Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

GEORGES CORM À LIBRE-ALGÉRIE : « LE MONDE ARABE EST DANS UNE DYNAMIQUE D’AUTODESTRUCTION »

Publié le par Mahi Ahmed

Georges Corme

Georges Corme

GEORGES CORM À LIBRE-ALGÉRIE : « LE MONDE ARABE EST DANS UNE DYNAMIQUE D’AUTODESTRUCTION »

FÉVRIER 21, 2017

 

Georges Corm à Libre-Algérie : « Le monde arabe est dans une dynamique d’autodestruction »

Economiste et sociologue libanais, Georges Corm est consultant économique et financier international et professeur depuis 2001 à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Auteur proflifique1, ses oeuvres ont été traduites en plusieurs langues.

Membre du comité de parrainage
du Tribunal Russell sur la Palestine, Georges Corm nous livre ici son regard lucide sur la situation actuelle du monde arabe, de la Tunisie au Yémen en passant par la Syrie et le

 

Libre-Algérie : A la suite de la révolte de 2010-2011 contre le président Zine el-Abidine Ben Ali, un processus de contestation des gouvernants s’est enclenché dans plusieurs pays du monde arabe. Certains ont chanté un « printemps des peuples », une révolution démocratique. D’autres n’y ont vu qu’un processus de déstabilisation des Etats de la région par les puissances occidentales et leurs relais locaux islamistes. Qu’elle est votre point de vue ?

Georges Corm : Il est vrai que certaines ONG de promotion de la démocratie, financées par les Etats-Unis ont été présentes dans les grandioses manifestations populaires en Egypte et en Tunisie, notamment, ce que décrit fort bien un bon observateur connaissant bien le Moyen-Orient, l’ancien Ambassadeur de France Michel Raimbaud, dans son ouvrage « Tempête sur le Moyen-Orient ». Il est vrai aussi que la télévision qatarie Al Jazeera a fait une couverture amplificatrice de ces manifestations ce qui a probablement contribué à les généraliser dans le monde arabe. Mais pour autant, je ne suis pas sûr que l’on puisse mobiliser et faire bouger ainsi de la Mauritanie à Oman des foules aussi denses des semaines durant, grâce à un plan préétabli visant à provoquer un chaos favorable aux intérêts occidentaux et permettant des interventions militaires musclées de certains pays, directement comme en Libye pour la France et l’Angleterre ; ou indirectement comme en Syrie et en Irak par l’intermédiaire de soutiens à des factions terroristes regroupant des radicaux illuminés de diverses nationalités arabes ou musulmanes. Sans parler des interventions militaires musclées saoudiennes à Bahrein et au Yémen.

De nombreux éléments indiquent que le conflit en Syrie a connu un tournant majeur au cours de l’année 2016. Peut-on considérer pour autant que la fin du conflit est proche et que le pays a échappé aux dangers d’éclatement qui le guettent ?

Oui, la reprise de la partie Est d’Alep et la réunification de cette grande ville par l’armée gouvernementale syrienne, grâce à l’appui russe, iranien et celui du Hezbollah libanais, a constitué un tournant dans cette guerre aux dimensions beaucoup plus internationales et régionales que locales. De même, la politique d’apaisement du conflit par le gouvernement syrien porte de plus en plus ses fruits. Elle consiste à proposer, dans beaucoup de villages, aux combattants islamistes anti-régimes, une amnistie et à leur permettre de les quitter avec leurs armes légères et leur famille pour se rendre dans des autobus gouvernementaux dans la ville d’Idlib au nord du pays.

Par ailleurs, actuellement, ces factions islamistes s’entre-déchirent dans cette ville du fait de la distinction opérée par la diplomatie américaine, mise sous pression de la Russie, entre factions dites « radicales » qu’il convient de continuer de combattre et celles dites « modérées » avec lesquelles on peut discuter de cessez- le- feu et de paix. La situation sur le terrain s’est donc inversée au profit de l’Etat syrien et de ses alliés, comme l’a bien montré le succès de la conférence d’Astana au Kazakhstan, visant à consolider le cessez-le-feu décrété entre l’armée syrienne et les factions armées terroristes définies comme modérées par le gouvernement des Etats-Unis.

Soutien très fort à Israël, menaces contre l’Iran, appui réitéré à l’Arabie saoudite, demande d’instauration de « zones de sécurité » en Syrie… Ces éléments de la politique du président Donald Trump n’indiquent-ils pas que, par-delà la couleur démocrate ou républicaine de l’administration du moment, la continuité l’emporte sur la rupture dans la politique américaine au Proche-Orient ? Quels sont, selon vous, les objectifs fondamentaux de cette politique ?

Cela est certain, mais avec des nuances toutefois, notamment concernant l’Iran envers laquelle beaucoup de parlementaires américains républicains ont continué de critiquer l’accord sur le nucléaire iranien que l’administration démocrate du président Obama avait réalisé, mais qui avait suscité une grande fureur de l’Arabie saoudite et d’Israël, deux piliers de l’influence américaine au Moyen-Orient. Le nouveau président Trump a étalé sans aucune retenue son appui inconditionnel à la politique israélienne de colonisation des territoires palestiniens occupés et s’est abstenu de toute critique de la politique saoudienne. Il a mis cependant l’Iran dans son collimateur. C’est pourquoi la liste de pays dont les ressortissants ont été interdits d’entrée dans le territoire américain visait essentiellement l’Iran, les autres pays mentionnés étant plus un décor justificatif de la décision américaine qui n’a visé aucun des pays exportateurs de terroristes ou leur soutien.

Aux Etats-Unis et en Europe, la Russie est politiquement et médiatiquement diabolisée, souvent d’une façon caricaturale qui frise l’hystérie. Quel regard portez-vous sur la politique proche-orientale de Moscou ?

Je pense qu’il y a une grande continuité de la politique russe à l’Est de la Méditerranée depuis le temps des Tzars, à savoir assurer à ce grand pays un accès à la mer Noire et la Méditerranée, alors que l’Europe puis les Etats-Unis se sont toujours empressés de le lui barrer. Ce qui explique aussi bien son intervention en Crimée pour conserver le port de Sébastopol que son intervention musclée en Syrie au profit du rétablissement de la souveraineté syrienne et du maintien de sa base navale à Tartous et désormais d’une base aérienne. Il s’agit pour la Russie de briser l’encerclement traditionnel qu’Européens, puis aujourd’hui américains aussi, veulent lui imposer sur son flanc sud. Il s’agit de plus pour elle d’empêcher le développement du radicalisme islamique pratiquant le terrorisme, lequel s’est considérablement développé dans les républiques autonomes caucasiennes, soutenu par des puissances dites « islamiques » telles que l’Arabie saoudite et la Turquie.

Le récent sommet d’Astana a mis en évidence le recul politique des Etats-Unis et consacré le rôle central de la Russie et des puissances régionales iranienne et turque en tant que parrains d’un processus de cessez-le-feu et de paix en Syrie. L’absence de l’Egypte, de l’Arabie saoudite, du Qatar… a en même temps révélé, en creux, la faiblesse tragique des pays du monde arabe qui sont davantage objets que sujets de leur propre histoire. Où en est le monde arabe et où va-t-il ?

La première édition de l’un de mes principaux ouvrages, paru en 1983, portait déjà le titre de « Proche-Orient éclaté »2. Je l’avais achevé sous les bombardements israéliens sauvages de partie Ouest de Beyrouth (que j’habite toujours). Devant l’absence de réactions arabes – ou même de manifestations populaires dans le monde arabe – à l’occupation par l’armée israélienne de la capitale libanaise, j’avais alors estimé que le monde arabe était en voie de désintégration sous les coups de boutoirs de l’armée israélienne, de la passivité des pays occidentaux et autres grands pays arabes. Cette impression était renforcée par le fait que les régimes arabes, alliés des Etats-Unis, semblait plus préoccupés de la libération du territoire afghan si loin d’eux, que de celle de la Palestine, du Liban et des autres territoires occupés par Israël en Syrie. L’envoi de ces combattants entraînés militairement et idéologiquement n’avait pour bénéficiaire que l’armée américaine qui, traumatisée alors par sa défaite au Vietnam en 1975, ne voulait pas envoyer son armée dans ce pays. Cette équipée « islamique » était le résultat catastrophique de l’instrumentalisation par les Etats-Unis et ses alliés au Moyen-Orient de la religion musulmane dans le cadre de la guerre froide. L’objectif était de déstabiliser le nationalisme et l’anti-impérialisme des Etas arabes cherchant à maintenir leur indépendance et leur non-alignement, tel que l’Algérie ou l’Irak ou la Syrie. On a vu par la suite ce qui est arrivé à chacun d’eux, à commencer par l’Algérie et la montée de l’islam politique après 1988, puis la constitution de groupes armés cherchant à déstabiliser ce pays à l’influence importante dans le monde arabe, notamment depuis la disparition d’Abdel Nasser.

Le reste a été le fait de l’extraordinaire montée en puissance de l’Arabie saoudite, pilier avec Israël de la présence américaine au Moyen-Orient, mais aussi de la guerre stupide et catastrophique de l’Irak contre l’Iran au profit des monarchies de la Péninsule arabique et de l’OTAN. Aujourd’hui, le spectacle bouleversant des désintégrations de plusieurs sociétés arabes sous des coups de boutoirs militaires externes et internes n’en finit plus de se dérouler. Le sort du malheureux Yémen livré à des bombardements sauvages quotidiens de l’aviation saoudienne et accessoirement des Emirats arabes Unis, dans un silence assourdissant de « la communauté internationale », comme des autres Etats arabes, est un scandale indescriptible. Le monde arabe n’est plus seulement en « dynamique d’échec » décrite et dénoncée dans « Le Proche-Orient éclaté », mais dans une dynamique d’autodestruction.

Avec l’élection du président Michel Aoun et la constitution du gouvernement de Saad Hariri, le Liban semble sorti de sa crise institutionnelle. Quels sont les principaux défis intérieurs et extérieurs auxquels votre pays reste confronté ? Et comment pourrait-il les relever ?

Non, malheureusement le Liban n’est pas sorti de la profonde ornière dans laquelle il se trouve depuis plusieurs décennies du fait que la classe dirigeante issue de la guerre 1975-1990 et des accords dits « d’entente nationale » conclus à Taëf en Arabie saoudite, sous haute influence saoudo-américaine, ont consacré un système de dépouilles scandaleux entre leaders communautaires qui ont réussi à instaurer en fait leur dictature implacable sur le pays. Là où les autres pays arabes étaient caractérisés par l’existence d’un seul dictateur, le Liban est doté d’une dizaine de redoutables dictateurs qui gèrent l’Etat et la société comme leur propriété privée et confondent argent public et argent privé en toute bonne conscience.

Certes, l’arrivée à la présidence de la République du général Michel Aoun fait espérer un redressement du pays dont les services publics sont tombés sous la coupe des intérêts privés hors de tout cadre légal, ce qui fait que les Libanais sont privés d’eau et d’électricité plusieurs heures par jour de façon quotidienne et doivent en acheter à des « opérateurs privés » qui ont surgi comme des champignons. De même, le ramassage et le traitement des ordures depuis l’année 2015 sont totalement défaillants, ce qui fait augmenter considérablement la pollution et les maladies dans le pays. Par ailleurs, le parlement libanais s’est déjà autoprorogé deux fois depuis 2013, date de la fin de la législature, du fait que les députés ne sont pas parvenus jusqu’aujourd’hui à s’entendre sur une loi électorale. Car chacun des grands groupes politiques communautaires veut élargir sa part du « gâteau » parlementaire et non risquer de la diminuer en cas de nouvelle loi électorale qui adopterait le système de la représentation proportionnelle, ce que réclame la société civile, au lieu de celui du scrutin abrupt et peu démocratique actuel, basé sur le scrutin majoritaire à un seul tour.

En 2015, des grandes manifestations de la société civile, déclenchées par l’impotence du gouvernement à trouver une solution à la crise des déchets, ont été réprimées avec force. Il faut espérer cependant que le nouveau président parviendra à trouver des solutions à tous ces problèmes, bien que ses pouvoirs constitutionnels soient très réduits depuis les amendements constitutionnels introduits en 1990 en vertu de l’accord de Taëf. Mais pour terminer sur une note optimiste, je désire saluer la capacité du peuple libanais à accueillir un million et demi de réfugiés syriens (soit une augmentation d’un quart de sa population) sans que le pays ne soit déstabilisé ou ne connaisse une augmentation sensible de la criminalité ou des vols. De même, le pays a résisté aux vents des déstabilisations basées sur une prétendue rivalités entre sunnites et chiites dans la région. L’Europe devrait venir apprendre chez nous comment accueillir des réfugiés sans les maltraiter et comment maintenir la paix communautaire dans les circonstances les plus difficiles. Je dois saluer aussi les efforts des services de sécurité libanais et de l’armée dans la prévention d’actes terroristes qui, jusqu’en 2015, ont été nombreux du fait des infiltrations en provenance des groupes terroristes en Syrie qui ont commis de nombreux attentats meurtriers dans le pays.

Entretien réalisé par Ramdane Mohand Achour

 

1. Parmi les nombreux ouvrages écrits en français par Georges Corm, citons quelques uns des plus récents : Orient-Occident, la fracture imaginaire (La Découverte 2002 et 2004) ; La question religieuse au XXIè siècle, géolpolitique et crise de la post-modernité (La Découverte, Paris 2006) ; Histoire du Moyen-Orient : de l’Antiquité à nos jours (La Découverte, Paris, 2007); Le nouveau gouvernement du

monde, idéologie, structures, contre-pouvoirs (La Découverte, Paris 2010) ; Pour une lecture profane des conflits : sur le ‘’retour du religieux” dans les conflits contemporains du Moyen-Orient (La Découverte, Paris 2012); Pensée et politique dans le monde arabe. Contextes historiques et problématiques, XIXe-XXIe siècle (La découverte, Paris 2015)…

Parmi les ouvrages écrits en arabe et publiés aux éditions Dar el Taliat, citons : L’économie arabe au défi (Beyrouth 1977) ; La dépendance économique : les dettes du tiers-monde au miroir de l’histoire
(Beyrouth 1980) ; Le développement introuvable (Beyrouth 1981).

2. Cet ouvrage fut édité en Algérie aux Editions Bouchène en 1990. De même que L’Europe et l’Orient. De la balkanisation à la libanisation. Histoire d’une modernité inaccomplie.

Economiste

et sociologue libanais, Georges Corm est consultant économique et financier

international et professeur depuis 2001 à l’Université Saint-Joseph de

Beyrouth. Auteur proflifique1, ses oeuvres ont été traduites en

plusieurs langues.

 

 

Lien : http://librealgerie.info/2017/02/21/georges-corm-a-libre-algerie-le-monde-arabe-est-dans-une-dynamique-dautodestruction/

 

Partager cet article

Repost 0

TRUMP, UN RÉACTIONNAIRE CHAOTIQUE

Publié le par Mahi Ahmed

TRUMP, UN RÉACTIONNAIRE CHAOTIQUE

 

PIERRE GUERLAIN

Professeur de civilisation américaine à l’université de Paris Ouest, Nanterre

 

Comment un peu plus d’un mois après son entrée en fonction évaluer Trump, les décisions de son administration et l’adéquation entre discours et réalités ? Il est indéniable que l’arrivée au pouvoir de celui que Chomsky avait fort justement qualifié de clown durant la campagne présente quelques difficultés d’évaluation et une nouvelle répartition du champ des oppositions.

Tout phénomène nouveau a des racines dans le passé et celui qui concerne Trump ne fait pas exception. Dans un livre publié en 2004, Ron Suskind cite un conseiller de George W Bush, Karl Rove, qui déclarait en s’adressant aux journalistes et universitaires: « Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité, de façon judicieuse, si vous voulez, nous agirons à nouveau et créerons d’autres réalités que vous pourrez étudier, et voilà comment ça va se passer ». Rove se moquait des intellectuels et il a donné la formule qui permet de comprendre les mensonges sériels de Trump.

Le président américain ment de façon éhontée sur tous les sujets des plus graves aux plus insignifiants, les médias qui ont soudain retrouvé leur fonction de base, vérifient et dénoncent les mensonges mais déjà Trump est dans une autre réalité, c’est à dire un autre mensonge, une autre accusation sans fondement et les intellectuels décodent, dénoncent sans jamais changer le comportement du clown président.

L’histoire des démagogues menteurs n’a pas commencé avec Trump et si les livres d’Orwell, 1984, écrit en 1948 ou d’Hannah Arendt sur les Origines du totalitarisme, publié en 1951 sont au sommet des ventes aux États-Unis, c’est aussi pour appréhender la déclinaison Trump d’un phénomène qui ne date pas d’aujourd’hui.

Le monde intellectuel est donc condamné à courir derrière les déclarations de Trump et à dénoncer inlassablement les mensonges qui inlassablement fleurissent dans tous les discours. Cependant, au-delà des mensonges et des postures qui sont typiques d’un pervers narcissique, les toutes premières semaines de l’administration Trump ont livré des informations fiables sur ce qui est en train de se passer aux États-Unis. N’écoutons plus les discours du bonimenteur mais regardons ce qui a changé dans l’ordre du réel. En anglais on dit que les actes parlent plus fort que les mots.

 

Des nominations contre les promesses de campagne

 

Tout d’abord examinons ses nominations aux postes de ministres. Celui qui voulait « nettoyer le marigot » de Washington, c’est à dire les écuries d’Augias et accusait sa rivale Clinton d’être dans la poche de Goldman Sachs, s’est lui-même entouré de cinq anciens de cette banque.

Steven Mnuchin, le secrétaire au trésor s’est fait une réputation dans l’expulsion des familles américaines touchées par la crise des subprimes qui ne pouvaient plus rembourser leurs prêts, Steve Bannon, l’ancien responsable de la revue d’extrême droite Breitbart est lui aussi un ancien de la même banque ainsi que trois autres proches de Trump. Bannon a été nommé conseiller spécial du président mais il a obtenu le droit tout à fait insolite de siéger lors des réunions du conseil de sécurité. Celui qui devait devenir Ministre du travail, Andrew Puzder, a dû retirer sa candidature car il avait embauché du personnel de façon illégale. Il est par ailleurs un ennemi des syndicats, d’un salaire minimum à plus de 9$ de l’heure. Betsy DeVos qui est ministre de l’éducation a constamment pris position contre l’école publique où elle n’a jamais mis les pieds et dont elle ne connaît pas les enjeux. Elle est l’épouse d’un milliardaire. Jamais un gouvernement américain n’avait compté autant de milliardaires ni collectivement affiché un tel niveau de fortune.

Cette première approche permet déjà de déconstruire l’idée selon laquelle Trump mettrait en œuvre son programme. Comme l’annonce le site de gauche Tomdispatch pour introduire un article de Nomi Prins, Trump a été « goldmanisé ». Nomi Prins note qu’il s’agit là d’une caractéristique des présidences américaines et donc sur ce plan la continuité est assurée, Goldman Sachs qui avait joué un rôle important dans l’administration Obama verra son influence accrue dans celle de Trump. Dans son numéro de cirque pour tromper les électeurs, la banque était une cible honnie et sifflée puis elle est devenue centrale. Donc pas de programme de mise au pas de la finance. Trump avait lui aussi en quelque sorte affirmé que son ennemi était la finance avant de donner les manettes du pouvoir économique à cette même finance qui ne lui tient pas rigueur des déclarations lors du cirque électoral. Le monde des affaires se réjouit des déréglementations annoncées, notamment celles qui portent sur la protection de l’environnement ainsi que des baisses d’impôts également très importantes promises par Trump qui s’inscrit dans la lignée des plus réactionnaires des républicains américains. Dérèglementation et baisse des impôts pour les plus riches garantissent que rien ne s’améliorera pour les déclassés ou la classe moyenne blanche qui ont voté pour Trump.

 

Xénophobie confirmée

 

Le même Bannon est, avec Stephen Miller, à l’origine de l’interdiction de se rendre aux États-Unis pour les ressortissants de sept pays musulmans, le fameux « Muslim ban » qui ne concernait pas les Saoudiens pourtant plus souvent proches des foyers terroristes que les Iraniens qui n’ont pas attaqué de cible américaine. Cette interdiction d’entrer aux États-Unis, fort mal rédigée sur le plan juridique, a été immédiatement cassée par la justice américaine et Trump promet la publication d’un nouveau décret.

De façon superficielle, on pourrait croire que les déclarations généralisatrices sur tous les musulmans ou l’Islam faites durant la campagne trouvent leur traduction politique. Cependant, là encore si la xénophobie et le racisme de Trump sont patents il faut noter que l’interdiction ne concernait pas les pays musulmans avec lesquels Trump fait des affaires. Donc pas de ligne politique cohérente même dans le cadre de la xénophobie. Les affaires semblent primer sur tout. Trump continue son agitation xénophobe de la campagne qu’il dirige contre les musulmans mais aussi les Mexicains mais ne prend pas de mesures qui cadrent avec ces déclarations. Il donne des gages aux racistes et au monde des affaires, tout au moins une partie de celui-ci en prenant bien soin de ne pas nuire à ses propres entreprises. Le protectionnisme a ici un sens particulier : protéger les affaires personnelles du président.

La campagne de Trump n’avait cessé d’évoquer la nécessité de construire un mur entre le Mexique et les États-Unis en affirmant que ce mur serait financé par le Mexique. La crise avec ce pays est survenue quelques jours à peine après la prise du pouvoir par le xénophobe virulent. Le président mexicain a annulé un voyage à Washington et le peuple mexicain est uni dans les manifestations contre Trump. Le mur n’a pas avancé mais il n’a pas reculé pour autant. En effet, ce mur ou cette séparation physique existe déjà en grande partie et le renvoi des immigrés dits clandestins a été une grande spécialité de l’administration Obama qui a expulsé plus d’étrangers que n’importe quelle autre.

Trump joue avec la xénophobie qu’il attise en faisant croire que la domination capitaliste n’est qu’un problème avec certains groupes d’étrangers, chinois ou mexicains, mais ne se démarque pas des politiques antérieures. Il utilise un mégaphone pour attaquer des non-Américains à la manière des séquences de haine dans le roman d’Orwell 1984 mais ses décisions politiques réelles, pour le moment, ne diffèrent pas sensiblement de celles d’Obama.

Il est caractéristique que les entreprises qui ont recours à la main d’œuvre clandestine aient pris des positions très critiques de Trump. Ces critiques s’énoncent dans le cadre du respect de l’autre et de la lutte contre l’intolérance mais masquent le phénomène bien connu de l’exploitation des travailleurs qui font partie de l’armée de réserve du capitalisme. Trump fait du théâtre avec la xénophobie et promet de faire revenir les emplois au pays mais ne peut s’opposer véritablement aux délocalisations qui continuent et ne dénonce pas les mécanismes de la mondialisation capitaliste.

Trump a pris position contre le TPP, le traité Trans-Pacifique, et voudrait dit-il, réformer l’ALENA. Sur ce point, comme sur la politique étrangère vis à vis de la Chine, de la Russie mais aussi de l’Europe qu’il ne porte pas dans son cœur, il faudra attendre encore un peu pour y voir plus clair. En quelques semaines, le chaos s’est installé à Washington et dans les relations internationales mais dès que le brouillard des mensonges et du chaos se lève on découvre des politiques très réactionnaires, antisociales qui constituent une catastrophe sur le plan écologique et de la justice sociale.

 

 

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

6, av. Mathurin Moreau; 75167 Paris Cedex 19

Site : http://www.recherches-internationales.fr/

Mail : recherinter@paul-langevin.fr

Abonnements 4 numéros par an : 55 Euros, Étranger 75 Euros

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

Sécurité Alimentaire de l’Algérie : "Nous sommes encore vulnérables" estime le Pr Omar Bessaoud (Vidéo)

Publié le par Mahi Ahmed

Publié dans Economie et société

Partager cet article

Repost 0

L’INTERNATIONAL DANS LA PRÉSIDENTIELLE( en France)

Publié le par Mahi Ahmed

L’INTERNATIONAL DANS LA PRÉSIDENTIELLE

 

MICHEL ROGALSKI*

Directeur de la revue Recherches internationales

 

 

La campagne présidentielle de 2012 avait été marquée par son quasi-silence sur les enjeux internationaux révélant la réalité d’un consensus entre les principaux candidats qui jugeaient inutile d’en discuter ou de s’opposer faussement. La suite a bien montré que la politique étrangère de la France ne soit pas débattue devait inquiéter. Le « mollétisme » de François Hollande s’inscrivait parfaitement dans le sillon tracé par Nicolas Sarkozy.

Le cap a été maintenu, marqué par la multiplication des interventions et expéditions guerrières, au point que c’est ce que l’on retiendra le plus du dernier quinquennat. Autant la diplomatie sarkozyste avait été stupéfiante d’inflexions, de retournements, de gages inutilement donnés et d’impréparations velléitaires riches de conséquences, au point que l’on a pu s’interroger s’il existait une vision d’ensemble cohérente du rôle de la France dans le monde. Autant celle de François Hollande a été d’une grande clarté : atlantisme effréné donnant dans la surenchère au point d’être plus jusqu’au-boutiste que celle des États-Unis sur l’Iran, la Syrie, la Russie, abaissée et docile dans sa relation à l’Union européenne, inexistante et illisible dans sa relation au monde en développement.

La campagne de 2017 s’annonce différemment. Marquée par un monde qui a beaucoup évolué, elle en porte les stigmates et révèle des postures nouvelles, parfois à front renversé par rapport aux positions habituelles. Elle traduit surtout un renouveau d’intérêt marqué pour ces questions qui apparaissent loin d’être un facteur extérieur secondaire ne faisant qu’apporter des corrections négligeables aux problèmes locaux, mais s’imposent comme une réalité omniprésente façonnant la vie des états et des individus. Bref, l’international et la politique étrangère font irruption dans la campagne traduisant l’inquiétude tout à la fois sur la place de la France et sa capacité à peser sur l’évolution du monde et à s’en protéger. Car on sait que la France ne manque pas d’atouts et a su toujours s’appuyer sur son statut de membre permanent du Conseil de sécurité, sa puissance militaire nucléaire, la francophonie, son poids dans le PIB mondial, sa maîtrise de la haute technologie, son réseau d’ambassades et de diplomates qualifiés, bref tout ce qui concourt au rayonnement d’un pays. Notre pays a toujours su en jouer en donnant à sa politique étrangère, grâce à son non-alignement, plus de poids qu’elle n’en avait réellement. L’irruption de cette thématique dans un monde troublé et chamboulé ne doit donc pas étonner. Les dossiers qui cristallisent les oppositions commencent à émerger entre les candidats, voire, fait plus surprenant, au sein même des primaires, à gauche comme à droite.

Le débat s’amorce et va probablement s’amplifier autour de différents sujets. On peut sans peine les identifier. Certains ont déjà marqué la présidentielle américaine ou le referendum britannique sur le Brexit. Ainsi en est-il du bilan de la mondialisation et de ses effets. L’opposition entre libre-échange et protectionnisme devient un enjeu largement débattu et nourrit le retour de l’appel à la démondialisation. De même, la montée des flux migratoires, dont les causes multiples ne sauraient se réduire à la seule mondialisation, donne naissance à de vives polémiques entre postures extrémistes et irresponsables de ceux qui rêvent d’un tout sécuritaire et d’expulsions massives et de ceux qui déclarent que désormais la liberté de s’installer devrait être acquise et que chacun pourrait à sa guise résider où bon lui semble et en viennent à penser que le nomadisme planétaire pourrait ainsi tenir lieu de politique de développement. La nature de l’Union européenne et surtout son rapport à celle-ci, si décisif pour crédibiliser l’application d’un programme, sont déjà au cœur des débats. L’atlantisme, surtout dans l’incertitude des orientations de la présidence de Trump, ne fait plus recette et aucun candidat ne s’en réclame, alors que c’était une figure quasi-imposée il y a encore peu. C’est le rapport à la Russie qui mobilise les échanges et révèle des postures nouvelles, souvent à front renversé. Enfin l’analyse de l’islamisme radical divise tout autant que la façon d’en contrarier les aspects terroristes.

Le quinquennat écoulé a vu grandir la défiance populaire à l’égard des institutions européennes. Maintes élections en ont porté témoignage. Le traitement réservé à la Grèce a choqué et dessillé beaucoup d’yeux. Le courage d’Alexis Tsipras, le premier chef d’État européen à avoir engagé un bras de fer avec les institutions de la Troïka a forcé l’admiration même si la solidarité lui a été trop ténue et le rapport de force au final insuffisant. Mais des leçons ont été retenues. D’abord devant le rouleau compresseur de Bruxelles, il faut gagner des alliés et ne pas rester isolé. Ensuite, l’Union européenne telle qu’elle s’est constituée, avec l’empilement de traités successifs, est devenue un instrument de verrouillage de tout changement social et progressiste. Sa fonction centrale au service des oligarchie l’a transformée en Sainte Alliance obligeant ses États membres à rester enfermés dans une politique du « cercle de la raison ». Elle entend ainsi jouer le rôle de réducteur d’incertitude en limitant l’oscillation du balancier politique. Enfin, la crise grecque a montré que la recherche d’une autre Europe, souhaitable mais certainement très longue à obtenir, ne nous exonérait surtout pas de la question du « qu’est-ce qu’ont fait en attendant ? ». Et surtout qu’il en allait de la crédibilité de tout programme non-eurocompatible de pouvoir répondre à cette question du rapport à l’Europe qui a ainsi pris le pas sur la nature de l’Europe désirable à laquelle la plupart des partis appellent à réfléchir après le Brexit britannique. Ainsi des propositions inimaginables il y a cinq ans s’invitent dans le débat. L’un propose d’aller « casser de la vaisselle à Bruxelles », d’autres invitent à renégocier les traités européens et en cas de refus suggèrent de recourir au peuple pour décider d’une éventuelle sortie de l’Union en expliquant que la France n’est pas la Grèce. Les interrogations sur les bienfaits ou la nécessité de l’euro se sont ravivées. L’adoption du Brexit a tétanisé les Commissaires européens et renforce la détermination des tenants d’un « bras de fer » ou d’une politique de « désobéissance ». On est désormais bien loin des timidités de 2012.

L’analyse de la politique russe et de l’attitude qu’il convient de manifester à son égard s’est également invitée dans la campagne présidentielle. Comment la Russie voit-elle le monde ? Doit-elle être traitée comme adversaire, partenaire ou alliée ? La parenthèse post-guerre froide se referme-t-elle s’ouvrant sur une période multipolaire ? Ces interrogations sont en débat et ne laissent plus que les Verts et les socialistes comme tenants d’une politique d’affrontement du type de la guerre froide. Il leur faudra admettre que depuis 1999 la Russie de Poutine n’est plus celle de Boris Eltsine. La Russie était alors pour la communauté internationale un pays à démocratiser, à préparer au passage à l’économie de marché, à intégrer internationalement et à affaiblir militairement. Traduisons : à livrer aux oligarques mafieux et à piller ce qui pouvait l’être, à commencer par ses cerveaux qualifiés, et à mettre à genoux. Misère et humiliation entraînèrent un retour de manivelle avec l’ambition de reconstruire un pays dévasté et de lui redonner sa place sur la scène internationale. L’incertitude et le désengagement américain, ajoutés à la désunion et l’ingouvernance européennes ont conféré des marges de manœuvres à la Russie dont le rôle est apparu comme incontournable dans une région comme le Moyen-Orient. En six mois, son engagement contre le djihadisme en Syrie est apparu plus efficaces que trois années de coalition occidentale plus soucieuse de déboulonner le régime syrien que de combattre l’État islamique. Face à cet ennemi principal, beaucoup en viennent à penser qu’il convient de traiter autrement la Russie et notamment d’en faire un partenaire dans les questions européennes et un allié dans la reconstruction du Moyen-Orient dévasté. Sur le rapport à la Russie, l’Europe est divisée, certains pays lui demandant de l’en protéger, d’autres considérant qu’elle appartient au monde occidental et doit donc être traitée comme une alliée, notamment dans d’autres conflits jugés comme essentiels. Bref, ni adversaire ni ennemie, mais partenaire exigeante et indispensable. Sur des bases idéologiques différentes, trois candidats déjà déclarés à la présidentielle – Mélenchon, Fillon, Le Pen – représentant une large majorité d’électeurs, adhèrent à cette approche nouvelle qui sort d’une vieille posture de guerre froide. Panorama politique inimaginable en 2012.

Sur l’international la campagne présidentielle de 2017 ne va pas ronronner. Elle sera vive d’affrontements notamment autour du libre-échange, de l’intérêt de l’atlantisme, du rapport à la Russie et à l’Union européenne, de l’analyse de l’islamisme radical et de la façon de le combattre. Des postures nouvelles, des fissures inédites vont apparaître et laisseront leurs traces dans les recompositions politiques futures. Ces questions ne resteront pas mineures dans le débat qui s’ouvre.

 

 

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

6, av. Mathurin Moreau; 75167 Paris Cedex 19

Site : http://www.recherches-internationales.fr/

Mail : recherinter@paul-langevin.fr

Abonnements 4 numéros par an : 55 Euros, Étranger 75 Euros

 

 

 

Publié dans Information

Partager cet article

Repost 0

Ceux-là ont déçu les Tunisiens en 2016

Publié le par Mahi Ahmed

Ceux-là ont déçu les Tunisiens en 2016

 

Par Sofiene Ben Hamida, publié le 01/01/2017 16:51

 

A l’aube de cette nouvelle année 2017, les Tunisiens confortent l’impression d’être un peuple d’optimistes invétérés. Tant mieux, car leur réalité l’année écoulée n’a pas toujours été agréable à vivre. Mais si les choses se sont passées un peu mieux que prévu sur le plan économique et social, l’année 2016 aurait confirmé une fois de plus que les dossiers politiques, et particulièrement les acteurs politiques, sont les principaux motifs de déception des Tunisiens.

 

L’une des grandes déceptions des Tunisiens l’année dernière a été le président de la République. Les sondages d’opinion montrent d’ailleurs que sa côte de popularité a connu une chute vertigineuse durant les huit mois derniers. Pourtant, il a porté les espoirs d’une large frange de Tunisiens durant plus de trois ans. Mais au cours de l’année dernière, il a multiplié les écarts de langage et de comportement qui ont visé notamment les journalistes. Il a fait des déclarations malhabiles, à l’intérieur du pays comme à l’étranger, qu’il a fallu rectifier par la suite. Il a forcé la main à tout le monde en proposant un gouvernement d’union nationale sans contenu réel et en imposant son poulain Youcef Chahed à sa tête sans lui donner réellement les moyens d’en être le chef, et en prenant un malin plaisir à montrer qu’il est le seul à continuer, depuis Carthage, à tirer les ficelles.

Ce que les Tunisiens attendent du président de la République cette année, c’est d’être le président rassembleur dans le cadre de ses prérogatives strictes telles qu’elles sont définies dans la Constitution de 2014. Ils attendent que le président et ses conseillers réduisent leurs interventions dans la gestion gouvernementale parce que ce comportement leur rappelle des épisodes douloureux de leur histoire. Ils espèrent enfin, et ça sera la cerise sur le gâteau, que le président prenne conscience que son fils n’est pas et ne sera jamais un homme politique de premier plan et qu’il saura par conséquent le convaincre de prendre des distances avec le parti Nidaa afin de sauver ce qui peut encore être sauvé du projet moderniste initial.

 

Le parti Ennahdha a été de son côté très décevant. On espérait sincèrement que les résolutions de son dixième congrès concernant l’ancrage de ce parti dans le paysage politique et civil du pays et la rupture entre l’action politique et la prédication émanaient d’une réflexion profonde et d’une conviction assumée. Depuis, les déclarations répétitives de ses dirigeants, notamment son président Rached Ghannouchi, nous ramènent aux interrogations anciennes sur la nature et l’identité du mouvement islamiste. Rappelons que, selon un communiqué officiel d’Ennahdha, seuls les déclarations du président du parti Rached Ghannouchi, du secrétaire général Abdelkerim Harouni et les positions de l’institution de la choura engagent le mouvement islamiste.

Or malheureusement, c’est précisément Rached Ghannouchi qui, depuis quelques semaines, multiplie les déclarations consternantes concernant les terroristes daeshiens d’origine tunisienne. En premier lieu, il n’a voulu voir dans leur action sanguinaire que l’expression d’un islam en colère sans plus. Par la suite, il a tenté, sans succès, d’introduire l’idée du repentir en leur faveur.

En réalité, le chef du parti islamiste, ainsi que ses dirigeants, ont été surpris par la réaction vigoureuse de la société civile contre le retour des terroristes tunisiens au pays et se sont repliés derrière les positions de principe concernant le refus du terrorisme et la nécessité d’appliquer la loi en vigueur. Le degré de confiance des Tunisiens dans le discours des islamistes sera largement déterminé à la fin de l’année 2017 par la gestion du dossier des daeshiens d’origine tunisienne à leur retour au pays.

 

La troisième source de déception des Tunisiens au cours de l’année dernière aurait été la magistrature. La gestion catastrophique de certains dossiers notamment reliés aux assassinats politiques, l’extrême célérité dans la gestion de quelques cas très médiatisés et qui sentent l’intervention politique, la lenteur excessive dans la gestion d’autres dossiers non moins importants, l’instrumentalisation politique de la justice comme dans le cas des affaires des syndicalistes sécuritaires Walid Zarrouk et Issam Dardouri, ont fini par discréditer la justice et les magistrats. L’élection récente du conseil supérieur de la magistrature aurait pu inverser cette tendance et redonner espoir aux Tunisiens dans leur justice. Mais le corporatisme exacerbé de certains, les petits calculs personnels et les interférences politiques ont fait que le conseil supérieur de la magistrature qui était censé marquer le renouveau de la justice tunisienne est devenu un élément de clivage et de discorde supplémentaires au sein de notre magistrature.

 

Enfin, il n’est pas permis, en parlant de ceux qui ont déçu les Tunisiens en 2016, de ne pas accorder une mention spéciale aux locataires de l’ARP , censés porter la voix des Tunisiens, mais qui ont brillé par leur inefficacité, leurs chamailleries, leur absentéisme pour beaucoup, leur mauvaise foi pour certains et leur incompétence pour une large frange d’entre eux. Bien entendu, parmi les députés de l’ARP, il existe des individualités, des députés, femmes et hommes, au sein de tous les blocs parlementaires, qui ont émergé du lot et imposé le respect à tous par leurs compétences et leur sérieux. Mais ils sont peu nombreux pour redorer l’image de l’ARP, trop écornée aux yeux des Tunisiens.

Publié dans Tunisie actuelle

Partager cet article

Repost 0

L’illusoire réforme de l’économie algérienne

Publié le par Mahi Ahmed

L’illusoire réforme de l’économie algérienne

JEAN-PIERRE SÉRÉNI > 2 JANVIER 2017

 

De passage à Alger à la mi-novembre, le chef de la mission du Fonds monétaire international (FMI) pour l’Algérie Jean-François Dauphin a émis le vœu qu’à l’avenir « la croissance soit davantage tirée par le secteur privé et soit moins dépendante des hydrocarbures ». En clair, le secteur privé doit remplacer la dépense publique alimentée par la rente pétrolière comme moteur de l’économie algérienne. Mais ce n’est pas si simple.

 

Avec l’effondrement des prix du brut, passés de 112,66 dollars le baril en juin 2014 à 45,13 dollars en novembre 2016 (− 60 %), le secteur pétrolier a été fortement secoué et la manne amputée d’autant : les exportations d’hydrocarbures ont été divisées par près de trois, passant de 70,5 milliards de dollars en 2012, année record, à 26 milliards attendus en 2016. Le président Abdelaziz Bouteflika ne peut plus, comme à la belle époque de l’euphorie pétrolière (2004-2013), à la fois financer l’embauche de centaines de milliers de fonctionnaires et augmenter sans compter leurs salaires. Il n’est plus en mesure non plus comme en 2011 pour étouffer dans l’œuf un début de « printemps arabe », subventionner largement l’eau, le gaz, l’électricité, les carburants, la semoule, le sucre ou le logement, construire d’innombrables bâtiments administratifs, des milliers d’écoles, des centaines d’hôpitaux et de mosquées, acheter sans compter des cruisers 4 x 4 pour ses protégés… et lancer de grands travaux autoroutiers payés cash à des entreprises étrangères, comme l’autoroute Est-Ouest.

 

UNE CRISE DISSIMULÉE AUX ALGÉRIENS

 

Entre 2014 et 2016, le PIB aura reculé de 30 % environ, passant selon le FMI de 235 à 166 milliards de dollars. L’ampleur de l’effondrement est caché à l’opinion, le gouvernement affiche une croissance illusoire de 3,9 % au 1er semestre 2016 en phase avec les résultats de l’année précédente, grâce à un calcul du PIB en volume, et non en valeur, qui masque la forte baisse des prix du pétrole comme le recul de la devise nationale, le dinar (− 38,4 % contre le dollar). L’Algérie a produit autant qu’en 2014 mais a vendu sa production moitié moins cher.

 

Au cours de la dernière décennie, la part de l’investissement public dans l’économie a atteint des taux à la chinoise — 30 à 40 % du PIB —, pour des résultats, il faut l’avouer, plutôt modestes en termes de croissance. Le revenu par tête a augmenté en gros de 1 % par an jusqu’en 2014, avec des inégalités territoriales monstrueuses au détriment des hauts plateaux et du sud. Une récente enquête du ministère de l’intérieur sur les finances publiques des 1 541 communes du pays l’illustre : 958 d’entre elles (62 %) sont pauvres, c’est-à-dire qu’elles n’ont aucune activité économique susceptible d’être taxée, 480 (31 %), « moyennes », vivotent et 103 (7 %) « riches » sont seules en mesure de couvrir leurs dépenses. Les embouteillages d’Alger et de l’Algérois cachent mal la paupérisation d’une très large partie du pays et de ses habitants.

 

Les entreprises privées peuvent-elles prendre le relais de l’investissement public, remplacer les dizaines de milliards de dollars disparus avec la chute des prix du brut, sortir le pays d’une inévitable récession et « tirer la croissance » comme le propose Dauphin et avec lui, de nombreux réformateurs ? On peut sérieusement en douter.

 

L’ARGENT CACHÉ DU SECTEUR INFORMEL

 

Il y a d’abord ce qu’on baptise, faute de mieux, le secteur « informel », un immense patchwork d’activités et de situations plus ou moins en marge des lois qui représente au moins un bon tiers de l’économie légale et auquel le gouvernement d’Abdelmalek Sellal propose en vain depuis plus de deux ans de se « normaliser ». Et pour cause, sans la mobilisation de l’informel qui passe par son retour à la légalité, c’est-à-dire payer la douane, les impôts, les cotisations de sécurité sociale, la relance par le privé est sans avenir.

 

En réalité, les barons de l’informel s’intéressent d’abord à la différence entre le taux de change officiel du dinar (111 DA pour 1 euro) et celui du marché parallèle (180 DA environ). Ils obtiennent des banques des crédits d’importation en euros à 111 DA dont ils vendent une bonne part immédiatement pour 182 DA. Les 5,5 % d’intérêt promis par le Trésor ne rivalisent pas avec les 70 % que rapporte la spéculation sur le change.

 

L’ancien ministre des finances, Abderrahmane Benkhalfa, en a fait l’expérience. Il comptait sur l’argent caché pour son Emprunt national pour la croissance économique (ENCE) qui a rapporté 568 milliards de DA (à peine 5 milliards de dollars). Il n’en a rien été, l’argent n’est pas sorti des sacs poubelles où il se cache par milliards en attendant d’acheter des devises, de l’or ou des terrains. La méfiance a joué à plein, ce sont les banques, les entreprises, les compagnies d’assurances, appartenant toutes à l’État, et les caisses de sécurité sociale qui ont souscrit l’essentiel, sur instruction orale de leurs tutelles ministérielles. Du coup, les ressources des institutions financières publiques ont plongé et la banque centrale, la Banque d’Algérie, a dû leur venir en aide pour les sortir de ce mauvais pas et, indirectement, venir en aide au Trésor.

 

UN SECTEUR PRIVÉ... DE FORCE

 

À l’indifférence du secteur informel s’ajoute la grande faiblesse du secteur privé « légal » longtemps réprimé par le pouvoir politique et qui n’a pris son envol que depuis le milieu de la « Décennie noire » (1988-1998) pour reprendre la terminologie officielle. Selon l’Office national des statistiques (ONS) qui a publié un Recensement économique 20111, il existe en Algérie un peu moins d’un million d’entreprises dont plus de 90 % sont personnelles, familiales et ne comprennent qu’un établissement, en général un magasin, un atelier ou un véhicule. Commerçants et artisans pour l’essentiel, ils n’ont en général ni la ressource ni les compétences pour investir et remplacer l’État. Les personnes morales (sociétés par action, en commandite ou à responsabilité limitée) sont à peine 45 000. Une petite cinquantaine ont un chiffre d’affaires égal ou supérieur à 2 millions de dollars, la moitié est réalisée par le secteur public : l’énergie, la finance, les transports en commun lui appartiennent, tandis que le privé domine dans l’industrie agroalimentaire, le bâtiment et les services. L’environnement des entreprises reste défavorable à leur essor, comme le montre année après année le rapport de la Banque mondiale sur le climat des affaires2 où l’Algérie se classe 156e sur 190 pays examinés — avec des scores encore plus médiocres pour l’octroi des prêts bancaires, la protection des actionnaires minoritaires ou le transfert de propriété.

 

LES « CHOUCHOUS DE LA RÉPUBLIQUE »

 

Il y a un autre obstacle de taille : les multiples interventions du pouvoir exécutif dans la vie des affaires. Les « chouchous de la République » comme on les surnomme à Alger, bénéficient de toutes les attentions : terrains des Domaines cédés à bon marché, facilités bancaires, subventions, commandes publiques, dégrèvements fiscaux et protection contre la concurrence, le tout en échange d’un soutien politique permanent au président Bouteflika et à sa famille. Depuis dix ans, plusieurs groupes ont émergé dans ces conditions et ont gagné beaucoup d’argent. À l’opposé, ceux qui sont mal vus remarquent se dresser devant eux d’infranchissables barrières. La loi exige pour tout investissement « stratégique » le feu vert de la Commission nationale de l’investissement (CNI) présidée par le premier ministre et rattachée au ministre de l’industrie, Abdeslam Bouchouareb, et où plusieurs de ses collègues sont représentés. Il lui suffit de ne pas répondre pour geler durant de longs mois, voire des années, les projets des investisseurs mal vus qui, ainsi privés de toutes les facilités accordées aux « chouchous », sont réduits à l’impuissance.

 

S’y ajoute le poids non négligeable du patron des patrons, Ali Haddad, président du Forum des chefs d’entreprise (FCE). Fort du soutien du frère du président Saïd Bouteflika et du premier ministre, il canalise le soutien du petit monde patronal algérien en faveur du pouvoir en place et, en contrepartie, joue le rôle de « portier » pour l’octroi des facilités évoquées plus haut. Ce « capitalisme entre copains » ne facilite pas la relève de la rente par le secteur privé. Pas plus d’ailleurs que la multiplication des impayés de la part de l’État et de ses démembrements. Les fournisseurs privés de la Sonelgaz, le monopole public de l’électricité et du gaz, ne sont plus payés depuis de longs mois et réduisent leurs effectifs. Pour payer les salaires de leurs personnels, ils sont contraints de céder leurs créances sur Sonelgaz à vil prix à des institutions financières, notamment étrangères. Des milliards de dollars sont en jeu, car Sonelgaz est avec la Sonatrach l’un des deux principaux investisseurs du pays. Le déficit du Trésor d’une trentaine de milliards de dollars pour cette année et d’une douzaine en 2017 — si l’exécution du Budget pour 2017 adopté en décembre est respectée — qui se finance par des montagnes d’impayés, ne laisse pas présager une solution rapide.

 

FAIRE PLUS AVEC MOINS

 

Sans remontée rapide des cours du pétrole à des niveaux aujourd’hui hors d’atteinte et sans un secteur privé assez « costaud » pour prendre la relève, l’économie algérienne est-elle condamnée à la crise permanente ? On peut le redouter, même s’il existe des pistes plus modestes insuffisamment explorées. Contrairement à hier où l’investissement a été massif et la croissance modeste, il faut apprendre à faire plus avec moins, à exploiter les surcapacités industrielles là ou elles existent (cimenteries, agroalimentaires), à développer les services à la personne, par exemple pour gérer le million de logements construits depuis dix ans qui sont privés de syndics, d’agents d’entretien et de jardiniers, à faire rentrer les loyers des HLM ou payer l’eau, le gaz, l’électricité et les carburants aujourd’hui bradés. Mais tant que la succession du président Bouteflika — qui fêtera au printemps prochain ses 80 ans et sa 18e année de règne — n’est pas réglée, il ne se passera sans doute pas grand-chose.

 

JEAN-PIERRE SÉRÉNI

1Collections statistiques, n° 172, juillet 2012.

2Doing Business 2017 : Égalité des Chances pour Tous,25 octobre 2016.

 

url : http://orientxxi.info/magazine/economie-algerienne,1631

Partager cet article

Repost 0

INAUGURATION DE LA GALERIE DU CAFÉ LITTÉRAIRE «LE SOUS-MARIN»

Publié le par Mahi Ahmed

INAUGURATION DE LA GALERIE DU CAFÉ LITTÉRAIRE «LE SOUS-MARIN»

El Moustach donne le ton!

Par O. HIND - Lundi 02 Janvier 2017 00:00

un nouvel espace pour les artistes

N'étant encore qu'à la première phase de ce chantier culturel, un autre appel de collecte de fonds est lancé pour l'aménagement de la 2ème partie. Votre soutien est le bienvenu..

Un nouvel espace culturel a été inauguré vendredi dernier au 67 boulevard Krim Belkacem ex-Télemly. Il s'agit de la 1ère partie de la galerie d'art dépendante du projet le Café littéraire «le sous-marin». Un événement lancé avec une expo de l'artiste indergound El Moustach qui s'étalera jusqu'au 7 janvier 2017. Il s'agit en fait du siège du Pags qui met à la disposition des artistes cet espace qui a été réalisé faut- il le souligner à l'initiative du militant et acteur Kader Affak, qui a réalisé ce bijou d'endroit avec l'aide et le soutien de nombreuses personnes. Un lieu né donc du soutien participatif ou crowdfunding, de mécènes et étudiants des beaux-arts qui croient en ce lieu qui respirera à coup sûr la liberté d'expression et de créativité encore plus durant l'année 2017. Dans cette pièce-couloir un peu exigu, néanmoins, seul petit bémol, de cet espace, vous découvrirez pour commencer les oeuvres de El Moustach. Du design graphique au concept bien trempé, avec cet artiste, le ton est donné. Par voie de transgression, cet artiste qui se plaint à détourner des images symboles de notre patrimoine a le génie de nous dévoiler un nouveau regard sur notre monde qui nous entoure marqué d'humour et de dérision. Dans son affiche d'ailleurs, on peut apercevoir des ballons qui se disputent l'espace à de nombreuses baguettes de pain, comme un leitmotiv sachant que les deux sont des «denrées» nutritives essentielles pour l'Algérien, ne sachant qui de l'un ou de l'autre est le plus vital. Si le football est l'opium du peuple, le pain est en tout cas la sève de survivance minimum pour le démuni. Aussi, cette installation nous a permis de redécouvrir ses portraits décalés du monde de la chanson populaire mais aussi de l'art et de la culture algériens, à l'instar de Amar Ezzahi, Kamel Messaoudi, El Hachemi Guerouabi, Othmane Bali ou encore Tahar Djaout, de Abdelkader Alloula, et Lounès Matoub entre autres, le tout avec une touche contemporaine hautement originale et colorée. A cette occasion, les présents, vendredi dernier ont pu également apprécier la musique d' El-3ou, concepteur de maquettes, avec lequel El Moustach a l'habitude de collaborer, mais aussi de rencontrer le conteur et poète Abdelmadjid Arab, qui prête sa voix aux instrus d'El-3ou. «La production culturelle ne peut se comprendre sans une réflexion sur la question de l'accès des citoyens aux moyens de diffusion artistique. La pratique et le contact des citoyens avec la culture deviennent un véritable enjeu démocratique», affirment d'emblée les organisateurs de cet espace et d'estimer encore: «Les nouveaux lieux culturels alternatifs qui se conçoivent à Alger comme les Ateliers sauvages, Picturies Générales ou la Baignoire... (on pourrait inscrire le sous-marin dans ce mouvement), entendent la préservation d'une autonomie de l'art, de l'acte artistique et des acteurs dans leur capacité à définir leur projet, vis-à-vis du pouvoir public et des logiques marchandes.» N'étant encore qu'à la première phase de ce chantier culturel, un autre appel de collecte de fonds est lancé pour l'aménagement de la 2ème partie qui fera jonction avec l'espace du café. «L'idée de partage est au coeur du projet. Un tel espace qui encourage l'activisme culturel et la citoyenneté nécessite un engagement réel aussi bien financier, matériel que personnel. Toutes les bonnes volontés peuvent contribuer et participer ainsi à faire reculer le pessimisme actuel. Notre pari c'est de rendre le lieu fonctionnel dans les plus brefs délais pour y animer des soirées conviviales où l'art aura toute sa place, avec l'objectif qu'il soit, dès son ouverture au public, un endroit où on a envie de revenir pour sa magie et sa poésie.» Et de renchérir pour mieux expliquer le projet: «Le Café littéraire «le Sous-Marin» est un projet issu de la société civile, où s'expérimentera une démocratie culturelle en actes.» L'appel à soutenir le projet est en tout cas bien lancé. Aux âmes charitables et engagées surtout de répondre en faveur. Car justement il n'y a pas que le foot dans la vie. Les sponsors s'en chargent très bien. Très intéressant aussi de voir comment cet artiste a su détourner le sigle Lacoste connu pour être la marque branchée des tee-shirts des riches. El Moustache nous fera voir ces fameux crocodiles autrement en ayant comme centre d'attaque, le pain encore une fois. Ce n'est pas pour rien s'il a placé son expo sous le thème: «Du peuple et pour le peuple» comme pour paraphraser ce fameux slogan socialiste qu'il remet au goût du jour avec une certaine note de dérision quand il évoque l'économie de marché sauvage qui prévaut dans notre société. Tous ces visuels sont ainsi teintés de cet humour grinçant et fort qui saute aux yeux pour mieux interpeller au-delà de l'imaginaire, notre conscience. A noter que «Le Sous-Marin», se trouve véritablement au sous-sol, d'où son nom. C'est un espace café littéraire, une galerie d'art, mais qui devra servir également de dortoir pour héberger les jeunes artistes qui viendront de l'intérieur du pays. Il possède également une salle de projection et de spectacle qui peut recevoir 180 personnes. Pour toute contribution aux travaux d'aménagement un numéro vous est proposé: 0556041692. N'hésitez donc pas donc à vous rentre util(e), pour l'amour de l'art. Ce que l'on appelle réellement de la solidarité citoyenne.

Publié dans Information

Partager cet article

Repost 0

LA RESPONSABILITÉ DES RÉCITANTS DE MANTRAS La liberté de la presse en question

Publié le par Mahi Ahmed

LA RESPONSABILITÉ DES RÉCITANTS DE MANTRAS La liberté de la presse en question

Par Pr Chems Eddine CHITOUR - Lundi 02 Janvier 2017

 

«Il n'existe pas, à ce jour, en Amérique, de presse libre et indépendante. Vous le savez aussi bien que moi. Pas un seul parmi vous n'ose écrire ses opinions honnêtes et vous savez très bien que si vous le faites, elles ne seront pas publiées. On me paye un salaire pour que je ne publie pas mes opinions et nous savons tous que si nous nous aventurions à le faire, nous nous retrouverions à la rue illico. Le travail du journaliste est la destruction de la vérité, le mensonge patent, la perversion des faits et la manipulation de l'opinion au service des Puissances de l'Argent. Nous sommes les outils obéissants des Puissants et des Riches qui tirent les ficelles dans les coulisses. Nos talents, nos facultés et nos vies appartiennent à ces hommes. Tout cela, vous le savez aussi bien que moi!» John Swinton, célèbre journaliste, le 25 septembre 1880, lors d'un banquet à New York quand on lui propose de porter un toast à la liberté de la presse (Labor's Untold Story, de Richard O. Boyer and Herbert M. Morais, 1955/1979.)

Comment perdurent les conflits créés par les hommes? On peut invoquer mille et une raisons! Dans cette réflexion nous allons zoomer sur l'immense responsabilité du quatrième pouvoir qui est celui de l'information. C'est un fait! Il n'y a pas de presse libre; un exemple nous est donné par le journal Le Monde qui fut un journal de référence il y a bien longtemps. Dans un éditorial intitulé: «Syrie: le crime de trop appelle une riposte» appelant au meurtre et à la curée, Natalie Nougayrede du Journal Le Monde, ne laisse aucune place au doute. Ses références à prendre comme du pain bénit sont occidentales. Poursuivant la technique du boutefeux, elle incite à la fierté: «La crédibilité des pays occidentaux, qui avaient parlé à des degrés divers de «ligne rouge», est en jeu...Un autre exemple sous la plume de la même boutefeux: «Iran: bombarder ou pas?» Madame Nougayrede s'empare de l'imaginaire des lecteurs, en leur imposant de fait sa certitude; il faut bombarder l'Iran, mais quand? Enfin, on ne peut pas ne pas citer la fascination de la journaliste pour Bernard-Henri Lévy et son épopée dans le lynchage d'El Gueddafi. Mais ce journal n'est pas le seul média français se livrant à la désinformation outrageuse.La radio RTL (1ère radio) rivalise avec le journal Le Monde, car en plus d'abêtir les auditeurs, elle se complaît dans la collaboration avec l'impérialisme occidental, dominé par le système anglo-saxon.

 

Le mensonge érigé en dogme du magister dixit

Le très puissant New York Times symbolise bien l'année médiatique difficile des médias occidentaux. Ses dirigeants ont même appelé à se remettre en question L'année écoulée s'est montrée difficile pour les médias de masse occidentaux. Entre prévisions erronées, crédibilité entachée et manque de confiance de la part de la population, certains ont même appelé à se remettre en question. «Les médias d'information ont largement manqué ce qui se passait autour d'eux...» Cette analyse de Jim Rutenberg, médiateur du très célèbre New York Times, au lendemain de l'élection de Donald Trump, est à l'image de l'année médiatique de bon nombre de titres de presse occidentaux. Que ce soit à propos du Brexit, de l'élection présidentielle américaine ou des chances de François Hollande de faire un second mandat, 2016 s'est montrée cruelle pour les médias mainstream. La réalité a balayé la plupart de leurs prévisions au sujet de ces grands événements qui ont marqué l'année. Mais plus que ces analyses ratées, c'est au niveau même de la couverture de certains sujets comme la bataille d'Alep qu'ils sont critiqués. Le niveau de défiance de la population occidentale envers ses médias atteint désormais des sommets.» (1)

 

Alep, tombeau du mainstream?

La libération de la seconde ville de Syrie par l'armée de Bachar el-Assad et ses alliés a été l'un des événements les plus marquants de cette fin d'année. Avant que Damas annonce le 22 décembre avoir repris le contrôle de la totalité de la ville, de nombreux médias occidentaux ont accusé l'armée arabe syrienne d'avoir commis des exactions sur les civils d'Alep-Est. La ville aurait été «en flammes», noyée sous les bombardements des avions syriens et russes et la majorité de la presse occidentale plaignait le sort des «rebelles modérés» en passe de perdre la bataille. La machine médiatique en marche a cependant été freinée à plusieurs reprises par des voix discordantes de plus en plus nombreuses. Notamment celle de l'humanitaire français Pierre Le Corf, «Beaucoup de médias ont diffusé des scènes de massacres, [...] des gens brûlés vivants», a-t-il déclaré à Sputnik le 14 décembre, ajoutant qu'«en étant ici je n'ai jamais entendu parler de ça. J'ai entendu parler de ça dans les médias. [...] Ça me semble difficile à vérifier.» Visiblement agacé par les publications de l'humanitaire montrant des gens heureux de la libération de la ville, plusieurs médias ont attaqué sa crédibilité, l'accusant d'être à la solde du «régime syrien». (1)

De même, la journaliste indépendante canadienne Eva Bartlett a beaucoup fait réagir après son intervention lors d'une conférence de presse organisée par la mission syrienne auprès de l'ONU. Répondant à la question d'un journaliste norvégien, elle avait fait voler en éclat la rhétorique des médias mainstream sur la Syrie. Elle avait notamment évoqué le manque de crédibilité des sources des journalistes occidentaux comme l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) ou les fameux Casques blancs et avait nié les accusations d'une partie de la presse qui voulait que l'armée de Bachar el-Assad ait commis des crimes sur des civils. (2)

Vanessa Beeley, journaliste indépendante britannique, a également fait parler d'elle en démontant le mythe des Casques blancs. Présentés par une partie de la presse comme une ONG humanitaire, ils ont même été pressentis pour obtenir le prix Nobel de la paix. «Il y a des preuves du soutien aux terroristes en Syrie par 'les Casques blancs''».

 

Les mensonges assumés et têtus des médias français

Dans le paysage audiovisuel français aussi, certaines voix bravent la doxa sur la Syrie. Le 21 décembre, Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) était l'invité d'Yves Calvi sur LCI. Dénonçant «une falsification de l'information qui est énorme» concernant Alep, il a tenu à livrer quelques éclaircissements: «Il y a un tiers des quartiers d'Alep, seulement un tiers, qui sont victimes des bombardements, et - j'insiste - c'est un tiers de la ville où des djihadistes dangereux sont présents et ce sont ces djihadistes qui depuis des années tirent sur les quartiers chrétiens et sur le reste de la ville ce dont on ne parle jamais.» «On se fait rouler dans la farine avec Alep?», s'était même interrogé Yves Calvi qui tenta de se distancer de la réalité qu'il a contribué à marteler en boucle. Le dernier coup dur à la version dominante sur Alep est venu d'une actrice et réalisatrice bolivienne de retour d'un séjour de huit mois en Syrie pour tourner un documentaire. (..) Sur CNN le 21 décembre, elle est également revenue sur les tweets de Bana, la petite fille syrienne qui racontait son quotidien d'enfant à Alep-Est c'est juste impossible. J'ai été sur place... franchement... il n'y a pas d'Internet, spécialement dans cette partie d'Alep, il n'y a pas d'électricité depuis plus de 85 jours, je ne pense pas qu'elle était à Alep. Montrez-moi une vraie vidéo du moment où elle est exfiltrée d'Alep-Est.»(4)

L'intellectuel Alain de Benoist n'y va par quatre chemins: Il dénonce une douce complicité. Il écrit: «La grande majorité des journalistes est sincère. Ils sont persuadés d'être toujours dans le vrai parce qu'ils sont victimes de stratégie de persuasion qu'ils relaient. L'immense majorité adhère à la vulgate, libérale libertaire, ce mélange d'idéologie des droits de l'homme de convenance, d'antiracisme, de progressisme, mais de révérence au marché du politiquement correct. Ils en reprennent tous les mantras, unanimismes à condamner le populisme, le protectionnisme, l'identité, la souveraineté, tous persuadés que les hommes sont partout les mêmes et que leur avenir est de convenir au grand marché mondial. Le métier de journaliste n'est pas facile, il demande de l'humilité et non un surcroit de prétention.» (5)

Un exemple d'enfumage même des plus grands journaux? «Reprenant sans pincettes un rapport du FBI, le très sérieux Washington Post a assuré que le piratage d'une centrale électrique du Vermont avait été organisé par la Russie. Le problème? La fameuse centrale a indiqué... qu'elle n'avait pas été hackée. Sans prendre la précaution de vérifier l'information, venue de supposition des services de renseignements américains, le journal n'hésite pas à relayer le commentaire incendiaire du gouverneur démocrate de l'Etat du Vermont, Peter Shumlin, qui qualifie Vladimir Poutine de «l'un des plus gros voyous du monde», conclut, un brin hâtivement: «Cet épisode devrait souligner le besoin urgent pour notre gouvernement fédéral [américain] de pourchasser vigoureusement et de mettre un terme à ce genre d'ingérence russe.»

 

La fabrication de la normalité

C'est par ces mots que C.J. Hopkins définit le sacerdoce de la presse mainstream qui s'invente des fausses nouvelles contre lesquelles elle doit lutter: Il écrit: «Vers la mi-novembre, à la suite de la défaite d'Hillary Clinton les autoproclamés Gardiens de la Réalité, mieux connus sous le nom de médias tenus par le monde des affaires, ont lancé une campagne mondiale de marketing contre le maléfique et perfide fléau des «fausses nouvelles». Cette campagne a maintenant atteint le stade de l'hystérie. Les médias de l'ensemble de l'Empire diffusent quotidiennement des avertissements terrifiants sur la menace imminente et existentielle contre nos libertés, la menace des«fausses nouvelles».(...) Qui est derrière cette menace de «fausses nouvelles»? Eh bien, Poutine naturellement, mais pas seulement Poutine. (...) Heureusement pour nous, les médias d'entreprise sont à fond sur la piste de cette bande de scélérats. Comme vous le savez sans doute, le Washington Post a publié récemment un sensationnel article qui diffame sans vergogne des centaines de publications alternatives (comme celle que vous lisez) en les traitant de «camelots de la propagande russe». (...) Une foule de publications dangereusement extrémistes, comme CounterPunch, The Intercept, Rolling Stone, The Nation, The New Yorker, Fortune Magazine, Bloomberg et US News & World Report, ont fustigé le Washington Post pour ses pratiques journalistiques «bâclées», «douteuses» ou de bas niveau. L'obsession actuelle des médias à l'égard des «fausses nouvelles» cache le fait qu'il n'y a pas de «vraie nouvelle» et produit simultanément «de vraies nouvelles», ou plutôt leur apparence. (7)

 

Les citoyens s'informent lucidement d'une façon alternative

Ariane Walter a, à sa façon, décrit le combat des sans-dents pour une vraie information. «2016 a été l'année la plus surprenante, la plus folle, la plus prometteuse. Les grands prédateurs qui dirigent et saignent notre monde se sont pris claque sur claque. Les réseaux sociaux qui sont la voix des sans-dents, ont été tellement vifs, actifs, drôles, puissants, que la clique agonisante, dans un dernier gargouillis, balbutie qu'elle veut les interdire! Dans les merveilleux souvenirs de 2016, nous avons d'abord, débordant des poubelles de l'Histoire, les têtes des médias dits les merdias, qui ont pris une saucée mémorable. Ils prévoyaient un «non» au Brexit. Ce fut un «Oui». Ils prévoyaient Clinton, ce fut Trump. Ils prévoyaient Juppé, ce fut Fillon. (...) Quelle belle année, avec au pied de la guillotine les têtes de Clinton, Obama, Cameron, Sarkozy, Juppé, Renzi, Hollande!!! (...)Parce que nous le voulons, parce que nous le disons, parce que les myriades de barques de notre humanité humaine sont prêtes à voler tant 2016 a été si surprenante, si drôle, si prometteuse, si quantique dans son explosion irrépressible et libre!! 2017, pupuce, tu as un sacré héritage!» (8).

 

Et en Algérie?

Avons-nous une presse libre? Avons-nous une presse professionnelle, Mon sentiment après avoir contribué modestement à l'émergence de la presse «libre» est qu'il n'y a pas de presse au sens professionnel du terme. Il n'y a pas de presse libre. A des degrés divers et pour des raisons diverses notre presse ne peut pas dire ce qui est dans un sens ni dans l'autre. Certaines fois l'action du gouvernement - même si elle est constructive, ne trouve pas grâce à ses yeux. D'autre fois c'est le contraire c'est «la pommade» sans retenue. S'agissant de l'appréciation de la situation internationale, en règle générale, il n'y a pas de mon point de vue d'analyse objective il y a un suivisme sans un minima de critiques, l'exemple de la situation en Syrie est symptomatique,

pratiquement tous les journaux dits «libres» et de réputation répercutent la doxa occidentale participant ce faisant au formatage des imaginaires algériens dans le sens des médias mainstream allant jusqu'à répercuter des expressions toutes faites comme le mot «boucher» pour qualifier Assad, selon la lexicologie des BHL, des Fabius et les mantras concernant les élucubrations de l'Osdh qui fait une comptabilité macabre au jour le jour (150 morts par jour pendant 2000 jours) bien embusqué à Londres. De l'autre côté, les journaux arabophones, ont en règle générale une opinion différente certaines fois justes, mais souvent pour des raisons idéologiques ou religieuses! Enfin il y a les journaux du pouvoir condamnés à être des laudateurs sans état d'âme et ne pas sortir des clous. Le journaliste Pulitzer, fondateur du prix du même nom, fondé en 1917 recommande d'être sans pitié pour les escrocs:«Il n'est pas un crime, pas un truc, pas un sale coup, pas une escroquerie, pas un vice qui ne perdure sans le secret qui l'entoure. Exposez ces faits au grand jour, décrivez-les, attaquez-les, ridiculisez-les dans la presse et tôt ou tard l'opinion publique les chassera. La publicité n'est peut-être pas la seule chose nécessaire, mais c'est une chose sans laquelle toutes les autres démarches resteront vaines.» Le sociologue Pierre Bourdieu professeur au Collège de France recommandait pour sa part de donner la parole aux citoyens: «Il serait temps que les journalistes apprennent à reconnaître qu'un propos peut être très important intellectuellement ou politiquement, lors même qu'il émane d'un simple citoyen inconnu ou isolé, ou, au contraire, tout à fait insignifiant, lors même qu'il émane d'un homme politique «important» ou d'un porte-parole autorisé d'un «collectif», ministère, Église ou Parti.» Pour sa part et dans un hommage à Wilfred Burchett T.D. Allman écrit: «Le journalisme véritablement objectif non seulement rapporte correctement les faits, mais en tire leur véritable signification. Il résiste à l'épreuve du temps. Il est validé non seulement par des «sources sûres», mais aussi par le déroulement de l'Histoire. C'est un journalisme qui, dix, vingt ou cinquante ans après les faits, tient encore la route et donne un compte-rendu honnête et intelligent des évènements.» Tout est dit.

 

1.https://francais.rt.com/international/31575-2016-annee-noire-pour-medias-mainstream

2.https://francais.rt.com/france/30697-quand-inrocks-pensent-denoncer-video-complotiste-se-font-recadrer-lecteurs...

https://twitter.com/RTenfrancais/status/809646998072754176

3.https://francais.rt.com/opinions/27507-soutien-terroristes-casques-blancs...

4.https://francais.rt.com/international/31459-actrice-bolivienne-retour-syrie-met-a-mal-version-medias-occidentaux-alep...

5.http://www.bvoltaire.fr/alaindebenoist/ici-les-journalistes-ne-sont-pas-les-victimes-de-la-censure-mais-les-vecteurs,264005

6.http://reseauinternational.net/le-washington-post-publie-la-fausse-histoire-dune-centrale-americaine-soi-disant-hackee-par-moscou/#ZZF2aGg4PwKzjg2O.99

7.C.J. Hopkins http://lesakerfrancophone.fr/la-fabrication-de-la-normalite

8.Ariane Walter https://www.legrandsoir.info/2016-l-annee-quantique.html

url . L'Expression du 2117

Partager cet article

Repost 0

EN PAYS HILALIEN : UNE ARCHEOLOGIE DU RAÏ

Publié le par Mahi Ahmed

EN PAYS HILALIEN : UNE ARCHEOLOGIE DU RAÏ

EN PAYS HILALIEN : UNE ARCHEOLOGIE DU RAÏ

vendredi 30 décembre 2016

Par Messaoud Benyouicef

 

Le Raï, ce genre musical popularisé par cheb Khaled à l'échelle mondiale, est né et s'est développé dans une région de l'ouest de l'Algérie que l'on peut aisément figurer par un triangle dont les trois sommets seraient les villes d'Oran, Sidi Bel-abbès et Tlemcen, le lieu géométrique en étant la ville de 'Aïn-Témouchent. Il s'agit, malgré ses appellations plurielles, d'une grande plaine d'un seul tenant, 150 km qui vont de la Sebkha d'Oran aux portes de Tlemcen. Or ce territoire était exactement celui de la grande tribu arabe hillalienne des Béni-Amer.

 

Les confédérations de tribus arabes Béni-Hillal et Béni-Souleym1 étaient originaires du Nejd (Arabie saoudite). Particulièrement fougueuses, elles razziaient jusqu'aux confins du Châm (en gros la Syrie actuelle) et de la Mésopotamie (l'Irak actuel, en gros). Dernières converties à l'islam, elles participeront au sac de La Mecque par les Qarmates (chi'ites de Bahrein prêchant le communisme intégral). Chassées par la sécheresse et la famine, elles s'étaient établies en Haute-Égypte où les califes fatimides chi'ites les avaient confinées sur la rive orientale du Nil. Leurs vassaux Zirides (dynastie de Berbères sanhajas fondée par Bologhine Ibn Ziri et régnant sur le Maghreb central) ayant abandonné le chi'isme, les Fatimides -en l'occurrence, le calife El Moustançar Billah- leur envoyèrent les tribus Béni-Hillal et Béni-Souleym pour les punir. Dans le même temps où ils se débarrassaient d'hôtes encombrants et particulièrement turbulents. On rapporte que les Fatimides versèrent une confortable obole aux deux confédérations pour les convaincre de quitter l'Égypte et d'aller voir du côté de l'Ifriqiya. Mais ils exigèrent d'elles, en retour, le paiement d'un droit pour traverser le Nil : un dinar par personne ! Gageons que les califes fatimides y ont largement retrouvé leurs petits.

 

Entrés en Tripolitaine en 1050, les Arabes hillaliens rallièrent l'Ifriqiya (en gros, la Tunisie actuelle) en 1055 pour en découdre avec les Zirides. L'armée sanhaja fut écrasée par les redoutables guerriers hillaliens. Le royaume ziride avait vécu. Reprenant leur marche vers l'ouest (début de la Taghriba, la marche vers l'ouest), les Béni-Hillal n'atteindront le sud oranais que deux siècles plus tard. Là, ils côtoieront une importante tribu berbère, les 'Abd-El-Wad, qui servait de makhzen (assurer l'ordre et lever l'impôt) aux Almohades dans l'Oranie. Lorsque l'empire almohade implosa, les Abd-El-Wad érigèrent le royaume de Tlemcen avec Yaghmoracen Ibn Ziane à sa tête. Menacé par ses cousins mérinides qui avaient fait appel aux Arabes Maqil (originaires du Yémen ceux-là, dont les Hadjoutes et les Thaaliba d'Alger sont les descendants) et qui lorgnaient lourdement du côté de Tlemcen, le fondateur du royaume zianide fit appel aux Béni-Amer qui deviendront son makhzen. La fortune de la tribu était, dès lors, faite.

 

Les Béni-Amer étaient une fraction des Arabes zoghbiens (Zoghba), nous dit Ibn-Khaldoun ; essentiellement guerrière, la tribu louait ses services aux États et aux souverains. En bonne tribu arabe, elle avait également une autre corde à son arc, celle de la poésie. Ses bardes popularisaient la geste hilalienne (Es-sira el hillalia), faite d'amours légendaires et de hauts faits d'armes. Les Béni-Amer s'installèrent graduellement dans la vaste et riche plaine qui s'étend de Tlemcen à Oran. Petit à petit, les intrépides et belliqueux guerriers vont se transformer en riches agriculteurs sédentaires. Léon l'Africain, au 15° siècle, disait d'eux : « Ce sont des hommes d'une grande bravoure et très riches. Ils sont dans les 6000 beaux cavaliers, bien équipés. » Les Espagnols les tiennent pour « nobles, seigneurs des Berbères et fiers », et Daumas, le consul de France auprès de l'émir Abdelkader, écrivait en 1839 : « Les Béni-Amer, possesseurs d'un pays immense et coupé de vallées fertiles se livrent beaucoup à l'agriculture et sont très riches en grains et troupeaux de toute espèce ».2

 

L'arrivée des Ottomans et des Espagnols signa la fin de cet intermède. Entre ce qui leur apparaissait comme la peste et le choléra, les Béni-Amer tergiversèrent, ne souhaitant choisir ni l'un ni l'autre camp. Mais les Ottomans engagèrent les hostilités contre eux : ils les chassèrent de la grasse plaine de la Mlata (en gros d'Oran au Tessala) et y installèrent deux groupes faits de bric et de broc, c'est à dire d'éléments détribalisés qu'ils nommèrent Douaïrs et Zmalas. Plus grave : les Ottomans prétendirent faire des Béni-Amer, en les scindant en deux entités, des tribus ra'ïas (soumises à l'impôt). La haine inexpiable que vouèrent désormais les Béni-Amer aux Ottomans justifiera l'alliance avec les Espagnols, malgré les réserves sévères des fractions maraboutiques des Béni-Amer -qui étaient secrètement travaillées par la tariqa Derqaouiya. Un des deux frères Barberousse, les maîtres de la Régence d'Alger, Aroudj Boukefoussa -le manchot- fut ainsi tué lors d'un affrontement avec les Espagnols et les Arabes coalisés, près du Rio-Salado. Durant toute la durée de l'occupation ottomane, les Béni-Amer ne cessèrent de guerroyer et de défendre leurs terres.

 

Quand se produisit l'occupation française, les Zmalas et les Douaïrs se mirent immédiatement au service des nouveaux maîtres, alors que les Béni-Amer vont suivre l'émir Abdelkader dans sa longue résistance contre l'envahisseur français. L'émir reconstitua l'ancienne confédération sous le nom d'Aghalik des Béni-Amer qui comprenait les fractions suivantes : Ouled Slimane, Ouled Brahim, Ouled Sidi-Khaled, Ouled Sidi-Bouzid, Ouled Sidi-Ali Benyoub, Hazedj, Ouled Zaer, Ouled Sidi Maachou, (Bel-Abbès, Mékerra) ; Ouled 'Ali (Tessala) ; Ouled Mimoun, Mahimat, Ouled Sidi-Abdelli, Ouled Sidi-Ahmed Youcef, Ouled Khalfa (tribu berbère assimilée), Douï Aïssa (entre 'Aïn-Témouchent et Tlemcen) ; Ouled Djebara (Terga), Ouled Sidi-Messaoud, Ouled Bouamer (Hammam-Bouhadjar et Rio-Salado), Ouled 'Abdallah ; Ouled Sidi Ghalem, Chorfa Guetarnia (tribu berbère assimilée), Maïda (Mlata).

 

1845 : survient la tragédie qui marquera la fin de l'épopée des Béni-Amer. Tout avait commencé par une action d'éclat de l'émir, pourtant réduit à la défensive par la guerre totale que lui faisaient les Bugeaud, Lamoricière, Pélissier, Cavaignac, brûlant tout sur leur passage, razziant les troupeaux, enfumant les humains. L'émir réussit à mystifier Cavaignac et Lamoricière en passant au milieu de leurs colonnes et à anéantir les régiments du colonel Montagnac à Sidi-Brahim (près de 'Aïn-Témouchent). Galvanisés par cette victoire, les Béni-Amer consentirent à suivre l'émir dans sa marche vers le Maroc où il pensait obtenir l'aide du souverain. Alors « de la pointe du lac (Sebkha d'Oran) à Tlemcen, on ne rencontre personne. C'est le désert » disait Lamoricière3. Les Béni-Amer abandonnent leurs terres, créant un vide sidéral devant les colonnes infernales des généraux français -les colonnes infernales étaient une stratégie de guerre d'anéantissement qui avait déjà servi en France contre les Vendéens.

 

Mais le roi du Maroc, cédant aux menaces et aux promesses des Français, attaqua les arrières de l'émir, pendant que Lamoricière et le duc d'Aumale lui coupaient les voies de retraite vers l'Algérie. L'émir perdit le contact avec les fractions Béni-Amer. Certaines de celles-ci, encerclées par les troupes du roi, préférèrent passer au fil de l'épée leurs femmes et leurs enfants plutôt que de les laisser tomber entre des mains fourbes, puis se battirent jusqu'au dernier. L'émir, qui avait retrouvé leurs traces, arriva à bride abattue sur les lieux mais c'était pour constater la tragédie qui venait de se dérouler. Il réussit encore à briser l'encerclement et à rentrer dans son pays. Mais c'était pour déposer les armes trois mois après, profondément marqué par les atrocités d'une guerre inégale et par les trahisons et retournements de ses alliés.

 

Sur le territoire marocain, cependant, des fractions des Béni-Amer, qui étaient parvenues à échapper aux troupes royales, devaient passer sous les fourches caudines des Français pour espérer rentrer au pays. Les généraux -Bugeaud, Cavaignac, Lamoricière- s'y opposèrent catégoriquement ; Pélissier n'était pas en reste qui exultait : « Leur émigration nous a laissé un vaste et riche territoire. C'est la forteresse de la colonisation qui se prépare... ».4 Il avait raison : le gouverneur général (GG) de l'Algérie n'allait pas laisser passer cette occasion inespérée de rafler les riches terres des Béni-Amer. Le 18 avril 1846, il prenait un arrêté frappant de séquestre les terres des « émigrés ». Il s'agissait, dès lors, de les empêcher de rentrer : le GG et le ministère de la Guerre donnèrent des instructions en ce sens. Mais il se trouva que le consul de France à Tanger, De Chasteau, n'était pas d'accord. Il allait affréter des bateaux pour ramener ce qui restait des Béni-Amer à Oran. Puis son gendre, Léon Roches, qui le remplaça un moment, poursuivit l'opération de rapatriement. Il raconte que les familles des Béni-Amer mouraient littéralement de faim, qu'il reçut une délégation qui lui dit : « Il vaut mieux nous tuer ici que nous renvoyer au milieu des Marocains qui déshonoreront nos femmes sous nos yeux, nous assassineront et vendront nos enfants car c'est ainsi qu'ils ont agi à l'égard de nos frères. »5 Devant les cris d'orfraie du GG et des généraux (le plus haineux à l'égard des Béni-Amer étant sans conteste Pélissier, qui commandait l'Oranie6), Roches eut recours à des passeurs clandestins qui guidèrent les émigrés chez les Béni-Snassen et les Béni-Bouyahi, tribus rifaines en révolte contre le roi, qui leur firent passer la Moulouya.

 

« En tenant compte de ce qu'ils étaient, les Béni-Amer n'existent plus. » Ainsi pouvait s'exprimer Cavaignac après ce désastre. Combien les Béni-Amer perdirent-ils d'hommes au cours de cette expédition ? Difficile de le savoir avec précision, mais on peut s'en faire une idée en comparant le nombre de tentes (combien de personnes pouvait contenir une tente ? On s'accorde à le situer entre 7 et 10) avant et après la « nakba » -catastrophe : 4200 en 1844 ; 3800 en 1851 ; déficit 400. Sachant que le nombre de tentes émigrées était de 1200, c'est donc le tiers des émigrés qui a disparu.7

 

 

Quant aux terres confisquées, il est difficile d'en avoir un compte précis, le cadastre n'existant pas ; de plus, les terres de parcours n'étaient pas toujours clairement différenciées des terres d'exploitation. D'après les premières estimations faites en 1851 par les Bureaux arabes, il est raisonnable d'avancer le chiffre de 100 000 ha de bonnes terres bien grasses qui tombèrent dans un premier temps dans l'escarcelle de la colonisation. Encore que la spoliation ne fît que commencer.

 

L'Oranie devint ainsi la « forteresse de la colonisation », ainsi que le souhaitait Pélissier. Le sénatus-consulte de 1863 officialisait les prélèvements fonciers déjà opérés au profit de la colonisation ; mais les tribus étaient reconnues « propriétaires des territoires », détenus à titre familial ou collectif. Il est vrai que Napoléon III, lors de son second voyage en Algérie (1865), avait dit, parlant des autochtones : « Nous ne permettrons pas que cette race fière et généreuse subisse le sort des Indiens d'Amérique... Ce sont les Européens qu'il faut cantonner, pas les Arabes ». Et il avait donné des instructions précises en ce sens. Mais les GG successifs -en particulier Pélissier, encore lui !, et Mac-Mahon- s'attachèrent à les saboter systématiquement. On estime qu'en vingt ans -de 1851 à 1871- les autochtones de l'Oranie perdirent encore les 2/5 de leurs terres. Puis la République vint qui donna un coup de fouet à la colonisation dans son sens le plus brutal. Des milliers de Français, d'Espagnols, de Maltais, d'Italiens, d'Allemands et de Suisses arrivèrent qui se partagèrent les dépouilles des Béni-Amer.

 

Profondément déstructurée, ruinée, spoliée, la prestigieuse tribu des Béni-Amer n'existait plus. Elle venait, sans le savoir, de faire l'expérience de l'implacable logique qui sert de propédeutique obligée au développement du Capital : la séparation violente du producteur d'avec ses moyens de production. Alors, de nombreux fils des fiers guerriers d'antan découvrirent qu'il ne leur restait plus d'autre richesse que celle de leurs bras, leur force de travail. Ils se résolurent, la mort dans l'âme, à la mettre à disposition d'autrui en échange de quelque menue monnaie. Prolétarisés, ils durent louer leurs bras à ceux-là mêmes qui occupaient à présent leurs terres, ces étrangers arrivés on ne sait d'où et qui les traitaient, eux les autochtones, en parias. Cruel destin.

 

Mais il est une autre face de cette spoliation historique qu'il convient de savoir regarder. En se dissolvant, la tribu a libéré ses membres des liens très étroits qui les unissaient fermement. La tribu a perdu sa 'Açabiya pour parler comme d'Ibn-Khaldoun. Dans le groupe agnatique, en effet, les rôles sociaux sont distribués depuis toujours ; aucun membre ne peut faire autrement que d'occuper la place et le rôle qui lui sont assignés. La contrepartie de cet ordre d'airain est que chacun possède un statut qui lui épargne les doutes et l'angoisse. Mais que le groupe se défasse et les membres perdent leur statut. Alors, s'ouvre une faille vertigineuse, celle de l'interrogation sur soi, sur ce que l'on est, doublée de celle sur ce qu'il faut faire, comment agir.

 

Le philosophe Gilles Deleuze a parfaitement analysé ce phénomène de perte de statut social et de ce qu'il engendre chez celui qui est devenu, soudain, un individu.8 Il prend pour illustration le cas des Noirs américains délivrés de l'esclavage après la guerre de Sécession (1865). L'esclavage, si inhumain fût-il, donnait au Noir un statut ; son rôle, sa place étaient bien définis. Les rapports esclavagistes étant abolis, comment le Noir va-t-il vivre sa nouvelle situation ? Deleuze nous dit qu'il la vivra sur le mode de la plainte dont la figure poétique est l'élégie. (L'élégie est un poème libre, écrit dans un style simple qui chante les plaintes et les douleurs de l'homme, les amours contrariés, la séparation, la mort.) La signification profonde de cette plainte est, ajoute le philosophe, l'incapacité de l'homme à faire face à ce qui lui arrive : « Ce qui m'arrive est trop grand pour moi. » L'élégie du Noir américain libre va éclater dans le Blues.

 

Les références au Blues pour caractériser le Raï sont courantes mais aucune n'atteignait à ce niveau de rationalité que nous ouvre l'analyse de G. Deleuze. Le Blues dérive des chants des ouvriers du coton, dans le delta du Mississipi. Le mot Blues vient de l'expression anglaise « blue devils » qui signifie « idées noires ». Il a une origine incontestablement rurale ; de plus, il est le produit de diverses influences : africaine, celtique (irlandaise et écossaise) et... asiatique ! Car on note de plus en plus l'influence de la culture amérindienne sur ce genre musical. Avec les mouvements de migration de Noirs du sud vers les villes du nord (particulièrement Chicago et Detroit), le Blues va troquer son instrumentation simpliste pour la guitare et la basse électriques, la batterie et l'harmonica, instrumentation « classique » que popularisera Muddy Waters, le grand maître du Blues électrique, dit de Chicago. La fortune du Blues était dès lors faite et son influence sera énorme : il sera à la base du Rock'n Roll et de la Pop Music anglo-saxonne qui envahiront le monde (les Rolling Stones ne cessent de rendre hommage à leur maître, Muddy Waters).

 

Qu'en est-il du Raï, maintenant ? D'abord, la signification du mot : raï veut dire en général opinion et rayi (que l'on retrouve de façon systématique et lancinante dans tous les opus de Raï) veut dire mon opinion. Il semble bien qu'à l'origine, aller écouter du Raï signifiait que l'on allait écouter la voix de la raison, celle de bon conseil qui vous guide dans le droit chemin. Mais c'est dire, par là, que l'on cherchait une voie, que l'on avait besoin d'une aide pour faire des choix dans la vie. C'est pour cela que le terme le plus approprié pour rendre le mot raï est sans conteste le mot choix. C'est ce qui apparaîtra de façon éclatante lorsque le Raï prendra son essor et que se multiplieront ses interprètes. Si l'on examine, d'autre part, le texte d'une chanson de Raï, on y retrouvera des invariants qui sont : une lamentation sur les conséquences d'un choix. Ce qui nous ramène au descendant des Béni-Amer prolétarisé, livré à lui-même et qui découvre ce qu'il faut bien appeler la liberté, c'est à dire une capacité de choix. Avec la décharge d'angoisse et/ou de remords qu'elle génère, maintenant que les repères traditionnels ont été abolis.

 

Le Raï moderne avec son instrumentation électrique (guitare, synthétiseur) a suivi une voie homologue à celle du Blues. Comme ce dernier, il est d'origine rurale ; au départ, il y a des ouvriers agricoles qui triment dans les grandes propriétés coloniales de l'Oranie : moissons, vendanges, cueillette. Ces ouvriers sont des Béni-Amer ruinés et prolétarisés mais ce sont également des saisonniers venus d'un peu partout, et même du Maroc (surtout du Rif). Un brassage s'opère ainsi qui est aussi celui des genres : car, fait remarquable et même inouï, des femmes travaillent désormais aux côtés des hommes. Et les ouvriers -phénomène universel- chantent pour se donner du cœur au ventre. Que pouvaient-ils chanter ?

 

De même que les ouvriers Noirs ne pouvaient chanter du Gospel ou des Negro Spirituals, encore moins des ballades celtiques, les ouvriers agricoles des plaines de l'Oranie ne pouvaient chanter les longs poèmes de Chi'r melhoun -que l'on rend assez improprement par poésie populaire- qui étaient -sont encore- l'apanage de l'Oranie. Le Chi'r melhoun est certainement le produit de la dégradation de la poésie épique des Béni-Hillal ; on en retrouve les traces thématiques probantes -portrait de la bien-aimée, éloge du clan, de la vie bédouine...- dans les qacidates -longues pièces poétiques- de tous les maîtres de ce genre poétique. À partir de la deuxième moitié du XIX° siècle, le Melhoun commence à intégrer des thèmes nouveaux et adopte une métrique plus légère et moins convenue. Incontestablement, cette révolution est le fait du barde des Béni-Amer, Mostefa Benbrahim ; elle sera prolongée au XX° siècle par Abdelkader El Khaldi. Ces transformations vont ouvrir la voie à un changement capital : la mise en musique de cette poésie avec des instruments modernes marquera la naissance du genre dit Oranais moderne -Wahrani 'asri.

 

Le maître de cette révolution est Blaoui Lahouari qui introduira le piano, la guitare, l'accordéon, l'orgue là où il n'y avait que deux flûtes en roseau et un tube fermé par une peau de lapin en guise de percussion. Influencé par les rythmes exotiques -flamenco, boléro, rumba, mambo- Blaoui va également y soumettre (à doses homéopathiques, certes) les textes du Malhoun. Si Blaoui chantait encore et toujours les vieilles qacidates du Melhoun, il n'en aura pas moins renversé un tabou de taille dans une société arabe dont le maître mot est l'imitation des anciens. Ce faisant, Blaoui allait ouvrir un boulevard aux « Mafrakh », ces « petits bâtards » (comme les appelaient les vénérables cheikhs, selon Saïm El Hadj, compositeur et musicologue oranais), ouvriers pour la plupart, qui ne pouvaient exciper d'une naissance dans une famille de grande tente, qui n'avaient aucun respect des anciens cheikhs et des règles d'apprentissage de la « sanaa » -le métier d'artiste- et qui bricolaient des textes sans queue ni tête. Exactement comme les premiers bluesmen. Les textes des chansons raï n'ont, en effet, plus rien à voir avec la poésie courtoise et délicate du Melhoun. Ils sont violemment lubriques, sans concession à la bienséance pudibonde des Arabes ; ils chantent les amours adultères, le vin, l'ivresse, la violence des rapports sociaux, la débauche des sens. « Celui qui ne s'est pas enivré et n'a pas connu le désir ferait mieux de crever » résume la chanteuse Rimitti (« Elli ma sker wa tmahan el mout kheïrlah »).

 

Le Raï n'est donc pas la continuation du Melhoun, y compris dans sa forme moderne du Wahrani. Comme le Blues n'est pas la continuation du Gospel ou du Negro Spirituals. Certes, de l'un comme de l'autre, des influences multiples ont présidé à la naissance. Mais justement, c'est cette accumulation de facteurs qui a rendu possible le saut qualitatif qui a donné naissance à une chose nouvelle, originale, qui ne peut se rapporter à aucune autre. 9

 

Hommage à Blaoui Lahouari et à mon douar, El Mssa'da.

 

 

 

1Les développements sur les Béni-Amer sont documentés à partir de : Histoire des Berbères d'Ibn-Khaldoun, la mère de toutes les références ; Les Arabes en Berbérie de Georges Marçais ; Les siècles obscurs du Maghreb de Emile-Félix Gautier ; le grand classique Histoire de l'Afrique du Nord de Charles-André Julien et l'excellent article Historique des Beni Amer d'Oranie, des origines au sénatus-consulte de Pierre Boyer, in la Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée.

2Toutes les citation, in P. Boyer : Historique des Béni-Amer

3Idem

4Idem

5Lettre au ministre des AE, 19 janvier 1849 ; in P. Boyer, op. cité

6« Et voilà que nous sommes encombrés d'une population famélique qui ne pourra jamais voir dans d'autres mains les terres de ses pères sans que la rage et le désir de se venger ne lui dévorent le cœur... La protection du consulat de Tanger ne leur fera pas oublier que nous sommes les détenteurs de leur sol et qu'il y a du sang entre nous. » (Lettre du 28 octobre 1848). Idem

7Idem

8Gilles Deleuze : Abécédaire (DVD)

9Pour de plus amples développements sur les aspects musicologiques et instrumentaux du Raï, on consultera avec profit les écrits de deux chercheurs témouchentois pur sucre :

Boumédiène Lechech, musicologue-chercheur dont on trouvera un article sur la musique bédouine ici :http://www.socialgerie.net/spip.php?article708 et un article sur le Raï ici : http://www.socialgerie.net/spip.php?article529 ;

Mohamed Kali, inspecteur de l'enseignement dont on pourra trouver les écrits sur le Raï (je n'ai pas les liens) dans les archives du journal El Watan.

 

 

url : http://braniya.blogspot.de

Publié dans Choix d'articles

Partager cet article

Repost 0

Droite dure et gauche radicale contre gauche molle et droite libérale L’embrouillamini des politiques néolibérales dans le monde

Publié le par Mahi Ahmed

Droite dure et gauche radicale contre gauche molle et droite libérale

L’embrouillamini des politiques néolibérales dans le monde

le 26.12.16 |

 

 

 

 

 

L’élection surprise de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis d’Amérique, la victoire inattendue de François Fillon aux primaires de la droite pour la désignation de son candidat à l’élection présidentielle de mai 2017 en France, la démission forcée de David Cameron du poste de Premier ministre au Royaume-Uni après le vote en faveur du Brexit, celle toute récente de Matteo Renzi de la tête du gouvernement en Italie, l’irrésistible ascension des partis d’extrême droite en Europe occidentale et centrale (France, Autriche) et des partis de la gauche radicale en Europe du Sud (Grèce, Espagne) et bien d’autres événements récents marquent un retournement de situation aussi contradictoire qu’inenvisageable en théorie dans le monde occidental. Les retombées de tous ces événements sur les affaires du monde en général, sur les pays pétroliers sous-développés (dont l’Algérie) en particulier paraissent incertaines, aussi porteuses d’espoirs lointains que chargées de dangers imminents.

 

Aux sources de la crise actuelle.

 

Depuis la fin des années 1970 en effet, le triomphe du libéralisme version hard (néolibéralisme) dans les pays de l’OCDE semblait avoir eu raison tout à la fois des velléités protectionnistes de la droite nationaliste radicalisée (ci-après désignée par droite dure), et du militantisme combatif d’une gauche social-démocrate libéralisée (ci-après désignée par «gauche molle»).

 

Curieusement, la montée de la droite dure alliée à la gauche radicale contre la droite traditionnelle (libérale) alliée à la gauche molle semble un facteur de détente internationale, alors même que des tensions extrêmes continuent d’alimenter la scène politique entre l’OTAN (élargi à un grand nombre de pays d’Europe centrale et orientale jadis alliés de l’ex-Urss) et la Russie (qui retrouve sous la présidence de Vladimir Poutine son statut de grande puissance militaire à défaut de grande puissance économique).

 

Résolument opposée à la vision unipolaire que les Etats-Unis et leurs anciens et nouveaux alliés dans l’OTAN veulent imposer au monde, celle-ci trouve un allié de circonstance dans la Chine populaire pour ne plus subir le diktat de l’Alliance atlantique au Conseil de sécurité de l’ONU et en dehors.

 

Tout se passe à présent au sein de cette Alliance comme si les rôles respectifs de la droite et de la gauche traditionnelles étaient inversés ; la première s’étant en partie radicalisée pour devenir une droite dure, la seconde s’étant en partie libéralisée pour devenir une gauche molle : la gauche molle a tout fait pour suivre l’externalisation des conflits que la droite traditionnelle avait enclenchés depuis une quinzaine d’années, la droite dure faisant tout pour les internaliser de nouveau après que la gauche traditionnelle en ait abandonné l’initiative en interne.

 

Ce paradoxe ne signale pas seulement l’extraordinaire complexité de la situation actuelle, mais constitue le cœur d’une problématique à multiples entrées — les facteurs économiques le disputant aux facteurs politiques et sociaux, ceux-ci le disputant aux facteurs démographiques et environnementaux, ces derniers enfin aux facteurs géostratégiques et militaro-industriels. Il ressort en première lecture que les forces conservatrices (avec la charge négative habituellement associée à ce terme) ne sont pas toujours l’apanage de la droite, fut-elle une droite dure, et que les progressistes (avec la charge positive habituellement associée à ce terme) ne sont pas toujours l’apanage de la gauche, fut-elle une gauche molle.

 

Sans doute, la crise multiforme que traverse le monde en ce début de XXIe siècle est-elle la cause manifeste de cet embrouillamini politico-économique, sociodémographique, géostratégique et militaro-industriel. Comme toute crise, celle-ci ne manque(ra) pas de « rebattre les cartes» pour le meilleur ou pour le pire. Mais il n’y a point de crise sans causes et ce sont les causes de celle-ci qu’il conviendrait d’identifier pour voir «où va le monde».

 

Tout porte à croire, en l’état actuel des choses (et c’est l’hypothèse qui guidera notre analyse) que si l’on s’achemine bien vers une détente (toute relative au demeurant) sur le plan international, les conflits internes vont s’accentuer dans chaque pays, ceux-ci prenant des formes variées, depuis les conflits autour du repartage des revenus jusqu’aux batailles autour des valeurs fondatrices des nations et des sociétés.

 

Dans les deux types de lutte que nous venons d’évoquer comme dans les types intermédiaires s’insère la vision différenciée des forces sociales en présence concernant les questions d’environnement, les relations internationales et, last but not least, les questions de la guerre et de la paix. Mais revenons aux causes de la crise actuelle pour aborder ensuite le plus succinctement possible ses diverses répercussions.

 

Crises de modèles et crises de croissance

 

On partira pour ce faire de l’évolution des grands problèmes de l’économie mondiale depuis que, à la faveur de la crise du modèle classico-keynésien de croissance associant économie mixte et Etat-providence, un modèle alternatif a vu le jour sous l’appellation de modèle néolibéral formellement codifié par ce que les économistes appellent le Consensus de Washington.

 

Ainsi que le dit Philippe Hugon, «le passage de l’un à l’autre modèles peut se lire comme le passage d’une économie administrée par les règles à une économie régulée par les prix». Mais on peut tout autant (et cela me paraît bien plus significatif) dire que l’un (le modèle classico-keynésien) est fondé sur la primauté de la demande tandis que l’autre (le modèle néolibéral) est fondé sur la primauté de l’offre comme facteurs supposés de croissance, de plein-emploi et de bien-être général.

 

Cependant, cette nouvelle caractérisation ne dit rien des prédicats des deux modèles ni des conséquences logiques de leur mise en œuvre. Tout juste peut-on affirmer que la crise de l’un a ouvert la voie à l’adoption de l’autre dans l’incertitude créée par la soudaine montée des prix du pétrole au cours des années 1970 et par la chute, non moins soudaine, de la valeur-refuge que fut le dollar à partir du 15 août 1971.

 

En ce qui concerne les prédicats, notons que, sous la forme lapidaire de leur énoncé ci-dessus, la primauté de la demande et la primauté de l’offre sont on ne peut plus trompeuses. Pour l’auteur de Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (Keynes) qui l’a conceptualisée, la notion de demande effective autour de laquelle il a structuré son œuvre possède deux composantes : la demande de consommation et la demande d’investissement.

 

L’une et l’autre se trouvent en connexion avec l’offre de biens et services de consommation, l’offre de biens et services de production dans un processus d’interaction qui conduit à l’égalité potentielle de l’offre globale et de la demande globale. Le présupposé de cette égalité est que l’offre et la demande ont en commun un système productif, un système de besoins et un marché définis.

 

Au contraire de cela, le modèle néolibéral suppose la libéralisation complète des marchés des biens et services et des capitaux, de sorte qu’il ne puisse exister d’adéquation potentielle en interne entre demande et offre globales. La primauté de l’offre qui se présente comme le prédicat du modèle se justifie par la mise en concurrence internationale de toutes les activités pour une amélioration supposément cumulative des indicateurs de croissance et de bien-être dans tous les pays.

 

Longtemps, les effets positifs de la mondialisation ont pu être observés dans les pays de l’OCDE, poussés à tirer tout le bénéfice possible des avantages compétitifs de leurs économies hyperindustrialisées. De tels avantages, qui se traduisaient en points de pourcentage de croissance supplémentaires, s’accroissaient d’autant plus que, en vis-à-vis de ces économies, le reste du monde n’offrait que des ressources brutes et une main-d’œuvre bon marché — ce que la majeure partie du monde sous-développé continue de fournir aux pays de l’OCDE.

 

Bientôt pourtant, la situation a commencé à changer : sous l’effet de la montée en puissance des économies des pays émergents — au premier rang desquels se placent la Chine et l’Inde qui mirent au point d’autant plus aisément des politiques d’offre que la demande effective interne fut limitée — le sens des flux mondiaux de marchandises s’inversa (des pays émergents vers les pays de l’OCDE) et s’inversa aussi le sens des flux mondiaux des actifs productifs et du capital-argent (des pays de l’OCDE vers les pays émergents).

 

Les conséquences furent — et continuent d’être — désastreuses pour les pays de l’OCDE. Délocalisations, désindustrialisation, montée du chômage et de la précarité de l’emploi, crises agricoles et bien d’autres fléaux les atteignirent successivement, quoique de façon inégale. Sur le plan sociodémographique, la crise prend des formes aussi contradictoires qu’hérétiques au regard des enseignements de l’économie orthodoxe dans sa version néolibérale.

 

D’une part, un processus inexorable de dénatalité s’est enclenché sous le double effet de l’érosion des revenus du travail et de l’emprise d’un individualisme consumériste que l’idéologie néolibérale avait contribué à légitimer ; d’autre part, l’afflux de migrants économiques en provenance de l’Europe centrale et orientale, de l’Afrique et d’autres contrées vers l’Europe, du Mexique et d’autres pays d’Amérique latine vers les Etats-Unis a pris les allures d’un dumping social qui alimentait les pulsions xénophobes des franges déclassées ou en voie de déclassement des populations autochtones.

 

Aux tensions qui se faisaient jour sur le marché du travail flexibilisé à outrance s’ajoutaient des tensions intercatégorielles (entre salariés et retraités, entre fonctionnaires et employés du secteur privé, entre travailleurs des secteurs protégés et travailleurs des secteurs concurrentiels, etc.).

 

Crises internes et exportation des tensions : rôle des conflits armés régionaux

 

Ce concentré de tensions internes a d’abord trouvé un exutoire dans l’instrumentalisation des conflits régionaux externes depuis que, par un mensonge éhonté formulé en live de l’enceinte de l’ONU, l’Administration Bush a accusé le régime de Saddam Hussein de produire des armes de destruction massive pour ensuite envahir l’Irak en prélude à un remodelage complet du Moyen-Orient.

 

Mais alors que, digne représentant de la droite traditionnelle américaine imbue de sa puissance et protectrice des intérêts états-uniens, Bush inaugurait ainsi un monde unipolaire, c’est un représentant de la gauche molle qui, en Europe, lui a emboîté le pas en la personne de Tony Blair, tandis que la droite classique française, de culture gaullienne, s’était gardée de s’embarquer dans l’aventure.

 

Pareille attitude de la France aurait pu ne pas être tenue si le représentant de la gauche molle de l’époque, Lionel Jospin, n’avait été désavoué jusqu’à l’humiliation par les Français en l’éliminant du second tour de l’élection présidentielle de 2002. Faisant sien le droit d’ingérence que Bernard Kouchner rêvait d’inscrire en article de loi dans le droit international, Jospin n’en a pas moins montré toute sa duplicité s’agissant du conflit israélo-palestinien en accusant publiquement les enfants de l’Intifadha de «terroristes».

 

En Allemagne, la Constitution post-Seconde Guerre mondiale interdisant aux autorités d’intervenir hors des frontières du pays, le représentant de la gauche molle, en la personne de Gerhard Schroder, n’avait d’autre alternative pour juguler la crise qui se profilait que de trancher dans le vif les conflits internes au détriment des travailleurs afin de maintenir et de renforcer la position de l’économie allemande dans l’UE et dans l’économie mondiale.

 

Ce faisant, il inaugurait en Allemagne une nouvelle phase de l’économie d’offre dont les conséquences furent — et sont encore — la résurgence de la pauvreté et de la précarité dans le pays le plus développé d’Europe. D’autres pays du bloc OCDE-OTAN ont accroché leur wagon à la locomotive états-unienne comme le firent le Canada, l’Australie, le Japon, la Corée du Sud, etc. sans parler des monarchies du Golfe, aussi promptes à sévir contre leurs peuples qu’à servir les puissances dans les conflits régionaux qui s’ensuivirent.

 

Tous ces événements avaient pour arrière-scène une mondialisation multiforme dont le volet proprement économique — épine dorsale des bouleversements planétaires qui se produisaient — portaient la marque des théories néolibérales associant à la croissance la levée de toutes les entraves devant le capital et le commerce. Traités de libre-échange, accords d’association, adhésion à l’OMC encadraient désormais toute activité sous la menace bien réelle de pénalités, de sanctions et condamnations à même de refroidir les ardeurs des gouvernements encore attachés à quelque politique publique de relance ou à quelque forme de patriotisme économique.

 

Complétant le volet économique, le volet politique de la mondialisation érigeait en absolu l’instauration de la démocratie à l’occidentale, la défense des droits de l’homme et les formes les plus invraisemblables de libertés individuelles, comme l’institutionnalisation du droit au mariage homosexuel. Il va sans dire que le tout est couronné par des pressions médiatiques pour l’adoption des codes sociétaux de la gauche molle qui n’a plus de rôle historique à jouer qu’en matière de libéralisation des mœurs.

 

Soutenant à cor et à cri les guerres localisées en Afrique et au Moyen-Orient en fournissant armes, munitions et experts à ceux des belligérants qu’ils voulaient voir triompher, droite traditionnelle et gauche molle ont mis en commun leur projet de défendre les libertés partout de par le monde, exception faite des pays alliés à régime féodal comme l’Arabie Saoudite et le Qatar. On sait, par des sources qui se recoupent, que les vrais mobiles de toutes ces guerres s’appellent pétrole, gaz, richesses minières et marchés.

 

En arrière-plan des conflits, une course contre la montre était déjà engagée contre les nouveaux géants économiques (Inde, Chine et autres pays émergents) d’un côté, contre la nouvelle puissance militaro-industrielle qu’était devenue la Russie sous la direction de Vladimir Poutine, de l’autre. L’issue provisoire mais inattendue de ces conflits régionaux en Syrie, qui annonce l’échec du projet de remodelage du Moyen-Orient rêvé par George W. Bush, poursuivi par Barack Obama, Nicolas Sarkozy et David Cameron, signe la défaite programmée de la coalition formée par la droite traditionnelle et la gauche molle dans les pays de l’OCDE-OTAN.

 

Mais toutes les cartes ne sont pas encore tombées. Un retournement de situation se produit sous nos yeux, conduisant la droite dure (nationaliste) et la gauche radicale à affronter la droite traditionnelle sur le terrain économique (avec la remise en question de la mondialisation) et la gauche molle sur le terrain politico-idéologique (avec la remise en cause des alliances politiques passées et des nouveaux codes sociétaux).

 

Il n’est pas étonnant que, sur ces deux terrains, la droite dure et la gauche radicale se retrouvent sur des positions communes en dépit de leurs divergences de fond (voir l’exemple de la Grèce) alors que la gauche molle se retrouve sur les positions de la droite traditionnelle en dépit de leurs divergences de forme (comme en Italie, en Espagne et en France).

 

Nouvelle donne ou montée des nouvelles tensions

 

La crise financière internationale de 2007-2008 n’est pas de même nature que les précédentes malgré leurs similitudes : la première est le produit de la déconnexion planétaire des sphères réelle et financière induite par la mondialisation, les autres de la déconnexion de l’offre et de la demande de biens et services en chaque pays.

 

La dimension financière de ces dernières avait plus à voir avec l’insolvabilité de la demande interne qui se résolvait en un excédent d’offre domestique de biens et services (et donc de capital productif), qu’avec un excédent de capital spéculatif international qui se résout en un déficit d’offre domestique de biens et services comme c’est le cas dans de nombreux pays de l’OCDE après la crise de 2007-2008.

 

La primauté de l’offre que le modèle néolibéral a imposée s’est traduite non par des avantages au capital productif susceptibles de relancer en interne la croissance et de résorber le chômage comme le prétendent les tenants de la droite traditionnelle, mais par des avantages au capital bancaire qui ont culminé dans la reprise par l’Etat des crédits hypothécaires, devenus irrécouvrables, que les banques ont accumulés. Ceux-ci ont atteint des sommes astronomiques en2008 et 2009, faisant monter à des niveaux jamais atteints auparavant les dettes souveraines dans chaque pays.

 

Crédits d’impôts octroyés aux plus grands groupes industriels dont le capital est en partie ou en totalité détenu par les banques et les fonds de pension nationaux et étrangers, primes à l’embauche et autres contrats aidés pour relancer la compétitivité internationale n’ont eu d’effet, dans la majorité des cas, que d’alimenter le capital spéculatif, de renouer avec l’octroi de salaires mirobolants et de stock-options aux dirigeants et d’accroître la part des dividendes dans les bénéfices distribués.

 

En contrepoint et en raison de la flexibilisation accentuée du marché du travail, de la montée du chômage de longue durée, des difficultés rencontrées par les entreprises qui n’ont pas de marché à l’export et bien d’autres phénomènes induits, la pauvreté n’a cessé de croître, faisant affluer vers la droite dure une partie de l’électorat traditionnel de la gauche molle.

 

Aux positions de caractère nationaliste qu’elle tenait sur le terrain idéologique, la droite dure s’est adjoint des revendications économiques à caractère protectionniste tout en défendant contre la gauche molle les valeurs patriotiques, morales et religieuses au renoncement desquelles la gauche molle s’est employée, dans le sillage de son adhésion à la mondialisation.

 

Aussi assistons-nous à la formation de paradoxales et de conflictuelles alliances idéologico-politiques, commandées par la nouvelle donne économique entre la droite traditionnelle et la gauche molle d’un côté, la droite dure et la gauche radicale de l’autre, dans des stratégies de reprise de l’initiative en interne où les conflits sociaux se doublent de conflits sociétaux sans que les uns et les autres ne mobilisent les mêmes forces, comme ce fut le cas durant toute la période du capitalisme industriel.

 

Sur le plan international, ces conflits prennent l’allure de guerres de position où les belligérants poussent leurs pions régionaux jusqu’aux limites de la confrontation directe entre grandes puissances, comme cela se passe entre l’OTAN et la Russie dans le Donbass et en Syrie, sans parler du climat général de tensions qui caractérise toutes les parties du monde.

 

Cependant de telles conflits n’ont pas que des mobiles politiques et idéologiques: en raison des effets dévastateurs des politiques de l’offre sur les secteurs domestiques de production de biens et services répondant à la demande civile dans chaque pays, les belligérants développent une économie d’armement parallèle tout en suscitant par des guerres localisées une demande solvable externe pour ses produits de façon à limiter l’impact des capacités d’absorption de leurs propres économies en ces matières.

 

Mais les risques de guerre mondiale et la désertification économique de nombreux pays se conjuguent pour mettre en cause la mondialisation et les politiques de l’offre qu’elle induit sur le front économique. La droite traditionnelle et la gauche molle font face, ensemble ou séparément, à la droite dure et à la gauche radicale selon les thèmes en débat.

 

En guise de conclusion

 

Les dangers qui guettent le monde sont multiples et variés en ce début du XXIe siècle. Les confusions qui les alimentent sont d’ordres économique, politique, idéologique et sociétal. Si, sur le plan économique, l’on entrevoit la fin de l’un de ces grands cycles mis au jour par Kondratieff au début du XXe siècle, porté par les politiques de l’offre, l’imbrication en son sein des facteurs de ces divers ordres ne risque pas seulement d’en prolonger les effets sociaux pervers au-delà de la décennie en cours, mais de pousser à une confrontation accrue des forces sociales en présence, à l’intérieur comme à l’extérieur des Etats-nations. Dans ce cas, les pays les plus vulnérables seront les premiers à entrer dans l’œil du cyclone.

 

Ces pays ne sont ni ceux de vieille industrialisation, ni les pays émergents (qui enclenchent eux aussi le développement d’une économie d’armement), mais ceux restés sous-développés, dépendants par-dessus le marché de leurs seules ressources de base. Les pays pétroliers sont en première ligne en raison de l’importance du pétrole et du gaz dans l’ordre productif mondial actuel, fondé sur les énergies fossiles, en raison de l’importance des hydrocarbures dans l’ordre productif fondé sur les énergies fossiles. 

 

 

 

Ahcène Amarouche

Partager cet article

Repost 0