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Impunité saoudienne

Publié le par Mahi Ahmed

Impunité saoudienne

6 Mai 2015 ,

Publié dans #Politique internationale

par Serge Halimi, mars 2012

Les libertés fondamentales ne sont pas mieux respectées en Arabie saoudite qu’en Iran. Est-ce donc à son statut de premier pays exportateur de pétrole et d’allié des Etats-Unis que la monarchie wahhabite doit d’être miraculeusement épargnée par la « communauté internationale » ? L’Arabie saoudite peut en tout cas intervenir à Bahreïn, y écraser une protestation démocratique, exécuter soixante-seize personnes en 2011 (dont une femme accusée de « sorcellerie »), menacer du même châtiment un blogueur qui a diffusé sur son compte Twitter un dialogue imaginaire avec le Prophète, condamner les voleurs à l’amputation, proclamer les chefs d’inculpation de viol, de sodomie, d’adultère, d’homosexualité, de trafic de drogue, d’apostasie passibles de la peine capitale, sans que, hormis le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, nul ou presque semble s’en émouvoir. Ni le Conseil de sécurité de l’ONU, ni le G20, dont l’Arabie saoudite est membre, ni le Fonds monétaire international (FMI), dont la directrice générale vient de saluer le « rôle important » joué par Riyad dans la stabilisation de l’économie mondiale.

La même monarchie s’obstine-t-elle à interdire aux femmes — qui déjà ne peuvent pas se déplacer en voiture sans mari ou chauffeur — de participer aux Jeux olympiques ? Cette violation de deux articles au moins de la charte sportive (1) ne suscite pas, elle non plus, beaucoup de remous. A supposer que l’Iran se fût rendu coupable d’un tel apartheid sexuel, une campagne internationale de protestations eût déjà été lancée.

Le traitement de faveur permanent dont bénéficie la dynastie wahhabite vient de trouver une nouvelle illustration avec les déclarations du premier ministre tunisien. M. Hamadi Jebali a loué ses hôtes saoudiens lors d’une de ses premières visites officielles à l’étranger. Or Riyad, qui appuya jusqu’au bout le clan Ben Ali, refuse d’extrader le dictateur déchu et sert de refuge à sa fortune mal acquise. L’argent des pays du Golfe encourage par ailleurs les provocations des salafistes tunisiens et finance des chaînes de télévision qui propagent dans le pays une lecture moyenâgeuse de l’islam.

En janvier 2008, le président français Nicolas Sarkozy prétendait que,« sous l’impulsion de sa majesté le roi Abdallah », l’Arabie saoudite développait une « politique de civilisation ». Quatre ans plus tard, ce pays, où règne la corruption, est surtout devenu le fer de lance du sunnisme ultraconservateur dans le monde arabe. Les gérontes de Riyad, qui assimilent les protestations de la jeunesse saoudienne à une« nouvelle forme de terrorisme », ne se soucient du droit des peuples que pour l’opposer aux régimes de leurs rivaux régionaux, « radicaux » ou chiites. Le royaume se croit sans doute abrité des tempêtes populaires par son saupoudrage social d’une fraction de la rente pétrolière, par le mépris que la majorité sunnite voue aux 10 à 20 % de chiites qui grondent dans l’est du pays, par la crainte de l’Iran enfin. L’indulgence internationale dont bénéficie la monarchie saoudienne lui procure un bouclier de plus.

Serge Halimi

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Redoutable fascination pour l’État islamique UNE UTOPIE EN CONSTRUCTION

Publié le par Mahi Ahmed

Redoutable fascination pour l’État islamique

UNE UTOPIE EN CONSTRUCTION

MOUSSA BOUREKBA > 14 MAI 2015

Vingt mille. C’est le nombre de djihadistes étrangers recensés jusqu’en janvier 2015 par les services de renseignement américains qui auraient rejoint l’Irak et la Syrie pour enfler les rangs de l’organisation de l’État islamique et d’autres groupes. Sa montée en force spectaculaire et les répercussions mondiales de ses avancées conduisent nombre de pays européens à lutter contre le départ d’un nombre croissant de personnes pour des pays où l’extrême violence coexiste avec une utopie politico-religieuse.

L’organisation de l’Etat islamique (OEI) que l’on continue de réduire à un mouvement « terroriste » présente des caractéristiques qui dépassent de loin cette simple appellation. Ce sont précisément ces nouvelles caractéristiques territoriales, idéologiques, structurelles et même institutionnelles qui doivent faire réfléchir sur les raisons d’une telle attractivité si l’on prétend, à terme, la combattre. Et ce, d’autant plus que les profils que l’OEI attire sont de plus en plus diversifiés.

Certes, nombre de djihadistes sont jeunes, marginalisés et politiquement exclus, et ils se seraient radicalisés au contact d’un recruteur. Pour autant, des profils de plus en plus diversifiés apparaissent dans les rares études sur le sujet : des convertis (jusqu’à 40 % des convertis en France1), des personnes issues de classes moyennes mais également des familles entières parties vivre en « terre d’islam ». Comment donc une « organisation terroriste » peut-elle attirer cette diversité de profils ? L’OEI innove par sa structure, son projet, son idéologie mais également par son génie communicationnel.

PRINTEMPS ARABES, HIVERS ISLAMISTES, ÉTÉS AUTORITAIRES

Le contexte récent dans lequel ce phénomène s’est accéléré fait apparaître essentiellement trois moments clés. En premier lieu, la vague des « printemps arabes » qui a généré d’énormes attentes en matière de démocratisation. En se heurtant à quelques résistances au Bahreïn, en Libye, au Yémen et surtout en Syrie, elle a fait basculer ces trois derniers pays dans des guerres civiles. Parmi elles, la guerre syrienne a particulièrement mobilisé opinions publiques et sociétés civiles, du fait de l’extrême violence et des horreurs qui la caractérisent.

L’incapacité de la communauté internationale à réagir face à la tragédie syrienne, la désastreuse gestion de cette crise par les chancelleries occidentales dont les promesses d’intervention n’ont guère été suivies d’effet, ont contribué à enfler les rangs du front anti-Bachar Al-Assad. Front de la résistance qui s’est dilué dans la démultiplication de milices et d’organisations aux agendas politiques différents, voire contradictoires. Au-delà des développements régionaux qu’a occasionnés cette donne, il est impératif de considérer le ressentiment contre les promesses non tenues.

Les demandes de changement de régime et/ou de réformes constitutionnelles se sont traduites par la mise en place de processus électoraux visant à concrétiser les attentes révolutionnaires. À l’issue des consultations organisées entre 2011 et 2012, les partis islamistes — qui n’ont pourtant pas été à l’origine des révoltes — ont été majoritairement désignés pour mener à bien les processus de transition (Égypte, Tunisie) et de réformes (Maroc). Et ce, non seulement du fait de leur virginité politique mais également au nom des projets ambitieux qu’ils défendaient, des concepts de justice sociale et d’islam en tant que norme dans la gestion des affaires publiques.

Or, en accédant au pouvoir, ces partis se sont mués en partis de gouvernement et ont fini par perdre leur charge contestataire. Aux yeux des divers acteurs souhaitant l’instauration de régimes authentiquement islamiques, cette conversion de certains partis islamistes en partis de gouvernance, et surtout la féroce répression qui s’est abattue sur les Frères musulmans en Égypte démontrent que le projet islamiste ne peut se concrétiser par l’épreuve des urnes. D’ailleurs, ce débat existe au sein même des rangs de la confrérie, qui a renoué avec la clandestinité.

Enfin, cette nouvelle ère s’est traduite par l’ouverture de sociétés civiles tout autant que leur recours croissant à Internet pour pouvoir s’exprimer librement et au-delà les frontières. Cette explosion, bien que relative2, bénéficie aux acteurs étatiques et citoyens comme à des organisations telles qu’Ansar Al-Charia, Al-Qaida ou à l’OEI.

LE SALAFISME DJIHADISTE ENTRE (GÉO)POLITIQUE ET RELIGION

Née d’un étrange mariage entre les pro-Saddam Hussein et Al-Qaida et si cette ex-branche d’Al-Qaida se réclame également du courant « salafiste djihadiste », sa traduction concrète diffère radicalement. Le courant salafiste djihadiste légitime le recours à la violence et combine théologie et théorie politique. Sur le plan religieux, il prétend opérer un retour aux sources par une lecture rigoriste et affranchie de la contextualisation afin d’incarner l’islam des ancêtres (salaf). Ce faisant, il exclut toute interprétation qui diffère de son littéralisme puisqu’il considère que toute divergence d’opinion conduit, à terme, à l’affaiblissement de la oumma et sa sédition (fitna).

Cette idéologie recourt à une constante contextualisation dans la mesure où il s’agit de défendre les musulmans opprimés où qu’ils se trouvent afin de les réunir in fine sous la bannière du califat islamique, appelé à renaître. En convoquant la théorie du « choc des civilisations » qui imprègne aussi le regard occidental sur la région, ses promoteurs utilisent à leur compte l’actualité proche-orientale afin de justifier leur combat : l’Occident a déclaré la guerre à l’islam et il revient aux musulmans de s’unir contre cette guerre apocalyptique. Une combinaison entre religieux et politique particulièrement attrayante puisqu’elle offre la réalisation concrète d’un idéal religieux et s’appuie à la fois sur toute intervention (Afghanistan, Irak, Libye, Mali) ou non-intervention (Palestine, Syrie, Birmanie) occidentale pour justifier sa pertinence.

SANCTUARISER LA DOCTRINE

En contrôlant un territoire presque équivalent au Royaume-Uni avec une certaine continuité territoriale, l’OEI a inscrit le salafisme djihadiste dans un cadre géographique. Ainsi, après plusieurs années de doctrine du terrorisme déterritorialisé promue par Al-Qaida, l’OEI dote le salafisme djihadiste d’une base territoriale3. Mieux, elle développe depuis plusieurs mois les attributs fondamentaux d’un État : un territoire dont les frontières ont vocation à s’étendre, une force militaire capable de régner sur plusieurs millions d’âmes, un pouvoir exécutif et une série d’assemblées locales (majlis al choura), ainsi que des tribunaux qui se fondent sur la charia, source unique et exclusive de la loi.

Contrairement à Al-Qaida qui a longtemps prôné la guerre contre « l’ennemi lointain » (l’Occident) au nom même de la consolidation du califat, l’organisation dirigée par Abou Bakr Al-Baghdadi veut mener la guerre contre « l’ennemi proche » en s’établissant territorialement.

Dotée d’un territoire, l’OEI s’ouvre ainsi à toute personne partageant son projet, s’apparentant à un véritable mouvement4. Un mouvement qui a forgé sa propre marque (index droit dressé, slogan controversé : « baqyia » )5 et dont la violence — si extrême que même Al-Qaida l’a jugée exagérée6 — est devenue l’emblème. En ce sens, l’OEI parvient à sanctuariser la doctrine djihadiste.

« CHOC DES CIVILISATIONS » EN MIROIR

En rompant avec la clandestinité propre à Al-Qaida et à d’autres groupes, l’OEI a su ainsi innover sans cesse dans son exercice d’autopromotion. Le sort réservé aux minorités chrétiennes et yézidies a ainsi capté l’attention des médias occidentaux, tandis que la mise en scène calculée d’exécutions d’otages occidentaux a rencontré un écho considérable dans le monde entier. Au-delà des techniques cinématographiques employées, cette violence consciemment scénarisée ne laisse aucun détail au hasard (tenues orange rappelant Guantanamo, décapitations symbolisant l’intransigeance, etc.).

L’objectif est d’être médiatisé sur un registre essentiellement émotionnel. En ce sens, l’OEI n’a-t-elle pas gagné en précipitant la mise sur pied d’une coalition internationale suite à l’exécution d’otages occidentaux, alors qu’aucune coalition anti-Bachar n’a été constituée malgré les centaines de milliers de victimes syriennes ? C’est d’autant plus plausible que les puissances engagées dans les bombardements reconnaissent n’avoir défini aucun objectif stratégique clair.

Si d’aucuns disposent de grilles de lecture pour interpréter ces réalités, quel impact une telle configuration a-t-elle dans un contexte marqué par deux perceptions bellicistes où la « guerre contre le terrorisme » promue par de nombreux États fait face au discours de l’OEI prétendant défendre l’islam face à la guerre que lui aurait déclarée l’Occident ?

SALAFISME DJIHADISTE 2.0

Le seul fait que les personnes de nombreuses nationalités qui ont rejoint les rangs de cette organisation vivent sur ce territoire entre la Syrie et l’Irak à visage découvert ouvre un horizon presque illimité en matière de communication. C’est dans ce contexte que l’OEI, à travers ses agences de production et de diffusion : Al-Furqan Media, Al-Hayat Media Center, etc., réalise divers films mettant en scène ses soldats au front.

En parallèle, l’usage des réseaux sociaux constitue un atout que l’OEI a parfaitement saisi. Ils remplissent essentiellement deux fonctions :

- propager la terreur et ainsi semer le trouble auprès des opinions publiques ;

- déployer une propagande qui non seulement informe des avancées de l’OEI sur le plan militaire et étatique mais aussi et, surtout, permette de séduire et de recruter de nouvelles personnes.

L’extrême violence, la maîtrise des armes, les conduites à risque ainsi que les montées d’adrénaline qu’occasionnent les combats sont massivement diffusés et encouragent tout candidat potentiel à se vivre en héros au sein d’une véritable guerre globale dont il serait l’acteur. Mais ces diverses apologies de la violence sur lesquelles l’Occident braque son regard occultent une autre stratégie de communication, plus affinée et plus ciblée. En effet, un homme qui exécute froidement un « mécréant » peut apparaître dans la même séquence filmée en pleine opération humanitaire. Cette stratégie de communication vise un public plus large que les « jeunes suicidaires »7 En effet, l’OEI consacre une part importante de son énergie à la production de contenus présentant la vie en terre d’islam sous un jour positif (actions menées auprès des populations, réformes de l’éducation, succès militaires) et dans des formats comme ceux des mujatweets8 qui laissent à penser que l’OEI est avant tout un califat en puissance. Qu’il s’agisse de séquences vidéos ou de simples articles, la sécurité, la pratique d’un islam pur, la fin de la corruption et le retour de la stabilité des prix sont autant d’éléments mis en valeur et en scène pour montrer la vraie face, c’est-à-dire l’arrière-front, dudit « État islamique », qui serait injustement diabolisé par les ennemis de l’islam.

AU-DELÀ DE LA VIOLENCE

Appréhender les diverses dimensions du pouvoir d’attraction de l’OEI est crucial si l’on souhaite à terme démystifier son combat prétendument religieux. Une approche multidimensionnelle amène à dépasser l’approche sécuritaire qui peine à voir dans l’OEI autre chose qu’une « organisation terroriste ». Elle permet ainsi de relativiser la vision parfois trop idéologisée et trop centrée sur le discours religieux de ses promoteurs. Car si l’élaboration d’un contre-discours religieux est nécessaire, elle ne saurait suffire.

En atteste la diversité des profils qu’attire l’OEI. La majeure partie d’entre eux n’ont eu qu’un contact récent avec la religion9 : il s’agit soit de personnes de culture musulmane qui ont rarement pratiqué l’islam et découvert une idéologie radicale et attrayante, soit de convertis qui trouvent dans le binarisme réducteur de l’OEI une solution simple à leurs profonds problèmes d’identité et de sens. De même, l’immense majorité d’entre eux ne passent pas par la mosquée” ni par un quelconque gourou, mais plutôt par « la Toile » et ses cyber-prédicateurs.

Prisonniers d’une vision trop émotionnelle, on ne saisit pas non plus la manière dont l’OEI se sert de la géopolitique régionale pour justifier son idéologie politico-religieuse. Une démarche qui intègre le discours et l’agenda politiques de l’OEI et qui tienne compte des motifs politiques des acteurs appartenant ou s’identifiant au « califat » offrirait certainement de nouveaux moyens de contrer sa propagande10.

Car, qu’on le veuille ou non, ledit « État islamique » règne sur un territoire, et c’est cette base qui lui permet précisément d’innover dans son idéologie, de l’inscrire dans un cadre concret et d’exposer au monde entier sa détermination sans faille à réaliser le dessein vertueux qu’il s’attribue. L’idéologie manichéenne et radicale que l’OEI promeut, sa mise en pratique, le noble objectif qu’elle prétend déjà incarner et la manière dont elle communique sa détermination constituent les ingrédients clés de son succès. À défaut d’en tenir compte, on risque de s’attaquer aux fausses causes d’un vrai problème.

MOUSSA BOUREKBA

1« Les nouveaux chiffres de la radicalisation », Le Monde, 26 mars 2015.

2Aday Sean, Henry Farrel, Marc Lynch, John Sides, Deen Freelon, Blog and Bullets II : New Media and Conflict after the Arab Spring, Peaceworks, United States Institute for Peace, juillet 2012.

3Mathieu Dejean, « Pierre-Jean Luizard : “L’État islamique pourrait bien être le premier État salafiste à voir le jour” », Les Inrocks,23 février 2015.

4Julien Théron, « Funeste rivalité entre Al-Qaida et l’Organisation de l’État islamique », Le Monde diplomatique, février 2015.

5Romain Caillet, « Analyse : pour comprendre le slogan de l’État islamique – ‟baqiya” », religion.info, 12 octobre 2014.

6Mark Tran, « Who are Isis ? A terror group too extreme even for al-Qaida », The Guardian, 11 juin 2014.

7Romain Rosso, « Olivier Roy : "Les jeunes djihadistes sont des suicidaires" », L’Express, 3 novembre 2014.

8Néologisme, de mujaheed et « tweet ». Il s’agit de séquences vidéos très brèves vantant les vertus de la vie au sein de l’« État islamique ». Un très bon article sur le sujet : Donatella Della Ratta, « Gli spot del califfato formato famiglia », revue Internazionale.

9Vincent Geisser, « Éduquer à la laïcité, rééduquer au ‟bon islam” ? », Migrations Société 27 (157), janvier-février 2015 ; reproduit intégralement sur le site entreleslignesentrelesmots.wordpress.com.

10François Burgat, « Des Français candidats au djihad ? Leurs motivations ne sont pas que religieuses », nouvelobs.com, 10 février 2015.

Article original en anglais : « What is so Attractive about the "Islamic State" ? », Cidob, Notes internacionals n° 112, mars 2015. Traduit et résumé par l’auteur.

MOUSSA BOUREKBA

Chercheur et directeur de projet au Barcelona Centre for International Affairs (Cidob, anc. Centre d’Informació i Documentació Internacionals a Barcelona).

Source : Orient XXI

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Le BTPH, un marché en forte croissance Pourquoi les entreprises algériennes n’en tirent-elles pas assez profit ?

Publié le par Mahi Ahmed

CHRONIQUES MEKIDECHE

Le BTPH, un marché en forte croissance

Pourquoi les entreprises algériennes n’en tirent-elles pas assez profit ?

S’il y a un secteur pour lequel la substitution aux importations de services peut être accélérée et élargie à court terme, c’est bien celui du BTPH, préparant, ce faisant, nos entreprises de construction à la conquête des marchés extérieurs. Comme je l’avais déjà écrit dans une chronique précédente consacrée à ce secteur, il faudra croiser deux regards pour porter un diagnostic complet sur la situation et pouvoir ainsi identifier les raisons qui empêchent nos entreprises de produire plus un bâti conforme aux coûts, normes et standards internationaux. Rappelons que ces coûts, normes et standards internationaux sont relatifs à la maîtrise de coûts (cost control), incluant la productivité par corps de métier, à celle des délais de réalisation (planning) et enfin à la conformité à un niveau adéquat de qualité des ouvrages (quality control). Trois paramètres qui échappent, pour le moment, au savoir-faire de la majorité de nos entreprises du BTPH. Aussi ces deux regards différents, celui des chefs d’entreprise locaux, d’une part, et celui des maîtres d’ouvrages et donneurs d’ordres, d’ordre part, vont être sujet à débats contradictoires mais finalement utiles pour tous. En fait cet exercice national avait été déjà initié par la 15e réunion tripartite du 10 octobre 2013. Sa feuille de route avait été bien balisée puisque le groupe de travail institué à cet effet devait traiter des “modalités facilitant l’intervention des entreprises nationales du BTPH dans la réalisation du programme national d’équipement”. Depuis le rapport a été élaboré et approuvé par toutes les parties lors de la 16e tripartite tenue le 23 février 2014. Le tout est, à présent, de savoir si le train de recommandations issues de ce rapport a été mis en œuvre par les pouvoirs publics et les partenaires sociaux et, le cas échéant, avec quel degré d’efficacité. Dans le même ordre d’idées, les 3es Assises du BTPH, tenues le 8 février 2014, avaient mis en exergue la problématique de l’asymétrie du rapport de forces commercial et technique entre l’offre locale et l’offre internationale. Du fait notamment que “les entreprises étrangères sont accompagnées de leur puissante organisation, leurs supports diplomatiques et politiques ainsi que e leurs banques”. Continuer à faire réaliser nos logements et nos infrastructures par des entreprises étrangères en clés en main est intenable du fait des contraintes budgétaires qui commencent déjà à peser. D’un autre côté, s’échiner à vouloir renverser brutalement ce rapport de forces historiquement inégal est inefficace. Cela ne servira à rien compte tenu, d’une part, de l’ampleur des déficits à rattraper dans les infrastructures et l’explosion de la demande sociale et d’autre part, à la faiblesse quantitative et qualitative de l’offre locale de réalisation. Pour sortir de cette impasse sectorielle une démarche nouvelle est possible. Elle s’inscrit d’ailleurs dans la nouvelle vision industrielle et celle de la substitution aux importations. Ainsi au lieu d’essayer de remonter le cours à contre-courant, il vaut mieux le dévier. Comment ? En engageant des partenariats intégrés avec des groupes étrangers de premier plan en s’y impliquant opérationnellement au lieu de se contenter d’une posture de “sleeping partners”. En faisant aussi de la croissance externe par l’acquisition de participations totales ou partielles de groupes étrangers de BTPH, notamment européens, en difficulté sur leurs marchés nationaux respectifs du fait de la crise. Pour ce faire les pouvoirs publics et les donneurs d’ordre nationaux devraient privilégier cette stratégie en lieu et place d’une stratégie décalée de signature de contrats clés en main tous azimuts à l’issue de laquelle rien ne restera en Algérie, en termes de capacités de réalisation. Dans ce contexte de faisceaux de contraintes identifiés, aggravé en plus par le recul de nos capacités financières, notamment budgétaires, la 18e édition du Salon international du bâtiment, des matériaux de construction et des travaux publics (Batimatec) tenue à Alger du 3 au 7 mai 201 a-t-elle apporté quelque chose de nouveau en matière d’élargissement de l’assiette d’intervention des entreprises locales ? Je ne le crois pas. Les 640 exposants étrangers, sur les 1200 présents, sont venus tout simplement en quête de marchés solvables sans, me semble-t-il, se voir opposées des contreparties contractuelles d’intégration au moment où la grande campagne du consommer national venait d’être lancée. L’anticipation a manqué, au même titre que pour les salons professionnels précédents (bien d’équipements pétroliers, agroalimentaire, plasturgie), pour produire et avancer des idées nouvelles et des approches différentes en matière de cotraitance et de substitution aux importations de biens et de services. On est toujours arrimé au même paradigme que tout s’achète à l’étranger et que toute valeur ajoutée nationale est immanquablement porteuse de retards et de surcoûts. Mais malgré tout des grands groupes publics et privés du BTPH commencent à émerger. Ils commencent à élargir, la taille des projets qu’ils réalisent, seuls ou en association. Par ailleurs l’offre locale de matériaux de construction s’élargit et s’élargira de plus en plus les prochaines années : ciment, acier, briqueteries, faïenceries, plâtreries, etc.

On voit bien, à l’issue de cette analyse, que les perspectives de croissance des entreprises algériennes du BTPH ne seront assurées que pour autant que ces dernières investissent, par la formation et l’amélioration de leur management opérationnel et technique, dans l’appropriation des savoir-faire collectifs de l’ensemble de leurs métiers. Evidemment les pouvoirs publics devront réaliser leur part du contrat en matière de débureaucratisation de leurs procédures, notamment celles du choix des entreprises et du paiement de leurs situations de travaux, d’accompagnement des formations aux métiers du BTPH.

Disons pour conclure que l’espoir est permis pour ce secteur en matière de substitution aux importations et même d’exportation massive de matériaux de construction et de services de construction.

M. M

Sorce: L⁄berté du 13515

Publié dans Economie et société

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Mohammed Harbi : « La formation du système politique algérien : mise en perspective historique de la crise politique que vit aujourd’hui le pays, et réflexions sur l’après-17 avril »

Publié le par Mahi Ahmed

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La carte, outil de (dé)légitimation de l’intervention occidentale en Syrie

Publié le par Mahi Ahmed

La carte, outil de (dé)légitimation de l’intervention occidentale en Syrie

ORIENT XXI > MAGAZINE > LUCILE HOUSSEAU > 11 MAI 2015

La carte n’est pas un document objectif et les représentations des conflits armés encore moins. Un passage en revue de quelques cartes publiées dans des médias américain, français, saoudien et russe montre que dans le cas du conflit syrien, le discours politique oriente fortement la production cartographique.

«Carte des conflits au Moyen-Orient, aquarelle et sang».

Thierry Erhmann, La Demeure du chaos, opus IX, 24 mars 2014.

À la suite des attaques chimiques du 21 août 2013 dans la banlieue de Damas, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ont annoncé qu’ils envisageaient une intervention de leurs armées en Syrie. Partout dans le monde, les médias et la presse écrite en particulier ont beaucoup commenté cette menace, publiant de multiples articles, eux-mêmes souvent illustrés par des cartes. Parmi elles, quatre cartes, publiées respectivement par The Wall Street Journal, Le Monde, Al-Arabiya et Kommersant, dont l’étude fait apparaître des différences dans le traitement cartographique, sur le plan des échelles, des éléments représentés ainsi que dans les choix sémiologiques. On se rend compte alors que ces représentations cartographiques font largement écho aux positions diplomatiques des pays dans lesquels elles sont publiées.

Les cartes occidentales mettent d’abord l’accent sur la représentation de leurs propres forces armées, puis sur celle de leurs alliés, et ignorent presque les capacités militaires de leur(s) opposant(s). La carte américaine (carte 1) évoque les « alliés » des États-Unis mais ne donne aucun détail sur les pays susceptibles, en cas d’attaque militaire de la Syrie, de former une coalition avec eux. Le Royaume-Uni n’est pas mentionné ; pourtant, le 27 août 2013, date de parution de l’article, les Britanniques ne se sont pas encore désengagés du conflit. Quant à la France, elle n’est pas citée non plus. La carte ignore également l’arsenal russe déployé en Méditerranée. En revanche, elle présente en détail, par de nombreux figurés, l’arsenal militaire américain.

Carte 1

Source : Wall Street Journal, 27 août 2013.

UN TERRITOIRE SYRIEN VIDE

C’est exactement le même procédé qu’a choisi le journal Le Monde pour présenter l’arsenal militaire français (carte 2). Les figurés représentent les forces françaises ; en revanche, aucune trace des forces militaires syriennes. Sur les deux cartes, le territoire syrien est représenté à petite échelle, sans détail, et figure au centre de l’image, comme une cible. Et si la carte américaine indique les sept sites militaires syriens, elle le fait sous la forme d’un point rouge, et précise qu’il s’agit des cibles des missiles Tomahawk. Une démonstration du tir de ces missiles est d’ailleurs intégrée à la cartographie ; elle insiste en particulier sur la précision de ce type d’armement. Cette infographie fait écho aux déclarations du sénateur Bob Corker qui, le 25 août 2013, soit deux jours avant la parution de la carte, était le premier à parler de « frappes chirurgicales » pour évoquer l’intervention américaine en Syrie. Cette démonstration ressemble davantage à une promotion et la simplification à l’extrême du territoire syrien, sur lequel ne figurent que les sites militaires majeurs destinés à être bombardés, renforce l’impression que des frappes « chirurgicales » sans dommages collatéraux seraient possibles.

Carte 2

Source : Le Monde, 20 septembre 2013.

Les éventuelles opérations militaires représentées par ces deux journaux semblent alors faciles et sans obstacles. Le territoire syrien est vidé, déshumanisé. Tout semble montrer qu’il ne s’agirait pas d’une guerre mais d’une simple intervention efficace et maîtrisée. Une autre carte, publiée par Le Monde le 5 septembre 2013, représente la position des pays arabes par rapport à une éventuelle intervention occidentale (carte 3). Elle a pour titre « Le soutien des monarchies du Golfe à l’intervention », mais c’est en réalité le sous-titre qui nous apprend son véritable objet : les différentes positions des pays arabes, représentées par un code couleur simple mais pas anodin. Les pays appelés « interventionnistes » sont représentés en vert franc, les pays dits « légalistes » sont en vert clair et les « anti-intervention » en rouge. Ce choix est très significatif car, comme l’explique dans ses écrits Michel Pastoureau, les couleurs ont un ancrage culturel et psychologique. En Occident, le rouge marque le refus ou le danger, tandis que le vert a une connotation plus positive : c’est la couleur de l’autorisation. D’ailleurs, c’est la même couleur verte, plus ou moins foncée, qui représente des positions pourtant différentes, comme si le cartographe souhaitait qu’on les confonde, créant ainsi l’illusion d’un soutien à l’intervention des Occidentaux qui serait plus important qu’il ne l’est en réalité.

Carte 3

Source : Le Monde, 5 septembre 2013.

La carte saoudienne, quoique plus fantaisiste, ressemble beaucoup aux cartes occidentales (carte 4). Un avion de guerre s’apprête à survoler un territoire syrien vidé et présenté comme une cible. Le choix d’une vue satellite donne au lecteur une impression de réalité et laisse penser que l’intervention militaire, pourtant encore à l’état de projet, a déjà commencé. Le titre de la carte, par sa légèreté, dédramatise l’action militaire. Tout est fait pour que le lecteur n’ait plus aucun doute quant à la légitimité d’une intervention armée. Cette opération occidentale en Syrie était, il faut le rappeler, largement souhaitée par les dirigeants saoudiens.

Carte 4

Source : Al-Arabiya, 29 août 2013.

La carte russe est très différente des cartes occidentales et saoudienne (carte 5). Elle est la seule à faire apparaître les capacités militaires syriennes — mais pas comme des cibles — et indique les soutiens logistiques russes. Elle met en avant la complexité de la situation : la présence des populations, les territoires contrôlés par les différents belligérants (gouvernements, insurgés, kurdes) et les zones de confrontation. Le gros plan sur la ville de Damas donne l’idée d’une intervention militaire risquée. En effet, le plan simplifié de la capitale figure six bâtiments : l’aéroport militaire, le ministère de la défense, le palais présidentiel, le Parlement – soit autant de cibles potentielles pour les frappes occidentales, mais également la mosquée des Omeyyades et la citadelle : deux monuments historiques situés à proximité des bâtiments précédemment cités. La carte évoque de façon implicite les risques de dégâts que des frappes pourraient causer au patrimoine culturel. Elle évite ainsi l’image du jeu de pions et l’idée d’une attaque qui serait facile et propre. À cet égard, la carte reflète la position des dirigeants russes opposés depuis le début du conflit à une offensive militaire extérieure qui risquerait, selon les mots du ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov, de « plonger le pays dans le chaos ».

Carte 5

Source : Kommersant, 28 août 2013.

LECTURE HUMANITAIRE CONTRE LECTURE COMMUNAUTAIRE

Au-delà des simples différences de traitement, les thématiques abordées témoignent du point de vue adopté par les cartographes. Une étude de l’ensemble des cartes relatives au conflit syrien publiées dans ces quatre médias depuis le soulèvement de mars 2011 jusqu’en juin 2014 montre que chacun d’entre eux insiste sur une dimension spécifique du conflit. Une insistance qui rappelle, là encore, les positions diplomatiques de leur propre pays. Par exemple, les cartes d’Al-Arabiya mettent davantage en avant la catastrophe humanitaire, qui devient le support d’un discours offensif à l’égard du régime de Bachar Al-Assad, alors que les cartes du Kommersant reflètent l’attention des dirigeants russes à la dimension communautaire du conflit.

Carte 6

Source : Al-Arabiya, 7 octobre 2012.

Le média saoudien construit une représentation du conflit dans lequel la catastrophe humanitaire occupe une place centrale. La majorité des cartes du conflit syrien publiées par Al-Arabiya, de mars 2011 à juin 2014, en décline en effet les différents aspects (morts, réfugiés, déplacés, pauvreté résultant du conflit, destructions des biens). Cette focalisation sur les victimes semble venir relayer le discours offensif des dirigeants saoudiens à l’égard de Bachar Al-Assad, qu’ils qualifient régulièrement de « boucher ». Les éléments que les cartes font apparaître ne laissent d’ailleurs aucun doute sur le message qu’elles entendent délivrer. La carte publiée le 7 octobre 2012 (carte 6) représente le nombre de morts dans chaque région de Syrie. À côté figure une photographie de Bachar Al-Assad sur laquelle il adopte une attitude stupide ou scandaleuse, selon les interprétations, mais qui suggère en tout cas sa responsabilité dans le bilan humain établit immédiatement en-dessous.

Sur les cartes publiées les 4 septembre et 3 décembre 2013 (cartes 7 et 8), des photographies de femmes et d’enfants aux visages défaits ont été incrustées.

Carte 7

Source : Al-Arabiya, 4 septembre 2013.

Ce recours à l’iconographie stéréotypée de la douleur et de la faiblesse participe d’une mise en scène de la détresse des populations visant à émouvoir le lecteur, rendu alors plus sensible au discours politique saoudien offensif à l’égard du régime syrien. Il est par ailleurs intéressant de noter la multiplication de ce type de cartes à la suite de la déclaration officielle saoudienne en faveur d’une intervention armée après les attaques à l’arme chimique au mois d’août 2013. Lors d’une réunion tenue au Caire le 1er septembre 2013, le ministre saoudien des affaires étrangères déclarait devant ses homologues de la Ligue arabe qu’il était « temps de demander à la communauté internationale d’assumer ses responsabilités et de prendre des mesures de dissuasion » contre le régime syrien, considérant que toute opposition à une intervention serait « un encouragement pour le régime de Damas à poursuivre ses crimes ». Au cours des trois mois qui ont suivi cette déclaration, Al-Arabiya a publié autant de cartes relatives à la catastrophe humanitaire que pendant les deux premières années du conflit, et ce alors même que le nombre de réfugiés restait en augmentation régulière sans connaître de pic soudain. Ainsi, la focalisation du regard sur les victimes par la profusion des cartes, la dramatisation de la situation humanitaire ainsi que la mise en cause du régime syrien au moyen des photos deviennent des outils de condamnation de ce dernier et rendent légitime voire moralement nécessaire la demande saoudienne d’intervention militaire.

Carte 8

Source : Al-Arabiya, 3 décembre 2013.

Pendant cette même période, Kommersant consacre la majorité de sa cartographie à la représentation des communautés ethno-religieuses. Un choix qui fait écho à la lecture communautaire du conflit syrien adopté par les dirigeants russes dès le printemps 2011. Mettant au centre des débats diplomatiques la question des minorités et notamment celle des chrétiens, le ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov faisait de Bachar Al-Assad en 2012, « le garant de (leur) sécurité ». À la cinquantième conférence sur la sécurité qui s’est tenue à Munich du 31 janvier au 2 février 2014, il exprimait son inquiétude face au « conflit sanguinaire en Syrie (qui) a transformé ce pays en un bastion pour les extrémistes et les terroristes à travers le monde. » Il se disait très pessimiste face aux « atrocités commises par ces derniers à l’encontre des chrétiens et d’autres minorités des pays du Proche-Orient ». L’historien Frédéric Pichon explique que le soutien russe au régime baasiste tient notamment à l’attachement de l’orthodoxie à l’idée d’une Russie protectrice des minorités chrétiennes dans le monde arabe. Le pays renouerait également avec la tradition impériale, où la communauté chrétienne orthodoxe servait de levier à l’influence russe dans la région1.

Cette importance donnée aux minorités par les dirigeants russes se reflète également dans le contenu des cartes de Kommersant. La carte publiée le 30 août 2012 est particulièrement éloquente. (carte 9). La légende exagère la proportion des minorités au sein de la population et en particulier celle des chrétiens. Alors qu’ils pèsent moins de 5 % de la population selon les estimations de Youssef Courbage2, la carte annonce le double (10 %). Si l’on s’en tient aux chiffres du démographe, la proportion réelle des alaouites et des Kurdes est également moindre (10,2 % d’alaouites au lieu de 12 % annoncés par la légende et 8,3 % de Kurdes au lieu de 10 %). La carte fait également apparaître une région chrétienne à l’ouest de la région alaouite. Si cette zone abrite effectivement des petites poches chrétiennes, elle est davantage peuplée par les sunnites et les alaouites. Le jaune clair figurant la population sunnite tranche avec les couleurs foncées utilisées pour représenter les minorités et qui les rendent ainsi d’autant plus visibles.

Carte 9

Source : Kommersant, 30 août 2012.

Si certaines cartes peuvent se lire comme de simples relais des discours politiques, d’autres sont des moyens de légitimation, voire de justification des positions adoptées par les élites politiques par rapport au conflit syrien. Enfin les cartes peuvent témoigner des préoccupations plus profondes des dirigeants et traduisent graphiquement les raisons véritables de leur positionnement diplomatique. Elles sont alors davantage le produit de représentations culturelles qui dépassent le cadre politique. Outil d’information, les cartes semblent être aussi révélatrices d’un conflit de représentations qui se superpose au conflit armé.

LUCILE HOUSSEAU

1Frédéric Pichon, « La Syrie, quel enjeu pour la Russie ? », Politique étrangère, janvier 2013.

2Les recensements depuis 1970 ne mentionnent plus la religion ni la confession précise. Les estimations de Youssef Courbage sont fondées sur des projections démographiques réalisées à partir de données issus des recensements précédents qui donnaient la religion (1947 et 1960), sur des évaluations de spécialistes de la Syrie (Fabrice Balanche, Étienne de Vaumas, Jacques Weulersse) et sur des imputations de certains paramètres démographiques à partir de données régionales (Youssef Courbage « Ce que la démographie nous dit du conflit syrien », Slate.fr, 2012).

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Une «vision» de l'économie mondiale. Pourquoi le léger rebond des cours du pétrole

Publié le par Mahi Ahmed

Une «vision» de l'économie mondiale. Pourquoi le léger rebond des cours du pétrole depuis mars 2015 ?

par Medjdoub Hamed *

«Quel intérêt de taire la vérité sur les hausses et les baisses des cours pétroliers ? Un secret de polichinelle alors que ce pétrole, don du ciel et malheur de tous les pays arabes, voit les grandes puissances s'entredéchirer pour s'en accaparer ? Non pour le consommer puisqu'il est un produit fossile libre à l'exportation mais au privilège monétaire exorbitant qu'il octroie à la puissance américaine qui l'utilise pour répercuter ses déficits sur les pays du reste du monde. Un privilège exorbitant déjà dénoncé par le président De Gaulle ».L'auteur

Dans un article d'AFP (1), «Coup de frein à Wall Street, effrayée par le déficit commercial et la hausse du pétrole», du 5 mai 2015, on y lit: «Wall Street a subi un coup de frein mardi, prise d'inquiétude devant un déficit commercial fortement creusé et des cours du pétrole en plein élan: le Dow Jones a perdu 0,79% et le Nasdaq 1,55%.

Selon des résultats définitifs à la clôture, l'indice vedette Dow Jones Industrial Average a perdu 142,20 points à 17.928,20 points, et le Nasdaq, à dominante technologique, 77,60 points à 4.939,33 points. L'indice élargi S&P 500, sur lequel se basent beaucoup d'investisseurs, a reculé quant à lui de 1,18%, soit 25,03 points, à 2.089,46 points.»

1. L'EXTREME COMPLEXITE DANS LAQUELLE SE TROUVE LE MONDE

La première constatation que l'on peut faire est que la politique monétaire non seulement pose des problèmes sérieux à l'économie américaine et par ricochet à l'économie mondiale mais vient confirmer l'extrême prudence de la Réserve fédérale américaine (Fed) de reporter aux calendes grecques la hausse du taux d'intérêt court directeur. En effet, depuis octobre 2014, la Fed a mis fin à la politique d'assouplissement monétaire non conventionnel. Estimant que l'économie américaine se porte bien que confirme d'ailleurs le taux de chômage qui est de 5,5% (bien loin de son sommet de 10% après l'éclatement de la crise financière de 2008), la Banque centrale est en situation d'attente pour procéder pour la première fois à la remontée du taux d'intérêt depuis dix ans. La dernière hausse s'est produite le 30 juin 2004, faisant passer le taux de la Fed de 1% à 1,25% (+0,25 point).

De plus, ce taux directeur est resté au taux plancher de 0 à 0,25% depuis le 28 juin 2009 à aujourd'hui, soit plus de six ans. Et la Fed craint toujours de relever son taux d'intérêt directeur. Du jamais vu dans l'histoire économique contemporaine des Etats-Unis ! L'extrême complexité dans laquelle se trouve le monde nous fait dire que combien la superpuissance a une puissance militaire écrasante sur le reste du monde, elle reste aujourd'hui presque désarmée sur le plan économique face aux pays émergents.

En continuant la lecture (1): «Avec les données décevantes qu'on a vues depuis deux mois, on s'inquiète de plus en plus pour l'économie», a déclaré Michael James, chez Wedbush. Chroniquement déficitaire, le solde des échanges des Etats-Unis s'est établi en mars à 51,4 milliards de dollars, en données corrigées des variations saisonnières, soit une hausse de 43,1% par rapport à février.

Ce creusement brutal du déficit, tiré par une augmentation historique des importations (7,7%) alors que les exportations ont stagné (0,9%), a surpris les analystes, qui l'ont mis sur le compte du dollar fort. Surtout, il devrait conduire à réviser en baisse la croissance du Produit intérieur brut du premier trimestre, qui, la semaine dernière, s'était affichée à un déjà très décevant +0,2% dans une première estimation.

Facteur supplémentaire d'inquiétude pour le marché, selon M. James, le pétrole a repassé mardi à la hausse le seuil des 60 dollars le baril. «C'est très handicapant pour l'industrie des biens de consommation et les compagnies aériennes», a-t-il souligné.

«On commence à avoir peur du risque d'inflation» due à la hausse du coût de l'énergie, a commenté pour sa part Jack Ablin, chez BMO.

Le souci des financiers américains est compréhensible et n'échappe pas aux banquiers centraux. L'Occident comme le reste du monde évolue dans un contexte économique international difficile où tous les coups sont permis.

2. LES BANQUIERS CENTRAUX DEPASSES PAR LES ALEAS DES CONJONCTURES ECONOMIQUES

Tout d'abord, la chute des valeurs boursières relève de la situation financière des Etats-Unis. Une situation financière marquée depuis la crise financière par une «boulimie financière» que les marchés américains ont des difficultés à réprimer. Cette boulimie qui exprime en réalité une fausse croissance économique nous fait penser «une économie américaine ressemblant à un homme qui se ratatine sous le poids d'un fardeau… mondial, et n'arrive à se maintenir que grâce à des béquilles… monétaires».

Il y a dans cette image deux mots qui ont le même poids dans la définition de l'économie américaine. «Fardeau… mondial et béquilles… monétaires». Si on enlève le fardeau mondial, on enlèverait aussitôt les béquilles monétaires. L'Amérique serait alors l'Amérique pour elle-même et non pour le monde.

Il ne faut pas avoir peur des mots ni de la vérité sur ce qui se passe dans le monde. Les Etats-Unis ont depuis les deux guerres mondiales une destinée universelle. A deux reprises, ils ont sauvé l'Occident. Aujourd'hui, de plus en plus désarmée face à la nouvelle architecture du monde – un monde désormais multipolaire – elle n'est de plus en plus qu'un élément de «ce grand corps qu'est l'économie mondiale» (2), même si elle reste encore le moteur principal de la machine économique du monde.

Précisément la crise de 2008 a révélé au grand jour les contradictions qui existent dans la distribution des richesses dans le monde. Contradictions qui continuent de produire des effets improvisés, s'assimilant presque à de la «débrouille» dans les agissements des grands Banquiers centraux du monde. A défaut de politiques conventionnelles qui ne marchent plus, ils se sont rabattus sur des politiques non conventionnelles. Et il faut dire «par nécessité».

Les Banquiers centraux, qu'il s'agisse de Ben Bernanke, aujourd'hui débarqué et remplacé par Janet Yellen à la tête de la Fed depuis fin 2013 (prise de fonction en janvier 2014), ou de Mario Draghi qui a remplacé, en 2011, Jean-claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne, ou de Mark Carney, premier gouverneur non Anglais, d'origine canadienne, de la Banque d'Angleterre depuis 2013, ou de Haruhiko Kuroda, gouverneur de la Banque du Japon depuis 2013, ou de Zhou Xiaochinan, gouverneur de la Banque de Chine, depuis 2002, tous ces banquiers y compris ceux du FMI, de la BM savent et ne savent pas ce qui se passe dans la finance mondiale.

Et lorsque l'on dit qu'ils savent, cela signifie qu'ils sont bien au fait des blocages et ceux-ci sont très bien situés intrinsèquement, c'est-à-dire dans leur essence. Le problème qui se pose est qu'ils ne savent pas «comment les résoudre tant ils sont imbriqués». Tant ils sont imbriqués dans des équations à n paramètres et à plusieurs inconnues. Et qu'il n'y a pas de concordance entre le nombre de paramètres qui obéissent aux aléas des conjonctures (comme depuis mars les déficits commerciaux américains se creusent et le pétrole rebondit) et les équations qui ne satisfassent au nombre d'inconnues. Et on sait que l'économie n'est pas une science exacte pour la simple raison que tant le paramètre que l'inconnue relèvent de la biologie humaine. Et c'est ce qui a fait défaut dans «la compréhension d'une économie mondiale en devenir» et a engendré cette cacophonie mondiale sur le plan financier qui s'est traduite par une guerre silencieuse de monnaies.

On comprend aussi que la première réponse occidentale à la crise financière de 2008 a été la régulation monétaire du système financier occidental par le haut, c'est-à-dire des perfusions monétaires comme on l'a vu par les plans de sauvetage américains (Paulson…) et européens, et autres plans de relance qui ont suivi en 2009. Même la Chine s'impliqua par un plan de relance de 500 milliards de dollars.

Les systèmes bancaires dans le monde, en particulier en Europe et aux Etats-Unis, ployaient sous le poids des dettes hypothécaires irrécouvrables (subprimes). Et cette réponse par le haut a non seulement été improvisée mais rendue nécessaire – l'homme ne commande pas son devenir ou plutôt n'a pas cherché à comprendre ce devenir.

3. LE «SURENDETTEMENT», UNE EPEE DE DAMOCLES SUSPENDUE SUR L'ECONOMIE OCCIDENTALE

Cependant, le monde étant ce qu'il est, cette perfusion pendant de longues années a créé une addiction du système financier occidental aux perfusions monétaires. Le système financier occidental, qui s'est habitué de plus en plus aux politiques d'assouplissement monétaire non conventionnel, devenait de plus en plus accro à ces perfusions. Un peu comme un homme malade à qui on injecte du «sang monétaire» pour tenter de l'aider à se reprendre de sa faiblesse de plus en plus chronique. (2)

Le message que la FED, la BCE et les autres grandes Banques centrales du système financier mondial transmettaient était un peu ceci: «Ne vous inquiétez pas !

Nous sommes là, aux commandes, pour traiter et régler vos problèmes de financement».

Dans ce déversement de liquidités pendant sept ans depuis 2007 jusqu'à la nomination d'une gouverneure femme à la tête de la Fed, Ben Bernanke n'a pas démenti sa renommée d'«Helicopter Ben» (déverser de l'argent depuis un hélicoptère), en référence à ses conclusions sur la crise de 1929. Evidemment, on ne peut critiquer «cette stratégie monétaire américaine qui a fait tache d'huile sur l'Europe et les autres pays occidentaux» pour la simple raison qu'elle a été nécessaire. L'existant commande à l'existant, c'est-à-dire ce qui est commande à ce qui vient à être. Cet existant apparaît en postulat à un autre postulat identique puisqu'ils sont deux existants successifs liés par leur développement causal. L'un commande l'agir de l'autre comme l'avant-l'un a commandé l'un.

D'autre part, comme on l'a dit, la crise financière de 2008 a imposé une «stratégie monétaire non conventionnelle nécessaire» qui ne doit pas être comprise comme si cela avait été un choix pour l'Amérique. Puisque la crise financière de 2008 elle-même qui a existé a été imposée, donc nécessaire. Par conséquent, ce qui est venu ensuite, l'Occident n'avait pas de choix. La stratégie qu'il a menée était simplement une nécessité, sans autre voie. Une stratégie qui s'est imposée d'elle-même, il fallait à tout prix du «sang neuf pour réanimer ce grand corps qu est l'économie mondiale». (2) Donc nécessité rimait avec situation.

Mais le problème, c'est que cette stratégie quand bien même imposée ne peut durer indéfiniment. L'Amérique comme l'Europe et le Japon, qui détiennent les monnaies internationales et de réserve du monde ne peuvent continuer à maintenir leurs économies avec le soutien de «béquilles monétaires» sans qu'elles n'apportassent de graves conséquences.

Comme, par exemple, «le surendettement». Et quand bien même celui-ci est libellé en monnaies occidentales qui limitent les risques, une menace pèserait toujours sur leurs économies si ce processus se perpétue et surtout si le surendettement engendre un autre processus qui annihilerait la prépondérance sur ce qui leur reste, la «domination monétaire».

Il faut le dire, il existe aujourd'hui une sorte d'«épée de Damoclès» invisible qui est suspendue sur l'économie occidentale.

4. LES «BEQUILLES MONETAIRES DE LA CHINE»

Qu'en est-il des «béquilles monétaires» en Chine. Il est évident qu'elles sont d'un autre type. Sur quoi se fondent-elles ? Tout d'abord la Chine a un avantage pratiquement unique au monde. D'abord, le formidable réservoir humain transformable facilement en main-d'œuvre qualifiée et laborieuse et surtout à bas coût. Une image un peu de la fable de La Fontaine «La cigale et la fourmi». Et on devine qui sont la cigale et la fourmi. Pourtant cigale et fourmi se complètent quoi que dirait Jean de La Fontaine. L'humanité a besoin de cigales et de fourmis, elle est ainsi constituée. Il y a ceux qui consomment et ceux qui travaillent. Les rentiers et les travailleurs, une «loi de la nature».

Pour ce qui est des «béquilles monétaires», elles se fondent sur la «sous-évaluation du yuan chinois». Et là aussi, on peut ajouter cette image humoristique, «sous-évaluer pour mieux dévaliser». Là encore, la politique monétaire de la Banque de Chine s'assimile à de la «débrouille chinoise» dans sa forme la plus atavique qu'il soit.

C'est-à-dire la moins moderne, la plus mercantile. Et le problème est que la Chine ne peut rien contre la nécessité. Elle n'a pas le choix.

Une «vision» de l'économie mondiale. Pourquoi le léger rebond des cours du pétrole depuis mars 2015 ?

par Medjdoub Hamed *

Suite et fin

La vision de son gouverneur comme celle du comité monétaire (FOMC chinois) relève de leur droit souverain de sous-évaluer leur monnaie eu égard aux centaines de millions de Chinois qui attendent d'être absorbés par le marché du travail. D'autre part du droit souverain, les Américains et Européens en ont, et il ne tient qu'à eux de sous-évaluer. «Et le plus étrangement et invisiblement du monde, ils ne font que ça avec les politiques monétaires non conventionnelles.» Sauf que la sous-évaluation n'est pas visible puisque le processus de sous-évaluation s'opère de concert entre les quatre grandes Banques centrales occidentales. Tantôt le dollar se déprécie et l'euro, la livre sterling, le yen s'apprécient. Tantôt c'est l'inverse. Tantôt dans le désordre. Cependant il y a bien sous-évaluation et injections ex nihilo monétaires (3).

Cependant ce qui accorde la prééminence de la sous-évaluation de la monnaie chinoise sur les autres monnaies mondiales et donc une parité de combat inégalable dans le commerce international, c'est d'abord son «ciblage», en premier. Le yuan est ancré sur la première monnaie du monde, le dollar. Et impossible aux Américains de le décrocher du dollar. «Il y est, il reste». En second, «le yuan n'est pas une monnaie librement convertible, elle ne fluctue pas sur les marchés monétaires». Sa valeur est fixée sur un panier de monnaies occidentales par la Banque centrale de Chine de telle façon que la sous-évaluation par rapport au dollar lui donne toujours un avantage gagnant. Ce qui nous fait dire que «puissance du dollar devient faiblesse face à la Chine». Et toutes les grandes monnaies occidentales suivent cette faiblesse dans le sillage du dollar.

5. LES RAISONS DU LEGER REBOND DU COURS DU PETROLE DEPUIS MARS 2015

Et là encore, c'est un secret de polichinelle même si les analystes occidentaux chevronnés taisent la chose. Le dollar a deux valeurs faciales. Une valeur faciale qui exprime son numéraire, c'est-à-dire son pouvoir d'achat, et l'autre valeur faciale qui n'y est pas imprimée mais «discrétionnairement est arrimée au pétrole». En entente tacite totale avec les pays monarchiques arabes du Golfe.

Or, depuis l'été 2014, l'Amérique n'avait plus besoin d'un cours haussier des prix de pétrole, qui servaient de contreparties physiques aux émissions monétaires finançant les déficits courants ex nihilo.

Les quantitative easing tiraient à leurs fins. Les derniers 10 milliards de dollars que devaient réduire mensuellement le QE3 prirent fin en octobre 2014. Il faut rappeler que, dans le cadre du QE3, la Fed américaine injectait mensuellement 85 milliards de dollars sur le marché financier depuis septembre 2012.

Sept années de politique monétaire fortement expansive ont progressivement fait entrer l'Amérique dans la croissance. Avec de bons résultats, tel le taux de chômage de son sommet à 10% en 2009, il a été rabaissé aujourd'hui à 5,5%. Des entreprises plus compétitives et une consommation soutenue. La fin des opérations militaires au Moyen-Orient, la réduction des importations pétrolières depuis l'exploitation des gisements de pétrole de schiste et de gaz de schiste ont fortement concouru à baisser les déficits commerciaux avec les pays du reste du monde. Ce qui explique la fin des quantitative easing en 2014 qui est allé progressivement avec l'abaissement des cours pétroliers.

Evidemment, entre plans opérés par la Réserve fédérale américaine et la réalité, il y a toute une distance difficile à réduire. Si les plans d'assouplissement quantitatifs mis en place par la Fed ont permis de sortir l'Amérique de la crise, il reste que tout n'est pas réglé. Le système reste toujours fragile et l'Amérique n'a dû sa sortie de crise que grâce à ces plans d'assouplissement monétaires. «Le mal, en réalité, n'a pas été expurgé du système financier mondial» où l'Amérique y joue un rôle central.

Par conséquent, ce qui se passe en ce début d'année 2015, et surtout depuis mars 2015, qui a vu les déficits américains battre un record – il a atteint son niveau le plus élevé depuis plus de six ans – les importations ayant fortement augmenté surtout avec un dollar fort, ce qui devait entraîner une contraction du PIB, il était tout à fait normal aux autorités monétaires «d'appuyer sur la planche à billets» pour financer ce déficit inattendu. Et pour qu'il n'y ait pas d'inflation, il était rendu nécessaire d'augmenter les contreparties physiques traditionnelles, c'est-à-dire le léger rebond des prix du pétrole, en l'agençant avec une légère hausse de l'euro. (3)

Plus d'émissions de dollars sur les marchés, plus s'apprécie l'euro. Et c'est valable pour les autres monnaies internationales.

Comme on l'a dit, la réalité ne peut coïncider totalement avec les plans étasuniens, européens et japonais. Les rebonds des cours pétroliers existeront et seront nécessaires pour les pays en développement – plus de 3 milliards d'êtres humains – qui, en contribuant à l'absorption, stabiliseront l'économie mondiale. Sans leur absorption, sans les rebonds pétroliers même irréguliers et à leur suite les matières premières, la machine économique mondiale se gripperait. Et quand bien même la stratégie non criée sur les toits américaine et européenne chercherait à se débarrasser du moins en partie de cette épée de Damoclès qui pèse sur leurs économies.

S'il convient de saluer la Fed et toutes les Banques centrales qui ont su innover aux moments les plus difficiles de la crise, force est de dire que tout n'est pas terminé. On peut même dire que tout commence aujourd'hui. Le monde n'est pas à la veille d'une crise mondiale, ou à tout autre crise. Même la crise de 1929 est dépassée et n'a plus droit de cité, elle fait partie de l'histoire du XXe siècle.

Les crises d'aujourd'hui sont d'un tout autre genre. Ce sont les «crises de structure, d'architecture du monde». La nouvelle architecture du monde est en marche. Les monnaies comme les marchés financiers, les transactions internationales ne sont que des moyens, des leviers pour ainsi dire, pour faire aboutir le monde en un autre monde. Et c'est ce qui n'est pas compris, que les Banquiers centraux savent sans savoir réellement ce qu'ils croient innover. Tout ce qu'on peut dire, c'est que cette innovation est inscrite dans une économie mondiale en devenir. Dans ses gènes, faut-il dire.

Il faut visiter l'Europe, l'Amérique du Nord et du Sud, la Russie, l'Asie… avec de nouveaux yeux – un regard nouveau –, pour comprendre que l'humanité est en mutation. «Et une économie mondiale en devenir est une humanité, une Terre en devenir.»

* Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale, Relations internationales et Prospective www.sens-du-monde.com

Notes:

1. «Coup de frein à Wall Street, effrayé par le déficit commercial et la hausse du pétrole», AFP, 4 mai 2015. Site: http://fr.finance.yahoo.com

2. «L'Occident, le «dindon de la farce monétaire» ? L'explication par analogie avec la biologie humaine» (14e partie), par Medjdoub Hamed, le 30 avril 2015. www.lequotidien-oran.com, www.agoravox.fr, www.sens-du-monde.com,

3. «Les Etats-Unis et l'Europe cherchent-ils à imposer une austérité au monde ? Un processus de guerre monétaire en marche entre les puissances ?» (12e partie), par Medjdoub Hamed, le 8 avril 2015. www.lequotidien-oran.com, www.agoravox.fr, www.sens-du-monde.com

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GRANDIOSE RUSSIE

Publié le par Mahi Ahmed

GRANDIOSE RUSSIE

Quand le péril nazi se mit à grandir, Joseph Staline commanda (1938) à Sergueï Eisenstein un film sur la célèbre bataille du lac Peïpous (avril 1242), dans laquelle le prince Alexandre Nevski défit les chevaliers teutoniques. L'Ordre des Chevaliers teutoniques, adossé à la la papauté et au Saint Empire romain-germanique, était parti à la conquête de la Russie pour la catholiciser. On sait ce qu'il advint de cet Ordre de fer dont la cavalerie lourde -chevaux caparaçonnés, cavaliers murés dans une armure étanche- préfigurait les divisions des Panzers de Hitler. A. Nevski contraignit l'ennemi à se battre sur le lac gelé dont la glace céda sous le poids de la cavalerie teutonne, l'engloutissant sans retour. C'en fut fini de l'armée teutonne et des velléités papales d'éradiquer les orthodoxes chrétiens.

Mais, dit Hegel, Ce que nous apprend l'histoire, c'est que peuples et gouvernements n'ont jamais rien appris de l'histoire : 600 ans plus tard, le nabot-ogre corse rassemble une formidable armée de 600 000 hommes et le voilà parti à la conquête de la Russie. L'armée russe, commandée par le général Koutouzov, refusa autant que possible l'affrontement -il y en eut un seul, terriblement meurtrier pour les deux camps, celui de Borodino-, entraînant la Grande Armée du nabot toujours plus profondément à l'intérieur des terres. Quand il faudra bien amorcer la retraite, ce sera l'hiver. Et le nabot-ogre -auquel les historiens français prêtent tant de génie militaire- n'avait pas prévu cela. Koutouzov et ses hommes ne laisseront de la formidable armée de 600 000 soldats que 90 000 vivants et l'ogre fuira -comme il avait détalé devant les Mamelouks en Egypte-, abandonnant son armée et traversera l'Europe incognito, déguisé en simple quidam.

Quand Richard Sorge -espion soviétique en poste à l'ambassade d'Allemagne à Tokyo- donnera l'information suivante : l'Allemagne attaquera l'URSS le 22 juin 1941, Staline ne voulut pas y croire. Sûrement parce qu'il pensait qu'Hitler ne commettrait pas l'erreur de mener une guerre sur deux fronts. Staline n'avait peut-être pas lu Hegel… L'opération Barbarossa commença le 22 juin 1941 : des moyens infernaux avaient été mobilisés par Hitler contre l'URSS. Quatre millions de soldats allemands et 600 000 engins motorisés envahirent le pays des Untermenschen (sous-hommes) slaves promis à la disparition et/ou à l'esclavage, comme le clamait Hitler à ses généraux. Le choc fut terrible et l'armée soviétique battit en retraite jusqu'aux portes de Moscou et de Léningrad. Le 07 novembre 1941 (anniversaire de la révolution bolchevik), Staline fit un discours resté célèbre : larguant les références révolutionnaires, il en appela aux mânes de la Russie éternelle menacée dans son existence même. La Wehrmacht était à 30 km de Moscou et Hitler avait donné à ses généraux ordre de raser entièrement la ville et de créer un lac artificiel à sa place !

Mais Staline refusait de quitter la ville et, le soir, il prenait soin de garder la lumière de son bureau au Kremlin allumée pour que l'on sache bien qu'il était là. La suite est connue. Les centaines de milliers de citoyens creusant des tranchées autour de la ville et une contre-offensive de l'armée rouge qui rejeta, au prix de pertes énormes, la Wehrmacht à 200 km de là. Pendant ce temps, le siège de Léningrad commençait qui allait durer 3 années. La ville, approvisionnée seulement quand le lac Ladoga était gelé (à ce moment, les camions pouvaient rouler dessus), ne capitula pas, consentant des sacrifices inouïs.

Au sud, la VI° armée allemande s'apprêtait à prendre Stalingrad, sur la Volga ; mais retranchés dans l'usine de tracteurs, les hommes du commandant Eremenko, aidés par les habitants, tenaient tête à une armée dix fois supérieure en nombre et en moyens. Abcès de fixation qui sera, finalement, fatal à la VI¨armée qui sera capturée et son maréchal de chef avec elle.

Et comme R. Sorge avait donné le renseignement capital -à savoir que les Japonais n'attaqueraient pas à l'est-, Joukov put dégarnir le front extrême-oriental pour mener l'offensive qui mènera l'Armée rouge à Berlin.

Au total, la Wehrmarcht perdit 80 % de ses effectifs totaux sur le front russe. L'URSS perdit 27 millions de ses enfants (soit près de la moitié du total des morts -60 millions- de la guerre) ; elle compta quelque 56 000 villes et villages rasés et leurs habitants exterminés (cf l'admirable film d'Elem Klimov Viens et regarde). A titre de comparaison, les USA ont perdu 300 000 hommes, dont la plupart sont tombés dans le théâtre de guerre du Pacifique.

Devant cette épopée grandiose, devant ces sacrifices immenses, qui ne s'inclinerait pas en signe de respect pour ce peuple russe ? Justement, il se trouve des nains -les dirigeants occidentaux- pour refuser de participer à l'hommage rendu à la patrie russe. Ces coolies qui n'ont même pas le front de relever les humiliations que leur inflige à tour de bras le criminel Netanyahu. Tant mieux. La présence de nains à cette fête de géants l'aurait ternie. Car il y avait là la Chine, l'Inde, les républiques musulmanes de l'ex-URSS et l'Amérique latine. Rien moins que le monde nouveau en préfiguration. La commémoration du 70° anniversaire du triomphe de la Russie sur l'Allemagne nazie fut grandiose, comme vous pouvez le voir sur cette vidéo. (Mais est-il si étonnant, finalement, que les dirigeants occidentaux préfèrent la compagnie des néo-nazis de Kiev ?)

https://www.youtube.com/watch?v=E7owLOf60wQ

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Avis de tempête sur le Mouvement des Non Alignés

Publié le par Mahi Ahmed

Avis de tempête sur le Mouvement des Non Alignés

Le Mouvement des Non Alignés (MNA), à l’origine duquel on trouva Tito de Yougoslavie, Nasser d’Egypte, Nkrumah du Ghana, Nehru de l’Inde, Sukarno d’Indonésie, Bandanaraïke du Sri Lanka, bientôt rejoints par Fidel Castro de Cuba et bien d’autres personnalités progressistes du tiers-monde constitua en 1961 un évènement international bouleversant la donne d’une époque, celle d’après-guerre dominée par les blocs. Le mouvement des indépendances bousculait l’ordre des choses !

Après le triomphe de la Révolution cubaine, Ernesto Che Guevara, son émissaire auprès de ces pays entrés en résistance, chercha auprès d’eux les alliances et les solidarités nécessaires afin de poursuivre la lutte qui avait conduit à une défaite historique de l’impérialisme US en Amérique Latine(1). En 1979, dans la foulée, le MNA dans sa « Déclaration de La Havane » rappela utilement et clairement que le Mouvement devait promouvoir le combat contre l’impérialisme, le colonialisme, le néo-colonialisme, le racisme, contre toutes les formes d’agression étrangère, de domination, d’interférence, d’hégémonie. Le MNA devait agir pour garantir l’indépendance nationale, la souveraineté, l’intégrité territoriale et la sécurité. Cette vision et ces principes constituaient une rupture avec ce qui caractérisait les relations internationales à cette époque. Pour ces pays, ils sont 120 aujourd’hui plus 17 pays observateurs, lutter pour le nouvel ordre économique international, le désarmement et la paix étaient au centre de leur démarche. Presque 55 ans après, ces objectifs demeurent plus que jamais d’actualité.

Au coeur de cette problématique, on trouve le droit au développement. Un groupe de travail intergouvernemental de l’ONU s’en préoccupe et impulse sa mise en œuvre concrète. En 15 ans, il a à son actif de nombreux documents qui contribuent à l’impulsion de ce droit fondamental qui est celui du développement comme droit de l’homme. Comme on peut se l’imaginer, les Etats-Unis et les principaux pays occidentaux, comme ceux de l’Union européenne, s’opposent farouchement à ces exigences jugées légitimes par les pays du Sud.

Depuis 2011, ce groupe de travail est présidé par la Sri Lankaise Tamara Kunanayakam, une économiste spécialiste des problèmes de développement, sujet auquel elle a consacré plusieurs ouvrages(2). Celle-ci, après avoir été longtemps une fonctionnaire des Nations Unies, avait démissionné du fait de la réforme de cette institution voulue par les Occidentaux et de l’instrumentalisation consécutive de l’ONU par les USA et leurs alliés(3). Après avoir été Ambassadeur à Cuba et auprès d’autres pays de l’ALBA, Tamara Kunanayakam est devenue en 2011 Représentante permanente et Ambassadeur du Sri Lanka à Genève auprès des Nations Unies, poste diplomatique qu’elle a quitté en 2012. Depuis cette date, elle préside le Groupe de travail sur le droit au développement comme experte indépendante. Elle est présentée à cette fonction par le MNA et non pas comme la représentante du Sri Lanka. Depuis quatre ans, elle y est réélue, chaque fois brillamment. Le Groupe de travail intergouvernemental sur le droit au développement dépend du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.

Or, de manière totalement inattendue et quelques heures avant la réunion annuelle du Groupe de Travail, le Sri Lanka, membre fondateur du MNA, a annoncé qu’il ne soutiendrait pas la candidature de Tamara Kunanayakam. Aucune explication n’a été donnée, sinon qu’il s’agit d’une décision prise par le nouveau Ministre des Affaires étrangères du Sri Lanka, Mangala Samaraweera, connu pour ses positions ouvertement pro occidentales. Celui-ci entend prendre ses distances avec la Chine, principal partenaire du Sri Lanka, et s’aligner sur les politiques de Washington et de Bruxelles. Depuis l’élection du nouveau pouvoir à Colombo, ce dernier entend totalement aligner la politique étrangère du Sri Lanka en fonction des exigences géopolitiques des Etasuniens pour qui l’Ile représente un enjeu stratégique de première importance face à la montée de la Chine qu’il lui faut contenir mais également de l’Inde et de la Russie.

« La nouvelle route de la soie » que ces nations eurasiatiques entendent promouvoir dans les prochaines années constitue un enjeu qui déterminera durablement les rapports de force au plan international. La prochaine visite de John Kerry à Colombo illustre s’il le fallait la volonté de mettre un pied, sinon les deux, au Sri Lanka et obliger ce pays à renoncer à sa souveraineté au nom de la sécurité nationale des Etats-Unis. D’ailleurs, on vient de remarquer à ce sujet que dans un de ses discours au Parlement, Mangala Samaraweera n’a pas hésité à affirmer que « le principe de souveraineté était obsolète dans le monde d’aujourd’hui ». Le Sri Lanka dispose avec Trincomalee du plus grand port en eau profonde de l’Asie du Sud-Est. La 7eme flotte des USA aimerait pouvoir en disposer après Diego Garcia. Le Sri Lanka, c’est aussi les couloirs maritimes les plus importants de cette région qui voient passer 50% du trafic mondial pétrolier et 70% de celui des containers. D’où toute l’importance de ce pays pour Obama et sa stratégie de « Pivot Asia » qu’il considère comme la nouvelle priorité de sa politique étrangère.

Pour Colombo et Washington, il s’agit donc d’affaiblir et de diviser le MNA dont de nombreux pays de la région sont membres, y compris parmi les premiers fondateurs du Mouvement. La mission de Colombo est donc de jouer le rôle d’un « cheval de Troie » au service de l’impérialisme. Dans ce cadre, le torpillage du Groupe de travail sur le Droit au développement est apparu comme une nécessité impérative. Ceci peut jouer le rôle de levier.

Le MNA est aujourd’hui présidé par l’Iran, et il le sera en 2015 par le Venezuela. Il est donc sous la pression et le chantage de Colombo et de Washington. En maintenant et contre toutes évidences sa position de blocage, Washington par Sri Lanka interposé veut faire voler en éclats l’unité du MNA. Ce dernier veille en effet depuis toujours au consensus et à la cohésion de ses membres, et il ne pourrait supporter qu’un seul pays fasse défaut !

De ce fait, la situation est paradoxale. D’une part les pays du tiers-monde ont besoin de ce groupe de travail qui, après des années de dysfonctionnements, est de nouveau sur les rails à la satisfaction générale, mais, d’autre part, les hésitations du MNA et son absence d’initiative politique le place sur la défensive en prenant le risque de remettre en cause le travail accompli. Mais le paradoxe est double, car en sombrant dans la confusion, c’est le statut et l’unité même du MNA qui sont menacés, faisant ainsi la part belle aux pays occidentaux ravis de voir le MNA assumer seul la responsabilité d’un double échec. On est loin de la Présidence cubaine de 2006 qui avait redonné un sens à l’action du MNA après les bouleversements découlant de la disparition de l’URSS et d’une modification sensible du rapport des forces internationaux. En laissant le champ libre aux manipulations, aux intérêts égoïstes de quelques-uns, en affadissant ses positions, le MNA va-t-il assumer un fiasco de son propre fait et devant l’histoire, en tombant dans le piège que lui a tendu l’impérialisme ? C’est bien là le signal d’un avis de tempête dont il s’agit et qui peut avoir des conséquences sur l’avenir du MNA.

La bataille est donc engagée tout à la fois pour assurer la continuité du Groupe de Travail sur le droit au développement que préside Tamara Kunanayakam connue comme une militante indépendante et pour ses positions anti-impérialistes, mais également pour faire échec à cette forfaiture contre le MNA. Au Sri Lanka, de nombreuses personnalités prennent positions et appellent au soutien à Tamara Kunanayakam et à l’unité du MNA. De nombreux pays s’expriment également en sa faveur. Le gouvernement et le Président sri lankais sont donc interpellés publiquement.

La montée spectaculaire des inégalités au plan international exige que le droit au développement soit mis en œuvre !

De nombreux économistes le savent pertinemment(4), notre ignorance des pays pauvres, notre inculture écologique et la force des intérêts matériels de certains empêchent de voir que nombre d’actions menées en particulier dans les pays riches se réduisent à des suppléments d’âme. Cela est extrêmement dommageable pour les pays les plus pauvres. Par exemple, nombre d’arbitrages budgétaires dans les pays du Nord font le choix de financer l’agriculture avec pour résultante que les vaches « reçoivent » deux dollars US et demi de subventions par jour, soit un revenu plus élevé qu’un habitant sur trois de la planète. Sachant que le total de ces subventions à l’agriculture dans les pays riches équivaut à six fois le montant de « l’aide » qu’ils accordent aux pays pauvres.

Il reste que, précisément parce qu’elles sont massives, ces inégalités planétaires sont difficiles à décrire et à penser. Il existe certes des chiffres sur les inégalités de revenus ; et ils sont brutaux : par exemple, le rapport de l’APSA (American Political Science Association)5 pointe qu’en 2000, les 1% les plus riches de la planète gagnaient 415 fois ce que gagnent les 1% les plus pauvres (ils ne gagnaient « que » 216 fois plus en 1980). Mais ces chiffres sont bien abstraits ; on peine à imaginer ce qu’ils suggèrent concrètement.

S’efforcer de penser ensemble, sans les jouer les unes contre les autres, inégalités locales et globales, et analyser les rapports de force qui les sous-tendent, n’est pas chose simple, cela exige un certain courage et cela questionne le modèle de société que nous voulons promouvoir. Si nous ne nous posons pas ces questions, alors qui le fera à notre place ? Par conséquent, nous avons une importante responsabilité en tant que citoyens et être humain, nous ne pouvons l’éluder. D’une certaine manière, cette façon de voir nous renvoie à l’actualité, à la modernité et à la pertinence de la Déclaration du droit au développement. Celle-ci répond justement à ces questionnements. Sa mise en œuvre permettrait de faire face aux enjeux planétaires du développement humain dans toutes ses dimensions et ses composantes. Soyons convaincus que dans les prochaines années, cette question déterminera le devenir de l’humanité.

La bataille qui se mène à Genève et à Colombo pour la ré-élection de Tamara Kunanayakam comme Présidente du Groupe de Travail du Droit au Développement, passe également par la capacité du MNA à résister aux pressions de toutes sortes dont il fait l’objet. Le camp de l’anti-impérialisme ne saurait y être indiffèrent !

Jean-Pierre Page

Notes :

(1) Oscar Oramas, « Le voyage historique » retrace la mission du Che auprès des dirigeants du Mouvement des Non Alignés, dont ceux de Colombo en 1959, quelques mois après le triomphe de la Révolution cubaine. Publié en espagnol à La Havane, nombreuses ré-éditions.

(2) Voir Tamara Kunanayakam« Quel développement, quelle coopération internationale », éditions CETIM, Genève 2007 ; et « Realizing the right to development », éditions des Nations Unies, New York-Geneve 2013.

(3) Voir sur notre site la Pensée libre : www.lapenseelibre.org , ses articles sur « La réforme de l’ONU » ou sur le R2P (Right to protect), nouvelle version de l’ingérence humanitaire. < http://www.lapenseelibre.org/article-la-validite-du-droit-au-developpement-est-elle-legalement-fondee-79676865.html

http://www.lapenseelibre.org/article-le-retour-de-darusman-rapport-de-navi-pillay-sur-le-sri-lanka-n-81-118257795.html

http://lapenseelibre.fr/lapenseelibren30.aspx

http://lapenseelibre.fr/lapenseelibren22.aspx

; Pour se procurer, ces articles en version livre : http://www.lapenseelibre.org/pages/Parution-tome-i-tome-ii-de-la-pensee-libre-8992476.html

(4) Voir à ce sujet les études pertinentes de « l’American Political Science Association », en particulier son rapport de 2008 sur les inégalités dans le monde. « The Persistent Problem : Inequality, Difference, and the Challenge of Development”, juillet 2008, rapport disponible sur le site de l’APSA. Voir aussi le rapport 2008 de la CNUCED. Traduit en français : < http://www.inegalites.fr/spip.php ?p... >

(5) Idem.

Source : Revue La Pensée Libre

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Le 8 mai 1945 dans le déni de mémoire

Publié le par Mahi Ahmed

Le 8 mai 1945 dans le déni de mémoire

CHRONIQUESMOHAMED BOUHAMIDI10.05.2015 14:41 3

Le pouvoir algérien a commémoré à minima, et presqu’en cachette, l’anniversaire d’un des trois plus grands événements historiques qui servent de repères à notre nation et lui produisent du sens et de la mémoire. Il s’agit, pourtant, du 70ème anniversaire des massacres de masse du 8 mai 1945, événement considérable par l’ampleur inouïe de la répression qui a suivi une manifestation pacifique de nationalistes algériens dans la ville de Sétif. Les deux autres anniversaires, pour ainsi dire zappés dans la discrétion, étaient, en 2012, le cinquantième anniversaire de notre indépendance, et en 2014, le 60ème anniversaire de l’insurrection du 1er novembre 1954. Pourtant, les peuples et les responsables profitent des décades pour ajouter du symbole, du sens et de la force aux anniversaires, pour en rappeler la pertinence toujours actuelle de s’en saisir pour rassembler la nation dans des manifestations de masses, des cérémonies et des rappels mémoriels. Par Alain Juppé, ministre français des A.E nous avons au moins l’explication pour la révoltante discrétion des « solennités » de la commémoration du cinquantenaire de notre indépendance. Il a révélé son entente avec Abdelaziz Bouteflika pour que la célébration des cinquante ans de l’indépendance se fasse «dans un esprit de modération en essayant d’éviter les extrémismes de tous bords ». Guy Perville, victime collatérale, côté français, fait une analyse savoureuse de cette entente (1). Son texte jugé « extrémiste », côté français toujours, a été rétabli sur les sites officiels qui l’avaient commandé.

Juppé a donc exposé à l’opinion publique comme une victoire française, cette entente en principe confidentielle, sur le renoncement du pouvoir à dire et à interpréter notre histoire pour ne pas gêner « l’avenir des relations algéro-françaises ». Drôle d’amitié qui a besoin de l’oubli et du déni pour se construire et drôle de partenaire qui tient à défendre l’action coloniale qui ne serait pas en soi un crime, et même un crime contre l’humanité, et tout à fait dissociée de massacres par lesquels elle s’est réalisée et qui sont « devenus » des « moments tragiques » et autres balivernes de ce genre.

Le pouvoir algérien est resté fidèle à cette entente avec Juppé et Sarkozy. Le 60ème anniversaire de l’insurrection du 1er novembre s’est passé dans la discrétion. Rien n’a rappelé qui furent les hommes de l’insurrection, ni leurs noms à peine connus, ni le napalm sur les villages, ni la torture systématique, ni les viols, ni les zones interdites, ni les camps de regroupements, ni les « crevettes de Massu » (2). Cette discrétion s’est prolongée pour le 70ème anniversaire du 8 mai 1945.

La caste des oligarques peut-elle rappeler les luttes et sacrifices populaires à l’origine de notre indépendance et réaliser ses rêves de monopoliser le pouvoir, d’élargir son influence à la tête de l’Etat, de siphonner les devises pétrolières, de multiplier ses placements à l’étranger, de faire main basse sur les ressources minières et pétrolières ? Son intérêt fondamental est de construire des ententes avec les puissances étrangères dans son bras de fer avec les aspirations de justice du peuple algérien, pas de célébrer l’unité populaire pour l’indépendance et la souveraineté.

Le 8 mai 2015, F. Hollande a appelé les historiens, les intellectuels et les jeunes français au devoir de mémoire et de transmission du sens de la lutte contre et de la victoire sur le nazisme. Pour une même date, l’Etat français, qui refuse toujours de se dissocier de l’entreprise coloniale, affirme son droit à la mémoire quand il nous appelle, nous, à la sélection du souvenir. Le pouvoir algérien vient de sceller son déni de notre mémoire élargissant l’autoroute qu’il a ouverte à la reconquête coloniale.

1- http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3?id_article=269

2- Les pieds-noirs appelaient « Crevettes de Massu », les corps des patriotes algériens jetés en mer par les hélicoptères ou par-dessus les barques des militaires.

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Preghiera laica

Publié le par Mahi Ahmed

Preghiera laica

Notre mer qui n’es pas aux cieux

et qui de ton sel embrasses

les limites de ton île et du monde,

que ton sel soit béni

que ton fond soit béni

accueille les embarcations bondées

sans route sur tes vagues,

les pêcheurs sortis de la nuit,

et leurs filets parmi les créatures,

qui retournent au matin avec leur pêche

de naufragés sauvés.

Notre mer qui n’es pas aux cieux,

à l’aube tu es couleur de blé

au crépuscule du raisin des vendanges

nous t’avons semée de noyés plus que

n’importe quel âge des tempêtes.

Notre mer qui n’es pas aux cieux,

tu es plus juste que la terre ferme

même à soulever des murs de vagues

que tu abats en tapis.

Garde les vies, les visites tombées

comme des feuilles sur une allée,

sois leur un automne,

une caresse, des bras, un baiser sur le front,

de père et mère avant de partir.

Traduit de l’italien par Olivier Favier.

Source : http://dormirajamais.org

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