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25 vérités d’Alexis Tsipras sur le chantage du lobby financier international

Publié le par Mahi Ahmed

25 vérités d’Alexis Tsipras sur le chantage du lobby financier international

2 Juillet 2015 , Rédigé par Nour

Publié dans #Politique internationale

La voix de la dignité du peuple grec

Salim Lamrani

30 juin 2015

Fidèle au mandat que lui a donné le peuple, le Premier Ministre grec a décidé de soumettre l’ultimatum du Fonds monétaire international, de l’Union européenne et de la Commission européenne à un référendum le 5 juillet 2015 (1).

1. Depuis l’arrivée de Syriza au pouvoir en janvier 2015, la Grèce subit une « asphyxie économique sans précédents » de la part de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, dans le but de faire plier le gouvernement progressiste et de l’empêcher de « mettre fin à l’austérité et de restaurer la prospérité et la justice sociale ».

2. Le but des négociations était d’arriver à un accord viable « qui respecterait à la fois la démocratie et les normes européennes » afin de sortir définitivement de la crise.

3. La Troïka a exigé de la Grèce le respect des accords pris par les gouvernements précédents, dont les politiques économiquement inefficaces et socialement désastreuses ont été majoritairement rejetées par le peuple grec qui a décidé de porter Syriza au pouvoir.

4. A aucun moment, le gouvernement grec n’a cédé aux menaces des institutions européennes et du FMI.

5. Après près de six mois de négociations, l’Euro-groupe a présenté « un ultimatum à la République hellénique et au peuple grec ». Cet ultimatum « contrevient aux principes fondateurs et aux valeurs de l’Europe ».

6. L’Europe a présenté « une proposition qui inclut des nouvelles charges insupportables pour le peuple grec et qui nuit au redressement de la société grecque et de son économie, non seulement en maintenant l’incertitude, mais en accroissant davantage les déséquilibres sociaux ».

7. Ces mesures imposent « une fragmentation du marché du travail » avec une précarisation accrue des contrats, « une diminution des retraites, de nouvelles réductions de salaires dans le secteur public et une augmentation de la TVA sur les produits alimentaires, les restaurants et le tourisme, avec la suppression des réductions fiscales dans les îles ».

8. « Ces propositions violent clairement les normes sociales européennes et le droit fondamental au travail, à l’égalité et à la dignité ».

9. Le but de la troïka et de certains membres de l’Euro-groupe n’est pas « de trouver un accord viable et bénéfique pour les deux parties, mais d’humilier tout le peuple grec ».

10. Le but est de « punir une voix différente en l’Europe ».

11. Le Fonds monétaire international est obsédé par l’austérité et les mesures punitives.

12. La crise grecque affecte toute l’Europe et menace l’unité continentale.

13. Yanis Varoufakis, ministre grec des Finances, a été arbitrairement exclu de la réunion de l’Euro-groupe, en violation de la légalité européenne.

14. « La responsabilité historique en faveur des luttes du peuple hellénique et de la protection de la démocratie et de notre souveraineté nationale. […] nous oblige à répondre à cet ultimatum avec la volonté du peuple grec ».

15. Un référendum aura donc lieu le 5 juillet 2015 afin que « le peuple grec décide de façon souveraine ». « Face à cet ultimatum et ce chantage, je vous convoque afin que vous décidiez de façon souveraine et avec fierté, comme le dicte l’histoire de la Grèce, au sujet de cette austérité stricte et humiliante, qui n’offre aucune solution ni option qui permette un redressement social et économique ».

16. « Dans le berceau de la démocratie, nous ne demanderons pas l’autorisation à Monsieur Dijsselbloem [Président de l’Euro-groupe] ni à Monsieur Schaüble [Ministre allemand des finances] » pour célébrer un référendum.

17. Ce référendum « n’est pas une tentative de scission avec l’Europe mais de scission avec les pratiques qui sont un affront pour l’Europe ».

18. « Face à cette dure austérité autocratique, nous devons répondre avec démocratie, sérénité et détermination ».

19. « La Grèce, creuset de la démocratie, doit envoyer un message démocratique claire à l’Europe et à la communauté internationale ».

20. « Le peuple grec dira un grand non à l’ultimatum mais en même temps un grand oui à l’Europe de la solidarité ».

21. Au lendemain de ce « non », « la force de négociation du pays sera renforcée ».

22. Quelle que soit l’issue de la consultation, la volonté du peuple grec sera respectée.

23. Cette consultation « enverra un message de dignité au monde ».

24. L’Europe est la maison commune de tous ses peuples. « Il n’a pas de propriétaires et des invités en Europe ».

25. « La Grèce est et sera une partie intégrante de l’Europe, et l’Europe sera une partie intégrante de la Grèce. Mais une Grèce sans démocratie impliquerait une Europe sans identité et sans boussole ».

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano. Contact :lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr Page Facebook:https://www.facebook.com/SalimLamra...

Notes :

(1) Alexis Tsipras, « Discurso », 27 juin 2015.http://www.eldiario.es/internaciona... ; Infobae, « Grecia : Tsipras instó a ‘un enfático NO’ en el referéndum sobre la oferta de los acreedores », 27 juin 2015. http://www.infobae.com/2015/06/27/1...

Source : Al Mayadeen —> http://espanol.almayadeen.net/Study..

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L’UE, c’est l’antithèse de la démocratie »

Publié le par Mahi Ahmed

L’UE, c’est l’antithèse de la démocratie » –

Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’Économie.

mercredi 1er juillet 2015, par Comité Valmy

Le crescendo d’amertume et de querelles en Europe pourrait faire croire aux étrangers à une sorte de fin de partie plutôt amer entre la Grèce et ses créditeurs. En réalité, explique Joseph Stiglitz dans un article paru sur Project Syndicate, les dirigeants européens commencent juste à révéler la vraie nature de la controverse sur la dette actuelle, et la réponse n’a rien de plaisant : il s’agit bien plus de pouvoir et de démocratie que d’argent et d’économie.

L’économie derrière le programme que la « Troïka » (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) a imposé à la Grèce voilà cinq ans a sombré dans un gouffre, avec une chute vertigineuse de 25% du PIB. Aucune dépression n’a eu des conséquences aussi catastrophiques, commente Stiglitz, rappelant un simple fait : le taux de chômage parmi les jeunes dépasse aujourd’hui les 60%. Il est surprenant, poursuit le Prix Nobel, que la troïka refuse de reconnaitre ses échecs. Mais ce qui est encore plus surprenant est que les dirigeants européens n’en aient rien retenu. Stiglitz rappelle que les énormes sommes d’argent prêtées à la Grèce ont terminé leur course dans les caisses des créditeurs du secteur privé – y compris les banques allemandes et françaises. Le FMI et les autres créditeurs « officiels » n’ont pas besoin de l’argent qui est réclamé aujourd’hui. S’il s’agissait d’un scénario de « Business as usual », cet argent serait très probablement à nouveau prêté à la Grèce.

Mais, encore une fois, ce n’est pas une question d’argent. Il s’agit en réalité d’utiliser les échéances pour contraindre la Grèce à se soumettre, à accepter l’inacceptable – non seulement des mesures d’austérité, mais aussi des politiques punitives de régression.

Mais pourquoi donc l’Europe fait-elle cela ? Pourquoi les dirigeants européens refusent-ils de prolonger de quelques jours l’échéance du 30 juin pour le remboursement de la Grèce au FMI ? L’Europe n’est-elle pas synonyme de démocratie ? En fait, c’est antithèse de la démocratie, répond Stiglitz : de nombreux dirigeants en Europe voudraient voir la chute du gouvernement de gauche emmené par Alexis Tsipras. Il n’est pas simple de conseiller les Grecs sur comment voter le 5 juillet, continue Stiglitz. Aucune des deux alternatives – approbation ou refus des conditions imposées par la troïka – ne sera facile, et chacune comporte des risques énormes. Voter « oui » signifierait une dépression sans fin. Il est possible qu’un pays – qui aurait vendu tous ses biens et dont les jeunes auraient émigré – pourrait finalement obtenir l’annulation de sa dette ; peut-être qu’alors la Grèce pourrait obtenir l’assistance de la Banque mondiale. Tout ceci pourrait se produire pendant la prochaine décennie, ou la suivante.

A l’inverse, voter « non » laisserait au moins ouverte la possibilité pour la Grèce, avec sa forte tradition démocratique, de décider de son destin. Les Grecs pourraient saisir l’opportunité de construire ainsi un futur qui, même s’il n’est pas aussi prospère que par le passé, serait bien plus prometteur que la torture totalement déraisonnable qu’elle subit actuellement.

« Moi je saurais quoi voter, » conclut le Prix Nobel d’Économie.

paru sur L’antidiplomatico, le 29/06/2015

Traduction : Christophe pour

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Les vicissitudes de l’état de siège de l’Iran (I) REQUIEM POUR UN EMBARGO

Publié le par Mahi Ahmed

Les vicissitudes de l’état de siège de l’Iran (I)

REQUIEM POUR UN EMBARGO ?

ORIENT XXI > MAGAZINE > ANALYSE > JULIEN PÉLISSIER > 29 JUIN 2015

Réunis à Vienne, l’Iran et les 5+1 (États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine, Allemagne) se sont engagés dans le dernier cycle de négociations sur la question nucléaire. L’un des principaux points en débat est celui des sanctions. Nous examinerons dans ce premier texte l’écheveau de mesures prises contre l’Iran et étudierons demain dans quelles conditions ces sanctions pourraient être levées.

Négociations du groupe P5+1 en Suisse. US Department of state.

Dans un contexte régional extrêmement tendu, les négociations en cours sur le dossier nucléaire iranien offrent une lueur d’espoir vers un retour à un équilibre régional ou à tout le moins, vers une stabilisation des dynamiques régionales de conflit. On observe avec intérêt la mutation difficile d’une situation de conflit larvé en une normalisation progressive des relations diplomatiques, dont le premier fruit est l’accord intérimaire de novembre 2013 intitulé le Joint Plan of Action (JPA). En contrepartie du gel d’une partie de ses activités nucléaires, l’Iran et sa Banque centrale sont autorisés à rapatrier mensuellement 700 millions de dollars de recettes pétrolières, entre autres mesures parcellaires.

Naturellement, la levée des sanctions économiques qu’impliquerait forcément un accord définitif entre le groupe « 5+1 » (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU : États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Chine, plus l’Allemagne) et l’Iran ne peut qu’apporter une bouffée d’oxygène à l’économie iranienne. Sur le papier, elle comporte de belles promesses : la profondeur et la taille de son marché intérieur, l’importance des ressources pétro-gazières et des investissements futurs à prévoir1, l’existence d’un tissu industriel local, la présence d’une main d’œuvre nombreuse, qualifiée et jeune, la situation géographique stratégique du pays, le rapatriement contrôlé des actifs financiers immobilisés dans les banques étrangères évalués à environ 120 milliards de dollars... Mais ce simple constat de bon sens doit être modulé par les considérations suivantes.

UNE ARCHITECTURE COMPLEXE

Ce qui était d’abord un panier de sanctions dites intelligentes (smart sanctions) s’est progressivement aggloméré pour devenir un régime draconien de mesures imbriquées. Le régime des sanctions visant l’Iran résulte d’un processus de stratification qui s’est accéléré avec le transfert du dossier nucléaire iranien au Conseil de sécurité en février 2006. Initialement, les sanctions ont une origine américaine avec le décret présidentiel Executive order n°12170 du 14 novembre 1979. Elles ne sont d’ailleurs pas liées au contentieux existant entre le groupe « 5+1 » et l’Iran sur son programme nucléaire, mais au rôle supposé de l’Iran dans le terrorisme.

Désormais, l’embargo visant l’Iran est généré par trois sources : les États-Unis, l’Union européenne et enfin l’ONU. Combinés, elles appliquent la panoplie la plus élargie des restrictions commerciales disponibles. Il s’agit de restrictions sur l’investissement pétrolier étendu à tout investissement direct, du refus de garanties de crédit à l’export, des sanctions nominatives visant des sociétés et des personnes, de la restriction d’accès au système bancaire international (notamment le refus des lettres de crédit, de la déconnexion du système Swift de paiement international), de l’interdiction du commerce de métaux précieux, du gel d’actifs, de l’interdiction de vente de pétrole brut, de produits pétrochimiques, de restrictions sur l’assurance du transport pétrolier par tanker ou méthaniers, de sanctions à l’encontre de l’Iranian Shipping Company, de l’interdiction de se procurer des équipements pétroliers et pièces de rechange, etc.

On distingue quatre strates de sanctions imbriquées : les sanctions unilatérales imposées par les États-Unis et leurs alliés ; puis leur application extraterritoriale au niveau des acteurs économiques ; d’autre part les sanctions exercées par l’Union européenne ; enfin, les sanctions internationales décidées dans le cadre de l’ONU.

En termes de gravité et chronologiquement, elles font figure de précurseur dans l’architecture générale du régime de sanctions. Institutionnellement, ces restrictions économiques américaines ont une origine présidentielle – sous forme de décret présidentiel (executive order) – ou parlementaire – sous la forme d’un acte législatif du Congrès américain (Congressional act). On recense dix-sept décrets présidentiels. Le premier a été émis par le président démocrate Jimmy Carter le 14 novembre 1979. Le dernier décret présidentiel n°13645 date du 3 juin 2013. Du côté du Congrès américain, on recense dix actes législatifs imposant ou renforçant des sanctions envers l’Iran à différents titres, le paquet de sanctions le plus connu étant l’Iran Sanctions Act (ISA) de 1996.

APPLICATION EXTRATERRITORIALE

L’application extraterritoriale des sanctions américaines a donné lieu à des discussions diplomatiques intenses pour déterminer dans quelle mesure ces pratiques sont contraires à la coutume diplomatique (le jus cogens) et surtout, portent atteinte à la souveraineté des États. Pour les États-Unis, cette politique découle de la nécessité d’une efficacité accrue des sanctions car, selon le professeur français de relations internationales Marcel Merle aujourd’hui disparu, « pour restituer ses vertus à la technique du cordon sanitaire, il faudrait (…) envisager un système de sanction à double étage, destiné à pénaliser les complices du coupable… »2. Pour illustrer cette strate, il suffit de citer, à titre d’exemple, la condamnation en 2015 de la banque française BNP-Paribas à débourser une amende record de 8,9 milliards de dollars en dépit de l’intervention personnelle du président François Hollande en juin 2014. Dans ce cas précis, le Département de la justice américain appuie cette logique de sanction sur le fondement du « financement du terrorisme », une accusation que Stuart Levey, chef du Trésor américain, avait proférée en août 2006 en qualifiant l’Iran de « Banque centrale du terrorisme ». Cet activisme officiel et officieux suffit à convaincre les banques européennes d’éviter toute transaction impliquant l’Iran, directe ou indirecte, même en l’absence de fondement juridique international, c’est-à-dire de résolution onusienne. Les banques françaises refusent logiquement d’accompagner les entreprises sur le marché iranien aujourd’hui. Aussi le rapport d’information du Sénat français de juin 2014 apparente-t-il le comportement américain à un « kidnapping économique »3.

LES POSITIONS EUROPÉENNES ET ONUSIENNES

Jusque 2012, les sanctions européennes à l’égard de l’Iran suivent les évolutions du traitement du dossier iranien par le Conseil de sécurité de l’ONU. Il y a donc une cohérence entre les décisions du Conseil de sécurité de l’ONU où siègent deux membres permanents européens (France, Royaume-Uni) et celles du Conseil européen, organe institutionnellement compétent en matière de politique étrangère européenne. Mais sous la pression américaine, la décision unilatérale du Conseil européen du 17 mars 2012 d’exclure et de déconnecter les banques iraniennes, dont la Banque Centrale, du système de paiement électronique Swift constitue une rupture et un fait sans précédent historique par sa gravité. Après 2012, la prise d’autres sanctions européennes unilatérales sévères, notamment sur le commerce de pétrole brut iranien, démontre un durcissement de la position européenne sur ce dossier.

Les décisions onusiennes sont les sanctions les plus efficaces car elles engagent l’ensemble de la communauté internationale. On citera les résolutions n° 1696 du 31 juillet 2006 au titre de l’article 40 du chapitre 7 de la Charte, exigeant l’arrêt du programme iranien d’enrichissement d’uranium, puis les résolutions décidant des sanctions n°1737 du 23 décembre 2006, au titre cette fois de l’article 41 du chapitre 7 de la Charte, n°1747 de mars 2007, n° 1803 de mars 2008, n° 1835 de septembre 2008, n° 1929 de juin 2010, n° 2049 du 7 juin 20124. Ces résolutions prévoient le gel d’actifs iraniens, la fermeture des succursales bancaires à l’étranger, l’interdiction d’exporter du matériel nucléaire ou militaire vers l’Iran, l’interdiction d’investir dans le secteur pétro-gazier et pétrochimique, l’interdiction de tout commerce avec le corps des Gardiens de la révolution, des restrictions sur les transactions bancaires et l’assurance ainsi que sur les voyages d’officiels iraniens à l’étranger.

Il ne fait aucun doute que ce boycott économique a impacté négativement l’économie iranienne et sa croissance. Depuis la résolution 1929 du Conseil de sécurité de juin 2010 et les mesures qui ont suivi en 2012, les restrictions posées aux transactions financières internationales de l’Iran et l’interdiction du commerce de pétrole brut ont été particulièrement brutales. Les exportations de brut iranien ont diminué de presque moitié, à 1,2 million de barils contre 2,2 millions avant les sanctions de 2013. Compte tenu de la baisse des réserves en devises et du risque présenté par le marché iranien, le rial s’est déprécié, ce qui a alimenté une dynamique inflationniste via les importations de produits étrangers. L’appareil productif iranien est sous-utilisé. Les exportations pétrolières et non pétrolières ont chuté. Les revenus de l’État ont considérablement baissé, ce qui obère fortement les finances publiques et fragilise l’équilibre budgétaire. Le taux de chômage atteint des sommets historiques.

Pourtant, en dépit de ces tendances délétères, rien ne prouve que l’économie iranienne ait atteint un seuil de rupture. Il faut pour cela comprendre les points suivants.

RÉSILIENCE DE TÉHÉRAN

L’économie iranienne avait déjà prouvé sa capacité de résilience tout au long de la guerre Irak-Iran (1980-1988). Cela a encouragé des stratégies d’autarcie et de désenclavement consistant à trouver les failles du régime de sanctions. Il s’agit prioritairement de réduire la dépendance de l’économie aux importations. Mais cela reste difficile, surtout en matière de biens à très haute valeur ajoutée, de biens à fort contenu technologique ainsi que pour les produits de grande consommation. L’autosuffisance alimentaire est demeurée un vœu pieu puisque l’Iran reste un gros importateur de céréales et de viandes bovine et ovine. Les restrictions posées au commerce des produits pétroliers constituent un défi de taille pour le gouvernement car l’industrie pétrolière, souffrant d’un déficit de capacité de raffinage, est importatrice nette de carburants dans un marché qui représente une consommation d’environ 70 millions de litres d’essence par jour. La diversion d’usines pétrochimiques en outils de raffinage a permis de pallier imparfaitement à ce besoin malgré des coûts sanitaires très élevés pour la population.

Pour les biens d’importation incontournables, les expédients déployés par Téhéran et les marchands iraniens consistent donc à exploiter la profondeur de la pénétration commerciale dans le pays de ses partenaires commerciaux à l’international (Chine, Corée du Sud, Russie, Turquie, Irak, etc.). Il s’agit d’utiliser des sociétés « navettes » ou sociétés « écrans » de droit non iranien dans des États voisins pour effectuer les transactions autrement prohibées. Au niveau des autorités, les transactions de troc permettent d’échanger des biens de gré à gré selon les besoins. La Banque centrale iranienne a ainsi conclu des accords bilatéraux avec ses homologues étrangères, prévoyant la création de compte de dépôt en or ou en devise locale afin d’adosser directement les transactions des sociétés des deux pays sur les actifs de ce compte près la Banque centrale. Une autre astuce, appelée « transaction U-turn », consiste à utiliser les services de banques tierces afin d’éviter l’implication juridique d’entités iraniennes dans ces transactions.

Toutefois, ces dispositions rencontrent des obstacles importants. En effet, éviter le dollar comme monnaie d’échange internationale n’est pas toujours aisé. De plus, ces mécanismes complexes entraînent des coûts supplémentaires, sous forme de commissions, et permettent opportunément à certains partenaires commerciaux de pratiquer des tarifs majorés de 10 % à 40 % vis-à-vis du prix du marché. De plus, la rigueur accrue des autorités des pays voisins, comme les Émirats arabes unis, pour contrer ces mécanismes de règlement, ainsi que l’interdiction faite à l’Iran de commercer de l’or et de vendre du pétrole brut ont rendu ces schémas moins opérationnels.

JULIEN PÉLISSIER

1Le ministère iranien du pétrole parle de 200 milliards de dollars d’investissement sur les six ans à venir (2015-2021). Voir http://www.shana.ir/en/home.

2Marcel Merle in Pierre Michel Eisenmann, Les sanctions contre la Rhodésie, Paris, éditions Pédone, 1972 ; p. 1, préface.

3Rapport d’information du Sénat n° 605, 11 juin 2014 ; p. 5.

4NDLR. Voir « The Iran Primer, United States Institute of Peace

Les vicissitudes de l’état de siège de l’Iran (II)

PEUT-ON DESSERRER L’ÉTAU DES SANCTIONS ?

ORIENT XXI > MAGAZINE > ANALYSE > JULIEN PÉLISSIER > 30 JUIN 2015

Nous avons examiné dans la première partie de cet article l’écheveau de sanctions qui enserrent l’Iran depuis plusieurs années. Le texte qui suit examine les politiques que l’Iran pourrait opposer au maintien des sanctions et les conditions dans lesquelles celles-ci pourraient être levées.

Négociations du groupe P5+1 en Suisse. US Department of states.

Aux yeux de certains décideurs iraniens, la levée des sanctions –- qu’elle soit immédiate ou progressive -– ne représente qu’une prime de croissance d’environ 5 % du Produit intérieur brut (PIB) annuel. Aussi une alternative à un accord consistant à élargir les failles dans le régime de sanctions et à développer des expédients durables n’est-elle pas exclue. Cela est encore plus vrai depuis que l’accord-cadre préliminaire de Lausanne conclu le 2 avril 2015 laisse présager un délitement de la cohésion internationale autour du régime de sanctions imposé à l’Iran. Pareille intransigeance découle d’un raisonnement qui repose sur la logique suivante : au lieu d’escompter sur les retombées positives d’une réintégration dans une dynamique commerciale internationale relativement déprimée, l’effort de réforme économique devrait d’abord se focaliser en interne sur les problèmes structurels qui contribuent à leurs yeux pour l’essentiel des difficultés économiques du pays : l’insuffisance en infrastructures, le chômage, l’inflation, l’imperfection du cadre juridique et administratif de l’activité économique, la médiocre compétitivité industrielle, la politique fiscale déficiente. Le débat consiste alors à savoir s’il est plus facile de procéder à ces réformes dans une économie internationalement intégrée ou au contraire, plutôt fermée.

Deuxièmement, certains secteurs économiques — pétrole, automobile ou finances — ont été plus durement touchés que d’autres. Pour les secteurs industriels à forte intensité capitalistique comme le pétrole et le gaz, les effets sur le niveau de production du désinvestissement dans l’appareil productif se feront sentir à long-terme même en envisageant un retour complet à la normale dès la finalisation de l’accord cet été.

Troisièmement, les conséquences délétères plus globales à long terme d’un régime de sanctions exceptionnellement sévère et élargi apparaissent de moins en moins soutenables aux chancelleries. Assurément, outre que cela représente le sacrifice de l’un des marchés de consommation qui comptent potentiellement parmi les plus dynamiques d’Asie, le quasi-blocus imposé à l’Iran inhibe plus largement le développement économique d’une région qui en a cruellement besoin. Car le déblocage du marché iranien est la clé d’importantes dynamiques énergétiques régionale en termes de tracés d’oléoducs entre plusieurs marchés stratégiques (détroit d’Ormuz, mer Caspienne, Caucase, Pakistan, Inde, Turquie…), de swaps énergétiques et d’approvisionnement gazier, notamment pour le marché ouest-européen en quête d’alternative au gaz naturel russe. De plus, plusieurs économies voisines désirent s’appuyer sur le potentiel commercial iranien et sur sa position géographique centrale pour désenclaver leur économie ou stimuler leurs exportations : c’est le cas de la Turquie, de l’Irak, de l’Afghanistan, de l’Arménie, des pays d’Asie centrale ou du hub commercial de Dubaï (Émirats arabes unis).

Par conséquent, le confinement économique de l’Iran, en tant que volet économique d’une politique plus générale d’endiguement, porte en soi les limites d’une mécanique contre-productive. C’est d’ailleurs un point reconnu par le stratégiste américain Zbigniew Brzezinski dans son ouvrage Le Grand Echiquier : l’Amérique et le Reste du Monde (1997), dont les opinions ne trouvent pas que des oreilles sourdes dans l’administration de Barack Obama. Par la force de faits têtus, cet embargo était d’entrée de jeu destiné à disparaitre. Son chant du cygne vient donc se confondre avec son requiem.

Mais en dépit des espoirs qu’il a suscités, cet accord naissant est loin d’assurer la fin de toutes les sanctions. Car l’embargo sur l’Iran dispose de ressorts de survie nombreux.

QUEL CALENDRIER ?

Premièrement, la levée des sanctions, qui devrait intervenir soit immédiatement, soit entre 4 et 12 mois suivant l’accord, semble être conditionnée par un mécanisme de validation par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) de la conformité de l’évolution du programme nucléaire aux clauses de l’accord pour une durée de plusieurs années selon les cas. Du point de vue iranien, la levée devrait être complète et immédiate alors que du côté occidental, elle serait vraisemblablement de nature progressive et prendrait du temps à mettre en œuvre. L’insistance des pays de l’Union européenne et des Etats-Unis pour mettre en place un système de « retour automatique des sanctions » (snapback), sans avoir à voter au Conseil de sécurité de l’ONU en cas de manquement de l’Iran à ses engagements au titre de l’accord dénote une réticence par trop pointilleuse de leur part, alors que la Chine et la Russie y sont opposées.

Le contentieux des pays occidentaux — en particulier les États-Unis — avec l’Iran dépasse le cadre restreint du dossier nucléaire. Aussi les motifs invoqués pour justifier les sanctions unilatérales couvrent-ils un éventail très large : soutien au terrorisme, non-respect des droits humains, blanchiment d’argent… Il y a fort à parier que le passif restant du contentieux déborde sur la volonté affichée de lever l’embargo quelle que soit l’issue des négociations en cours. Certes, l’atteinte d’un accord définitif sur le nucléaire début juillet 2015 peut bel et bien se solder par la levée des sanctions onusiennes, c’est-à-dire la révocation des sept résolutions adoptées entre 2006 et 2012 (n ° 1696, 1737, 1747, 1803, 1835, 1929 et 2049). Parallèlement le dossier iranien serait renvoyé à l’AIEA ce qui correspond à la fin de la saisine du Conseil de Sécurité au titre du chapitre VII de la Charte des Nations unies. Ces dernières constituent d’ailleurs le cœur du mécanisme d’isolement économique de Téhéran. La phase conflictuelle du développement du programme nucléaire iranien serait close et ne pourrait plus justifier aucune sanction. En revanche, nombre de sanctions unilatérales américaines et, dans une moindre mesure européennes, lui survivront.

Au niveau des sanctions européennes, la révocation de celles liées au dossier nucléaire paraît logiquement faisable dans la mesure où il s’agit essentiellement de décisions du Conseil européen, lequel est représenté lors des négociations par sa Haute représentante pour les affaires étrangères : Federica Mogherini. En revanche, les sanctions liées à la situation des droits humains, on l’a dit, ne sont pas concernées par les négociations.

L’EXCEPTION AMÉRICAINE

Le cas des sanctions américaines est plus complexe. En effet, selon l’arrangement institutionnel américain, un assouplissement des sanctions passe soit par la présidence, soit par le Congrès. Le président américain peut, à sa discrétion, alléger les sanctions américaines visant l’Iran de trois façons sans passer par un vote du Congrès : son pouvoir de dérogation (waiver authority) permet de déroger temporairement — 120 à 180 jours — à des législations mais ce canal n’est pas à même de rétablir la confiance des acteurs économiques. C’est cet outil qui est utilisé dans le cadre du Joint Plan of Action de novembre 2013. De plus, en utilisant durablement ce pouvoir de contournement du pouvoir législatif, le président s’exposerait aux critiques du Congrès. Le second outil à sa disposition est son pouvoir d’autorisation (licensing authority) qui lui permet d’ignorer ponctuellement une prohibition de manière continue et non pas temporaire. Il peut être utilisé pour autoriser des transactions financières normalement interdites au titre de la réglementation fédérale sur les transactions et les sanctions avec l’Iran. Le troisième outil à la disposition du Président est la radiation de la liste établie par le Trésor américain (OFAC)1 des personnes ou entités bloquées (SDN)2.

Dans ces trois cas, l’architecture du régime américain de sanctions contre l’Iran reste intacte. Cela signifie que le successeur du président Barack Obama en qui accèdera à la Maison Blanche en janvier 2017 aura toute discrétion pour revenir sur cette décision.

Du côté du Congrès américain, on recense dix actes législatifs imposant ou renforçant des sanctions envers l’Iran à différents titre répondant aux acronymes suivants : IIANA, ISA 1996, INKSA, TSRA, INPPA, IFSA, CISADA, NDAA 2012, ITRSHRA, IFCA. Ces actes ont été votés pendant des périodes de cohérence institutionnelle (présidence et Congrès du même bord politique), de cohabitation simple (présidence et Congrès de bord opposé) ou de cohabitation combinée (président et l’une des deux chambres de même bord).

Cela signifie que l’approche américaine hostile vis-à-vis de l’Iran a été relativement consensuelle surtout depuis l’annonce de la politique de double endiguement en 1994 et le concept d’États-voyous adopté par l’administration de Georges W.Bush en 2002. L’hostilité à la normalisation avec l’Iran est donc un sentiment bipartisan partagé par la majorité actuelle des parlementaires américains, quelle que soit leur affiliation partisane. Déjà, des velléités de projet de vote de sanctions supplémentaires par le 114 e Congrès américain (2015-2017) sont apparues pendant les négociations en cours. Cette discordance avait donné le jour en mars 2015 à l’initiative sans précédent de 47 sénateurs républicains emmenés par le sénateur Tom Cotton3. Par un vote daté de début mai 2015, le Congrès s’est attribué le pouvoir de rejeter tout éventuel accord avec l’Iran. La proposition début juin 2015 d’amendement par deux sénateurs, le républicain Mark Kirk et le démocrate Robert Menendez, consistant à étendre de 10 ans (jusque 2026) la durée d’application du Iran sanctions Act de 1996 dans le cadre du vote quasi-certain du budget de la défense est une mesure démontrant l’état d’esprit antagonique du Congrès vis-à-vis des négociations en cours. Il est probable que ce consensus se brise sur la question de la levée des sanctions prévue par l’accord préliminaire obtenu par l’Iran en avril 2015. Mais détricoter la maille des sanctions américaines contre l’Iran pour aboutir à une levée définitive des sanctions imposées au titre d’actes législatifs exige un vote de révocation du Congrès américain. Or celui-ci est actuellement dirigé par une majorité républicaine allergique au principe des négociations avec l’Iran.

Rappelons de plus que l’interdiction faite aux entreprises américaines de commercer ou d’investir en Iran ne serait pas concernée par la levée pressentie des sanctions4. Une fois ces précisions admises, la portée d’un accord définitif pour l’économie iranienne doit être relativisée. Cela rend encore plus délicat, vis-à-vis de l’opinion publique iranienne, la justification des concessions importantes consenties par le gouvernement de Hassan Rohani. Le nationalisme iranien vivrait très mal une répétition de l’humiliation endurée par la comparaison avec deux traités conclus à l’époque Qadjar, ceux de Golestan (1813) et de Turkmanchaï (1828), auxquels se réfèrent parfois les réseaux sociaux comme une sorte de « Munich iranien ».

Aussi les médias iraniens sont-ils restés prudents une fois passée l’euphorie relative suscitée par l’annonce de l’accord de Lausanne. Et les critiques —notamment dans les rangs des parlementaires iraniens devant lesquels le négociateur-en-chef Abbas Araqchi est venu expliciter le 23 mai les tenants et aboutissants des négociations —, n’ont cessé de s’amplifier au fur et à mesure que l’ampleur des concessions se précise. Payer rubis sur ongle d’hypothétiques promesses serait-il de bonne politique ? Envisager la conclusion d’un accord dépourvu du seul avantage que les Iraniens espèrent en tirer, à savoir une amélioration rapide de la situation économique intérieure, est-il réaliste ? Alors même que l’unique bénéfice d’un accord nucléaire pour l’Iran consiste en un retour à la normale de l’activité économique, formuler des exigences propres à nourrir des hésitations sur le bien-fondé économique des arbitrages en cours pourraient bien en hypothéquer le dénouement. Aux yeux des Iraniens, tout accord prendrait alors des airs de victoire à la Pyrrhus. Or quelle cohérence y aurait-il d’affaiblir maintenant celui qui est appelé à devenir demain un partenaire économique ?

JULIEN PÉLISSIER

1Treasury Department’s Office of Foreign Assets Control.

2Specially Designated Nationals and Blocked Persons.

3Ce groupe de sénateurs avait pris la décision très commentée à Washington d’envoyer une lettre directement aux responsables iraniens en mars 2015, dont le Guide suprême, pour jeter le doute sur la capacité supposée de l’administration Obama à supprimer les sanctions.

4Il s’agit de l’opinion de Kenneth Katzman, spécialiste du Proche-Orient pour le Centre de recherche du Congrès américain (CRS).

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Tunisie :Imprévisible vraiment, le massacre du 9 Ramadan ?

Publié le par Mahi Ahmed

Tunisie :Imprévisible vraiment, le massacre du 9 Ramadan ?

Par Ahmed Brahim (1)


Je n'arrive pratiquement plus à dormir depuis vendredi.

Je suis profondément choqué: impréparation, incohérences; remake des mêmes erreurs depuis 2011 en plus inquiétant :gesticulation, signe d'impuissance et d'irresponsabilité.

Arrêtez de courir dans tous les sens sous les caméras. Et du peuple. Arrêtez cette « plateaucratie » cacophonique.
"Quand les blés sont sous la grêle / Fou qui fait le délicat / Fou qui songe à ses querelles/Au coeur du commun combat!" (Louis Aragon)

Tous à côté de la plaque !. Gouvernement, parlement, partis, syndicats, associations, etc. , y compris moi-même !Soufflons, prenons le temps de réfléchir un peu! Tous ceux qui ont lu les classiques de la stratégie le savent depuis Sun Zu : «si tu t'obstines à ne pas vouloir te mettre dans la peau de ton ennemi ( « qu’est-ce que je ferais si j'étais lui? »), tu cours à ta perte! » (2)

"Loup solitaire" ou hyènes en bande? Peu importe ! S’est-on demandé comment ça fonctionne, ces bêtes?

Le jour même au soir, je crois, on a su que Seif Rezgui était inscrit, non à Kairouan, ça c'est la "couverture", mais dans un certain « Institut Ibn Malik des sciences charaïques » ( c'est à quelques mètres et sur le même trottoir que le local d'El Massar d'El Manar 1!)... L' annexe - pour les petits - de cet institut ( Malik aS-Saghir) se trouve sur la grande avenue du Cheikh Abdelaziz Thaalbi (3). Ce grand réformateur et patriote doit se retourner dans sa tombe, Allah yarhmou).

Jusqu'à vendredi dernier le pays facebookien de Tunis ne vivait que de et sur un sujet : les "Fattaras (4).

Et ça m'énervait! Byzance quand tu nous tiens... ! Sauf que les barbares ne sont pas seulement aux portes de notre ville, ils à l’intérieur de nos murs ! Personne , pas plus les jeunes et moins jeunes partisans de la liberté individuelle que notre gouvernement , pressé de montrer qu'il était « à l'écoute de la "rue" ». Tous ont oublié Daech!! Je fulminais. Je disais à mon épouse: « pourvu que le 17 Ramadan ( 4 juillet) se passe salâmât! »

Mais la commémoration de Badr (5), me disais-je, comme celle de Laylet al Qadr (5), etc., c'est en principe « prévisible » dans un pays musulman, et le plus probable est que les terroristes vont en choisir une autre. Et ce fut ce terrible vendredi.

Avec cette nouvelle donnée, qui m’a semblé essentielle - appartenance de Seyf à cet institut Ibn Malik dont je me doutais qu’il était depuis longtemps une sorte d’officine intégriste – je me suis demandé ce qui avait pu motiver précisément le choix du 9 Ramadhan.


A coup de dizaines de « lectures » liées à ce fameux Institut Malek (c'est-à-dire les mêmes textes qu’aurait pu lire ou entendre parler l'assassin), je n'ai pas tardé à ouvrir le « disque dur » de ce Daéchien ( disque dur, c'est une métaphore, car je suis nul en cette matière)! Je complète alors mon information par le fameux Ibn Al 'Athir (Al Kamil fi-Ttarikh) (6) et par divers autres textes d’histoire, notamment l’histoire de la Tunisie. J’ai constaté que ce livre était proposé pour téléchargement par quelques sites salafistes . J'utilise ensuite pour la concordance des deux calendriers la vieille formule H=H-3H/100+622* ( cf. Dictionnaire français-arabe Al Mujib de mon collègue et ami M. Ahmed El Ayed). Tout devenait rapidement parfaitement clair. Eurêka!

Pourquoi le 9 Ramadhan? Pourquoi Sousse? Pourquoi sur la plage ? Pourquoi la mer ?

Eurêka, me répété-je en souriant, non sans « satisfaction » - je l’avoue - , car Archimède a aussi quelque rapport avec notre sujet, assez « décalé », il est vrai…

Seif, donc, a fréquenté l’Institut IM ; il n'a pas agi seul ; ses cheikh l'ont mis sur la voie puis transformé en ce monstre-robot que l’on peut voir sur plusieurs vidéos d’amateurs...

C'est "la faute à Voltaire", comme dirait l'autre. Et le « Voltaire » de cette histoire incroyable n’est autre que Asad Ibn Al Fourat, originaire du nord de la Syrie - tout un symbole !..-, était venu dès son jeune âge avec son père à ...Kairouan, pour participer au « Jihad »! C'est un grand savant du Hadith et du Fiqh, qui fut disciple de l'Imam Malik, et fit du MuwaTTa (8) de ce dernier l’objet principal de son propre enseignement (9dan la capitale des aghlabide, c’est-à-dire la ville même où était inscrit l’étudiant SR (étudiant, traduction, non de Tâlib, mais de Taliban ?! ) Kairouan était à ce moment-là la métropole de tout le Gharb (= l’Occident, c’est-à- dire l'Ifriqia, de la Libye à l'Andalousie en passant par Marrakuch, l’actuel Maroc! ).

C’est ce QaDi et guerrier que le prince Ziadatu Allah Ibn Al Aghlab chargea de prendre le commandement, à l’âge de 69 ans, la flotte qui arriva avec 10.000 hommes aux portes de Syracuse, capitale de la Sicile, province de l’empire chrétien d’Orient. Asad commença le siège le 26 juin 827, concomitant avec le mois de Rabii 1 ou 2 ( 3ème ou 4ème mois de l’année hégirienne !!) de l’année 212 de l’Hégire ! Rien à avoir par conséquent avec le 9 Ramadhan, qui avait « coïncidé » plus ou moins avec décembre 211 ou janvier de l’année 212 !

Je te salue O Archimède de Syracuse !...

On voit donc que nos responsables, nos "experts", ont tout faux. Les nôtres tout comme ceux des Américains, des Britanniques, des Français, etc.
Depuis des années, tout le monde est hors sujet, y compris et surtout les grandes puissances . Vos "grandes oreilles", vos ordinateurs, vos spéciaux, vos forces armées, vos moyens colossaux, vos think tanks, … n'ont rien vu venir ! C'était pourtant simplissime , tout comme le fameux "oeuf de Colomb"! (9)

On n’a manifestement pas intégré une idée pourtant évidente: logiquement, une guerre -quelle qu’elle soit- ne saurait se mener que si les protagonistes partagent le lieu et le temps. Ici avons la co-spatialité, mais deux temporalités opposées - hic mais pas nunc en quelque sorte!!

Pourtant il suffisait de penser comme le feraient les terroristes! Bien entendu ils ne sont pas stupides pour éveiller l’attention des Infidèles et de leurs suppôts profondément endormis en publiant des communiqués du type: " En ce jour mémorable du 9 Ramadan, nous sabres d'Allah ( c'est le sens littéral du nom de l'auteur de la tuerie, Seyf-e-ddine, Epée de LA Religion)!!(10)

Ahmed Brahim

Notes

(1) Professeur de Linguistique, ancien ministre de l’Enseignement Supréieur, ancien député à l’ANC, ancien rédacteur en chef puis directeur de l’hebdomadaire Attariq Al Jadid, (gauche démocratique et progressiste , Ancien président du parti El Massar.

(2) Le fameux auteur de l’Art de la guerre (5ème s avant J.C) insiste particulièrement que l’on doit connaître son ennemi !

(3) Cheikh Abdelaziz Thaalbi peut être considéré comme le principal fondateur du Destour et donc du Mouvement national tunisien ; Bourguiba était son disciple avant de fonder avec d’autres jeunes intellectuels le Néo-Destour en 1934.

(4) Les Tunisiens non – jeûneurs en butte à des tracasseries de la police pendant Ramadhan dans les quelques cafés ouverts à Tunis – centre et un certain nombre de « zones touristique »

(5) La journée du 17 Ramadhan commémore la première bataille sérieuse entre les Qoraichites venus de la Mecque et les Musulmans établis à Médine, qui vit les partisans de Mohammad , pourtant en petit nombre, remporter la victoire grâce à une intervention divine. Laylatu-l-Qadr (=la Nuit du Destin) , fêtée la veille du 27 Ramadhan , qui tombe cette année le 4 juillet. C’est la nuit de la Révélation du Coran.

· J’ai appris pendant mes nuits d’insomnie l’existence de plusieurs convertisseurs Hégire – calendrier julien et grégorien, bien plus performants…

(6) Ibn Al Athir (555-630 H/ 1160-1234) Kitab Al Kamil fi-TTarikh = le (livre) parfait sur l’histoire.

(7) Malik Ibn Anas,( 93-179 H/ 8ème s) , plus communément appelé l’Imam Malik, grande figure de la jurisprudence musulmane et un des chefs des quatre écoles du droit musulman sunnite, l’école Malékite. Son livre principal est Al Muwatta » (=l’Approuvé)… L’institut dont il est question peut avoir noyauté ou servir de couverture à des salafiste wahabites

(8) Il est célèbre par son livre le plus important, que l’auteur du Kamil mentionne sous le nom d’Al Asadiyya (=l’Asadiade, en quelque sorte)

(9) Il me semble que nous sommes grâce à cette démarche basée sur le principe « connais-bien ton ennemi » d’un précieux logiciel pour percer l’énigme du choix des dates par les groupes salafistes wahabites armés d’Al Qaïda à l’EI , en passant par toute la galaxie terroriste. Leurs cheikhs , leurs qadhis, leurs talibans, leurs califes, etc. Partant de l’hypothèse que tout l’énorme corpus de la tradition musulmane, des écoles, des sectes,.. doit être probablement disponible sur internet, je me suis rendu compte que la solution de l’énigme se trouve dans le .. calendrier musulman !! Je me suis « amusé » à passer en revue un certain nombres d’actes terroristes en Tunisie et ailleurs, et plus souvent, ça marche !! NB . Bien entendu, il faut intégrer aussi la spécificité « locale » ! Je ne serais pas surpris que les Chiites, qui ont leur propre corpus, avec des variations liées aussi aux écoles et sectes !!

(10) Programmé pour tuer le maximum de mécréants et se faire tuer ce jeune homme a dû subir un matraquage assez long dans les mosquées et « l’Institut » - qui a pignon sur rue – centré probablement sur l’exemple du grand personnage que fut Asad Ibn Al-Fourat et plus particulièrement sur le débarquement sur les côtes de Syracuse un « 9 Ramadhan ». . Le siège de Syracuse commença bien vers la fin juin la même année et le héros dont l’auteur du massacre pensait sans doute suivre l’exemple mourut de la peste quelques peu de temps plus tard !!



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OUI à la démocratie et au référendum en Grèce – NON au chantage de la Grèce par FMI, Union européenne et gouvernement allemand

Publié le par Mahi Ahmed

OUI à la démocratie et au référendum en Grèce – NON au chantage de la Grèce par FMI, Union européenne et gouvernement allemand

Publié le 29. juin 2015 par faktencheckhellas

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L’Europe démocratie et sociale, un projet de toute façon inachevé, se trouve devant l’abîme en cette fin juin 2015. Mais en face de l’abîme, les uns – en tant que créanciers – vivent au Grand Hôtel, dans le grand luxe et avec un beau panorama, alors que les autres en tant que débiteurs endettés se trouvent sur un écueil, toujours menacés de la chute dans la faillite.

Une « Troïka » composée d’institutions puissantes fait en sorte que le menace se transforme en chantage. Aucune chance n’est laissée à des débiteurs tels que la Grèce : la menace de la chute dans la faillite est censée rendre docile le gouvernement. Des alternatives sociales et politiques à l’Austérité imposée sont frappées d’un tabou. Même le référendum, proposé par le gouvernement de Syriza, sur le plan de mesures d’économies imposée par la «Troïka» a été interprété par l’Eurogroupe des ministres des Finances (un club à caractère technocratique, non pas une institution politique responsable devant les électeurs et électrices) comme une provocation. Ils punissent l’initiative démocratique émanant de Syriza en excluant le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, des délibérations du soi-disant Eurogroupe. Ils sont suffisamment sans honte de violer le droit européen pour assouvir leur besoin de vengeance néolibéral. Le spectacle offert par Wolfgang Schäuble, Jeroen Dijsselbloem et les autres entrera dans l’histoire européenne comme celui d’un attentat-suicide grandiose de la classe politique, dirigé contre le projet d’une intégration européenne.

La politique d’austérité qui ruine des budgets d’Etat et détruit des sociétés est menée par le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission européenne ensemble avec l’Eurogroupe, en concertation avec les grandes puissances économiques de l’Europe. L’Allemagne, gouvernée par la Grande coalition (droite chrétienne-démocrate et social-démocratie) sous Wolfgang Schäuble, Sigmar Gabriel et Angela Merkel fait figure de moteur. Avec leur politique d’austérité et de casse sociale, de blocage des investissements destinés au renouveau économique, de pression sur les salaires de la masse de la population et d’affaiblissement des syndicats, ils ont fait en sorte qu’en Grèce, le chômage a été triplé entre 2007 et 2014, passant à presque 30 %. Le chômage des jeunes, passant à près de 60 %, a plus que doublé. Il n’est ainsi pas étonnant de constater que le PIB est réduit d’un quart, que l’endettement des particuliers a augmenté de 66 % par rapport à avant la crise et que le taux d’endettement public est monté à presque 180 % du PIB. Partout en Europe, la situation sociale et économique des populations s’est dégradée, mais en Grèce, de façon particulièrement radicale.

Face à cet échec patent de la politique de la «Troïka», il est compréhensible et juste que le gouvernement grec tire le frein d’urgence et qu’il veuille suivre une autre route que le trajet programmé par ceux réunis au Grand Hôtel près de l’abîme ; d’autant plus que les gouvernements d’avant l’arrivée de Syriza ne peuvent présenter aucun succès, bien qu’ils aient sagement obéi aux directives de la «Troïka».

Ce faisant, Syriza n’agit pas seulement dans l’intérêt de la Grèce. De toute évidence, il y a lieu de corriger une erreur de construction de la «maison commune européenne»: ses habitants et habitantes ne sont pas des citoyennes et citoyens avec des droits (et devoirs) égaux, mais d’un côté des fortunés dont la richesse augmente aussi dans la crise et avec la crise, et de l’autre côté des débiteurs dont la charge de la dette grandit sans cesse dans la crise et à cause de la crise. Dans l’Europe de 2015, on peut apprendre ce qu’enseignait le grand philosophe grec Aristote: l’argent divise; pour cette raison, on ne saurait fonder une société libre et démocratique sur une union monétaire, en suivant la logique de l’argent. Une «maison commune» exige plus qu’une caisse commune, gérée par des «institutions», d’autant plus si les représentants de celles-ci sont incompétents et remplis de haine contre toute alternative démocratique.

La politique euro-libérale des 25 dernières années, depuis le document fondateur de la zone euro – le Traité de Maastricht de 1991 –, a contribué à la division de la société européenne. La Grèce en constitue l’exemple le plus dramatique. D’autres suivront. C’est pour cela que le gouvernement conduit par Syriza et son Premier ministre Alexis Tsipras ont raison de demander le respect des intérêts du peuple grec, d’exiger le respect de la dignité humaine et un renforcement de la participation démocratique. Un vote démocratique est une nécessité. Il constitue un progrès, comparé aux diktats «sans alternative» de la Troïka qui réduisent la marge de manœuvre démocratique jusqu’à zéro.

Il ne s’agit pas uniquement d’une affaire grecques. Les événements actuels autour de la Grèce concernent tous les Européens et toutes les Européennes. L’initiative d’organiser le référendum sur la démarche ultérieure dans la crise de la dette fait regagner aux populations une partie des droits démocratiques qui avaient été écrasés par le véhicule de la Troïka. Nous soutenons cette initiative parce qu’elle correspond aussi à nos intérêts. Nous nous opposons aux tentatives des ministres des Finances de la zone euro de vouloir extirper ce petit peuple grec de l’Europe ; ce peuple grec «dont le talent universel et l’activité lui a assuré une place dans l’histoire du développement de l’Humanité telle qu’aucun autre peuple ne peut y prétendre», comme l’a dit Friedrich Engels, dont nous commémorerons les 120 ans de sa mort en 2015.

Que reste-il de l’Europe sans la Grèce ? Un désert déculturé, contaminé par le néolibéralisme, géré de façon autoritaire par les «institutions».

Il devrait aller de soi que le vote démocratique sur la politique de la Troïka, en Grèce et dans d’autres pays européens, soit respecté par les «institutions». Toutes les menaces qu’on peut entendre ces jours-ci, émanant de l’Eurogroupe, de la Banque centrale européenne et du gouvernement fédéral allemand et selon lesquelles on va arrêter immédiatement tout soutien nécessaire à Athènes, sont irresponsables et antidémocratiques.

Ici, on brandit ouvertement la menace d’un chaos financier afin d’étrangler ainsi la démocratie. «Le temps c’est de l’argent», telle est la première règle des responsables des Finances de la zone euro. Ils ne comprennent même pas que des procédures démocratiques nécessitent du temps, qu’il faut se payer le luxe de prendre du temps pour arriver à des résultats largement acceptés. Des solutions pour la grave crise présente ne doivent pas accabler les endettés aves des diktats durs, voire brutaux et impossibles à satisfaire. Les créanciers doivent contribuer aux coûts de la crise. Une insolvabilité, une crise doit être résolue d’un commun accord, non par des accusations unilatérales et en accablant d’Austérité les hommes et les femmes dans le pays endetté. Il ne faut pas que ceux qui sont réunis dans les salons du Grand hôtel près de l’abîme oublient que les spéculateurs financiers et leurs serviteurs politiques portent la responsabilité principale pour les misères de la crise de la dette. Les ministres des Finances de l’Eurogroupe ont oublié cela. Ils sont responsables d’un désastre créé par eux-mêmes, dont on demande maintenant à la population grecque de payer les pots cassés et qui frappera, avec un décalage dans le temps, aussi d’autres peuples en Europe.

Honte à la classe politique dans l’Union européenne ! Solidarité avec la population en Grèce! Notre respect va au gouvernement démocratiquement élu, et pratiquant la démocratie, à Athènes.

Premiers signataires :

(29. Juni, 14.30 h)

Tom Adler / Stuttgart

Prof. Elmar Altvater / Berlin

Malte Albrecht, BA // Universität Marburg/L.

Dr. Dr. Dario Azzellini / Johannes Kepler Universität (JKU) Linz

Prof. Dr. Rudolph Bauer / Bremen

Dr. Dr. Josef BAUM / Universität Wien

Judith Benda / Mitglied im Parteivorstand DIE LINKE

Dr. Günter Berg / Berlin

PD Dr. Josef Berghold / Innsbruck

Prof. Armin Bernhard / Essen

Dieter Bertz / Verleger / Berlin

Prof. Dr. Ariane Brenssell / Berlin und Braunschweig

Dr. Joachim Bischoff / Hamburg

Prof. Dr. Ulrich Brand, Wien

Georg Brzoska / Berlin / Bündnis Griechenlandsolidarität Berlin

Dr. Florian Butollo / Jena

Laurie Cohen, Dr. phil. / A-6020 Innsbruck

Dr. Hans Coppi

Prof. Dr. Wolfgang Däubler / Bremen

Inge Danielzick / Kirchlicher Dienst in der Arbeitswelt // Bremen

Dr. Judith Dellheim, Ökonomin, Berlin

Prof. em. Frank Deppe / Marburg/L.

Richard Detje / Ahrensburg

Dr. iur. Andreas Diers / Bremen

Gerhard Dilger / São Paulo

Prof. Klaus Dörre / Jena

Hartmut Drewes / Pastor i.R. / Bremer Friedensforum / Bremen

Prof. Ulrich Duchrow, Heidelberg

Dr. Marianne Engelhardt-Schagen und Dr. Udo Schagen / Altwustrow-Oderaue

Michael Erhardt / 1. Bevollmächtigter Gewerkschaft IG Metall / Frankfurt/Main

Prof. Dr. Trevor Evans / Berlin School of Economics and Law (HWR)

Dr. Ulrike Faber / Berlin

Marion Fisch / Hamburg

Katrin Fischer / Verlegerin / Berlin

Dr. Alexander Gallas / Universität Kassel

Dr. Thomas Goes / Berlin

Prof. Dr. Eberhard von Goldammer / Witten

Saskia Gränitz / München

Annette Groth, Mitglied des Deutschen Bundestags, Vorsitzende der deutsch-griechischen Parlamentariergruppe

Dr. Bettina Gruber / Annenheim

Gregor Gysi, Abgeordneter des Deutschen Bundestages und Vorsitzender der Fraktion DIE LINKE

Prof. em. Michael Hartmann / Technische Universität Darmstadt

Dr. Marcus Hawel, Berlin

Claudia Haydt / Vorstandsmitglied Europäische Linke / Tübingen

Peter Heintel Freyenthurn

Prof. Dr. Peter Herrmann EURISPES – Istituto di Studi Politici, Economici e Sociali / Roma / ITALIA

Prof. Rudolf Hickel / Bremen

Wieland von Hodenberg / Friedensaktivist und Autor / Bremen

Inge Höger / Mitglied des Deutschen Bundestags / DIE LINKE

Philip Hogh / Carl von Ossietzky Universität Oldenburg

Bernd Hüttner / Bremen

Dr. Stefanie Hürtgen / Frankfurt am Main.

Prof. Dr. Ulf Kadritzke / Hochschule für Wirtschaft und Recht / Berlin

Dr. Stefan Kalmring / Rosa-Luxemburg-Stiftung / Berlin

Sima Kassaie / Mühltal

Katja Kipping / Parteivorsitzende DIE LINKE / Berlin

Dr. Harald Klimenta / Autor / Regensburg

Clemens Knobloch / Hochschullehrer / Siegen

Dr. Juha Koivisto / Tampere (Finnland)

Dr. des. Julia König / Goethe Universität Frankfurt am Main

Prof. Ingrid Kurz-Scherf / Marburg/L.

Reinhart Kößler / Arnold Bergstraesser Institut / Freiburg/Brsg.

Dr. Gregor Kritidis / Hannover

Katharina Köpping / Berlin,

Jenny Künkel / Wissenschaftliche Mitarbeiterin / Goethe Universität Frankfurt

Sonja Kube Berlin

Jenny Künkel, Wissenschaftliche Mitarbeiterin, Goethe Universität Frankfurt

Dr. Mike Laufenberg, Technische Universität Berlin

Regine von Larcher / Weyhe

Detlev von Larcher / ehem. SPD-Mitglied des Deutschen Bundestags / Weyhe

Dr. med. Dieter Lehmkuhl / Berlin

Ekkehard Lentz / Sprecher Bremer Friedensforum

Dr. Bernhard Leubolt / Wien

Christoph Lieber / Hamburg

Volker Lösch, Regisseur, Berlin

Jan Latza / Sozialwissenschaftler / Berlin

Sabine Leidig / Mitglied des Bundestags DIE LINKE / Hanau

Dr. Bernhard Leubolt / Wien

Dr. med. Christine Ligner / Birkenwerder

Peter Ligner / Birkenwerder

Prof. Birgit Mahnkopf / Hochschule für Wirtschaft und Recht Berlin

Peter Mannherz / Moos (Baden-Württemberg)

Ing. Mag. Martin Mair / Obmann “Aktive Arbeitslose Österreich”

Prof. Mohssen Massarrat / Berlin

PD Dr. Lutz Mez / Berlin

Daniel Mullis / Frankfurt am Main

Bernhard Müller / Hamburg

Elfriede Müller / Berlin

Petra Neuhold / Wien

Willi van Ooyen, Wiesbaden, Fraktionsvorsitzender DIE LINKE im Hessischen Landtag

Dr. Silke Ötsch / Innsbruck

Prof. Dr. Norman Paech / ehem. Mitglied des Deutschen Bundestags, DIE LINKE / Hamburg

Alexis J. Passadakis / Frankfurt/M.

Dr. med. Sabine Pfeiffer / Berlin

Tobias Pflüger, stellv. Parteivorsitzender DIE LINKE / Berlin und Tübingen /

Dr. Oliver Pye / Universität Bonn

Björn Radke / Bahrenhof

Dr. Nadja Rakowitz / Frankfurt/M . / Redaktion express

Günter Rath / Stuttgart

Prof. Dr. Günter Rausch / Freiburg/Brsg.

Norbert Remppel / Frankfurt/M.

Prof. Dr. Jörg Reitzig / Ludwigshafen

Prof. Dr. Werner Ruf / Edermuende

Prof. Rainer Rilling / Marburg

Werner Rügemer / Köln

Dr. Thomas Sablowski / Frankfurt am Main und Berlin

Gerd Siebecke / Hamburg

Elke Schenk /Sozialwissenschaftlerin Vaihingen / Enz

Maren Schlierkamp / Hamburg

Klaus Schneider / Hamburg

Conrad Schuhler, München (isw)

Dr. Paul Scheibelhofer / Wien

Prof. Dr. Herbert Schui / Buchholz

Dr. David Salomon / Universität Siegen

Bernhard Sander / Wuppertal

Prof. Dr. Werner Schmidt / 13971 Stavsnäs / Schweden

Carita Schmidt, Berlin

Cornelia Schöler / Dip.Pol. / Berlin

Dr. Susanne Schultz / Universität Frankfurt

Prof. Dr. Jürgen Schutte / Berlin

Marianne Sörensen-Bauer / , Psychotherapeutin / Bremen

Eric Sons / Hamburg.

Sybille Stamm / Vorstand Rosa Luxemburg-Stiftung / Stuttgart

Roland Süß / Mitglied im Attac Koordinierungskreis / Birkenau,

Johannes Tesfai / Hamburg

Dr. Vassilis S. Tsianos / Universität Hamburg, Institut für Soziologie

Athena Tsaoussis / Wiesbaden

Daniela Trochowski / Staatssekretärin des MdF Brandenburg / DIE LINKE Brandenburg / Berlin

Margarita Tsomou / Berlin / Herausgeberin Missy-Magazin

Dorothee Vakalis, πάστορας / Pfrin i.R. / Thessaloniki,

Dr. Markus Vogt / Rottweil

Dr. Stefan Vogt / Frankfurt am Main

Peter Wahl, Vorsitzender von WEED – Weltwirtschaft, Ökologie & Entwicklung e.V.

Harald Weinberg / Mitglied des Deutschen Bundestags DIE LINKE / Nürnberg

Dr. Thomas Weiß / Berlin

Christa Wichterich / Köln

Prof. Dr. Markus Wissen / Berlin

Dr. Winfried Wolf / Michendorf

Prof. Dr. Christian Zeller / University of Salzburg

Martin Zeis / Stuttgart

Prof. Aram Ziai / Kassel

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Tsipras choisit la démocratie, les oligarques tirent à vue

Publié le par Mahi Ahmed

Tsipras choisit la démocratie, les oligarques tirent à vue

LINA SANKARI

MARDI, 30 JUIN, 2015

L'HUMANITÉ

Depuis l’annonce par Athènes de la tenue d’un référendum sur un accord avec l’ex-troïka, Bruxelles et les places financières tentent de semer la panique afin de peser sur le vote grec.

Il y a péril en la demeure. » De Bruxelles à Hongkong, des créan-ciers aux grandes places financières, les libéraux semblent s'être passé le mot. Après une semaine intense qui s'est soldée par une rupture des négociations et l'annonce d'un référendum par le premier ministre Alexis Tsipras, les partisans de l'austérité jouent leur va-tout. Face à l'arme démocratique, les bureaucrates de Bruxelles et du FMI tentent de semer la panique chez les Grecs et les Européens quant aux conséquences d'une éventuelle sortie d'Athènes de la zone euro. En ne laissant d'autre choix aux banques hellènes que celui de la fermeture, l'ex-troïka exerce un chantage qui ressemble à un étranglement financier de plus. Face à ces pressions, Alexis Tsipras appelle les Grecs au « sang-froid » et à la « détermination » dans « les heures cruciales » qui séparent le pays du référendum de dimanche prochain.

Phobos a désormais son temple à Bruxelles. Le dieu grec de la panique et de la déroute trouve de nombreux adorateurs parmi les créanciers (Commission ­européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) et sur les places financières. Depuis le refus de l’Eurogroupe de prolonger de quelques jours le plan d’aide à la Grèce et de ­l’annonce par le gouvernement Tsipras d’un référendum sur un accord avec les créanciers, le doute n’est plus permis : les libéraux jouent la peur.

Depuis 2010, des salaires amputés de 40 à 50 %

Ainsi, hier, le scénario catastrophe a-t-il démarré par l’orchestration d’une vague de panique sur les marchés destinée à préparer les esprits au choc que pourrait provoquer un refus populaire grec de nouvelles cures d’austérité. Tokyo perdait 2,9 %, ­Sydney ­cédait 2,24 %, Séoul 1,56 %, Taipei 2,40 % et Hong Kong 3,63 %. Plus spectaculaire encore : les Bourses continentales chinoises subissaient une dégringolade de plus de 7 % dès vendredi, après l’envolée de ces derniers mois. Même panique du côté des grandes places européennes, en baisse de 3 % à l’ouverture. Mieux, les taux d’endettement de l’Espagne ou de l’Italie ont brusquement augmenté. Résumée par les analystes de la deuxième banque privée allemande, Commerzbank, la situation donne peu ou prou ceci : « Tel un tortionnaire médiéval (la BCE) étale tous ses ­instruments de torture pour ceux qui voudraient parier contre les obligations des pays périphériques. L’effet dissuasif devrait suffire à avoir la discipline requise. »

Pour sauver les apparences et ne pas être accusée d’être responsable d’une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro, la BCE a annoncé maintenir son programme ­d’assistance d’urgence de liquidité (Emergency Liquidity Assistance – ELA). Or, cette décision relève d’un respect pur et simple des traités européens car en retirant son soutien aux banques grecques, la BCE aurait forcé le remboursement immédiat de tous les titres déposés en garantie et précipité la faillite de tout le système ­bancaire grec. En réalité, le maintien du ­programme d’assistance d’urgence de ­liquidités fait figure de nœud coulant car en décidant de ne pas augmenter le plafond des liquidités, elle pousse le système ­bancaire grec à l’étouffement.

De fait, la Banque de Grèce a été contrainte d’annoncer la fermeture des banques hellènes cette semaine. Sur tous les écrans s’étalent désormais les files d’attente devant les distributeurs de billets et les retraits sont limités à 60 euros par jour jusqu’au 7 juillet, soit deux jours après la tenue du référendum. La peur fera-t-elle flancher les Grecs en faveur du oui ? Le scénario imaginé par Bruxelles pourrait se heurter au fort soutien populaire dont jouit toujours le chef du gouvernement, Alexis Tsipras, et au climat généré par cinq années d’austérité. Depuis 2010 et le premier prétendu plan de sauvetage, les Grecs, soumis au chômage, à une amputation des salaires de 40 à 50 %, à un abaissement des pensions et à des impôts toujours plus élevés ont-ils encore envie de se soumettre au chantage des créanciers concernant une faillite ou une sortie de la zone euro ?

Dimanche soir, le chef du gouvernement grec, Alexis Tsipras, s’employait à rassurer : « Les dépôts des citoyens dans les banques grecques sont absolument garantis. Le versement des retraites et des salaires est de même assuré. Nous devrons faire face à toute éventualité avec sang-froid et détermination. Nous viendrons d’autant plus vite à bout de ces difficultés et en limiterons d’autant mieux les conséquences que nous saurons fait preuve de calme. En ces heures cruciales, où nous sommes tous appelés à nous hisser à la hauteur de notre histoire, nous n’avons peur que de la peur. Et nous ne la laisserons pas nous gagner. » Les grandes manœuvres européennes sont en réalité la démonstration de la fébrilité européenne. Depuis plusieurs mois, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, assure que l’Europe dispose de tous les outils pour se protéger des conséquences d’une sortie de la Grèce de la zone euro.

Les bailleurs continuent de souffler le chaud et le froid en public

Un avis que ne partage pas le secrétaire américain au Trésor, Jacob Lew : « Je ne vais pas prédire quelles seraient les conséquences mais ça ne veut pas dire qu’on (...) peut connaître exactement la réaction des marchés et leur état d’esprit si la Grèce échoue, si la Grèce quitte l’Eurogroupe. » Et le doute de laisser place à la nervosité. Hier, les créanciers continuaient de souffler le chaud et le froid en public afin de maintenir la pression. La chancelière Angela Merkel affirmait être disposée à de « nouvelles négociations » après le référendum, si Athènes le demande… quitte à biaiser un tant soit peu la question posée par Alexis Tsipras en assurant que le référendum concernait le « maintien dans l’euro ».

Même stratégie du côté du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui estime qu’un « non voudrait dire, indépendamment de la question posée, que la Grèce dit non à l’Europe ». Autre argument : « En Europe, aucune démocratie ne vaut plus qu’une autre et, dans la zone euro, il y a dix-neuf démocraties, non une contre dix-huit et non dix-huit contre une. » En clair, le peuple grec est seul contre tous. Jean-Claude Juncker aurait pu ajouter qu’un succès de Syriza pourrait entraîner une remise en cause de l’austérité dans d’autres pays. Et donc du ­libéralisme à la sauce européenne.

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Aux chantages de la troïka, la Grèce répond : « Non » THOMAS LEMAHIEU

Publié le par Mahi Ahmed

Aux chantages de la troïka, la Grèce répond : « Non »

THOMAS LEMAHIEU

LUNDI, 29 JUIN, 2015

L'HUMANITÉ

Pour sortir son pays de l’étau austéritaire, Alexis Tsipras propose à son peuple la voie référendaire. Dimanche prochain, les Grecs seront appelés à rejeter les diktats des eurocrates et du FMI. Mais, les créanciers lancent les grandes manœuvres pour mettre en branle une véritable stratégie du choc.

Bruxelles (Belgique) et Athènes (Grèce), envoyé spécial.

Rien ne leur est épargné. Aux chantages, aux ultimatums et, maintenant, peut-être, à l’étranglement financier, les Grecs n’opposent désormais qu’une réponse : la parole au peuple. Dans la nuit de vendredi à samedi, Alexis Tsipras a annoncé l’organisation d’un référendum dimanche 5 juillet. « Je vous appelle à décider si nous devons accepter l’ultimatum des maîtres-chanteurs qui réclament une stricte et humiliante austérité sans fin

et sans aucune chance de nous remettre sur pieds tant du point de vue social que financier, lance le premier ministre grec. Nous devons répondre à l’autoritarisme et à l’austérité corrosive par la démocratie, avec calme et détermination. Berceau de la démocratie, la Grèce doit envoyer un message démocratique retentissant aux citoyens de toute l’Europe et du monde. » Après des mois d’âpres discussions avec la troïka et les eurocrates, au terme d’une semaine sous très haute tension à Bruxelles et à quelques jours de l’échéance pour le remboursement de 1,6 milliard d’euros au FMI, Alexis Tsipras, plébiscité en janvier dernier sur sa promesse de mettre fin aux diktats austéritaires qui ont plongé le pays dans une crise économique et humanitaire sans précédent, tient tête aux chancelleries de l’Union. L’histoire n’est pas finie, l’alternative cherche encore et toujours à s’imposer.

« Dans cette période critique, nous devons tous nous rappeler que l’Europe est la maison commune de tous ses peuples. En Europe, il n’y a pas des propriétaires d’un côté et des locataires de l’autre. La Grèce fait, et le restera demain, partie intégrante de l’Europe, tout comme l’Europe fait partie intégrante de la Grèce. Mais une Europe sans démocratie serait une Europe sans identité ni horizon. » Revenu du Conseil européen de Bruxelles dans la journée de vendredi, le premier ministre grec accuse vertement, dans cette intervention télévisée de quelques minutes, en direct à 1 h 30 du matin, la Commission européenne, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE), les chefs d’État et les ministres des Finances de la zone euro, d’empêcher frénétiquement tout compromis avec le gouvernement Syriza. « Durant les négociations, on nous a demandé en permanence d’appliquer les politiques des mémorandums acceptés par les précédents gouvernements, malgré le fait que ces mémorandums avaient été condamnés sans équivoque par le peuple grec lors des dernières élections. »

L’« offre très généreuse » de Merkel : une totale hypocrisie

Quelques heures plus tôt, à Bruxelles, alors que François Hollande était déjà en route pour présider un conseil de défense à Paris après l’attentat en Isère, c’est la chancelière allemande, Angela Merkel, qui était montée au créneau en parlant d’une « offre très généreuse » faite au gouvernement Tsipras à l’issue du Conseil européen. Totale hypocrisie car, en vérité, l’Allemagne et la France tentaient, dans un énième coup de poker, d’arracher l’acceptation par les Grecs d’un programme biffé et corrigé en rouge par le FMI, comprenant l’interdiction de taxer les profits des entreprises, la limitation de l’impôt sur les sociétés, la hausse de la TVA et des cotisations pour la protection sociale, la fin de l’aide aux retraités les plus pauvres et d’autres mesures qui épargnent les riches pour taper les classes populaires (lire l’Humanité du 26 juin) contre une prolongation de cinq mois du « plan d’aide » et le déblocage des milliards d’euros prévus dans ce cadre-là. Au menu, en somme, pour les Grecs : une double ration de renoncements et de sacrifices qui ne réglerait rien pour la suite, la question de la dette, insoutenable, illégale, illégitime et odieuse, demeurant dans l’angle mort une fois de plus !

Pourtant, depuis le début de la semaine dernière, avec, lundi, la tenue d’un Eurogroupe, suivi par un sommet des chefs d’État de la zone euro, puis un deuxième Eurogroupe, jeudi, en prélude au Conseil européen, le gouvernement grec avait joué la carte des négociations avec les institutions européennes à fond, au point de créer des vagues dans sa propre coalition. Dans la nuit de jeudi à vendredi, Nikos Pappas, ministre d’État et bras droit d’Alexis Tsipras, membre de l’équipe de négociateurs, détaillait la voie étroite empruntée par les Grecs devant quelques journalistes : « On nous demande encore de couper dans les retraites, mais nous avons déjà subi 15 milliards de coupes, et vous ne trouverez pas un Grec prêt à soutenir un tel programme ! Cela dit, oui, nous sommes prêts à réformer le système, nous savons que la démographie ne joue pas en notre faveur, que nos régimes ne sont pas assez capitalisés, etc. Donc, nous travaillons sur les contributions pour éviter que le système ne s’effondre, et c’est la première fois qu’un gouvernement grec prend ce problème à bras-le-corps. Nous attendons que ceci soit considéré par les créanciers et qu’on ne nous empêche pas, par exemple, de rétablir les cotisations des employeurs au niveau où elles étaient l’année dernière ! »

Aucune marge de manœuvre n’a été laissée au gouvernement grec

Devant ces institutions européennes qui, retranchées derrière le FMI, ne se contentent pas d’exiger une « trajectoire budgétaire » parfaitement ordo-libérale mais entendent également définir elles-mêmes les mesures politiques pour y arriver, sans laisser aucune marge de manœuvre au gouvernement grec, Alexis Tsipras n’avait plus d’autre choix que de renverser la table. Avant de remonter dans l’avion, le premier ministre grec prend le monde à témoin par une solennelle déclaration : « Personne n’a le droit de mettre en danger les principes fondateurs de l’Union européenne tels que la démocratie, la solidarité, l’égalité et le respect mutuel. Ces principes excluent absolument tout chantage ou ultimatum. Le gouvernement grec va continuer à se battre pour ces principes au nom du peuple européen et, bien sûr, du peuple grec. » À Athènes, en annonçant la tenue du référendum – une décision « approuvée à l’unanimité » par les ministres du gouvernement, précise-t-il, et annoncée au préalable à Angela Merkel, François Hollande et Mario Draghi, le patron de la BCE –, le leader de Syriza se fait plus tranchant. « Les propositions des institutions incluent des mesures qui vont déréguler encore le marché du travail, tailler dans les retraites et dans les salaires des fonctionnaires, mais également faire augmenter la TVA sur l’alimentation, les restaurants et le tourisme, tout en éliminant les exemptions fiscales pour les îles grecques, dénonce-t-il. Ces propositions démontrent que certains partenaires et membres des institutions ne cherchent pas un accord viable et bénéfique pour toutes les parties, mais ils cherchent plutôt à humilier le peuple grec. » En imposant cette consultation populaire dans son pays, Alexis Tsipras appelle également à un sursaut des dirigeants de l’Union européenne pour contrer le FMI qui, accuse-t-il directement, s’illustre par son « insistance à imposer des mesures d’austérité punitive » : « Il est plus que temps que les puissances dominantes de l’Europe se saisissent de l’occasion et prennent l’initiative de mettre fin à la crise de la dette grecque, une crise qui touche d’autres pays européens et qui menace tout l’avenir de l’intégration européenne. »

L’exécutif sollicitait une prolongation très limitée du « plan d’aide »

Face à l’initiative démocratique d’Alexis Tsipras, les masques tombent une nouvelle fois en Europe. Alors que l’exécutif grec sollicitait une simple prolongation très limitée dans le temps du « plan d’aide » pour éviter le défaut de paiement le 30 juin prochain et permettre l’expression populaire dans un contexte à peu près normal, la troïka et les eurocrates ont riposté très lourdement. Samedi, à l’occasion d’un nouvel Eurogroupe à Bruxelles, la scène est hallucinante. Président de l’institution qui rassemble les ministres des Finances de la zone euro, le ministre social-démocrate néerlandais Jeroen Dijsselbloem claque la porte au nez de son homologue hellène Yanis Varoufakis et qualifie le référendum en Grèce de « triste nouvelle ». Dans son communiqué qui – fait totalement inédit dans un cadre censé fonctionner au consensus – a été rédigé sans les représentants de la Grèce, l’Eurogroupe écarte fermement la prolongation de l’accord financier qui arrive à expiration, dénonçant un « rejet unilatéral des Grecs des propositions faites par les institutions ». Et tout d’un coup, feignant d’être parfaitement tranquilles sur les conséquences, redoutables pourtant selon toute vraisemblance, en cas de défaut grec pour le reste de la zone euro, les mêmes qui écartaient d’un revers de main toutes les exigences grecques sur la restructuration de la dette se mettent, sous couvert d’anonymat, à s’épancher sur le mode : « Quel dommage que Tsipras rompe les négociations au moment même où il allait l’emporter sur toutes ses exigences ! » Un pur mensonge que le chef de l’exécutif grec dénoncera lui-même un peu plus tard : « La question de la dette n’a jamais été évoquée, excepté sous la forme de la vague promesse qu’elle serait étudiée plus tard. » Samedi soir, la Vouli, le parlement grec, a adopté le principe du référendum par 178 voix pour (la coalition de gauche Syriza et le parti souverainiste de droite Anel, représentés au gouvernement, et les néonazis d’Aube dorée) et 120 contre (Nouvelle Démocratie, Pasok, To Potami et les communistes du KKE, qui entendent rejeter « l’austérité de la troïka et celle de Tsipras »). Dans la rude épreuve qui s’annonce, les eurocrates et la troïka qui, en choisissant de sortir la Grèce de l’Eurogroupe, tentent désormais à visages découverts d’asphyxier financièrement le pays, ont déclenché une stratégie du choc : ils veulent contraindre le gouvernement grec à instaurer un contrôle des capitaux pour, aidés par la panique, semer le chaos dans le pays. Après avoir été reçus en grande pompe à Bruxelles tout au long de la semaine dernière, les partis austéritaires de droite ou de centre gauche – Nouvelle Démocratie, le Pasok et To Potami –, laminés lors des dernières élections, comptent, eux aussi, sur des mouvements de foule – encore limités jusqu’à dimanche soir –, notamment la vague des Grecs retirant leurs économies aux distributeurs. Autre signe d’un coup de force antidémocratique en gestation : Prokopis Pavlopoulos, le président de la République, un conservateur dont le rôle constitutionnel est théoriquement limité à la représentation aux cérémonies, a dimanche après-midi rencontré les principaux dirigeants de l’opposition. « Tout s’éclaire, le but de toute cette affaire, c’est bien de tuer dans l’œuf l’alternative que trace Syriza pour la Grèce et pour l’Europe, estime Orestis, un jeune étudiant en sociologie qui a voté Tsipras en janvier. Ils ne peuvent pas supporter qu’on prenne une autre route que la leur, et manifestement, ils sont prêts à tout pour nous empêcher d’y aller. » Non loin de lui, dans ce café athénien où les conversations sont vives, une dame âgée sirote un thé glacé, avec flegme : « J’ai du mal à trouver de l’argent dans les banques, c’est vrai. Je vois tous ces gens qui s’agitent, qui remplissent leurs Caddies de sucre et de riz… Comme pendant la guerre ! Mais tout ça, c’est rien ! On nous explique qu’avec le référendum, on va choisir l’aventure, qu’on ne sait pas comment tout ça va finir. Pour moi, l’aventure, elle a commencé avec l’austérité il y a cinq ans et, croyez-moi, elle n’a pas été belle. Et maintenant, ils veulent nous enterrer six pieds sous terre. Pas question, ça suffit, je voterai non. Comme a dit Tsipras, pour moi aussi, ça sera un grand non ! »

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Les six mensonges capitaux de la propagande eurocrate

Publié le par Mahi Ahmed

Les six mensonges capitaux de la propagande eurocrate

CLOTILDE MATHIEU ET BRUNO ODENT

MARDI, 30 JUIN, 2015

L'HUMANITÉ

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Le siège de la banque centrale européenne à Francfort.

PHOTO DANIEL ROLAND/AFP

Dans la campagne contre Tsipras destinée à intimider les électeurs grecs et à conditionner les opinions des autres pays de la zone euro, nous démasquons ici quelques-unes des manipulations les plus flagrantes.

« Un grexit n’aurait pas de conséquences pour la zone euro et serait in fine bénéfique pour la Grèce. »

FAUX. Une sortie de la Grèce de la zone euro aurait des conséquences funestes pour tout le monde. D’abord pour la Grèce, car le retour à la drachme et la dégringolade assurée de sa valeur provoqueraient un renchérissement considérable des produits de consommation courante, massivement importés. Avec donc de nouvelles pertes considérables de pouvoir d’achat pour la population.

Pour la zone euro, le choc ne serait pas moindre. Le grexit induit en effet un risque de contagion. Les opérateurs des marchés financiers pourraient spéculer sur les taux d’intérêt des emprunts d’État des pays du Sud européen, considérés comme autant de maillons faibles de l’eurosystème. On a pu mesurer dès hier combien ce risque était avéré avec la remontée spectaculaire des différentiels de taux d’intérêt de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal par rapport à ceux du Bund (l’emprunt d’État allemand).

« Athènes n’a fait aucune proposition sérieuse et a donc bloqué toute issue vers un compromis »

FAUX. Alexis Tsipras a présenté au début de la semaine passée un texte qui contenait des concessions à l’égard des créanciers et prouvait donc une volonté d’aboutir. Athènes, qui refusait jusque-là tout dépassement de l’excédent budgétaire primaire (avant décompte des intérêts de la dette) au-delà de 0,65 % de son PIB en 2015, acceptait ainsi de venir au-devant de la demande des créanciers en avançant un objectif d’excédent de 1 %. Le gouvernement Syriza, s’il se rend à cette logique d’« assainissement budgétaire » spécifie toutefois qu’il entend épargner les plus démunis en transférant « le poids de l’effort fiscal des classes populaires vers les couches les plus aisées ». Un nouveau taux d’imposition de 8 % est ainsi créé pour les très riches dont les revenus dépassent les 500 000 euros.

« Il n’est pas question de transférer le poids de la dette grecque du contribuable grec au contribuable français », Michel Sapin, ministre des Finances publiques. Chaque Français devrait payer entre 600 et 900 euros.

Faux. En cas de défaut, la France, qui a déjà emprunté les 40 milliards d’euros prêtés à la Grèce – 11 milliards d’euros directement versés à Athènes, ainsi qu’une garantie de 30 milliards au mécanisme européen de stabilité (MES) –, les a déjà comptabilisés dans sa dette publique. Le non-paiement n’aura donc aucun effet sur le niveau de celle-ci. Par contre, la France devrait payer les intérêts de cet emprunt à la place de l’État grec. Ce qui reviendrait au taux auquel la France emprunte à 400 millions d’euros, soit 10,50 euros par an, par Français.

« Les institutions regroupées au sein de l’ex-troïka (UE, BCE et FMI) avaient fait toutes les concessions indispensables pour conclure un bon compromis. »

FAUX. Dans leurs ultimes propositions, les créanciers restent arc-boutés sur les dogmes de la politique dite de l’offre. Ils veulent tailler dans les dépenses publiques et sociales, et refusent les hausses d’impôts sur les plus riches ou sur les entreprises qui réalisent de gros profits. Comme cette taxe exceptionnelle de 12 % proposée par Athènes sur les bénéfices au-delà de 500 000 euros. Même hostilité déclarée aux dérogations demandées par le gouvernement Tsipras à la hausse globale de la TVA à 23 % afin d’épargner les couches les plus défavorisées de la population. L’ex-troïka réclame ainsi que des aliments transformés aussi essentiels que le lait, l’huile et les fromages soient taxés au prix fort et non pas à 13 %, comme le souhaitait la partie grecque.

« Les 200 milliards d’aides européennes à la Grèce ont servi à payer son administration pléthorique. »

Faux. En réalité, seuls 27 milliards d’euros des 226,7 milliards d’euros de l’aide totale versée depuis 2010 par l’UE et le FMI, soit 11 % de l’enveloppe globale, sont entrés dans les caisses de l’État grec pour payer les dépenses de gestion. 80 % de l’argent des prêts est allé aux banques et à la troïka. Dans le détail, 122 milliards, soit la moitié de l’aide, ont servi aux créanciers dont les prêts arrivaient à échéance et à payer les intérêts d’emprunt. 9,1 milliards ont été remboursés au FMI pour remboursement du premier programme de prêts. 48,2 milliards ont servi à recapitaliser les banques grecques, etc.

« L’austérité imposée par la troïka a sauvé la Grèce et relancé la croissance. »

Faux. L’austérité a surtout permis de dégager des capacités de remboursement pour les créanciers. En imposant une baisse généralisée des revenus et en sabrant dans les droits sociaux élémentaires, le PIB de la Grèce a été en 2014 inférieur de 25,8 % à son niveau de 2007. L’investissement a chuté de 67 %. Et 46 % des Grecs sont au-dessous du seuil de pauvreté. Au final, la dette grecque a ainsi explosé de plus de 75 points de pourcentage, passant de 103,1 % en 2007 à 175 % en 2014. Dans un document posté sur son compte Twitter, l’ex-directeur du FMI, au début de la crise grecque, Dominique Strauss-Kahn, fait lui-même amende honorable en reconnaissant le caractère « inepte » ou « désastreux » des « ajustements budgétaires sévères » qui ont été la règle dans la zone euro, dans la foulée de la crise. « Nous nous complaisons, conclut DSK, à répéter les mêmes erreurs. »

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L’exclusion de la Grèce

Publié le par Mahi Ahmed

L’exclusion de la Grèce

28 juin 2015

Pour justifier l’exclusion de quelqu’un, souvent on prétend qu’il s’est exclu lui-même. C’est ce qui s’est passé hier soir à l’Eurogroupe après l’expulsion de Yanis Varoufakis.

En décrétant un référendum qui a été adopté la nuit dernière par le Parlement d’Athènes, Alexis Tsipras a mis fin à cette sinistre partie de ping-pong entre son pays et la Troïka qui désormais est à la tête de l’Union européenne. Comment dire autrement, quand on voit au « Sommet » européen de vendredi Christine Lagarde, Mario Draghi et Jean-Claude Juncker assis côte à côte. Et leur présence était loin d’être symbolique et ils avaient voix délibérative, en violation manifeste des traités en dehors desquels, selon Juncker, il n’y aurait pas de démocratie. Pire, ils menaient le processus de décision.

Angela Merkel, Christine Lagarde, Jean-Claude Juncker, Mario Draghi et un peu plus loin, François Hollande, Alexis Tsipras, Mario Rajoy et Matteo Renzi au sommet européen de vendredi 26 juin. La nouvelle hiérarchie illégitime et illégale de l'Union européenne.

Et bien sûr, le seul fautif est la Grèce !

Pas si simple ! Le gouvernement d’Athènes a fait des propositions à l’Eurogroupe qui ont été rejetées d’un revers de la main par l’Eurogroupe qui représente en fait les créanciers dont le plus dur est le FMI Pour la députée Syriza Sia Anagnostopoulou, professeure à l’Université Panteion d’Athènes :

« La liste de mesures que notre gouvernement a envoyée cette semaine à Bruxelles était déjà une proposition très dure pour nous. C'était le résultat de quatre mois de négociations. Or les institutions ont maintenu leurs propositions sans nous demander notre avis, comme s'il n'y avait pas eu de changement de majorité en Grèce, comme si nous n'avions pas déjà énormément reculé sur notre programme électoral ; c'était sous la forme d'un ultimatum, à prendre ou à laisser. Elles nous traitent comme un écolier qui a raté son examen ! Mais le gouvernement ne peut pas mettre en œuvre un programme complètement à l'opposé de ce pour quoi il a été élu… C'est pourquoi il est obligé de soumettre cette proposition à l'opinion du peuple grec. » (Mediapart – 28 juin 2015)

Sia Anagnostopoulou, députée d'Athènes, dirigeante de Syriza

Et quelles sont ces propositions ? Le « Monde » daté de dimanche 28 et lundi 29 juin les détaille complaisamment :

1) Un objectif d’équilibre budgétaire. Le budget grec doit dégager un surplus primaire (c’est-à-dire dépenses hors dettes moins impôts) de 1 % du PIB en 2015, 2 % en 2016, 3 % en 2017 et 3,5 % en 2018.

Ce serait une « concession majeure » de la part des créanciers qui exigeaient 3,5 % dès 2015. Cela signifie que le gouvernement grec n’aurait plus aucune marge de manœuvre, notamment en matière sociale où il y a urgence humanitaire.

2) Un volet de réformes Les créanciers exigent une réforme de la TVA avec un objectif de rentrées fiscales à 1 % du PIB. Un taux de 6 % pour les médicaments, les livres et les places de spectacle, un de 13 % pour l’électricité, l’eau et l’alimentation et un troisième à 23 % pour la restauration et l’hôtellerie.

Une réforme des retraites (limitation des préretraites, suppression de la prime pour les petites retraites ; Réduction de 1% du PIB en 2016.

3) Un volet financier N’entrons pas ici dans le détail, mais en gros – comme cela a plusieurs fois été le cas – l’aide de plusieurs milliards d’Euros servirait à rembourser les créanciers comme le FMI et la BCE. Et c’est ici que les Etats européens interviendraient pour garantir le remboursement par la Grèce de cette nouvelle « aide ». Autrement dit, on « socialise » des dettes privées. En effet, contrairement à ce qui est affirmé, ce ne sont pas (encore) les Etats membres de l’Eurozone qui sont les créanciers, mais des organismes comme la BCE et le FMI. Et comme ce fut le cas pour les banques lors de la crise financière de 2008, les Etats garantissent le remboursement. En clair, on leur met une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

Or, pour la majorité grecque actuelle, c’est inacceptable. Même si certains, comme Juncker et Hollande laissent entendre qu’au cas où le plan des créanciers est appliqué, on discutera de la restructuration de la dette grecque. Pour l’Allemand Wolfgang Schaüble, il ne peut en être question. Bref, c’est le rôle du méchant et du gentil dans un polar…

FRançois Hollande (le gentil ?) serrant la main de Wolfgang Schäuble (le méchant ?)

Un coup d’Etat dans l’Union européenne ?

Et on peut se poser la question : certains ont parlé de coup d’Etat suite à la décision d’Alexis Tsipras. N’est-ce pas au sein de l’Union européenne qu’il y a eu un coup d’Etat par la prise de pouvoir de la Troïka ? Et l’expulsion de la Grèce de l’Eurogroupe n’est-elle pas un pronunciamiento politique et financier ?

Dans une interview à « Regards.fr », Sia Anagnostopoulou explique que son pays refuse d’entrer dans ce petit jeu.

« Pour nous, il y a deux lignes rouges : l’arrêt immédiat du programme des mémorandums et la fin de la Troïka dont nous considérons qu’elle est un organe non institutionnel européen. Ensuite, nous soutiendrons le gouvernement pour la création d’un nouveau contrat avec les pouvoirs européens et d’un "plan-relais" jusqu’à la fin juillet. Il s’agit s’assurer une transition entre la situation définie par les mémorandums et la Troïka, et un autre régime sous lequel nous allons articuler nos clauses de négociations avec le pouvoir européen. Nous ne demandons pas de l’argent aux pouvoirs et aux institutions de l’UE, mais du temps pour que la société grecque respire un peu. De notre côté, en tant que députés de Syriza, représentants du peuple grec, nous sommes obligés de contrôler le pouvoir, le gouvernement, afin de respecter les promesses et surtout la volonté du peuple grec exprimée lors des élections. »

Vers la fin de l’Union européenne et vers la fin de la démocratie ?

Suite à cela, après cinq mois de négociations chantage où la Troïka a fixé une date butoir, le 30 juin, Alexis Tsipras a décidé de faire appel au peuple grec. Accepte-t-il ou non le plan de l’Eurogroupe ? Conséquence, le Ministre des finances Varoufakis en est expulsé, ce qui est non seulement une première étape vers le « Grexit », mais constitue un très grave précédent dans l’histoire de l’Union européenne : jamais, en dépit de désaccords profonds, un représentant d’un Etat-membre n’a été expulsé. On ne mesure pas la gravité de ce geste inadmissible. Cela pourrait signifier la fin de l’Euro, mais aussi la fin de l’Union européenne. Une exclusion d’un pays dont le Premier ministre suivi du Parlement décide de faire appel au peuple est inacceptable. Cela prouve l’inadéquation entre la démocratie et les décisions des exécutifs européens.

L’économiste libéral belge Bruno Colmant le montre bien (l’Echo, 16 juin 2015, bien avant l’annonce du référendum grec) : « Syriza rappelle non seulement la prédominance du choix démocratique mais aussi l’hypothèse implicite de l’Euro d’une orientation politique homogène pour ses Etats-membres. La question est donc de savoir comment concilier l’appartenance à l’Euro et une orientation divergente de celle de la majorité de ses Etats-membres. (…)

Source: http://uranopole.over-blog.com/2015/06/l-exclusion-de-la-grece.html

Bruno Colmant est un de ces économistes libéraux qui évolue vers une tout autre analyse.

La situation grecque engage donc une question bien plus large qu’un simple échelonnement de dettes publiques. Il s’agit de l’expression de la démocratie et de la représentativité de cette dernière au niveau européen. »

Et Colmant pose un problème fondamental : « En février 2015, après les élections grecques, Jean-Claude Juncker, président de la Commission, avait commis une affirmation qui sonnait comme un avertissement : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». Le propos avait le mérite d’être clair, à tout le moins au niveau de ce que le président de la Commission représente. Les pays de la zone euro avaient déjà perdu leur souveraineté monétaire, leur souveraineté fiscale (au travers de la signature du Pacte de stabilité et de croissance), mais voici que c’est l’orientation démocratique qui devrait désormais faire l’objet d’un abandon d’expression. »

De l’illégalité et de l’illégitimité

Il est d’ailleurs symptomatique que le rapport préliminaire de la Commission pour la vérité sur la dette grecque dirigée par le président du CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-monde), Eric Toussaint, commandité par la Présidente Parlement grec, et présenté les 17 et 18 juin dernier, est quasi passé sous silence dans la presse internationale et qu’il n’y est jamais fait allusion au niveau des institutions européennes.

Erci Toussaint présentant le rapport préliminaire de la Commission pour la vérité sur la dette grecque au Parlement d'Athènes, le 17 juin dernier.

Quand on connaît ses conclusions, on peut deviner pourquoi. Cela commence fort !

Selon un des rapporteurs, Pascal Saurin (Mediapart – 28 juin 2015) « De grandes institutions qui violent les règles élémentaires de droit, bafouent leurs propres statuts, tolèrent des malversations et des fraudes, de grands responsables politiques et financiers pris en flagrant délit d’infraction et de malversation, et pour finir un peuple grec floué, humilié et spolié, telle est la triste réalité que révèle en pleine lumière le Rapport préliminaire de la Commission pour la Vérité sur la Dette grecque. »

En premier lieu, la cause fondamentale :

« La crise de la dette publique grecque est en réalité une crise générée par quelques grandes banques, en particulier françaises et allemandes, qui après avoir privatisé des profits conséquents, ont socialisé une bonne partie de leurs pertes, non moins conséquentes (…). Dans cette escroquerie à grande échelle, le rôle du bonneteur ou manipulateur est tenu par les banques, celui des complices ou « barons » par la Troïka (le Fonds monétaire international, la Banque Centrale Européenne et la Commission européenne), celui des seconds couteaux par les gouvernements des États européens, et enfin celui de la victime par le peuple grec. Le préjudice subi s’élève à 320 milliards d’euros, le montant de la dette grecque. »

C’est en 2000 que ces banques commencent à déverser d’énormes masses de liquidités sur le marché grec qu’elles estiment plus rémunérateurs que les marchés nationaux. Ainsi, entre 2000 et 2009, les crédits explosent, les prêts aux ménages et les crédits immobiliers sont multipliés par 6, les financements aux entreprises doublent. Tout va très bien jusqu’à ce qu’éclate la crise financière de 2008-2009.

En Grèce, ce fut comme aux Etats-Unis avec les subprimes, les ménages endettés se retrouvent dans l’incapacité de payer leurs échéances et les banques sont aux abois. C’est alors qu’interviennent les gigantesques plans de soutien aux banques mis en place par la Banque Centrale Européenne pour 5 000 milliards d’euros car, les banquiers se sont empressés de faire supporter leurs pertes par l’Etat grec.

La deuxième phase : la falsification des chiffres :

En 2009 le gouvernement grec trafique les chiffres de la dette grecque pour donner le prétexte au FMI d’intervenir aux côtés de la BCE et de la Commission européenne. La Troïka est constituée.

Elle commence à imposer au gouvernement grec deux memoranda : financement important de la dette de l’ordre de 110 à 130 milliards d’Euros dont 80 % vont aux banques grecques et européennes. Le tout est accompagné, bien entendu, de mesures d’austérité drastiques : licenciements massifs dans la fonction publique, coupes dans les services publics, diminutions des salaires et des pensions, bradage du patrimoine du pays. Cela a bien entendu des conséquences catastrophiques. Pascal Saurin écrit : « En quelques années, le pays perd 25 % de son PIB, voit son taux de chômage tripler pour atteindre 27 % (60 % chez les jeunes et 72 % chez les jeunes femmes), et en lieu et place d’une diminution de la dette publique, on voit celle-ci augmenter jusqu’à 320 milliards d’euros pour représenter 177 % du PIB en juin 2015. Dans ces plans d’austérité imposés à la Grèce, le plus inadmissible est la crise humanitaire qu’ils ont suscitée en frappant indifféremment enfants, personnes âgées, migrants, malades, femmes isolées sans emploi, c’est-à-dire les plus fragiles de la société. »

Selon des études britanniques, la chute de 42 % du PIB de la Grèce entre 2008 et 2015 est un phénomène qui n’a été observé que dans des pays confrontés à des guerres, à des effondrements du cours des matières premières et en Argentine dans les années 1980 et 1995. C’est donc une véritable razzia qui a écrasé la Grèce.

Troisième phase : le transfert des risques des banques privées vers le secteur public.

A la fin des années 1990 - 2000 la dette publique grecque était à 80 % entre les mains des investisseurs financiers privés, aujourd’hui, c’est le secteur public qui la détient dans les mêmes proportions.

« Cette « migration de crédit » obéissait au souci de sauver les banques, et non la Grèce et sa population. En juin 2013, ATTAC Autriche a publié une étude très détaillée pour identifier les véritables bénéficiaires du soi-disant « sauvetage » de la Grèce intervenu entre mai 2010 et juin 2012. Sur un total de 206,9 milliards d’euros, il est ressorti que 77 % avaient été affectés au secteur financier. L’étude précise que « ces 77 % constituent… un minimum d’un montant qui a pu être sous-estimé. » Même Jean Arthuis, président de la commission des budgets au Parlement européen, le reconnaît dans un entretien donné le 11 mai 2015 au journal Libération : « on a, en fait, transféré le mistigri des banques aux États » »

Le caractère illégal des mesures imposées par les memoranda

Aucune des règles propres aux institutions qui composent la Troïka n’ont été respectées. D’autre part, il y a de nombreuses violations des dispositions du droit international. On se trouve là aussi devant un coup d’Etat d’une ampleur inégalée.

Ainsi, le FMI dont l’article 1 des statuts dispose qu’il a pour but de « contribuer… à l’instauration et au maintien de niveaux élevés d’emploi et de revenu », participe à la mise en place de memoranda qui prévoient de massives suppressions d’emplois et de drastiques diminutions de salaires et pensions.

La BCE a outrepassé son mandat en imposant, dans le cadre de sa participation à la Troïka, l’application de programmes d’ajustement macroéconomique comme la réforme du marché du travail. Elle s’est substituée à une autorité politique, alors qu’elle est une autorité uniquement monétaire.

De son côté, le FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière institué en 2010 au niveau de tous les pays de l’Union européenne qui est destiné à prêter aux Etats et à racheter des titres de la dette primaire des mêmes Etats) a violé l’article 122.2 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) qui autorise le financement d’un État membre « lorsqu’un État membre connaît des difficultés ou une menace sérieuse de graves difficultés, en raison de catastrophes naturelles ou d’événements exceptionnels échappant à son contrôle ». Or la Grèce ne rentrait pas dans ce cadre car, à l’instar d’autres pays de l’Union européenne, elle avait vu sa situation se détériorer suite à la mise en œuvre des conditionnalités fixées dans les protocoles d’accord, sachant par ailleurs que la mise en place du prétendu « programme d’aide » (le Memorandum of Undestanding) s’est faite en violation de la procédure de ratification telle que prévue dans la Constitution grecque. On peut également considérer que les prêts bilatéraux consentis par les États présentent de nombreuses irrégularités ou clauses abusives, notamment lorsque l’accord de facilité de prêt prévoit que les dispositions de l’accord doivent être mises en œuvre même si elles sont illégales. Enfin, les dettes des créanciers privés peuvent être également considérées comme illégales car elles révèlent une attitude irresponsable des banques privées avant l’arrivée de la Troïka et une mauvaise foi de certains créanciers privés qui ont spéculé sur la dette grecque en utilisant les Credit default swaps (CDS).

Violation manifeste des droits de l’Homme

Le plus grave est la violation manifeste des droits de l’Homme (droit à la santé, au logement, à l’éducation, à la Sécurité sociale, droit du travail etc.) sous le prétexte du paiement prioritaire de la dette, alors que les traités internationaux, la Constitution grecque et la réglementation de l’Union européenne et celle de ses États membres prévoient précisément le contraire.

Pascal Saurin conclut : « En plus de ces fondements de droit, l’État grec peut décider une suspension unilatérale de sa dette en se fondant sur l’état de nécessité. Toutes les conditions pour la mise en place d’une telle décision sont remplies dans la mesure où les autorités grecques doivent protéger un intérêt essentiel de l’État contre un péril grave et imminent et qu’elles ne disposent pas d’autre moyen à leur disposition pour protéger l’intérêt essentiel en question. Enfin, lorsqu’un État est confronté à une dette insoutenable, il peut unilatéralement décider de faire défaut car l’insolvabilité souveraine a sa place dans le droit international.

Face à des institutions aveuglées par une haine de classe et à des créanciers corrompus et dépourvus de tout scrupule, les autorités grecques auraient bien tort de se priver de ces moyens de droit même si leur mise en œuvre ne peut répondre qu’à une partie des problèmes auxquels est confrontée leur pays depuis des mois. La décision prise à l’unanimité par le conseil des ministres grec de consulter la population sur la dernière proposition des institutions européennes [et approuvée par 178 voix sur 300 par le Parlement grec] pourrait bien être la première étape d’un processus qui mène à l’annulation de la dette grecque ou tout au moins à une partie significative de celle-ci. Aujourd‘hui, à quelques jours du référendum, le soutien international au peuple grec doit s’intensifier pour l’appuyer dans son refus du projet de la Troïka qui doit être remplacé par un programme alternatif, démocratique et au service de l’ensemble de la population. »

Et on s’aperçoit ce dimanche 28 juin que les choses se calment – on verra la suite, la semaine sera fertile en rebondissements – puisque la BCE a décidé de poursuivre les prêts aux banques grecques et le gouvernement grec a décrété la fermeture de la Bourse et des banques jusqu’à nouvel ordre, afin d’éviter toute panique et toute spéculation.

Les peuples, comme les oliviers, durent mille ans.

Serait-ce une première victoire de la démocratie suite à l’annonce du référendum ? L’avenir nous le dira très bientôt.

Laissons la conclusion à Bruno Colmant : « Nier la pertinence de la représentation démocratique opposée à l’ordre berlinois relève d’une méconnaissance inquiétante de l’histoire des peuples et des monnaies. Car, derrière ces questionnements, c’est probablement la survie de l’Euro qui est en jeu. Croire que les symboles régaliens, comme les dettes publiques et la monnaie, disciplinent une économie réelle est une réfutation des réalités socio-économiques. De Gaulle avait coutume de dire que les peuples, comme les oliviers, durent mille ans. Je ne connais pas de monnaie ou de dette publique qui a démontré cette pérennité.

La question est de savoir quel projet l’Europe porte encore, quelques mois après qu’un quart des citoyens européens [aux élections européennes] a exprimé une défiance par rapport à cette instance supranationale. On sent le refoulement grandissant de la légitimité des instances européennes qui semblent relever de l’artifice technique plutôt que du prolongement d’aspirations communes. (…)

La monnaie commune, elle-même limitée à quelques pays d’Europe, est aujourd’hui engagée dans des tourbillons qui reflètent le manque de vision et d’intuition. Il faudrait plus d’Europe, mais plus de meilleure Europe, c’est-à-dire une Europe qui exprime des valeurs, parle d’une voix apaisante et visionnaire, dans le respect des peuples, plutôt qu’une Europe dissociée des réalités de la crise. »

Et une Europe débarrassée des lobbies des banques et des transnationales qui, par leur cupidité, assassinent les peuples.

Pierre Verhas

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Why Angela Merkel Is Wrong On Greece

Publié le par Mahi Ahmed

Why Angela Merkel Is Wrong On Greece

by Jürgen Habermas on 25 June 2015

Jürgen Habermas

The latest judgment of the European Court of Justice (ECJ) casts a harsh light on the flawed construction of a currency union without a political union. In the summer of 2012 all citizens owed Mario Draghi a debt of gratitude for uttering a single sentence that saved them from the disastrous consequences of the threat of an immediate collapse of their currency.

By announcing the purchase if need be of unlimited amounts of government bonds, he pulled the chestnuts out of the fire for the Eurogroup. He had to press ahead alone because the heads of government were incapable of acting in the common European interest; they remained locked into their respective national interests and frozen in a state of shock. Financial markets reacted then with relief over a single sentence with which the head of the European Central Bank simulated a fiscal sovereignty he did not possess. It is still the central banks of the member states, as before, which act as the lender of last resort.

The ECJ has not ruled out this competence as contrary to the letter of the European Treaties; but as a consequence of its judgment the ECB can in fact, subject to a few restrictions, occupy the room for manoeuvre of just such a lender of last resort. The court signed off on a rescue action that was not entirely constitutional and the German federal constitutional court will probably follow that judgment with some additional precisions. One is tempted to say that the law of the European Treaties must not be directly bent by its protectors but it can be tweaked even so in order to iron out, on a case by case basis, the unfortunate consequences of that flawed construction of the European Monetary Union (EMU). That flaw – as lawyers, political scientists and economists have proven again and again over the years – can only be rectified by a reform of the institutions.

The case that is passed to and from between Karlsruhe and Luxembourg shines a light on a gap in the construction of the currency union which the ECB has filled by means of emergency relief. But the lack of fiscal sovereignty is just one of the many weak spots. This currency union will remain unstable as long as it is not enhanced by a banking, fiscal and economic union. But that means expanding the EMU into a Political Union if we want to avoid even strengthening the present technocratic character of the EU and overtly writing off democracy as merely decorative.

Those dramatic events of 2012 explain why Mario Draghi is swimming against the sluggish tide of a short-sighted, nay panic-stricken policy mix. With the change of government in Greece he immediately piped up: “We need a quantum leap in institutional convergence…. We must put to one side a rules-based system for national economic policy and instead hand over more sovereignty to common institutions.” Even if it’s not what one expects a former Goldman Sachs banker to say, he even wanted to couple these overdue reforms with “more democratic accountability” (Süddeutsche Zeitung, March 17, 2015).

These were the words of someone who had learned that the wrangling behind closed doors among heads of government only thinking of their national voter base is simply not good enough if one wants to achieve the necessary fiscal, economic and social policy decisions. Today, three months later, the ECB is yet again at work buying time for incapable governments with emergency lending.

The Greek election result is a vote against humiliating misery

Because the federal German Chancellor opted as early as May 2010 to treat investor interests as more important than a haircut in restoring the Greek economy to health, we’re stuck in a crisis once more. This time it’s the hole left by another institutional deficit that emerges.

The Greek election result is the vote of a nation that, with a significant majority, is standing up against the humiliating as well as oppressive misery of an austerity policy imposed upon their country. There can be no argument about the vote itself: The population rejects the continuation of a policy whose drastic failure is something they have experienced at first hand. Equipped with this democratic legitimacy, the Greek government is trying to bring about a change of policy in the Eurozone.

This brings them in Brussels right up against the representatives of 18 other governments which justify their rejection by coolly pointing to their own democratic mandate. You’ll recall those first meetings when the arrogantly swaggering novices basking in the upbeat mood of their triumph joined in grotesque battle with the incumbent rulers acting partly like paternalistic uncles and partly like sneering old hands: Both sides insisted parrot-like that they enjoyed the authority given by their respective “people.”

The unintentionally comic nature of their uniformly nation-state way of thinking brought what is lacking unmistakably to the attention of European public opinion: a focus for a common decision-making process among citizens across national borders about weighty courses of political action in the core of Europe.

But the veil cast over this institutional deficit of an empowered European Parliament based on a European-wide system of political parties has not yet been really shredded. The Greek election has thrown a spanner in the works of Brussels because here the citizens have themselves chosen a European political alternative for which they are geared up. Elsewhere, government representatives make such decisions as technocrats among themselves and spare public opinion in their countries from upsetting issues. The compromise negotiations in Brussels really get bogged down because both sides don’t ascribe blame for the barren nature of their discussions on the flawed construction of the proceedings and institutions of the EMU but on the bad behaviour of their partner.

It’s certainly the case that we’re dealing here with the stubborn sticking to a policy of an austerity programme that not only runs into overwhelming criticism from international experts but has caused barbaric costs in Greece and has demonstrably failed here. But, in the basic conflict opposing one side looking for a change of policy to the other obstinately refusing to engage at all in political negotiations, a deeper asymmetry is exposed.

Let’s be quite clear about the disgusting, nay scandalous aspect of this rejection: A compromise collapses not because of a few billion here or there, not even because of this or that condition, but solely because of the Greek demand to allow a new start for the economy and a population exploited by a corrupt elite by agreeing debt forgiveness – or an equivalent regulation, e.g. a debt moratorium tied to growth.

Instead, the creditors insist upon the acknowledgment of a debt mountain that the Greek economy will never be able to overcome. Mind you, it goes without saying that a haircut is unavoidable sooner or later. So the creditors insist with bad faith on the formal recognition of a debt burden they know is intolerable. Until recently, they even persisted with the literally fantastic demand for a primary surplus of more than 4%. This has been cut to a still unrealistic demand for 1%; but, so far, an agreement upon which the fate of the European Union depends has failed because of the demand from the creditors to stick to a fiction.

The weak performance of the Greek government

Of course, the ‘donor countries’ can see political reasons for holding onto this fiction which allow an unpleasant decision to be put off in the short term. They fear, for instance, a domino effect in other ‘recipient countries'; and Angela Merkel cannot be sure of her own majority in the Bundestag. But any wrong policy must one way or the other be revised in the light of its counterproductive consequences. On the other hand, you can’t pin the blame for the impasse on just one side.

I cannot judge if there’s a well-thought-out strategy behind the tactical steps taken by the Greek government and what is down to political necessities, to inexperience or the incompetence of the main players. I don’t have enough knowledge about the widespread practices and societal structures standing in the way of potential reforms either. But it’s obvious that the House of Wittelsbach has failed to construct a functioning state.

However that may be, such difficult circumstances don’t explain why the Greek government itself is making it hard for its supporters to make out any consistent line behind its erratic behaviour. There’s no sensible effort evident for building coalitions; one doesn’t know whether the leftist nationalists are not clinging to a somewhat ethno-centric sense of solidarity and are only pursuing continued membership of the Eurozone for narrow prudential reasons – or if their views do go beyond the nation state.

The demand for a haircut as the basso continuo of their negotiations is, either way, insufficient to arouse confidence on the opposite side that the new government is different – that it will act more energetically and responsibly than the clientilist governments that it replaced. Tsipras and Syriza might have drawn up the reform programme of a left-wing government and thus ‘showcase’ it to their negotiating partners in Brussels and Berlin. Amartya Sen last month in Firle, East Sussex, compared the austerity policy pushed through by the federal German government with a medicine that contains a toxic mixture of antibiotics and rat poison.

In complete accordance with the Nobel Prize-winner for economics, the left-wing government might have taken on a Keynesian segregation of the Merkel medicine and consequentially thrown out all neoliberal impositions; but, at the same time, they would have had to give credibility to their intentions of carrying through the overdue modernisation of state and economy, execute a fairer form of cross subsidies, combat corruption and tax evasion etc. Instead, it resorted to moralising – to a blame game that worked to the advantage of the German government in the given circumstances, enabling it to dismiss with neo-German robustness the wholly justified complaint of Greece about the clever way a line was drawn (under debts) in the two-plus-four negotiations (of 1990 over German unification).

The weak performance of the Greek government doesn’t alter the fact of a scandal that consists in politicians in Brussels and Berlin refusing to meet their colleagues from Athens as politicians. They indeed do look like politicians but (until last Monday) only spoke in their economic role as creditors. This transformation into zombies is intended to give the protracted insolvency of a state the appearance of a non-political, civil court proceeding.

That makes it all the easier to deny any political co-responsibility. Our press is making fun about the act of renaming the Troika; it is indeed like a magic trick. But, with it, there comes the legitimate wish to see emerge the true face of the politician behind the mask of the creditor. For only as politicians can these people be held responsible for a fiasco that has played out in massively ruined life-chances, in joblessness, sickness, social misery and hopelessness.

The scandal within the scandal is constipation

Angela Merkel brought in the IMF from the outset for her dubious rescue moves. This body is responsible for dysfunctions in the international financial system; as therapist it takes care of its stability and thus acts in the common interest of investors, especially of institutional investors. As Troika members, European institutions also coalesce with this player so that politicians, in so far as acting in this function, can retreat into the role of untouchable agents acting strictly according to the rules of the IMF. This dissipation of politics into market conformity helps to explain the chutzpah with which representatives of the federal German government, all of them highly moral people, can deny their political co-responsibility for the disastrous social consequences that they nevertheless took on board as opinion leaders of the European Council through the implementation of the neoliberal austerity programmes.

The scandal within the scandal is the constipated manner in which the German government perceives its leadership role. Germany is indebted for the stimulus behind the economic recovery from which it still benefits today to the wisdom of the creditor nations which, in the London Agreement of 1953, wrote off around half of its debts.

But this is not about moral embarrassment but about the political core of the matter: The political elites in Europe should no longer hide from their voters and themselves dodge the alternatives posed to us by an politically incomplete currency union. It’s the citizens, not the banks, which must retain the final say in existential questions for Europe.

As regards the post-democratic lulling to sleep of public opinion, the switching of the press into a therapeutic type of journalism is a contributory factor – as it marches arm in arm with the political class in caring for the wellbeing of customers, not citizens.

The German original of this article appeared in Süddeutsche Zeitung

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About Jürgen Habermas

Juergen Habermas is a German sociologist and philosopher.

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