sociaux, on a également cette tendance à «externaliser» le Daech, à le mettre sous le compte d'un «complot américain». On a même inventé des propos, faux et totalement farfelus, à Mme Hillary Clinton, disant que les Américains «ont créé Daech». Les Etats-Unis ont de lourdes responsabilités dans ce qui arrive à l'Irak et dans toute la région. Ils ont détruit un Etat, très imparfait, dissous une armée qui aurait été bien utile et ont ouvert un grand boulevard aux djihadistes qui, c'est le cas de le dire, étaient bien «étrangers» à l'Irak. Mais les idées du Daech ne sont pas venues de «l'étranger», elles n'ont pas été concoctées par la CIA. Elles sont diffusées continuellement par les religieux saoudiens et apparentés dont les visions étriquées ont été amplifiées par l'argent et les satellites. Ceux qui font le Daech n'avaient pas à inventer des «idées», elles sont servies depuis au moins trois décennies par l'Etat le plus riche du monde. Que cet Etat islamique s'installe entre l'Irak et la Syrie, n'est pas non plus étranger au soutien multiforme apporté aux djihadistes prenant le chemin de l'Irak et du Levant. Rien n'est étranger dans le Daech. Comme le souligne avec une noire et rageuse ironie, dans le journal électronique raialyoum.com, l'écrivain irakien Ali Al-Sarraf, Daech n'invente rien, il pratique à ciel ouvert ce que les régimes et les gouvernants font de manière discrète. Car on fait effectivement du Daech quand on combat de manière routinière et brutale les libertés, quand on refuse la citoyenneté, quand on méprise le savoir, quand on entretient la détestation des femmes dès l'enfance, quand on diffuse, méthodiquement à travers les médias satellitaires, la haine des chiites et des autres. «Chacun est Daech et tout un chacun est responsable de la Daichia», assène l'écrivain. Massacrer, tuer des innocents, écraser les femmes, persécuter des minorités, tout cela n'a rien d'étranger à ce qui se passe chez nous, sous les gouvernances autoritaires et violentes. La seule différence est que Daech ne se cache pas en le faisant, il tient au contraire à le diffuser. Il devient presque superflu de se questionner sur «l'utilité» de ce type de mouvement pour les ingérences étrangères, pour les jeux de l'Empire dans l'orchestration du chaos présumé créateur. C'est la vocation des Etats qui ont la puissance et la capacité de se projeter sur le long terme de profiter de toutes les situations et même de les créer sans se soucier du prix payé par les populations. «Celui dont la culture, le comportement et la barbarie sont les mêmes que ceux de Daech ferait preuve de la plus haute hypocrisie s'il lui jette la pierre», écrit Ali Al-Sarraf. Il serait en effet trop facile par une simple dénonciation du roi et du mufti d'absoudre l'Arabie Saoudite de son rôle hyper-négatif dans la fabrication de générations entières d'esprit borné et haineux. Le «Califat» n'a pas d'avenir mais le Daech est en nous. Il est semé et amplifié par les autoritarismes qui entravent l'évolution des sociétés. Le Daech est notre problème à tous. Et l'establishment religieux et le pouvoir saoudien font partie du problème.

Source : Le Quotidien d'Oran du 20.8.14

OTAN, offensive mondiale

Publié le par Mahi Ahmed

~~OTAN, offensive mondiale De Manlio Dinucci Global Research, juillet 29, 2014 Url de l'article: http://www.mondialisation.ca/otan-offensive-mondiale/5393876 Pas de vacances, mais un super travail d’été à l’OTAN. On prépare le Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement qui, les 4 et 5 septembre à Newport au Pays de Galles, fixera les lignes de l’ « adaptation stratégique » en fonction anti-russe. Comme l’a déjà annoncé le général étasunien Philip Breedlove, Commandant suprême allié en Europe, cela « coûtera de l’argent, du temps et des efforts ». Les travaux ont déjà commencé. En Ukraine, pendant que l’OTAN intensifie l’entraînement des forces armées de Kiev, financées par Washington avec 33 millions de dollars, on est en train de réactiver trois aéroports militaires dans la région méridionale, utilisables par les chasseurs bombardiers de l’Alliance. En Pologne vient à peine de se tenir une manoeuvre de parachutistes étasuniens, polonais et estoniens, largués par des C-130J arrivés à la base allemande de Ramstein. En Hongrie, Roumanie, Bulgarie et Lituanie sont en cours diverses opérations militaires OTAN, avec des avions radar AWACs, chasseurs F-16 et navires de guerre en Mer Noire. En Géorgie, où s’est rendue une délégation de l’Assemblée parlementaire OTAN pour accélérer son entrée dans l’Alliance, les troupes revenues d’Afghanistan sont re-entraînées par des instructeurs étasuniens pour opérer dans le Caucase. En Azerbaïdjan, Tadjikistan et Arménie sont entraînées des forces choisies pour opérer sous commandement OTAN, dont le quartier général accueille déjà des officiers de ces pays. En Afghanistan l’OTAN est en train de reconvertir la guerre, en la transformant en une série d’ « opérations couvertes ». L’ « Organisation du Traité Nord-Atlantique », après s’être étendue à l’Europe orientale (jusqu’à l’intérieur de l’ex URSS) et à l’Asie centrale, pointe maintenant sur d’autres régions. Au Moyen-Orient l’OTAN, sans apparaître officiellement, conduit à travers des forces infiltrées une opération militaire couverte contre la Syrie et se prépare à d’autres opérations, comme le montre le déplacement à Izmir (Turquie) du Landcom, le commandement de toutes les forces terrestres de l’Alliance. En Afrique, après avoir démoli la Libye en 2011 par la guerre, l’OTAN a stipulé en mai dernier à Addis Abeba un accord qui potentialise l’assistance militaire fournie à l’Union africaine, notamment pour la formation et l’entraînement des brigades de l’African Standby Force, à qui elle fournit aussi « planification et transport aéronaval ». Elle a de ce fait une voix déterminante sur les décisions concernant où et comment les employer. Un autre de ses instruments est l’opération « anti-piraterie » Ocean Shield dans les eaux de l’Océan Indien et du Golfe d’Aden stratégiquement importants. A l’opération, conduite de concert avec le Commandement Africa des Etats-Unis, participent des navires de guerre italiens y compris avec la mission d’établir des relations avec les forces armées des pays riverains : dans ce but le contre-torpilleur lance-missiles Mimbelli a fait escale à Dar Es Salam en Tanzanie du 13 au 17 juillet. En Amérique latine, l’OTAN a stipulé en 2013 un « Accord sur la sécurité » avec la Colombie qui, déjà engagée dans des programmes militaires de l’Alliance, peut en devenir rapidement un partenaire. Dans ce cadre le Commandement méridional USA effectue actuellement en Colombie une manœuvre de forces spéciales sud et nord-américaines, avec la participation de 700 commandos. Dans le Pacifique est en cours la Rimpac 2014, la plus grande manoeuvre maritime du monde, en fonction anti-Chine et anti-Russie : y participent, sous commandement USA, 25 000 militaires de 22 pays avec 55 navires et 200 avions de guerre. L’OTAN est présente avec les marines des USA, Canada, Grande-Bretagne, France, Hollande et Norvège, et avec l’Italie, l’Allemagne et le Danemark comme observateurs. L’ « Organisation du Traité Nord-Atlantique » s’est étendue au Pacifique. Manlio Dinucci Edition de mardi 29 juillet 2014 de il manifesto (Lien introuvable ce matin, 29 juillet) Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio Copyright © 2014 Global Research

Le poème de Mahmoud Darwich symbole de la résistance palestinienne à l'occupation israélienne: « Identité »

Publié le par Mahi Ahmed

~~Le poème de Mahmoud Darwich symbole de la résistance palestinienne à l'occupation israélienne: « Identité » On ne présente plus Mahmoud Darwich, considéré comme le poète de lca résistance nationale palestinienne, un des plus grands poètes de langue arabe du XX ème siècle, à l'inspiration bercée par la perte, par l'exil, par la lutte tragique du peuple palestinien. Darwich a toujours mêlé sa quête artistique à ses combats politiques – sans sacrifier ni l'aspiration à la beauté formelle, ni l'idéal d'une autre société plus juste – il fut un militant du Parti communiste d’Israël dans les années 1960, publiant ses premiers poèmes dans la presse du parti. Il continua ensuite ses études en URSS avant de revenir en Palestine pour intégrer l'OLP (Organisation de libération de la Palestine) en 1973, dont il occupa les fonctions les plus élevées avant de la quitter en 1993 pour protester contre les accords d'Oslo qui désarmaient la résistance. Darwich fut donc un poète de la lutte acharnée de la lutte du peuple palestinien, de la fierté arabe, mais aussi celui de l'unité, dans la résistance palestinienne, ainsi qu'ultimement entre les peuples de la terre palestinienne quelle que soit leur origine, confession : juifs, arabes, ou autres. Nous proposons ici – en ces temps de résistance à l'agression israélienne contre Gaza – son poème qui a le plus contribué à sa réputation de poète national palestinien : « Identité ». Inscris ! Je suis Arabe Le numéro de ma carte : cinquante mille Nombre d'enfants : huit Et le neuvième... arrivera après l'été ! Et te voilà furieux ! Inscris ! Je suis Arabe Je travaille à la carrière avec mes compagnons de peine Et j'ai huit bambins Leur galette de pain Les vêtements, leur cahier d'écolier Je les tire des rochers... Oh ! je n'irai pas quémander l'aumône à ta porte Je ne me fais pas tout petit au porche de ton palais Et te voilà furieux ! Inscris ! Je suis Arabe Sans nom de famille - je suis mon prénom « Patient infiniment » dans un pays où tous Vivent sur les braises de la Colère Mes racines... Avant la naissance du temps elles prirent pied Avant l'effusion de la durée Avant le cyprès et l'olivier ...avant l'éclosion de l'herbe Mon père... est d'une famille de laboureurs N'a rien avec messieurs les notables Mon grand-père était paysan - être Sans valeur - ni ascendance. Ma maison, une hutte de gardien En troncs et en roseaux Voilà qui je suis - cela te plaît-il ? Sans nom de famille, je ne suis que mon prénom. Inscris ! Je suis Arabe Mes cheveux... couleur du charbon Mes yeux... couleur de café Signes particuliers : Sur la tête un kefiyyé avec son cordon bien serré Et ma paume est dure comme une pierre ...elle écorche celui qui la serre La nourriture que je préfère c'est L'huile d'olive et le thym Mon adresse : Je suis d'un village isolé... Où les rues n'ont plus de noms Et tous les hommes... à la carrière comme au champ Aiment bien le communisme Inscris ! Je suis Arabe Et te voilà furieux ! Inscris Que je suis Arabe Que tu as raflé les vignes de mes pères Et la terre que je cultivais Moi et mes enfants ensemble Tu nous as tout pris hormis Pour la survie de mes petits-fils Les rochers que voici Mais votre gouvernement va les saisir aussi ...à ce que l'on dit ! DONC Inscris ! En tête du premier feuillet Que je n'ai pas de haine pour les hommes Que je n'assaille personne mais que Si j'ai faim Je mange la chair de mon Usurpateur Gare ! Gare ! Gare À ma fureur !

Les nouveaux défis de l’Amérique latine

Publié le par Mahi Ahmed

~~Les nouveaux défis de l’Amérique latine Par Samir Amin | 28 juillet 2014 → Analyste politique et écrivain. Directeur du Forum du Tiers-Monde à Dakar (Sénégal). Président du Forum mondial des alternatives (FMA) Le continent américain a été la première région intégrée dans le capitalisme mondial naissant [1]. C’est également la première à avoir été façonnée comme périphérie des centres européens atlantiques en constitution. Ce façonnement a été d’une brutalité sans pareille. Les Anglais ont ici (comme en Australie et en Nouvelle-Zélande) tout simplement procédé au génocide complet des Indiens, les Espagnols à leur réduction à un statut proche de l’esclavage. En dépit des effets démographiques catastrophiques de ces politiques, la présence indienne n’a pas été effacée. Les Portugais et les Français ont complété l’œuvre de façonnement du continent par la traite des esclaves. L’exploitation de cette première périphérie du capitalisme historique était fondée sur la construction d’un système de production pour l’exportation de produits agricoles (sucre, coton) et de produits miniers. L’indépendance, conquise par les classes dirigeantes locales blanches, n’a rien changé à cette vocation. L’Amérique latine, avec encore aujourd’hui seulement 8,4 % de la population mondiale, comme l’Afrique, constituent les deux régions du monde où se conjuguent un faible peuplement relatif (par comparaison avec l’Asie de l’Est, du Sud et du Sud-Est) et une richesse fabuleuse en ressources naturelles (en terres arables potentielles et en richesses du sous sol). Elles ont de ce fait vocation à être et à demeurer des zones soumises au pillage systématique et à grande échelle de ces ressources au seul bénéfice de l’accumulation du capital dans les centres dominants, l’Europe et les Etats Unis. Les formes politiques et sociales construites pour servir cette vocation ont bien entendu évolué avec les siècles ; mais elles sont demeurées conçues à chaque étape, jusqu’aujourd’hui, pour la servir. Au XIXe siècle, l’intégration de l’Amérique latine dans le capitalisme mondial reposait d’une part sur l’exploitation de ses paysans, réduits au statut de péons soumis par l’exercice des pratiques sauvages des pouvoirs exercés directement par les grands propriétaires fonciers et, d’autre part, sur l’exploitation de ses mines par les premières grandes compagnies minières européennes et états-uniennes. Le système de Porfirio Diaz [2] au Mexique en constitue un bel exemple. L’approfondissement de cette intégration au XXe siècle a produit la « modernisation de la pauvreté ». L’exode rural accéléré, plus marqué et plus précoce en Amérique latine qu’en Asie et en Afrique, a substitué aux formes anciennes de la pauvreté rurale celles du monde contemporain des favelas urbaines. En parallèle, les formes du contrôle politique des masses ont été à leur tour « modernisées » par la mise en place de dictatures « para-fascistes » (abolition de la démocratie électorale, interdiction des partis et des syndicats, octroi à des services spéciaux « modernisés » par leurs techniques de renseignement du droit d’arrêter, de torturer, de faire disparaître tout opposant réel ou potentiel). Des dictatures au service du bloc réactionnaire local (latifundiaires, bourgeoisies compradore, classes moyennes bénéficiaires de ce mode de lumpen développement) et du capital étranger dominant, en l’occurrence celui des Etats-Unis. Le continent conserve jusqu’à ce jour les marques de la surexploitation sauvage à laquelle il est soumis. Les inégalités sociales y sont extrêmes, plus encore qu’ailleurs. Le Brésil est un pays riche (le rapport terres arables/population y est dix-sept fois meilleur qu’en Chine) où on ne voit que des pauvres ; la Chine est un pays pauvre où on voit beaucoup moins de déchéance extrême, ai-je écrit. Mais au Brésil, conséquence de son développement capitaliste périphérique précoce et profond, il n’y a plus que 10 % de ruraux : la pauvreté est désormais urbaine. Au Venezuela, le pétrole a intégralement détruit l’économie et la société : il n’y a plus ni agriculture, ni industries, tout est importé. Très riches et très pauvres vivent – ou survivent – de la seule rente pétrolière. Dans ces conditions, la reconstruction d’une agriculture capable d’assurer la souveraineté alimentaire comme la construction de systèmes industriels cohérents et efficaces exigera la mise en œuvre de politiques systématiques de longue haleine spécifiques, certainement différentes de celles qu’on pourrait imaginer en Asie et en Afrique. Des avancées révolutionnaires remarquables Le contraste est ici également visible, entre les avancées conséquentes conquises par les luttes populaires en Amérique du Sud au cours des trente dernières années et leur absence en Asie (Chine, Taïwan et Corée faisant exception) et en Afrique. A l’origine de ces avancées : la mise en déroute des dictatures des années 1960-1970 par d’immenses mouvements populaires urbains. Initiée au Brésil par la présidence de Fernando Henrique Cardoso, approfondie par celle de Lula (2003), par la première victoire électorale de Chavez (1999), la maturation de la revendication de la démocratie est incontestablement en avance en Amérique latine. Cette revendication ne concerne plus quelques segments des classes moyennes, mais désormais la grande majorité des classes populaires, urbaines et rurales. Elle a permis des victoires électorales en Bolivie, en Equateur, en Argentine, en Uruguay (ce qui constitue l’exception dans l’histoire ancienne et récente et non la règle !) qui ont porté au gouvernement une nouvelle génération de dirigeants, dont les cultures politiques progressistes n’ont plus rien à voir avec celle des XIXe et XXe siècles. Une génération de dirigeants qui ont osé amorcer la remise en cause des politiques économiques et sociales réactionnaires du néolibéralisme, au plan intérieur tout au moins, sans que, malheureusement (et c’est là leur limite) cette remise en question n’ait modifié le mode d’insertion des pays concernés dans le capitalisme global. Acquis positifs majeurs incontestables : l’amorce de la rénovation de la gestion démocratique de la politique (budgets participatifs, référendums révocatoires, etc.) ; la mise en place de politiques sociales correctives (mais plus par la redistribution que par le développement d’activités productives nouvelles) ; enfin la reconnaissance du caractère multinational des nations andines. Ces acquis se sont conjugués avec les efforts de l’Amérique latine pour se libérer de la tutelle politique des Etats-Unis – formulée par la doctrine Monroe – malheureusement sans pour autant réduire la dépendance économique du continent. L’organisation des Etats américains (OEA) – le « ministère des colonies de Washington » – a du plomb dans l’aile depuis la constitution de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (Alba, 2004) et de la Communauté des Etats d’Amérique latine et de la Caraïbe (Celac, 2011) – cette dernière rassemblant tous les Etats du sous-continent, mais excluant les Etats-Unis et le Canada. Le Mexique – soumis aux exigences du marché intégré nord américain – a commis de ce fait ce que j’ai osé qualifier de « suicide national » qui ne pourra être surmonté que par une grande révolution nationale et populaire, comme celle des années 1910-1920. Les limites de ces premières avancées sont néanmoins évidentes : la région non seulement demeure vouée à l’échelle globale à la production primaire (75% de ses exportations encore aujourd’hui, alors que l’Asie – la Chine en premier lieu – progresse à vive allure dans l’industrialisation et dans l’exportation compétitive de produits manufacturés), mais on assiste à même à une « re-primatisation » de son économie (le modèle « extractiviste »). Le succès conjoncturel de l’exportation de produits primaires, la liquidation de l’endettement extérieur massif qu’il a permis, alimentent une illusion dangereuse : celle que le progrès politique et social pourrait être poursuivi sans sortir de la mondialisation telle qu’elle est. Les limites et contradictions des avancées de l’Amérique latine interpellent la pensée sociale progressiste contemporaine. Ces avancées ont été produites par un mouvement populaire civil puissant, en rupture avec les formes anciennes de luttes conduites par des partis (communistes ou populistes) et avec l’expérience des luttes armées des années 1960-1970. J’ai proposé à cet effet un cadre d’analyse dont je rappelle ici seulement les très grandes lignes. Je parle de « prolétarisation généralisée et simultanément segmentée à l’extrême ». Il s’agit bien d’une prolétarisation, au sens que tous les travailleurs (formels et informels) n’ont rien d’autre à vendre que leur force de travail, y compris leurs capacités « cognitives » s’il y a lieu. La segmentation est, elle, largement produite par des stratégies systématiques mises en œuvre par les monopoles généralisés qui contrôlent le système économique considéré dans son ensemble, l’orientation de la recherche et de l’invention technologiques, le pouvoir politique. De surcroît, la garantie de permanence du contrôle étroit des monopoles généralisés de la triade impérialiste (Etats-Unis, Europe, Japon) est recherchée par une géostratégie de déploiement du contrôle militaire de la planète par les forces armées des Etats-Unis et de leurs alliés subalternes (Otan et Japon). Cette analyse vient en contrepoint de celle de Michael Hardt et de Antonio Negri dont je critique l’insistance démesurée sur la portée des effets de la « liberté » mise en œuvre dans les luttes de résistance de la « multitude » (terme flou pour cacher la prolétarisation), comme leur erreur de jugement sur la politique de Washington, dont le projet militaire aurait, selon eux, déjà « échoué », alors que, à mon avis, l’establishment n’a absolument pas renoncé à sa poursuite (et Hillary Clinton, si elle est élue, accentuerait cette fuite en avant). Des défis formidables à surmonter Les avancées des trente dernières années ont créée des conditions favorables permettant leur poursuite et leur approfondissement. Mais il y a des conditions pour que ce possible devienne réalité. J’en synthétise la nature en proposant la mise en œuvre de « projets souverains associant la construction de systèmes industriels modernes cohérents, la reconstruction de l’agriculture et du monde rural, la consolidation de progrès sociaux et l’ouverture à l’invention d’une démocratisation progressive et sans fin ». Mon insistance sur la souveraineté nationale, qu’il faut savoir associer à celle des classes populaires et non accepter de la dissocier de celle-ci, vient également en contrepoint du discours de Negri, qui estime dépassées l’affirmation de la nation et la construction d’un système mondial pluricentrique. A mon avis, ces objectifs sont loin d’être « dépassés » – certainement pas encore ! L’imaginer rend impossible la construction de stratégies d’étapes efficaces. La reconstruction de l’agriculture – dans la perspective de la consolidation de la souveraineté alimentaire – imposera des formules de politiques différentes d’un pays à l’autre. Lorsque l’urbanisation absorbe 80% (ou plus) de la population, il devient illusoire d’imaginer possible un « renvoi à la terre » de travailleurs urbains paupérisés. Il faut envisager un mode de reconstruction très différent de celui qui est toujours possible et nécessaire en Asie et en Afrique. Néanmoins, cette reconstruction implique l’abandon des politiques toujours en cours, fondées sur la grande exploitation qui gaspille les terres (dans le modèle argentin en particulier). Dans les pays andins et au Mexique, la reconstruction ne peut être fondée sur la reconstruction illusoire des communautés indiennes du passé, dont on ne peut ignorer ni qu’elles ne répondent pas aux exigences d’avenir, ni qu’elles ont été défigurées par leur soumission aux exigences du lumpen développement périphérique spécifique aux pays en question. La construction de systèmes industriels modernes et autocentrés (orienté vers le marché interne populaire et seulement accessoirement vers l’exportation) peut être imaginée pour le Brésil, peut-être pour l’Argentine, certainement pour le Mexique s’il parvient à sortir des griffes de l’intégration nord-américaine. Mais les politiques à l’œuvre se situent bien en deçà des exigences de cette construction, et ne sortent pas des limites imposées par les segments du grand capital national industriel et financier dominant associé aux monopoles des pays impérialistes. Nationalisation/étatisations et interventions actives de l’Etat sont incontournables, au moins pour cette première étape, ouvrant alors la route à la possibilité d’une socialisation réelle et progressive de leur gestion. Pour les autres pays du continent, j’imagine mal des avancées dans la construction industrielle sans intégration régionale systématique (et elle ne l’est pas encore à ce jour) et même sans la construction de nouvelles solidarités à l’échelle du « Grand Sud » (les trois continents). La Chine seule – et peut-être quelques autres pays dits « émergents » – pourrait soutenir ici des projets d’industrialisation d’envergure (pour le Venezuela par exemple). Mais cela implique que Pékin comprenne que son intérêt est de le faire, ce qui n’est pas le cas. La complicité latente entre les pouvoirs latino-américains tablant toujours sur leurs richesses naturelles et la Chine qui a besoin d’accéder à ces ressources retarde chez les uns et les autres la prise de conscience des exigences à long terme d’une autre perspective, laquelle exige à son tour d’autres formes de « coopération » que celles mises en œuvre jusqu’à ce jour. On en revient alors aux défis auxquels « le mouvement populaire progressiste » est confronté en Amérique latine, comme ailleurs dans les trois continents : dépasser la singularité des revendications de ses composantes en lutte, inventer les formes politiques nouvelles de la construction de l’unité dans la diversité. Notes [1] Ce texte a été inspiré par la lecture du livre de Christophe Ventura, L’éveil d’un continent – Géopolitique de l’Amérique latine et de la Caraïbe, Editions Armand Colin, Paris, juin 2014. Une version est également disponible sur mon blog : http://samiramin1931.blogspot.fr/samir-amin-commentaire-propos-du-livre [2] Dirigeant du Mexique de 1876 à 1911

Le Proche-Orient embrasé

Publié le par Mahi Ahmed

~~Le Proche-Orient embrasé Par Ignacio Ramonet | 2 août 2014 Président de l’association Mémoire des Luttes Avec les affrontements israélo-palestiniens à Gaza, ce sont désormais trois guerres ouvertes qui se déroulent simultanément au Proche-Orient, en comptant les conflits en Syrie et en Irak. A ces hostilités militaires, il faut ajouter les tensions avec l’Iran à propos du nucléaire, ainsi que les rivalités diplomatiques entre diverses puissances locales, comme l’Arabie saoudite et l’Egypte. Ce qui confirme que cette région demeure la « poudrière » de la planète et le « foyer perturbateur » du monde. Une première question vient immédiatement à l’esprit : pourquoi cet embrasement soudain ? Les causes locales sont certes multiples en raison même de la variété des acteurs impliqués et de la diversité des motifs (religieux, ethniques, territoriaux, politiques, pétroliers, etc.). Mais un fait géopolitique parait déterminant : la décision des Etats-Unis de réduire leur implication militaire dans le théâtre proche-oriental et de se recentrer sur l’Asie de l’est. Après les belliqueuses années Bush, l’Administration Obama semble en avoir tiré deux conclusions stratégiques : d’abord, que l’outil militaire aussi puissant soit-il ne peut pas tout ; et ensuite, que l’Amérique, frappée par la crise, n’a plus les moyens d’exercer une hégémonie tous azimuts. Résultat : les Etats-Unis sont en train de se retirer du Proche-Orient. D’autant que l’argument principal de leur présence dans cette région, le pétrole, perd chaque jour un peu plus de sa consistance dans la mesure où le gaz et le pétrole de schiste, produits du sous-sol américain, sont en train de se substituer peu à peu aux importations d’hydrocarbures en provenance du Proche-Orient. C’est ce moment géopolitique précis que vit cette région : une puissance hégémonique, les Etats-Unis, se retire progressivement, et d’autres puissances ou d’autres forces locales s’affrontent pour occuper l’espace politique abandonné. Les événements semblent soudain s’accélérer, comme si toutes les parties concernées commençaient à pressentir l’approche du moment décisif où les nouvelles cartes seront posées sur la table. Cela donne lieu aux conflits actuels dans un contexte régional bouleversé par la montée aux extrêmes du conflit entre sunnites et chiites qui met le feu à l’ensemble du Croissant fertile, de Gaza au Golfe arabo-persique. Une lecture fragmentée — celle notamment que, par la force des choses, nous proposent les journaux quotidiens — ne permet pas de saisir le mouvement général sur l’ensemble du théâtre des opérations. Nous avons parfois le sentiment que ce qui se passe à Gaza n’a rien à voir avec les événements en Syrie, et que ceux-ci sont indépendants des hostilités en Irak ou des négociations avec l’Iran. En réalité, c’est une fausse impression car tous ces événements sont articulés entre eux. Commençons par Gaza. Pourquoi l’offensive actuelle israélienne ? Apparemment les choses sont simples : tout commence le 12 juin dernier, lorsque trois jeunes Israéliens sont enlevés en Cisjordanie. Le gouvernement israélien accuse immédiatement le Hamas (qui gouverne Gaza) d’être à l’origine de l’enlèvement et, dans ses efforts pour tenter de retrouver les jeunes, multiplie les détentions arbitraires. Le Hamas dément une quelconque responsabilité dans l’enlèvement des trois jeunes. Mais cela n’empêche pas les autorités israéliennes d’arrêter quelque quatre cents Palestiniens, supposés proches de Hamas. D’autres sont tués. Des maisons appartenant à des suspects sont détruites. En représailles, des tirs de roquettes sont lancés de Gaza contre le territoire israélien. Le 30 juin, les corps des trois jeunes disparus sont retrouvés : ils ont été assassinés près de Halhoul, en Cisjordanie. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou déclare : « Le Hamas est responsable ; le Hamas paiera. » Rien, jusqu’à présent, ne prouve l’implication de Hamas dans l’enlèvement et l’odieux assassinat des trois jeunes Israéliens. Il n’empêche, quelques jours plus tard, la « punition » militaire israélienne contre Gaza est lancée. Quelle en est la véritable raison ? Il faut remonter au 29 mars dernier. Ce jour-là, Israël refuse de libérer, comme convenu, un dernier contingent de prisonniers palestiniens, en réclamant une prolongation des négociations de paix au-delà de l’échéance prévue du 29 avril. Il faut dire que le gouvernement Netanyahou — le plus à droite de l’histoire d’Israël — n’a pas fait preuve de volonté réelle de négocier avec l’Autorité palestinienne et d’abandonner sa politique de colonisation, comme l’a montré l’initiative mort-née du Secrétaire d’Etat américain John Kerry lancée l’année dernière. Le président palestinien Mahmoud Abbas se déclare disposé à prolonger les discussions, à condition qu’Israël relâche les prisonniers, gèle la colonisation et accepte de discuter de la délimitation des frontières du futur État palestinien. Le gouvernement israélien rejette ces demandes. A partir de ce moment, les gestes d’hostilité entre Israéliens et Palestiniens se multiplient. Dans ce contexte, au moment où le processus de paix est totalement enlisé, un coup de théâtre se produit : les Palestiniens signent, le 23 avril, un accord de réconciliation entre le Fatah, au pouvoir en Cisjordanie, et le mouvement islamiste Hamas, au pouvoir à Gaza. Ensemble, ils décident de former un gouvernement de "consensus national" dirigé par le premier ministre sortant, Rami Hamdallah, et constitué de technocrates. Il ne compte aucun membre affilié au Hamas. Les dirigeants israéliens sont furieux, ils accusent le président palestinien Mahmoud Abbas d’avoir choisi « le Hamas, et non la paix ». Afin de rassurer les Israéliens et la communauté internationale, le président Abbas a pourtant promis que le nouveau gouvernement d’union nationale rejettera la violence, reconnaîtra Israël et respectera les engagements internationaux. De son côté, Washington fait part de son intention de collaborer avec ce nouvel exécutif palestinien, et annonce le maintien de son aide à l’Autorité palestinienne. L’Union européenne déclare également qu’elle collaborera avec le nouveau cabinet palestinien. Mais le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, affirme : « Le Hamas est une organisation terroriste qui vise la liquidation d’Israël ; une telle alliance est tout simplement inacceptable. » Peu de temps après, l’enlèvement des trois jeunes Israéliens se produit. Et alors les événements s’enchaînent. Ils fournissent le prétexte au gouvernement israélien pour « détruire Hamas ». En réalité, les choses sont encore plus complexes. Car, en fait, le Hamas subit les conséquences d’un renversement d’alliances qu’il a opéré récemment. Rappelons en effet que, sous l’influence de deux Etats très proches des Frères musulmans, la Turquie et le Qatar, le Hamas — lui-même une émanation des Frères musulmans — a modifié sa diplomatie régionale l’an dernier et fait un choix géopolitique qui s’est révélé désastreux : il s’est désolidarisé du président syrien Bachar Al-Assad (et donc de l’Iran) en pleine guerre civile de Syrie, en pensant qu’une nouvelle alliance était en train de se forger avec l’Égypte des Frères musulmans, qui pourrait aider le Hamas à Gaza. C’était une erreur majeure. Car ce n’est pas ce qui s’est passé. Les Frères musulmans, que l’Arabie saoudite combat également, ont été renversés en Egypte où le général Al-Sissi a pris le pouvoir et n’est pas, de toute évidence, pressé de venir en aide au Hamas, lié aux Frères musulmans qu’il pourchasse impitoyablement sur son sol. En revanche, Le Caire a rétabli une coopération sécuritaire avec Israël, au détriment de Gaza où les conditions de vie se sont donc dégradées, et où les citoyens en font porter la responsabilité aux dirigeants islamistes... Alors qu’il y jouit d’un pouvoir absolu, le Hamas n’est pas parvenu à améliorer les conditions de vie des deux millions d’habitants de Gaza. Le mouvement islamiste reste par ailleurs soumis à la surenchère de groupes locaux plus radicaux, notamment le Djihad islamique, responsables de la poursuite des tirs de roquettes vers le territoire israélien. En un an donc, le Hamas a perdu ses principaux alliés, la Syrie, l’Iran et l’Egypte. Ce qui l’a contraint à se rapprocher du Fatah et de l’Autorité palestinienne. Et donc à s’attirer — encore plus — les foudres du gouvernement israélien... Par ailleurs, Bachar el-Assad est toujours au pouvoir en Syrie, soutenu par la Russie, l’Iran et le Hezbollah libanais. Même si la guerre dans ce pays est loin d’être terminée, il est clair que les autorités de Damas ont marqué des points et qu’elles ont désormais l’initiative. C’est dans ce contexte régional que se sont également produits les récents développements en Irak. Notamment la prise, par un groupe djihadiste sunnite, de la région importante de Mossoul, non seulement riche en pétrole, mais regroupant aussi des Kurdes. Ce spectaculaire développement en Irak intervient au moment où les négociations entre l’Iran et les puissances occidentales à propos du nucléaire n’ont jamais été si près d’aboutir à un accord, et alors que, en revanche, l’Arabie saoudite est en train de perdre son pari en Syrie. Le royaume wahhabite s’est en effet largement investi dans la lutte pour faire chuter le président Bachar el-Assad. Depuis trois ans, près de 45 000 combattants étrangers, financés par l’Arabie saoudite, ont été envoyés sur le territoire syrien pour combattre contre les autorités de Damas. Le royaume wahhabite aurait contribué à grossir les effectifs de ces groupes islamistes, en offrant à des prisonniers déjà condamnés à mort la possibilité de se racheter en allant faire le djihad en Syrie. Le royaume n’a pas seulement ouvert ses dépôts d’armes à l’opposition, il aurait même acheté des usines d’armement en Ukraine dont la production serait directement envoyée à l’opposition syrienne, via la Jordanie. En dépit de cet impressionnant dispositif, les autorités de Damas ont tenu bon et ont réussi à renverser le rapport des forces sur le terrain. C’est pourquoi la riposte est arrivée en Irak. Rejetées de Syrie, les organisations djihadistes sunnites ont rejoint les forces islamistes du groupe EIIL (l’Etat islamique en Irak et au Levant) pour lancer, en juin dernier, une offensive éclair menaçant Bagdad. Des groupes sunnites armés moins radicaux se sont également joints au mouvement avec le but de constituer un califat à cheval entre la Syrie et l’Irak. Les Kurdes ont sauté sur l’occasion pour s’emparer d’une autre ville, Kirkouk, riche en ressources pétrolières, dont ils disputaient depuis plusieurs années le contrôle au gouvernement de Bagdad. L’incompétence du pouvoir central et sa politique favorable aux chiites ont créé les conditions de l’insurrection sunnite. En tout cas, le coup de force des djihadistes de l’EIIL met en difficulté le Premier ministre irakien (chiite) Nouri al-Maliki, allié de Téhéran. Cette redistribution des cartes devrait aboutir à un retour de l’Arabie saoudite dans les négociations en Irak. Mais en même temps, ce nouveau contexte permet surtout à l’Iran de redevenir un acteur régional central. Parce qu’il partage des intérêts clefs avec les Occidentaux, surtout avec les Etats-Unis. Les Américains, en effet, ont en commun avec l’Iran chiite le même ennemi : le djihadisme sunnite, et particulièrement son groupe actuel le plus actif, l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), lequel est financé par l’Arabie saoudite, un allié officiel de Washington.... On le voit, dans un Proche-Orient embrasé et en pleine recomposition, le grand enjeu stratégique actuel c’est l’affrontement, par alliés locaux interposés, entre l’Arabie saoudite et l’Iran. L’Etat tampon que constituait l’Irak est désormais ouvertement disputé par les deux camps. Sur fond de conflit en Syrie et en Irak, et alors que se poursuivent les affrontements entre l’armée israélienne et le Hamas dans la bande de Gaza, la région vit un énorme bouleversement géopolitique. La diplomatie semble paralysée, enrayée, mais aussi bien l’Administration américaine que les Européens sont de plus en plus persuadés que la stabilité au Proche-Orient ne peut être atteinte sans la contribution de l’Iran. Donc sans sa reconnaissance comme puissance (y compris dans le nucléaire civil) à part entière. Ce qui sera dur à avaler pour l’Arabie saoudite. Qui n’a sans doute pas dit son dernier mot...

Qui tient qui à Washington ? Question inutile, question dépassée.

Publié le par Mahi Ahmed

~~Qui tient qui à Washington ? Question inutile, question dépassée...<br>Dedefensa.org ‎Aujourd’hui ‎7 ‎août ‎2014, ________________________________________ Qui tient qui à Washington ? Question inutile, question dépassée... Les trois dernières semaines ont vu une avalanche de semi-“révélations”, de déclarations, de mises en évidence qui contribuent à jeter une lumière encore plus crue sur la toute-puissance de la CIA et de son directeur John Brennan, à Washington, dans l'équation du pouvoir. En même temps a été démontrée la complète impunité de l'artefact Brennan-CIA, jusqu'à des interrogations sérieuses sur le fait de savoir “qui commande à Washington ?”. (On parle aussi bien des révélations sur la surveillance constante effectuée par la CIA au Congrès, particulièrement sur les membres des commissions, que des rapports sur les tortures demandés à la CIA par le Congrès et dont le destin est incertain, que du comportement d'Obama exonérant la CIA de tout reproche sérieux et déclarant, sur un ton extraordinairement nonchalant et détaché, ce qu'on pourrait traduire selon l'esprit régnant “nous avons torturé quelques mecs” [« “We tortured some folks,” Obama declared almost casually... », remarque WSWS.org le 2 août 2014].) Aujourd'hui, les membres du Congrès les plus en vue pour leurs positions favorables à ce qu'on nomme le National Security State (NSS) dans sa branche de l'Intelligence Community (IC), jusqu'à être considérés comme à la fois serviteurs, complices et co-manipulateurs du modèle courant et permanent de ce NSS, sont traités comme des suspects, voire presque menacés d'une certaine façon dans leur intégrité. Nancy Pelosi, chef de la minorité démocrate à la Chambre, a confié qu'elle se sentait souvent dans la plus complète insécurité vis-à-vis de l'action de surveillance de la CIA à son encontre. Le cas le plus remarquable est celui de Dianne Feinstein, la sénatrice démocrate qui dirige la commission sénatoriale du renseignement et est donc parfaitement désignée comme “l'homme de la CIA” (sic) au Congrès, impeccable défenderesse des privilèges de l'IC, de la NSA à la CIA. Dans un texte très documenté et qui reprend avec brio toute cette chaîne d'événements, l'impeccable commentateur Tom Engelhardt remarque (le 3 août 2014 sur son site TomDispatch) combien Feinstein est “tenue” par la CIA, malgré certaines initiatives dont un admirable discours de dénonciation de cet “État profond” (voir le 12 mars 2014), – Feinstein “tenue” jusqu'à être menacée, comme Pelosi le ressent pour elle-même, dans son intégrité même, par des voies de pression, de chantage, pire peut-être... « Let's keep in mind as well that committee head Feinstein was previously known as one of the most loyal and powerful supporters of the national security state and the CIA. Until recently, she has, in fact, essentially been the senator from the national security state. She and her colleagues, themselves shocked by what they had learned, understandably wanted their report declassified and released to the American people with all due speed. It naturally had to be vetted to ensure that it contained no names of active agents and the like. But two and a half years later, after endless reviews and a process of vetting by the CIA and the White House that gives the word “glacial” a bad name, it has yet to be released (though there are regular reports that this will – or will not – happen soon). [...] »... In addition, according to Feinstein, CIA Director John Brennan met with her, lied to her, and essentially tried to intimidate her by telling her “that the CIA had searched a ‘walled-off committee network drive containing the committee's own internal work product and communications' and that he was going to ‘order further forensic evidence of the committee network to learn more about activities of the committee's oversight staff.'” In other words, the overseen were spying upon and now out to get the overseers. And more than that, based on a single incident in which one of its greatest supporters in Congress stepped over the line, the Agency was specifically out to get the senator from the national security state. There was a clear message here : oversight or not, don't tread on us. » Et puis, il y a le cas Obama. Le brillant, gracieux et talentueux président des États-Unis, désormais considéré unanimement comme le plus mauvais président qu'aient eu les USA, y compris par ses “frères de couleur”, n'a cessé d'apparaître de plus en plus comme lié à l'IC de l'“État profond”, c'est-à-dire tenu par lui (l'Intelligence Communauty), et vigoureusement, et l'on sait par quoi. On a déjà eu quelques occurrences pas piquées des vers (voir le 14 juillet 2014). Sa défense est constante et “loyale”, de toutes les turpitudes, de toutes les illégalités des activités les plus déstructurantes de l'IC, – du côté sombre de l'IC, l'envers de celui qui fait son travail en refusant de cautionner la version exaltée et hystérique aussitôt hurlée par les dirigeants-Système après la destruction de MH17, – car tout est ambigu et à double face, type-Janus, dans toutes les situations politiques aujourd'hui... BHO apparaît donc comme le président le plus dépendant, le plus “tenu”, le plus complètement prisonnier de l'IC, – que Engelhardt nomme “le Quatrième Pouvoir”, confisquant à cet effet l'expression jusqu'alors réservée à la presse, devenu cette presse-Système, cette bouillie pour les chats incapable de sortir de l'étroit sentier tracé par les consignes du Système (« The fact is that, for the Fourth Branch, this remains the age of impunity... [...] In the context of the Senate's torture report, the question at hand remains : Who rules Washington ? ») Des organes de presse aussi prudents avec le pouvoir et avec les forces de l'IC, autant que du CMI (Complexe Militaro-Industriel), que The Atlantic ou Defense One n'hésitent pas à publier des contributions de journalistes qui posent directement la question de savoir si Brennan-CIA ne tiennent pas réellement BHO, “par les valoches” comme l'on dit à Wall Street, d'une façon quasiment ouverte. (... Wall Street où, c'est bien connu, l'on tient également Obama et les autres, par le même moyen si élégant.) C'est le cas de Conor Friedersdorf, de The Atlantic, qui publie dans Defense One un article, le 4 août 2014, sous le titre révélateur et qui ne prend pas de gants de « Does John Brennan Know Too Much to Be Fired ? » (“John Brenan en sait-il trop pour être viré ?”), – car l'on sait bien qu'avec toutes ces affirmations, ces mensonges prouvés, ces actes illégaux, etc., Brennan devrait avoir été “viré” depuis belle lurette... La remarque de Friedersdorf est prudente mais pas moins significative : « I am not suggesting that Brennan is blackmailing Obama, or even that he would necessarily retaliate if fired. Still, if Obama is like most people in positions of power, he fires no subordinate without first asking himself, “Could this person damage me ?” If Obama is a normal person, rather than an unusually principled person, the answer factors into his decision... » Inutile de suggérer que vous ne suggérez pas que Brenner fait chanter Obama, Friedersdorf, parce que l'on sait bien que vous affirmez cela, bien au-delà de suggérer... Et alors ? Tout est impunité à Washington, aujourd'hui, y compris, comme fait stricto sensu Friedersdorf, l'impunité d'attaquer l'impunité dont jouissent Brennan-CIA (...Du moment que cette attaque est assez habile pour ne pas éclater en une accusation furieuse qui déclencherait un ouragan médiatique par un de ces phénomènes inattendus, – car qui sait comme naît un ouragan médiatique, comment telle information incroyable et scandaleuse ne produit aucun effet alors que telle autre en produit un, et colossal. A ce moment, certes, on en reviendrait au cas bien connu du risque d'élimination physique, mais franchement il est moins présent, ce cas, qu'on ne pourrait craindre par rapport à l'avalanche révélations, évaluations, etc. L'âge de l'impunité, c'est aussi, en un sens, l'âge du “je-n'en-à-rien-à-battre”, c'est-à-dire les révélations passent et les pseudo-structures de l'impunité restent.) Que nous dit-on, finalement ? Que Brennan est le Jay Edgar Hoover de son temps, de sa période, dans tous les cas selon le déferlement médiatique washingtonien en cours et dans le cadre des dénonciations-Système qui vont avec, tout cela caractérisant la séquence et touchant la CIA depuis quelques mois. Mais il y a un an, ce n'était ni Brennan ni la CIA qui étaient la vedette de la chose (on n'ose dire “sur la sellette” quand on voit l'absence totale d'effets sur les positions et les puissances) ; c'étaient le général Alexander et la NSA. Le 14 juin 2013, Alexander, baptisé empereur intouchable de la United Stasi of State (USA) était comparé à Hoover. Nous citions James Bamford, incontestable spécialiste de la NSA : « Inside the government, the general is regarded with a mixture of respect and fear, not unlike J. Edgar Hoover, another security figure whose tenure spanned multiple presidencies. “We jokingly referred to him as Emperor Alexander—with good cause, because whatever Keith wants, Keith gets,” says one former senior CIA official who agreed to speak on condition of anonymity. “We would sit back literally in awe of what he was able to get from Congress, from the White House, and at the expense of everybody else.” » Là-dessus, prenant en compte cette évaluation pour sérieuse et significative, ce qui était le cas, nous ajoutions ce commentaire. (L'on notera qu'il pourrait être repris pour Brennan et la CIA, respectivement à la place d'Alexander et de la NSA, – et qu'il pourrait être repris pour telle ou telle force éventuelle et son représentant, – le FBI, la DIA du Pentagone, le Joint Chief of Staff, etc.)... « Alexander est présenté comme une sorte de J. Edgar Hoover de l'ère informatique, mais la comparaison est très approximative. D'une part, il n'a pas la durée de Hoover, qui régna sur le FBI de 1924 à sa mort, au début des années 1970, alors que Alexander part à la retraite l'année prochaine. Par contre, Alexander, tout en disposant des outils en théorie implacable de surveillance intérieure, dispose d'une puissance extérieure (la cyberguerre) que ne possédait pas Hoover. D'autre part, sa personnalité semble beaucoup moins politique, ce qui en fait justement beaucoup plus un exécutant du Système au service d'une puissance considérable, aisément remplaçable par un clone parmi les généraux disponibles, – alors que Hoover assurait un pouvoir personnel et personnalisé sur la durée. Alexander est peut-être politiquement moins puissant que Hoover, mais il assure parfaitement la sécurisation des voies et moyens de développement de la puissance absolument déchaînée du Système, avec l'utilisation des technologies de surveillance et d'agression de l'informatique. Il est complètement une créature du Système, au service du Système, et quasiment interchangeable, et cette situation le différencie de Hoover. » On voit bien où nous voulons en venir. Le pouvoir est tellement dissout à Washington, tellement éclaté en une multitude de centres de pouvoir sans coordination entre eux, sans coopération réelle et plutôt concurrents mortels les uns des autres, les puissances dont tous ces pouvoirs éclatés disposent sont si considérables, la compromission politicienne et la corruption psychologique des dirigeants politiques qui sont retenus par ces pouvoirs sont si permanentes et structurelles, que rien de structuré et d'assuré n'émerge de tout cela. Il n'existe pas de puissance dominante, ou bien il n'existe plus une telle puissance... (Mais même J. Edgar Hoover, en son temps, était concurrencé par la CIA, contre laquelle il ne pouvait rien, et donc d'autant limité dans son pouvoir occulte, – voir le 22 novembre 2013.) Ainsi en revient-on, chaque fois renforcé dans notre conviction par les signes de plus en plus pressants de la situation que nous décrivons, chaque jour constatant que cette situation ne cesse de se renforcer et de s'aggraver... • Personne ne domine personne à Washington et tout le monde tient tout le monde, tandis que la dictature impérative du système de la communication, – une vraie dictature opérationnelle, celle-là, – oblige tous les acteurs à se soumettre périodiquement à ses diktat de convenance et de manipulation de son action. Le résultat est donc, chaque jour davantage, chaque jour plus marqués, à la fois l'impuissance, la paralysie et le désordre, dans un ordre croissant... • “Personne ne domine personne à Washington” certes, mais le Système domine tout le monde, avec ses divers diktat, ses obligations, ses impératifs. C'est dire que nous jugeons que ces événements conduisent à considérer d'autant plus, et chaque jour davantage, la thèse et l'interprétation du Système autonome, avec toute sa dynamique, tous ses élans, toutes ses contradictions... Et la conséquence de cette domination totalitaire, compte-tenu de la production de plus en plus échevelée du Système (dynamique de la surpuissance), est une tension chaque jour grandissante, des actes de politique, notamment extérieure (en Ukraine, par exemple, om la CIA est omniprésente), incohérents et qui imposent des crises toujours plus insolubles et dangereuses, et par conséquent contre-productives au plus haut degré ; mais aussi de ces actes de politique intérieure comme ceux auxquels nous assistons, qui montrent ces appendices du Système de plus en plus impudents et imprudents avec les règles nécessaires et les bonnes manières de fonctionnement du Système lui-même, l'apparence de la légalité, de la hiérarchie, de la démocratie (sic), etc. L'effet général de ces conséquences est que “la production de plus en plus échevelée du Système (dynamique de la surpuissance)” produit naturellement, et avec de plus en plus de force, son complément de l'autodestruction. Mis en ligne le 6 août 2014 à 08H42

Des professeurs de médecine et des universitaires de renom demandent l'arrêt de l'agression contre Gaza

Publié le par Mahi Ahmed

~~ Des professeurs de médecine et des universitaires de renom demandent l'arrêt de l'agression contre Gaza 2014-07-30 Par Mohamed Larbi Bouguerra Lancet» est une prestigieuse et vénérable revue scientifique médicale britannique qui paraît toutes les semaines depuis le 5 octobre 1823. Elle est lue par les scientifiques les plus connus et les plus renommés des médecins de par le monde. Rédigée par cinq spécialistes internationaux*** et à l’initiative de 24 praticiens, cette revue a publié, le 23 juillet 2014, «une lettre ouverte pour le peuple de Gaza ». En deux jours, la lettre a reçu la signature de 1586 médecins et scientifiques de l’étranger et de 74 praticiens israéliens. Elle a été lancée suite à la demande d’universitaires de Gaza qui ne peuvent plus enseigner et qui manquent, comme tous les Gazaouis, de nourritures et de médicaments. Précise comme le scalpel du chirurgien et prenant appui sur des publications scientifiques indiscutables et des données irréfutables, la lettre dresse un tableau complet des crimes israéliens et dénonce la propagande israélienne et ses mensonges. Les praticiens israéliens sont furieux étant donné le très grand impact de cette importante revue dans les milieux médicaux et scientifiques. Ce qui n’empêche pas le Pr Gad Keren, chef du département de cardiologie à l’hôpital Ichilov de Tel Aviv – qui demande à ses confrères de prendre très au sérieux cette affaire- de resservir la mauvaise plaisanterie si souvent rebattue : «Il est de notre devoir de défendre la réputation d’Israël et de l’armée israélienne qui est la plus morale des armées sur Terre et à travers le monde entier.» Comme le 23 juillet 2014, à la séance spéciale du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU à Genève traitant de la Palestine, les Etats Unis ont voté contre le texte de la déclaration préalable de Mme Navi Pillay, Haut-Commissaire et la France s’est abstenue, cette lettre n’en devient que plus percutante et plus éclairante. On lit dans cette lettre: «Nous sommes des médecins et des scientifiques qui passons notre vie à développer des moyens pour prendre soin et protéger la santé et les vies. Nous sommes aussi des personnes informées; nous enseignons l’éthique de nos professions ainsi que les connaissances et les pratiques afférentes. Nous avons tous travaillé à Gaza et connaissons sa situation depuis des années. Sur la base de notre éthique et de nos usages, nous dénonçons ce dont nous sommes témoins et qui est l’agression de Gaza par Israël. Nous demandons à nos collègues, professionnels jeunes ou âgés, de dénoncer cette agression israélienne. Nous défions la perversité d’une propagande qui justifie la création d’une urgence maquillée en massacre, la soi-disant « agression défensive». Il s’agit en réalité d’un assaut cruel de durée, d’étendue et d’intensité illimitées. Nous souhaitons rendre compte des faits tels que nous les avons vus et de leurs implications sur les gens. Nous sommes horrifiés par l’attaque militaire des civils à Gaza camouflés en châtiment de terroristes. Ceci est la troisième attaque militaire contre Gaza depuis 2008. Chaque fois, le nombre de victimes est constitué par les populations innocentes de Gaza, spécialement des femmes et des enfants sous l’inacceptable prétexte avancé par Israël d’éradiquer des parties politiques ainsi que la résistance à l’occupation et au siège imposés par les Israéliens. Cette action terrifie ceux qui ne sont pas directement atteints. Elle blesse l’âme, l’esprit et la résilience de la jeune génération. Notre condamnation et notre dégoût sont de plus aggravés par le déni et l’interdiction faits à Gaza de recevoir une aide extérieure et des fournitures pour soulager ces terribles circonstances. Le blocus de Gaza a été rendu plus sévère depuis l’an dernier; ce qui a aggravé le tribut payé par les Gazaouis. A Gaza, les gens souffrent de la faim, de la soif, de la pollution, du manque de médicaments, d’électricité, de toute possible d’avoir des revenus et pas seulement de subir des bombardements et de recevoir des missiles. La pénurie d’électricité et de carburant, le manque d’eau et d’aliments, le débordement des égouts et les ressources de plus en plus décroissantes sont des désastres provoqués directement ou indirectement par le siège. Les gens sont en train de résister à cette agression parce qu’ils veulent une vie normale et meilleure et, même quand ils pleurent de peine, de souffrance, de douleur et de terreur, ils rejettent une trêve temporaire qui ne procure pas une chance réelle d’un avenir meilleur. La voix d’Oum al Rawlawi -qui s’entend lors des attaques- parle pour tous les Gazaouis : «Ils sont en train de nous tuer de toute façon- soit par une mort lente avec le siège ou une mort plus rapide par les attaques militaires. Ils ne nous restent rien à perdre. Nous devons combattre pour nos droits ou mourir en essayant de les conquérir.» Gaza subit le blocus aérien, maritime et terrestre depuis 2006. Tout individu qui, à Gaza, s’aventure en mer à plus de trois miles nautiques des côtes- y compris les pêcheurs- doit s’attendre aux tirs de la marine israélienne. Nul ne peut sortir de Gaza que par deux points de contrôle : Ertez et Rafah et avec la permission des Israéliens ou des Egyptiens. Ce qui est difficile –voire impossible à obtenir. Les Gazaouis ne peuvent pas aller étudier ou travailler l’étranger, ils ne peuvent pas rendre visite à leur famille ou faire des affaires à l’extérieur. Les personnes blessées ou malades ne peuvent pas quitter facilement Gaza pour recevoir des soins spécialisés. L’entrée des médicaments et des aliments à Gaza a été réduite et de nombreux articles nécessaires à la survie sont prohibés. Avant la présente attaque, les stocks d’articles médicaux ont été au plus bas, comme ils ne l’ont jamais été et ce, du fait du blocus. Ils sont à présent épuisés. Pareillement, Gaza ne peut exporter ses produits. L’agriculture a été sévèrement handicapée par une zone tampon et les produits agricoles ne peuvent plus être exportés du fait du blocus. 80% de la population vit grâce aux rations fournies par l’ONU. Beaucoup de bâtiments et d’infrastructures ont été détruits au cours de l’opération «Plomb durci» de 2008-9. Mais les matériaux de construction tombent sous le coup du blocus et ainsi, des écoles, des maisons, des institutions ne peuvent être correctement reconstruites. Les usines détruites suite aux bombardements ont été rarement reconstruites, ce qui ajoute au chômage et au dénuement. Malgré ces conditions difficiles, les Gazaouis et leurs leaders politiques ont récemment fait des pas en vue d’un processus de réconciliation «sans armes et sans dommage» entre les différentes factions. Les chefs ont renoncé à des titres et à des avantages afin qu’un gouvernement d’union puisse être formé abolissant ainsi les politiques d’acrimonie, de discorde et de factions à l’œuvre depuis 2007. Cette réconciliation, acceptée par de nombreuses communautés internationales, a été rejetée par Israël. Les attaques israéliennes actuelles mettent un frein à cette chance d’unité politique entre Gaza et la Cisjordanie comme elles ciblent et attaquent une partie de la société palestinienne en détruisant des vies à Gaza. Sous le prétexte d’éliminer le terrorisme, Israël est en train d’essayer de détruire l’unité palestinienne croissante. Entre autres mensonges, on affirme que les civils à Gaza sont l’otage du Hamas mais la vérité est que la Bande de Gaza est hermétiquement scellée par les Israéliens et les Egyptiens…..» Les praticiens notent alors la forte proportion d’enfants tués et blessés ainsi que les tirs visant les salles d’opération, les unités de soins intensifs, les morts de praticiens, de personnels et de patients. Ils expriment des craintes pour l’hôpital principal Shifa (à la date du 21 juillet). « De plus, disent-ils, la plupart des gens sont psychologiquement traumatisés à Gaza. Quiconque a dépassé l’âge de six ans à Gaza vit, pour la troisième fois, l’assaut militaire israélien.» Le massacre de Gaza n’épargne personne. Il inclut les handicapés et les patients des hôpitaux, les enfants jouant à la plage ou sur les toits et une grande majorité de non-combattants. Les hôpitaux, les cliniques, les mosquées, les ambulances, les écoles, les bâtiments abritant la presse ont été attaqués, des maisons privées ont été bombardées, clairement, on visait des familles entières pour les tuer chez elles, à l’intérieur de leurs foyers….ce qui n’est pas le bon moyen pour trouver des tunnels. Car aucune de ces maisons ne peut être un objectif militaire. Ces attaques visent à terroriser, à blesser l’esprit et le corps des gens. Elles visent à rendre la vie impossible à l’avenir puisqu’on démolit les maisons et on empêche de les reconstruire. Des armes connues pour infliger des atteintes à la santé sur le long terme sont utilisées notamment les armes à non fragmentation et les bombes hard head. Nous avons été témoins de l’usage d’armes ciblées, employées sans la moindre discrimination à l’encontre d’enfants et nous avons constamment vu que les soi-disant armes intelligentes échouent à être précises à moins qu’elles ne soient délibérément utilisées pour faucher la vie d’êtres innocents. Nous dénonçons le mythe propagé par Israël et qui consiste à dire que l’agression est conduite de manière à préserver la vie des civils et le bien-être des enfants. La conduite d’Israël est une insulte à notre l’humanité, une injure à l’intelligence et à la dignité. Elle est un affront à notre l’éthique professionnelle et à nos efforts. Même ceux d’entre nous qui veulent aller à Gaza pour aider sont empêchés d’atteindre ce territoire à cause du blocus. L’ « agression défensive » -cet assaut cruel de durée, d’étendue et d’intensité illimitées- doit être stoppée. De plus, si l’emploi de gaz venait à être confirmé, il est, de manière non équivoque, un crime de guerre, pour lequel, avant toute chose, des sanctions sévères doivent être prises immédiatement contre Israël ainsi que la cessation de tout commerce ou accords de collaboration avec l’Europe. Alors que nous écrivons, d’autres massacres et des menaces visant le personnel médical des services d’urgence sont rapportés, comme est rapporté le refus opposé à l’entrée des convois humanitaires internationaux. En notre qualité de scientifiques et de médecins, nous ne pouvons garder le silence alors que ce crime contre l’Humanité continue à être perpétré. Gaza est prise au piège du siège. Elle est en train d’être tuée par les machines de guerre les plus modernes, les plus importantes et les plus sophistiquées du monde. Le sol est empoisonné par les débris des armes et présente des risques pour les générations à venir. Si ceux d’entre nous qui sont capables de faire entendre leur voix ne le font pas et ne prennent pas position contre ce crime de guerre, nous sommes aussi complices de la destruction des vies et des foyers de 1,8 million de Gazaouis. Nous enregistrons avec consternation que seulement 5% de nos confrères universitaires israéliens ont signé l’appel demandant à leur gouvernement d’arrêter l’opération militaire contre Gaza. Nous sommes tentés de conclure qu’à l’exception de ces 5%, le reste des universitaires israéliens sont complices du massacre et de la destruction de Gaza. Nous voyons aussi la complicité de nos gouvernements en Europe et en Amérique du Nord dans ce massacre et l’impuissance une fois encore des institutions et des organisations à arrêter ce massacre.» ***Il s’agit de: • Paola Manduca, Nouveau Groupe de recherche sur les armes, Université de Gênes (Italie) • Iain Chalmers, Bibliothèque James Lind, Oxford, GB. • Derek Summerfield, Institut de Psychiatrie, King’s College, Londres, GB • Mads Gilbert, Clinique de Médecine d’urgence, Hôpital Universitaire de la Norvège du Nord, Tromso, Norvège. • Swee Ang, Barts and the Royal London Hospital, Londres, GB. Mohamed Larbi Bouguerra URL : http://www.leaders.com.tn/article/des-professeurs-de-medecine-et-des-universitaires-de-renom-demandent-l-arret-de-l-agression-contre-gaza?id=14689

Cuba, un modèle selon l’Organisation mondiale de la santé

Publié le par Mahi Ahmed

~~Cuba, un modèle selon l’Organisation mondiale de la santé De Salim Lamrani Global Research, juillet 30, 2014 Url de l'article: http://www.mondialisation.ca/cuba-un-modele-selon-lorganisation-mondiale-de-la-sante/5394097 Le système de santé cubain est mondialement reconnu pour son excellence et son efficacité. Malgré des ressources extrêmement limitées et l’impact dramatique causé par les sanctions économiques imposées par les Etats-Unis depuis plus d’un demi-siècle, Cuba a réussi à universaliser l’accès aux soins à toutes les catégories de la population et à obtenir des résultats similaires à ceux des nations les plus développées. Lors de sa récente visite à La Havane en juillet 2014, Margaret Chan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé, a fait l’éloge du système de santé cubain et s’est montrée impressionnée par les réussites dans ce domaine. « Cuba est le seul pays qui dispose d’un système de santé étroitement lié à la recherche et au développement en cycle fermé. C’est la voie à suivre, car la santé humaine ne peut s’améliorer que grâce à l’innovation », a-t-elle déclaré. Elle a salué « les efforts de la direction de ce pays pour faire de la santé un pilier essentiel de développement[1] ». Cuba a basé son système de santé sur la médecine préventive et ses résultats sont exceptionnels. Selon Margaret Chan, le monde doit suivre l’exemple de l’île dans ce domaine et remplacer le modèle curatif, inefficace et plus couteux, par un système basé sur la prévention. « Nous souhaitons ardemment que tous les habitants de la planète puissent avoir accès à des services médicaux de qualité, comme à Cuba », a-t-elle souligné[2]. L’Ecole latino-américaine de médecine (ELAM) L’OMS rappelle que le manque d’accès aux soins dans le monde n’est en aucun cas une fatalité découlant d’un manque de ressources. Il traduit, au contraire, un manque de volonté politique de la part des dirigeants de protéger les populations les plus vulnérables. L’organisation cite à ce titre le cas de l’île de la Caraïbe comme étant le parfait contre-exemple[3]. D’ailleurs, en mai 2014, en guise de reconnaissance à l’excellence de son système de santé, Cuba a présidé la 67ème Assemblée mondiale de la Santé[4]. Avec un taux de mortalité infantile de 4,2 pour mille, l’île de la Caraïbe présente le meilleur indicateur du continent et du Tiers-Monde, reflétant ainsi la qualité de son système et l’impact sur le bien-être des enfants et des femmes enceintes. Le taux de mortalité infantile de Cuba est même inférieur à celui des Etats-Unis et se situe parmi les plus bas au monde[5]. Avec une espérance de vie de 78 ans, Cuba est l’un des meilleurs élèves du continent américain et du Tiers-monde, avec un indicateur similaire à celui des nations les plus développées. En moyenne, les Cubains vivent 30 ans de plus que leurs voisins haïtiens. En 2025, Cuba disposera de la plus grande proportion de personnes de plus de 60 ans d’Amérique latine[6]. Un système de santé au service des peuples du Tiers-monde Cuba fait également bénéficier les populations du Tiers-monde de son expertise dans le domaine de la santé. En effet, depuis 1963, Cuba envoie des médecins et autres personnels de santé dans les pays du Tiers-Monde afin de soigner les déshérités. Actuellement, près de 30 000 collaborateurs médicaux travaillent dans plus de 60 pays de la planète[7]. L’exemple emblématique de cette solidarité vis-à-vis des plus démunis est l’Opération Miracle lancée en 2004 par Fidel Castro et Hugo Chávez. Cette campagne humanitaire, mise en place au niveau continental dans le cadre du projet d’intégration de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), consiste à opérer gratuitement les Latino-américains pauvres atteints de cataractes et autres maladies oculaires[8]. En une décennie, près de 3,5 millions de personnes ont pu retrouver la vue grâce à l’internationalisme cubain. Ce programme social, créé dans un premier temps pour le Venezuela, a été étendu à tout le continent avec l’objectif d’opérer un total de 6 millions de personnes. En plus des opérations chirurgicales, la Mission Miracle fournit gratuitement des lunettes et des lentilles de contact aux personnes atteintes de troubles de la vue[9]. Au total, près de 165 institutions cubaines participent à l’Opération Miracle, qui dispose d’un réseau de 49 centres ophtalmologiques et de 82 blocs opératoires dans 14 pays d’Amérique latine : la Bolivie, le Costa Rica, l’Equateur, le Guatemala, le Guyana, Haïti, le Honduras, la Grenade, le Nicaragua, le Panama, le Paraguay, Saint-Vincent et les Grenadines, le Venezuela et l’Uruguay[10]. La solidarité médicale cubaine s’étend également à l’Afrique. En 2014, LABIOFAM, l’entreprise de production chimique et biopharmaceutique cubaine, a lancé une campagne de vaccination contre le paludisme en Afrique de l’Ouest, dans pas moins de 15 pays[11]. Selon l’OMS, ce virus, qui affecte en majorité les enfants, coûte la vie à pas de moins de 630 000 personnes par an, « la plupart étant des enfants âgés de moins de cinq ans vivant en Afrique ». « Cela signifie que 1 000 jeunes enfants meurent chaque jour de paludisme[12] », rappelle l’Organisation. De la même manière, Cuba forme de jeunes médecins du monde entier au sein de l’Ecole latino-américaine de médecine (ELAM). Depuis sa création en 1998, l’ELAM a diplômé plus de 20 000 médecins de plus de 123 pays. Actuellement, 11 000 jeunes en provenance de plus de 120 nations suivent une carrière de médecine au sein de l’institution cubaine. Selon Ban Ki Moon, secrétaire général des Nations unies, l’ELAM est « l’école de médecine la plus avancée au monde ». Il a également fait l’éloge des médecins cubains qui travaillent dans le monde entier et notamment à Haïti : « Ce sont toujours les premiers arrivés et ce sont les derniers à partir. Ils restent sur place après les crises. Cuba peut montrer au monde entier son système de santé, un modèle pour beaucoup de pays[13] ». En faisant l’éloge de Cuba, l’Organisation mondiale de la santé souligne qu’il est possible pour un pays du Tiers-monde aux ressources limitées de mettre en place un système de santé performant et d’offrir à l’ensemble des populations une protection sociale digne de ce nom, s’il y a la volonté politique de placer l’être humain au centre du projet de société. Salim Lamrani Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Son nouvel ouvrage s’intitule “Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité“, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano. Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel ________________________________________ [1] Prensa Latina, « Directora de OMS reconoció labor de Cuba en materia de salud », 16 juillet 2014. [2] Agencia Cubana de Noticias, « World Health Organization Praises Cuba’s Achievements », 14 juillet 2014. [3] Prensa Latina, « Directora de OMS reconoció labor de Cuba en materia de salud », op. cit. [4] EFE, « Directora general de la OMS está en Cuba para ver avances en investigaciones », 15 juillet 2014. [5] EFE, « Cuba cierra 2013 con la tasa de mortalidad infantil más baja de su historia », 2 janvier 2014. [6] Oscar Alfonso Sosa, « Crece esperanza de vida geriátrica en Cuba”, Cubadebate, 29 avril 2014. [7] Salim Lamrani, Cuba: les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013, p. 49. [8] Cubadebate, « La Misión Milagro cumple hoy diez años : ha devuelto la vista a 3,4 millones de personas », 8 juillet 2014. [9]Ibid. [10] Ibid. [11] Agencia Cubana de Noticias, « Cuba’s LABIOFARM Launches Malaria Campaign in Western Africa », 30 mai 2014. [12] Organisation mondiale de la santé, « World Malaria Report 2013 », 2013, p. v. http://www.who.int/malaria/publications/world_malaria_report_2013/report/en/ (site consulté le 19 juillet 2014). [13] Nyliam Vásquez García, « La escuela médica más avanzada del mundo », Juventud Rebelde, 28 janvier 2014. Copyright © 2014 Global Research

L'affaire d'air Algérie: OuagadougAlger

Publié le par Mahi Ahmed

~~Honteux spectacle le 31.07.14 | En mai 1981, Mohamed Seddik Benyahia, alors ministre des Affaires étrangères, engage une médiation entre l’Irak et l’Iran dans l’espoir de mettre fin à un sanglant conflit fratricide. Son avion est malheureusement abattu en plein vol entre les deux pays. Une commission d’enquête est immédiatement dépêchée sur les lieux et récupère rapidement les boîtes noires. Le président français, François Mitterrand, téléphone à son homologue algérien, Chadli Bendjedid, pour lui proposer le concours de son pays afin d’examiner les boîtes en question. Ce dernier consulte son ministre des Transports d’alors, Salah Goudjil, lequel s’en réfère à la Direction de l’aviation civile algérienne. La réponse de celle-ci est catégorique : l’Algérie n’a besoin d’aucun concours étranger pour faire le travail. Avons-nous régressé, 32 ans plus tard, au point de ne pas pouvoir prendre en charge une telle expertise ? L’accident de l’avion Ouagadougou-Alger a révélé des défaillances graves du côté algérien. A Paris, François Hollande prend en charge rapidement le dossier. Il annule un voyage à l’étranger, met en place une cellule de crise interministérielle et se met à communiquer à tout bout de champ avec la presse. L’armée française basée au Mali se déploie avec une extraordinaire célérité sur le site du crash et récupère une boîte noire, tandis que la seconde est trouvée par la Mission des Nations unies pour le Mali, la Minusma. Du côté algérien, c’est un effacement quasi total. Plus grave, le plus honteux et le plus ridicule est à venir. En effet, le ministre des Transports, Amar Ghoul, se rend au Mali. Et que fait-il ? Il se met dans la peau d’un vaguemestre. Il se rend à Gao avec son homologue malien puis retourne à Bamako. Les télévisions nous le montrent avec un sourire béat remettre deux paquets en plastique, attachés avec du chatterton aux représentants de la France. Le chef du TAJ paraît totalement dépassé par les événements. Une mission sans doute très lourde à porter pour un homme qui a déjà fait des dégâts lorsqu’il était à la tête du ministère des Tavaux publics et dont la place est, de ce fait, ailleurs qu’au gouvernement. On retiendra que l’Algérie a été totalement humiliée dans cette affaire. Une humiliation de plus pour un pays dirigé par un homme inerte, du jamais vu dans l’histoire de l’humanité. Et une absence confirmée par François Hollande qui, à l’annonce du crash, a déclaré avoir appelé ses homologues malien et burkinabé, sans citer à aucun moment le chef de l’Etat algérien. Tayeb Belghiche

Source :El Watan du 31.7.14

Republication:ISRAËL, ARIEL SHARON ET LA TRAGÉDIE PALESTINIENNE

Publié le par Mahi Ahmed

~~ 14.08.01 ISRAËL, ARIEL SHARON ET LA TRAGÉDIE PALESTINIENNE . Par Mahi Ahmed * Peut-on rester insensible à l’enfer et à l’injustice que vit depuis plus d’un demi siècle le peuple palestinien ? L’opinion publique internationale et particulièrement occidentale doit-elle continuer à être trompée sur la véritable nature du pouvoir en Israël et sur ses visées politiques stratégiques ? Doit-on admettre sans réagir que depuis la fin de la guerre froide et de l’équilibre de la terreur le traitement des problèmes relevant de la stabilité internationale et de la paix mondiale puisse se faire suivant les intérêts globaux de la superpuissance restante et au détriment des droits inaliénables des peuples à l’autodétermination ,à l’indépendance , au respect des frontières et au bien être sociale ? La situation actuelle du peuple palestinien est , à cette égard , on ne plus édifiante . Nous sommes témoins d’une situation historique des plus singulières . Ceux qui ont imposé par le terrorisme le plus barbare leur Etat sioniste , grâce aux forces internationales de l’argent dominées par le courant sioniste mondial et à la connivence active de l’ancienne puissance d’occupation , veulent aujourd’hui travestir l’histoire, se présenter comme des victimes éternelles de l’anti-sémitisme et comme des défenseurs de la paix ,de la démocratie et des droits de l’homme . Ariel Sharon et les forces politiques israéliennes qui le soutiennent sont de ceux-là .Ils appartiennent à lignée des faucons sionistes invétérés , aveuglés par leurs intégrismes religieux et politiques . Le temps historique ,c’est à dire celui qui métamorphose et oriente les peuples ,les sociétés et les nations dans les directions les plus diverses , doit être appréhendé avec le maximum de maîtrise ,pour éviter les désastres historiques . La politique annexionniste et expansionniste pratiquée par les dirigeants israéliens successifs sur des territoires palestiniens et arabes de même que la volonté de ces mêmes dirigeants de soumettre les palestiniens et les peuples arabes de la région à leur diktat , sous le prétexte de la garantie de leur sécurité , ne peut être que la voie de la violence et de l’enfer comme nous le montrent encore plus quotidiennement l’aggravation des évolutions depuis l’arrivée de Sharon au pouvoir . C’est avant tout à la nature belliqueuse de l’Etat d’Israël et à l’orientation militariste et fondamentaliste de ses dirigeants qu’il faut attribuer de telles évolutions . En tant qu’algériens nous sommes bien placés , puisque nous l’avons payé très cher , pour savoir ce qu’est un mouvement de libération national faisant face à un Etat de nature colonialiste , puissamment armé et ignorant à dessein le cours de l’histoire . Un mouvement de libération national n’a pas le choix des armes et ne peut être qualifié , dans son fond, de terroriste .Les terroristes sont d’abord ceux qui l’ont poussé aux choix des formes et moyens de lutte à sa disposition ,c’est à dire ceux qui lui refusent ses droits nationaux . Le fondamentalisme et la gravité des formes d’action des organisations palestiniennes HAMAS et DJIHAD ISLAMIQUES ont été renforcés par l’étroitesse , voire l’aveuglement des dirigeants israéliens de même que par l’inconséquence des USA qui ont cherché , tout au long du processus de mise en oeuvre des accords d’Oslo , à humilier et à affaiblir le Président Arafat et les dirigeants de l’autorité palestinienne signataires de ces accords :  par une politique délibérée de multiplication des enclaves de colonisation peuplées de fanatiques religieux juifs à l’intérieur de territoires palestiniens,  par un étranglement extrême de toute activité économique en recourant au blocage systématique ou au détournement des infrastructures ,terrestres ,aériennes , maritimes , hydrauliques ,de télécommunications , énergétiques etc  par un contrôle sécuritaire et administratif ,sept ans après les accords d’Oslo , sur presque la totalité des territoires palestiniens ,l’autorité palestinienne n’en contrôlant que 12%,  par la prétention de faire de tout Jérusalem la capitale d’ Israël et le refus de toute négociation à ce sujet . Doit-on attribuer seulement au fanatisme religieux le fait qu’un jeune palestinien, à la fleur de l’âge , accepte de se suicider en portant une bombe devant nécessairement faire des victimes ? Ou doit-on ,tout en condamnant la forme de l’acte , en rechercher les mobiles ,les comprendre en profondeur et essayer de travailler inlassablement dans des directions qui rendent de tels actes inutiles et surtout condamnables par tous ? Ou bien la vie de ce jeune comme celles de ses frères et sœurs ne méritent-elles pas d’être prises en considération ? Toute réaction à un acte ou à un événement ,quelle que soit la forme qu’elle prend doit d’abord être expliquée par la cause qui la provoque . La recherche et la prise en compte juste de la cause qui déclenche les événements, est le premier devoir d’un responsable politique . On assiste à une sorte de dérive savamment entretenue et toujours renouvelée par le puissant système de propagande israélien de faire de la victime Palestine l’accusée , celle qui doit rendre des comptes , celle qui doit se soumettre à l’agresseur de fait , Israël . Rabin , Pérez et Arafat ont obtenu le prix Nobel de la paix pour avoir signé à Washington les accords de paix d’Oslo . Arafat s’est consciemment engagé et il l’a prouvé par sa grande flexibilité pour avancer pas à pas vers les objectifs fixés par les accords , dans ce processus de paix qui imposait une démarche progressive , dont la durée des phases était fixée, pour déboucher sur l’édification d’un Etat palestinien indépendant conformément aux résolutions de l’ONU. Voilà plus de cinquante ans qu’Israël existe ,sur le plan formel, en tant qu’Etat (le concept d’Etat mérite d’être défini avec précision ) grâce au concours des facteurs suivants : 1) La naissance d’un mouvement sioniste mondial comme conséquence du développement de l’antisémitisme en Europe à la fin du dix-neuvième siècle .L’acte fondateur de ce mouvement repose sur la pensée sioniste développée par Théodore Herzl dans son livre « l’Etat juif » .Son programme adopté au premier congrès à Bâle en Suisse préconisait la colonisation de la Palestine . Théodore Herzl proposait d’ailleurs la création d’un Etat juif en Argentine ou en Palestine et le quatrième congrès sioniste a même décidé d’établir une patrie pour les juifs en Argentine . 2) Une situation internationale favorable suite à la première guerre mondiale où la grande Bretagne et la France ,sur la base de l’accord Sykes-Picot ,ont décidé de diviser la région arabe sortie du joug ottoman en zones d’influences britanniques et françaises et d’internationaliser la Palestine . La déclaration du secrétaire d’Etat aux affaites étrangères britanniques Lord Balfour ( 1917 ) transmise au dirigeant sioniste Lord Rothschild (sic) affirmait que la Grande Bretagne allait faire son possible pour favoriser l’établissement en Palestine d’une patrie nationale pour le peuple juif .À cette époque la Palestine avait une population de 700.000 habitants dont 574.000 étaient musulmans , 74.000 chrétiens et 56.000 juifs . La conférence de San Remo mit la Palestine sous mandat britannique et le haut commissaire anglais désigné ,Herbert Samuel , était un sioniste notoire . 3) Un mouvement terroriste sioniste impitoyable engagé à partir de 1937 avec les tristement célèbres organisations terroristes Irgoun et Haganah conduites par les Ben Gourion ,les Beguin ,les Golda Meier et dirigées contre les palestiniens et les anglais qui voulaient limiter l’immigration juive et octroyer l’indépendance à la Palestine . Ces organisations terroristes qui ont assassiné et fait fuir de nombreux palestiniens (3,5 millions aujourd’hui ) , ont constitué le noyau de Tsahal , l’armée du nouvel Etat israélien . 4) Une immigration soutenue , se poursuivant jusqu’à nos jours , de juifs de toutes nationalités venus s’installer ,pour des raisons religieuses ou politiques dans l’Etat d’Israël . Israël compte aujourd’hui une population de 6,1 millions d’habitants dont 80% sont juifs avec les origines suivantes : 20,8% sont nés en Israël , 32,1% d’Europe ou d’Amérique ,14,6% d’Afrique ,12,5% d’Asie . Le droit au retour garantit à tout juif de la diaspora la citoyenneté israélienne depuis 1950 . 5) Un soutien sans faille toujours renforcé des lobbies juifs internationaux influençant activement les sphères nationales et mondiales de la finance ,de l’économie , des médias lourds et de la politique , notamment dans les centres géographiques qui font le rapport de forces mondial actuel . 6) Une alliance stratégique avec les USA qui ont fait et qui font encore d’Israël une tête de pont de leurs intérêts dans la région du Moyen-orient et bien au-delà . Les USA ont en permanence couvert les actions expansionnistes israéliennes et mis en œuvre tout ce qui pouvait favoriser une application intrinsèque des résolutions du conseil de sécurité notamment les résolution 181, 242,338, 465 ,681.Les USA n’ont ménagé et ne ménage toujours aucun effort financier , militaire ,économique ou politique pour faire en sorte que toute orientation dans le sens de négociations devant faire avancer la paix et la stabilité dans la région soit conditionnée à la suprématie israélienne . La partialité et le parti-pris américains représentent une cause fondamentale de la situation qui est faite aujourd’hui au peuple palestinien et aux peuples arabes de la région . Les USA se placent délibérément au côté d’Israël et exigent des dirigeants palestiniens qu’ils se soumettent au diktat des dirigeants israéliens en dépit des résolutions de l’ONU et des accords contractés . Israël n’est pas encore aujourd’hui un Etat au sens moderne du terme . L’Etat israélien actuel n’est pas fondé sur une constitution . Il est régi par un ensemble de lois dites fondamentales qui touchent à la Présidence ,au parlement ,au gouvernement ,à la justice ,à l’armée , au droit à l’immigration etc .C’est un Etat qui est sous l’emprise de forces issues de l’armée et représentant la garantie de la continuité sioniste d’une part et d’autre part de forces religieuses fondamentalistes revendiquant le grand Israël, c’est à dire l’annexion des territoires palestiniens .Ces deux forces fixent les limites du caractère démocratique dont les puissances occidentales veulent affubler un tel Etat . L’existence de dix-neuf partis politiques ne change rien à cette réalité qui a été particulièrement soulignée par la volonté expansionniste et le caractère belliqueux des dirigeants israéliens depuis 1967 . Israël est aujourd’hui un Etat hautement militarisé et militariste. Ses forces armées comptent 173.500 hommes dont 37.000 pour l’armée de l’air pour un territoire de 22.145 Km carrés .Israël dispose d’une industrie de l’armement ultra-moderne dont l’éventail va jusqu’à l’armement atomique dont le stock comporte 100 ogives nucléaires. Le budget militaire représente 20,4% du budget national subventionné pour l’année 2000 à hauteur de 2,4 milliards dollars par les USA .Israël réalise prés de 40% de ses échanges économiques avec les USA . L’Etat israélien comme la nation israélienne sont encore engagés dans des processus complexes et longs de formation . Ces processus ne peuvent aboutir et créer les conditions d’une stabilité et d’une paix durables que s’ils intègrent , dans leurs cheminements , avec détermination et une conscience de l’orientation dans le sens de l’histoire , une culture forte et active de la paix fondée sur les droits nationaux du peuple palestinien, l’application stricte des résolutions de l’ONU et sur la paix et la stabilité régionale . Cette chance pour une édification véritablement démocratique et moderne de l’Etat de même que pour une formation solide de la nation israélienne a été ouverte par les dirigeants palestiniens qui ont accepté de s’engager dans les processus de Madrid et d’Oslo . Elle n’a pas été saisie ,dans sa profondeur ni dans sa portée historique , par les dirigeants israéliens du fait de leur prétentions dominatrices et du fait de leur volonté de jouer le rôle de puissance régionale avec une fonction de relais de la superpuissance restante . Les tenants du pouvoir israélien se sont caractérisés ,dans le processus de mise en œuvre des accords d’Oslo , par une méthode consistant à retarder ,à remettre à chaque fois en cause les décisions arrêtées de concert avec les palestiniens ,à grignoter de nouvelles concessions relevant du territoire ou de l’exercice de la souveraineté ,rejetant toujours à plus tard les négociations sur Jérusalem , sur le retour des réfugiés ,sur les colonies juives et sur le statut final de l’Etat palestinien . En même temps les responsables israéliens multipliaient les provocations comme celle de Sharon sur l’esplanade de la mosquée ,les intimidations en mettant en branle leurs forces de frappe militaires détruisant et tuant à coup de chars et d’hélicoptères . Le Leitmotiv des dirigeants israéliens est « la sécurité d’Israël » menacée par les palestiniens et ses voisins arabes . Ariel Sharon a fondé sa campagne électorale pour le poste de premier ministre sur le slogan populiste et trompeur « Sécurité et paix » .Il n’avait pas de programme politique de gouvernement ni de propositions concrètes pour relancer le processus de paix avec les responsables palestiniens . Dans une interview qu’il a accordé à la revue « Kfar Habad » orientée vers les lecteurs ultra-orthodoxes , il a déclaré : « L’accord d’Oslo est mort . ».Il refuse de reprendre le processus de négociation avec les palestiniens .Il est hostile à l’installation d’observateurs de l’ONU en Israël et en Palestine pour superviser justement le cessez-le feu et les conditions de la sécurité des deux parties et permettre au processus de paix d’avancer .Sharon ne peut pas être un partisan de la paix. Il demeure un faucon sioniste qui ne peut se trouver de raison d’être que dans la guerre et l’utilisation de la force pour donner libre cours à ses pulsions dominatrices . Il veut réduire la Palestine à un morceau de gruyère ou les parties constituant le fromage sont contrôlées par Israël et les trous revenant aux palestiniens pour plus les y étouffer . Lorsque Ehud Barak soutenu par Clinton déclarait à haute voix qu’il avait fait ,à Camp David , toutes les concessions que Arafat voulait , il ne disait aucun mot des conditions qu’il lui avait posées à savoir :  le contrôle stratégique par Israël sur la Cisjordanie et Gaza ,espace aérien et frontières terrestres et maritimes compris ,  la souveraineté israélienne sur la majeure partie de Jérusalem-Est y compris le Haram echarif ,  le contrôle sur les ressources hydrauliques communes . Rachelle Marshall du Washington Report on Middle East Affairs qui rapporte de tels éléments , écrivait à ce sujet dans le numéro de décembre 2000 : « Ce sont là des conditions qu’aucun arabe ne peut accepter » et d’ajouter « le processus de paix débouche dans la protestation et le sang ». « Israël a failli à ses engagements » Mais les responsables occidentaux de même que les médias lourds à leurs services n’ont de cesse que d’exiger des palestiniens et d’Arafat de mettre fin à l’Intifada et à la violence , de donner encore plus de garanties pour la sécurité d’Israël .Ils n’émettent ni critiques ni exigences à l’égard d’Israël et de ses dirigeants qui refusent de mettre en œuvre les décisions de l’ONU et les accords conclus . Lorsque Sharon ferme et occupe la symbolique maison d’orient à Jérusalem ,le central téléphonique d’Abou-Dis en y hissant le drapeau israélien ,ce n’est que normalité pour Bush et les dirigeants occidentaux , même si á l’occasion , ils font une timide déclaration de réprobation .Par ailleurs ,ils s’affairent, les Balkans obligent , avec une diligence extrême à stabiliser la situation dans la petite Macédoine . Sharon ne peut avoir aujourd’hui de place que devant le TPI , pour crime contre l’humanité .Chiche Mme d’El Ponte . Le génocide programmé par Sharon du peuple palestinien doit cesser .Il ne cessera qu’avec la conjugaison de deux facteurs qui ont fait leurs preuves dans toute lutte de libération nationale : le renforcement du mouvement de libération national palestinien d’une part et d’autre part le développement d’une large , solide et active solidarité internationale notamment arabe , y compris celle des larges couches du peuple israélien qui ont intérêt à une paix juste et durable, avec la cause palestinienne . Car comme le disait le général viêtnamien Giap , lors d’une visite à Alger : « Le colonialisme est un mauvais élève ». *Dr.Ing.

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